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loSi Histoire
Mawbray , s'il vit encore quelques jburs> ou pour appaiser son procès. Je vou?
laisse le soin de faire d'autres recherches sur son compte et de lui donner ce que vous jugerez- à propos.
Son messager dit qu'il est bien repentant , qu'il ne fait que pleurer. Il ne cesse de répéter , qu'il a été le plus vil des hommes : et cependant il veut s^ex* cuser sur ce que sa misère l'a forcé d'être plus miéchant qii'il n'eût été sans elle. ( excuse que nous ne pouvons app or ^ ter pour nous ) Mais le crime qu'il ss reproche le plus, c'est une basse impos* ture à laquelle il s'est prêté , pour servi? un certain gentilhomme puissamment riche , et l'aider à la, ruine de la femme la plus accomplie qui ait jamais vécu , et qui , à ce qu'il avoit appris , éîoiî jnorte de chagrin.
Laisse-moi considérer , Lovelace , à qui est-ce le tour de passer ensuite. Je souhaite que ce lye soit pas le tien. Mais, puisque tu te mêles de n>e donner un 2vis ( que j'aurois. vraiment cru hors de ton caractère si tu n'avois pas pris la peine de me convaincre, qu'il ne venoit pas d'un principe raisonnable et ver=»
tueux ) je veux moi t'en donner un autie. Et le voici : songe à entreprendre , le plutôt que tu pourras , le voyage que tu te proposes. Le changement de scèna et de. climat, pourra affermir ta santé \
DE Clarisse Harlowe. ioçc l'air grossier de cette isle et rapproche. de l'hiver pourroient épaissir ton sang t secondés de ta conscience qui est en combat avec toi , et qui , con:me un habile escrimeur , épie le moment de ta porter un autre coup , ils pourroient te rendre misérable pour le reste de tes jours.
Je te renvoie ta lettre retractée. Ne la brûle cependant pas. Le même styls pourroit un jour redevenir de mods avec roi. Quant à l'état de la famille au château d'Harlowe , j'ai reçu du colonel Morden les récits les plus touchans de leur désespoir er de leur repentir. Mais est-ce à toi ,. la cause de tout, de t3 réjouir de leur m.alheur ?
Je serois bien fâché de ne pouvoir pas te dire que l'avertissement que tu m'as donné en plaisantant , tr.e fait trembler bien sérieusement. J'espère (car c'est un syjjet bien sérieux pour moi, si rien ne peut l'être pour vous ) que jamais je ne serai par mon apostasie un objet de risée et de mépris pour les hommes , ei ua sujet de triomphe de l'enfer.
Tout ce que vous dites de la difficulté de vaincre des habitudes invétérées , n'est que trop vrai. Ces hab'tudes , j'en conviens , et la j.unesse combattent puis* .samment contre moi. Mais quand je iLéiléchis sur la mort ( et quelques,- unes. ^
lîo Histoire
ont éti prématurées ) de ceux de nos camarades que nous avons perdus les premiers , sur la maiheureuse £n de Belton , sur le désespoir et les horribîes^ hurlemens de la Sinclair , qui retentissent encore à mes oreilles , et que je compare leur fin au départ heureux et paisible de l'inimitable Miss Harlowe , j'espère avoir îieu de croire mon entreprise et ma marche moralement assurées. Votre avis, néanmoins pourra me servir , quelles qu'ayent été vos vues : et puisque je connois mon endroit foible , je tâcherai de me fortifier de ce coté là aussitôt que je pourrai me rendre digne dé la confiance ,. de l'estime de quelque femme vertueuse- , et par ce moyen je deviendrai l'objet de votre jalousie , plutôt que celui de vos railleries.
J'ai déjà commencé m^on plan de rei^ titudons', comme je peux les appeler. J'ai placé u.ne somme sur la tête du malheureux Jean Lof-u> :, que j'esiropiai lorsqu'il faisoit ses efforti: pour défendre sa 'jeune maîtresse contre mes criminelles enireprises. Je me réjouis de n'avoir pas réussi dans mon méchant projet ; et je goûte la. même joie à me rappeler plusieurs autres, oc .asions où j'ai échoué.
J'ai relevé la pauvre Farîey , qui avoit fait banqueroute ; mais en lui déclarantque la pension annuelle que je lui faisok cessexbit du moment (ju'cÉe xetoui-
DE Clarisse Harxowe. rr^neroit à son ancienne vie : et je i'aî mise sous la surveilhince de î'honnote Mde. Lowick , à qui elle rendra compte de sa conduite. Depuis que j'ai Icué ma maison de Watford , j'ai pris cette digne, veuve pour mon intendante d^Edgeware , à des appointemens fort honnêtes : c'esr elle qui doit payer à îa jeune personne sa pension par quartiers, suivant qu'elle continuera de le mériter.
Je confierai encore à cette veuve d'autres départemens , à mesure que nous-:
ferons connoissance ensçnible , et je ne doute pas qu'elle ne réponde pleinement ^ mon attente , et que sa société ne me soit utile pour m'avancer et m'affermir dans la carrière de la veitu , car elle aura ordinairement ma tabic.
Les injustes soulTrances de Miss Cla* risse Harlowe , ses qualités sublimes , sa préparation exemplaire , et son heureuse iin seront pour nous des sujets intarissa» blés de conversation.
Elle me fera quelques lectures, quand, nous n'aurons pas de compagnie. Elle me transcrira des livres les passages^ qu'elle trouvera iê mériter. Son âge, qui a passé cinquante ans ^ et sa bonne, réputation miS mettront à Tabri de la censure ; et j'ai un grand plaisir à penser que je deviendrai meilleur moi-même en.
faisant son bonheur. Lorsque je me >ieirai près de «quelque danger , je lirai
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quelques-uns des écrits de radmîrabîeL Clarisse. Et quand je voudrai détester mca ancienne vie, je iirai quelques-unes de tes lettres , et des copies des miennes.
La conséquence naturelle de tous ces plans sera que je ferai les délices de ma propre famille , qui me re^ardoit comme un homme perdu. L'ordre sera dans ma inaifon e»- parmi mes doir.esîiques , parce que je leur donnerai moi-même un bon exemple. Je serai visité et considéré, non pas peut- être d'un Lovelace ,-d'un Mowbray , d\m Tourville , parce qu'ils ne pourront plus me voir sur l'ancien pied , et que peut-être ils ne voudront/pas me voir sur le nouveau , mais de tout ce qu'il y a de plus honnête dans la noblesse et le clergé des environs. Je regarderai mes folies passées avec mépris , et mes anciens camarades avec pitié. Les jurem.ens et ]es imprécations seront pour jamais bannis de ma bouche, et remplacés par une conversation et un langage dignes d'un être raisonnable , et d'un gentilhomme. Au lieu d'actes offensifs qui m'exposoient perpétuellement à la nécessité de me défencfre, je tâcherai d'expier les maux que j'ai faits j en faisant tout le bien qui sera en mon pouvoir , et en devenant un bienfaiteur universel , suivant l'étendue de ce pouvoir.
Dis-moi à présent, Lovelace, sur cette loible. esc^uissâ de c&.que j'espère être et
DE Clarisse Harlowe. li^ iaire , si ce plan de vie nesr p^s infiniment préférable aux projets extravagans, inalfaisans et dangereux pour le corpscomme pour Tame , que nous suivions auparavant.
Je souhaiterois bien rendre mon plan de vie aussi agréable à tes yeux qu'il le paroît aux miens : je ie^ souhaite de toute mon ame : car j'af toujours ea une tendre anrt.ié pour toi : et c'est troa ipalheur de t'avoir tant aimé : c'est ce qui m"a conduit à une multitude de débauches et de foHes , dont je croîs vraiment , que sans toi , je ne me serois jamais rendu coupable.
Vous avez plus à répondre que moi , ne fût-ce que pour la ruine du bonheur temporel de cette admrirable fem.me. Laissetoi persuader par ton ami , tandis que tu jouis de la force de la jeunesse , de la santé , et de toutes les facultés raisonnables.
Car je crains , je crains bien , d'après rénormité de ce seul crime, qui a privé le monde de la plus brillante lumière , que si tu ne te réformes pas prompte^ ment , tu ne sois dans l'impuissance de le faire jamais ; et que la Providence , qui t'a déjà averti , par les destinées de tes agens , de la Sinclair et de Tomilinson , pe laisse pas échapper le principal cour pable , s'il n'églige de profiter de ses avertissemensa
1 14 Histoire
Peut-être rirez -vous de mes réflexions graves et sérieuses. Riez-en si vous voulez. J'aime mieux vous faire rire , en persévérant dans cette manière de penser et d'agir , que de vous voir triompher , comme vous m'en menacez , si je venois à m'écarter des résolutions auxquelles je me suis déterminé , sur de si bons motifs , sur de si puissans encouragemens , et sur de si terribles exemples.
En voilà asseï pour k présent sur ce^ sujet.
Je serois bien aise de savoir quand vous comptez partir. Je m'intéresse trop sincèrement à votre bien-être , pour ne pas vous souhaiter au plutôt dans ua air plus léger , et dans un climat plus constant.
Qu'ont donc à faire Tourvilîe et Mowbray , qui les empêche de partir avec vous ? Ils ne se soucieront guères , j'ose le dire , de ma compagnie ; et je ne pourrai plus supporter la leur , quand vous serez une fois hors du royaume.
Emmenez-les donc avec vous.
Je ne jure cependant pas que je ne vous fasse une visite à Paris , à votre retour de TAllemagne et de lltalie , mais je désespérerai de vous rappeler à la vertu , si de mûres réflexions sur ce que j'ai mis devant vos yeux , et sur ce que vous avez vous-même écrit dans vos deux dernièies
DE Clarisse Harlowe. nç lettres ne i ont pas déjà fait pendant cet intervalle.
Je suppose que je vous verrai avant votre départ. Encore une fois , je voudrois vous voir parti. L'épaisse atmosphère de cette isie ne peut vous faire le bien que vous fera l'air du confinent. Je ne crois pas que je doive entretenir avec vous ma correspondance ordinaire , tant que vous serez dans ce royaume. Donnez - moi dc: vos nouvelles quand vous aurez passé le détroit ; et vous pourrez alors disposer ,. dans les Cxhoses honnêtes , de la plume ainsi: que de la personne de
Belford. (Jt)
(ir) LETTRE DXV.
M. LovELACE àM Belford.
Mardi , 26 Septembre,
JLj A destinée ^ je crois , se plaît à ourdir des tragédies y pour te donner le plaisir d'en remplir la chaîne de tes noires réflexions.— Ton oncle Watford , le pauvre Belton , la belle inimiitable , ( sublime, créature ! dois - tu te trouver dans cette liste ? ) l'exécrable femme et Tomlinson semblent avoir été tous condamnés à te
îi6 Histoire
fournir matière pour TefFrayant et ITiorjible ! — Et sur mon ame , cela couîc de source chei toi ,. comme diroit Milord M
Voilà ce qu^il y a d'odieux : c*est qu'un homme ne peut commencer à réfléchir , qu'il n'ouvre aussitôt son ame à une suite de sombres pensées qui se succèdent et se pressent en foule. Le noir s'empare de lui , et la gaieté abandonne son cœur pour toujours.
Ce pauvre Mac Donald ! Pen ai vraiment du regret. — C'étoit un vassal utile, fidelle et des plus graves , propre à remplir merveilleusement tou? les rôles dont on vouloit le charger , et qui ne savoit pas ce que c'étoit que de rougin •—Il s'est donné, vraiment les peines les plus sérieuses et les plus obligeantes dans, la dern'ère affaire qui lui a conté si cher^ €t à moi, par réflexion. Quoique souvent dans l'embarras , comme nous y avons été tous deux , jamais rien ne l'a dompté. Le pauvre Mac Donald ! je ne peux m'empêcher de lui donner encore un regret.
Il n'avoit point son égal , pour conduire une trame bien noire et bien profonde.
J'ai été si curieux de savoir s'il étoiten effet au'si mal que tu te plais à représenter ceux que tu marques pour exercer sur eux ta plume ineurtrière , que j'ai envoyé un exprès à cheval à la prison de Maidstone^ aussitôt après avoir reçu ta lettre i et d
DE Clarisse Harlowe. ïif
fti'a rapporté qu'il étoit mort deux heures après qu'il eut reçu tes cinq Ruinées. Il paroît que tout ce que tu m'as écrit de ses repentirs , à roccasion de la chère Miss Harlowe , étoit vrai. Je n'y saurois que faire , Belford ! — J'ajouterai seulement qu'il est heureux que le pauvre diable n'ait pas assez vécu pour être pendu. Car qui sait , comme il étoit en train de faire pénitence , ce qu'il auroit pu dire dans son discours au peuple avant l'exécution-
Quand un homme n'a pas fait grand bien , dont le souvenir puisse l'encourager, il est bien juste qu'il tire le meilleur parti posbiole du peu qu'il en a fait. Jamais il n'est arrivé malheur si affreux à un mortel , que quelque rayon de consolation n'ait luit dans son ame , si le misérable n'.'tjit pas assez dépravé pour fermer l'entrée à la lumière , en tirant le rideau , au lieu de l'ouvrir pour la recevoir. — Et voilà tout ce que je voulois dire , et ce que je dirai jamais sur le pauvre capitaine Tomlinson , comme je Favois baptisé.
Votre inquiète sollicitude , pour me faire sortir de cette atmosphère lourde et variable , quadre parfaitement avec l'esprit et l'impatience des gens qui m'entourent ici. Ils croyent tous que les voyages consolideront ma santé. Cependant je me crois, moi ^ tout- à- fait rétabli. Seulement ces maudites nouvelles et pleines lunes >
11? tï I s T O I R E
«t ces équinoxes me font un peu cîe peur, quand j'y songe ; et j'y songe tous les jours : car toute la famille est coatinueU iement occupée à me rebattre les oreilles de ces phrases dangereuses ; et ils s'atta* client avec un soin et un empressement que je ne saurois trop expliquer , à me faire quitter le royaume.
Mais qu md j'en serai sorti , m'écrirastu souvent ? Voudras - tu renouer le fil de tes narrations à l'endroit où tu Tas rompu? Me donneras-tu les détails des tourmens et du chagrin de ceux qui m'ont servi d'auxiliaires pour amener la catastrophe qui m'affecte? ou plutôt mes chefs y dois- je dire; car tu as beau dire , qu'aije fait qui fût capable de faire mourir une femme de chagrin ?
D honneur , Beiford , et dans la plus grande vérité , j'ai été cruellement maltraité ; comme je te l'ai dit souvent. — M'entendre appeler d'un nom aussi odieux, me voir montré au doigt ; me voir fuir avec des cris d'elîroi , et éviter comme on feroit un chien enragé ; et tous mes amis prêts à me renoncer , à m'abandouner I
Cependant je crois que je n'ai rien que je ne mérite bien. Car n'ai-je pas été aussi prompt à m''abandonner moi-même, que les autres le sont à me condamner ?
Quelle démence , quel excès de folie ! Qui voudra prendre le parti d'un mal-
DE Clarisse Harlowe. 119 heureux qui se concianne lui-même? Qui le pourroit? Un homme qui s'avoue coupable du crime dont il esr accusé , ne laisse plus rien à taire qu'à prononcer sa sen'-ence. Honte sur moi insensé ennemi de moi-même ! Je n'ai pas la politique du îTioins politique des princes , qui font des brèches dix fois plus criminelles à leur parole; et qui , en publiant un manifeste, 5e lavent les mains et marchent sans scrupule d'infractien en d'infraction , et de brigandage en bri;^andage , commettent dévastation sur dévastation , et détruisent.., pour leur gloire ! et on les en voit récompensés par le titre de conquérons , de grands ; loués et même déifiés par les orateurs et les poètes , pour leurs déprédations et leurs boucheries.
Et moi , pauvre petit voleur , seul de ma bande , foible innocent , qui ne fais aucun mal , du moins en comparaison d'eux; parce que pour assouvir ma faim , je dérobe un misérable agneau , toutes les boucnes crient haro sur moi , tous les bras sont levés contre moi.
Bien plus , on doit , comme je viens de rapprendre , publier contre moi un manifeste , quoique je n'aye pas l'honneur d'être prince. Car Miss Howe , dit-on , menace de divulguer toute l'histeire devant l'univers entier.
J'ai fort envie de n'y mettre aucune opposition ; mais seulement de dresser
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une réponse , aussitôt qu'il aura paru , et de me ci scuiper en reje^tant toute la faute sur les vieilles têtes J'ai à dire pour ma défense, en supposant la vérité de ce que mes plus cruels ennemis pourroient alléguer contre moi , que je ne suis pas respons.^bie de toutes les extravagantes conséquences dont cette affaire a été suivie , et qu'il étoit impossible de prévoir. C'est ce que je vais démontrer par une thèse que j'ai proposée , il n'y a pas deux
heures, à Miiord M et aux deux Miss
Monraigu. La voici :
Suppose Tavare Harpagon , qui a caché une bourse d'or dans un réduit secret , pour l'y tenir renfermée , jusqu'à ce qu'il trou^/e 1 occasion de la prêter à une usure exorbitante.
Suppose îrus dans un si grand besoin de ce trésor , qu'il lui soit impossible de vivre s'il ne l'a pas.
Suppose enfin que l'avare a tant d'estime pour le pauvre Irus , qu'il lui prêteroit soaorpluiôt qu'à tout autre homme au monde ; et cependant , quoiqu'il n'ait aucun autre u^age à en faire , il ne veut le prêter qu'à des conditions tout-à-fait déraisonnables. Irus payeroit volontiers l'intérêt ordinaire , mais il seroit ruiné , { dans son opinion du maoins , et c'est tout pour lui , ) s'il le prenoit aux conditions que demande l'avare ; puisqu'il seroit certain d'être bientôt jeté en prison pour la
dette f
DE Clarisse Harlowe. m
âette , et contîamné à y rester toute savie. En conséquence , comme il est plein de finesse et de pénétration , se dou'ant du lieu où gît le cher dipôr, il le cherche pendant le sommeil prof:)nJ de l'avare , le trouve et s'enfuit avec lui.
Cet Irus, dans ce cas, n'est qu'un adroit filou; cela est évident, Belford.
Ici Miss Montaigu me poussa un argumer*t fort pressant. — Un voleur ou filou, dit -elle, qui me dérobe un bien qui est et qui doit être pour moi plus précieux que la vie , mérite moins le pardon que l'assassin qui m'ôte la vie.
Mais , lui répondis- je , quel est ce bien , cousine Charlotte , qui vous est plus cher que la vie ? — Votre honneur, direzvous ? Jamais je ne parlerai à une dame , ( ce n'a jamais été ma manière , ) un langage , qui lui interdise la réponse mais
dans le cas pour lequel j'ai fait ma thèse , laissant à une chimère tout le prix qu'il vous plait de lui attribuer , quelle perte de riîonneur y a-t-il, lorsque la volonté n'a point été profanée , et qu'il n'a pas été au pouvoir de la victime de rien empêcher? — Dans l'espèce que j'ai posée, comment pouvons- nous savoir, avant que le vol eût été commis , que l'avare attachoit en effet un prix si romanesque à son trésor ?
Mes deux cousines n'eurent pas une parole à répondre j et Milord M. . . . fâché Tome XII, F
m Histoire
de ne pouvoir rien dire contre mon arguine^nt , m'apostropha d'une impi;écation , et je continuai.
Vous voyez donc qu'Irus n'est tout au plus qu un filou ; cela est clair. — En suivant donc ma thèse :
Supposez que notre avare , en s'éveilîant , cherche son trésor , et que , le trouvant enlevé , il prend la chose si à cœur , qu'il se laisse mourir de faim. Quel autre que lui-même en peut-on blâm.er ? L'équité , la loi , la conscience pourroientelles justement pendre Iru3 comme un nieurticr ?
Venons , dis-je alors , à Tapplicatlon.
Point de vos applications , s'écrièrent à -la -fois mes deux cousines ! — Non, point de vos applications , et que l'enfer vous confonde , dit aussi le violent Pair.
Allons , répartis-je , je vais donc conclure que la chose est si claire , que l'application se fait toute seule , (en regardant les deux filles , qui tâchoient de rougir ensemble , ) et par une conséquence juste je me tiens absous de sa mort.
Non pas , s'il vous plaît , s'écria Milord; ( tu sais , ami , que les Pairs sont juges en dernier ressort , ) car si , en commettant une action que les loix condamnent, il en résulte un crim.e capital , vous êtes comptable pour tous les deux.
Parlez- vous ainsi , Milord ? — Mais prendre^- vous sur vous de soutenir, ea
DE Clarisse Harlowe. 125 supposant comme dans le cas présent , un viol , ( sauf le respect que je vous dois , cousine Charlotte , et à vous aussi , cousine Patty , ) que la mort est la suite nécessaire et naturelle du vioî ? Avezvous jamais ouï dire, Milord, et vous , Mesdames, que ces deux choses se suivissent ? Et dès que ce n est pas une suite naturelle Tune de l'autre , et qu'une belle veuille se détruire elle-même, soit par . une mort lente j et par le chagrin , soit par un coup de poignard , comme fit Lucrèce , y a-t-il piiis d'un crime unique . à reprocher à Thomme ? Et l'autre crime n'est-il pas celui de la belle ? S'il en éîoit autrement , permettez- moi de vous dire , •mes chers amours, (en passant la main ' -sous le menton de mes deux cousines • qui rougissoient , ) ou qu'il ne s'est pas ;. rencontré d^homme aussi scélérat que le j: fut le jeune Tarquin , ou de femme aussi 1 vertueuse que Lucrèce dans l'espace de j-— combien y a-t-il de milliers d'années, f- Milord ? — Et -Lucrèce est citée dans j- l'histoire comme le seul phénomène eii j. ce genre.
Vous jugez bien qu'on tomba sur moi ù grands cris ; les gens qui ne savent que il répondre, ne manquent pas de se fâcher ; •h-et c'est ce qu'ils firent tous à l'envi. ,, Mais je n'en insistai pas moins sur l'évii * dence de ma thèse , et je te le soutiens 3! aussi â toi, Belford, qu'on ne doit point
Fi
114 Histoire
me charger d'autre crime que d'un simple
vol , un larcin privé , suivant l'expression
des gens de loi dans l'occasion dont il
s'agit. Et si ma tête étoit proscrite par
la loi , ce ne seroit pas pour crime de
meurtre.
D'ailleurs , comme je leur dis , il y a encore une circonstance qui est très- fort en ma faveur dans cette affaire. C'est que j'aurois été charmé de toute mon àme , d'acheter mon pardon en me rendant à des conditions sur lesquelles j'hésitois auparavant , et vous savez tous que j'en ai fait l'offre; et Milord, et Lady Betty, et Lady Sarah , et mes deux cousines , et tous les cousins issus de mes cousines jusqu'à la quatrième génération , se seroient rendus caution pour moi. — Mais rien n'a pu la fléchir ; la chère avare a voulu s'empoisonner le cœur d'un chagrin mortel, et mourir : comment pouvois-je l'en empêcher ?
Après tout , Belford , si elle n'étoit pas morte , auroit-on dit la moitié des paroles qui ont été dites là -dessus? Ai -je été la cause de sa mort? ou pouvois-je l'empêcher de mourir ? Et dans un million de cas pareils au sien, n'y en a-t-il pas eu neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille qui n'ont pas fini dj même ? Que mont sort est donc cruel ! sur mo« ame , si j'étois à recommencer, je ne le supporterois pas de la manière dont je l'ai
DE Clarisse Harlowe. ii$ supporté ; et au lieu de prendre la faute sur moi , je réclamerois la pitié , comme I un sentiment qui m*est dû ; et puisque le ; jour d'hier ne peut jamais revenir , c'est la seule méthode que je puisse suivre , pour me rendre la tranquillité. — Je continue dans un moment. (Ji)
LETTRE DXVL
M. Love LACE à M. Belford,
(IT) IVIais quel joli plan de vie tu t'es formé pour toi et ta vieille veuve î Sur mon ame , Belford , j'en ai été enchanté. Je n'y trouve qu'une chose à désirer , et cela viendra naturellement à la suite , c'est que tu ne sois pas dans la commission et un des Quorum. (*) Tu es déjà pourvu d'un clerc , aussi hon qu'il te le faut , dans ta Veuve Lowick. Tu entends la loi , et elle les cas de conscience ; avec un bon Lord chancelier
entre vous deux! Quel 'plaisir ce
seroit pour m.oi , d'entendre prononcer sur une cause de bâtard , d'après tes nouvelles notions et îqs vieux souvenirs.
Mais - raillerie à part , ( car j'ai la mort dans le cœur , Belford, quoique ma plume
(*) Commissaires, députés , Juge cîe paiîc.
ii6 Histoire
et moi tâchions de prendre un air gai et léger. ) si après tout il t'est aussi facileque tu le crois , de te repentir et de te réformer , si tu peux ainsi secouer tes vieux péchés et tes vieilles habitudes , sk satan , ton vieux maître , laisse aller si facilement un serviteur si fîdelle et si éprouvé , et te laisse jouir en paix de ton nouveau système , sans aucun scandale ef toute tentation cessante ; si enfin ta réforme une fois confirmée et assurée par le temps , tu te maries et vis en honnête homme ; vraiment , Belford , je ne puis. m'empécher de dire , que si tous ces si seréalisent , tu cours grand risque d'hêtre un mortel heureux.
Tout ce que je crois , comme je te ïûi déjà dit dans ma dernière lettre ^ c'est que le diable conncît trop bien ses intérêts , pour te laisser échapper si aiséinent. Tu m'as dit, toi-même, qu'il ne dépendoit pas de nous de nous repentirquand nous le voulions , et en vérité , j'en ai fait l'épreuve moi-même : car dans mes intervalles lucides j'ai formié de bonnes résolutions , mais dès que la santé a retourné vers m.oi son visage riant , et m'a ouvert la perspective d'un rétablissement prochain , toutes mes vieilles inclinations , tous mes goûts reviennent. — Et cette lettre te convaincra , peut-être que je suis aussi fou que jamais, ou tout prêt à le devenir,.
DE Clarisse Harlowe. 117 Tu me demandes fort sérieurement si , d'après la légère esquisse que tu m'en as tracée , ton nouveau plan ne paroît pas infiniment préférable à tous ceux que BOUS avons suivis jusqu'à présent. Voyons
que je réfléchisse Eh , mais , Belford ,
«—je ne saurois dire.... je ne saurois dire autrement — oui ^ il est préférable , pour
parler franchement C'est réellement ,,
comme dit Biddy dans la comédie, un fort bon et fort heureux plan.
Mais quand tu me dis que c'est un malheur pour toi de m'avoir aimé , parce que ton attachem.ent pour moi t'a rendu plus méchant que tu ne l'aurois été seul ;: je désire que tu reviennes à méditer davantage cette assertion ^ et tu t'appercevras j j'en suis sûr , que tu n'es pas aussi certain que tu le crois , de m.archer dans îe bon chemin.
Un vrai pénitent ne cherche pas à donner de fausses couleurs , de fausses^ interprétations aux actions d'autrui ;., l'humilité , la défiance de soi-même, la mortification , la contrition sont sœurs ,. Belford , et inséparables d'un esprit repentant. Si tu ne sais pas cela , Belford , xm n'as pas encore fait trois pas , ( sur soixante ) vers le repentir et l'amendement,. Permets-moi de te rappeler , avant que le grand juge universel vienne te le reprocher lui- mêmje , que tu as toujours été bien au-dessus d'un subalterne passif ea
ii8 Histoire
fait d'iniquité , quoique tu n*ayes pas l'invention aussi bonne que celui qui t'écrit , il n'est pas moins vrai que tu as un des cœurs fes plus actifs pour le inal , que j'aie jamais rencontré dans aucun homme.
Et pour tirer parti d'une idée , tu fus toujours un franc et brave anglois. Je ne m'avisai jamais d'un bon tour de roué qu'auss'tôt le projet ne sortît de ton cerveau tout battu , tout forgé pour l'exécution , lors même que mon esprit en défaut désespéroit de jamais en rien faire.
ïl n'y a qu'une seule chose, Beîford> qui m'ait fait paroître plus méchant que toi , c'est que je suis un fort joli cavalier , et que toi tu es fort laid , lorsque nous avions relancé une proie , et que nous l'avions réduite , la pauvre perdrix effrayée se jetoît ordinairement sous ma griffs plutôt que sous la tienne. Alors trompé dans ton attente, et essuyant tes grosses lèvres , tu courois après une nouvelle chasse , en me traitant de pervers et de vaurien.
Enfin , Belford ^ tu étois excellent pour aller à la découverte et lancer le gibier. Les vieilles femmes ne craignoient rien pour leurs filles , en voyant une figure comme la tienne ; mais à l'instant que je venois à paroître , vite , la clef étoit tournée sur elles ; vaine précaution qui ne signifîoit rien. Car , au besoia , l'araouf
va faire passer un éléphant par le trou d'une serrure. Mais quant à ton cœur , Belford, qui jamais a douté de sa perversité ?
Dans cette dernière affaire même^ qui nie tient si fort au cœur , et dont ma conscience fait une arme si crix^Ue contre moi, tu n'es pas aussi innocent que tu te le figures. — Cela t'étonne ? Hé bien , rien nest plus vrai ^ et je vais t'en coavaincre en deux mots.
Tu dis que tu regrettes de n'avoir pas sauvé cette jeune personne de la ruine qui Ta menaçoit. C'est fort bien fait à toi. Mais comment voudrois-tu l'avoir sauvée ? Quelle méthode as-tu employée pour la sauver l
Tu as connu toute mon intrigue d'un bout à l'autre. Si tu avois eu Tinvention de te faire un titre légitime au mérite que tu prétends réclamer aujourd'hui , tu au- Tois cherché en vrai chevalier errant à délivrer la princesse du château enchanté , tu l'aurois informée de son danger , tu l'aurois enlevée furtivement pendant Tabsence du géant , ou si tu avois eu le véritable esprit de chevalerie , tu ne te serois reposé qu'après avoir tué le géant et alors tu aurois eu à te vanter de quelque, prouesse.
» Oh ! mais ce géant étoit mon ami ^ » il m'avoit confié son aventure sous le ^ sceau du. secret, pouvois-je trahir mort:
IJO ~ M'ï s T O î R s
» ami et sa confidence ? Telle est sans )) doute l'excuse que tu aurois alléguée, i> Mais juge de la valeur de cette réponse d'après tes principes actuels; et tu reconnoîtras quel misérable tu as été de t'arrêter à ces considérations- dans une circonstance où il étoit plus excusable mille fois de trahir que de garder le secret. La charmante créature ne t'a-t-eîle pas fait elle-même une fois ce reproche ? Et n*^ t'es-tu pas avoué blâmable sur ce point ?(*) Tu ne peux dire , et jamais tu ne le diras, que tu aies craint pour ta vie, et que ta crainte t'ait empêché de prendre, de pareilles, mesures. îi n'existe pas au: monde un pareil champion ni un homme plus intrépide que James Belford. Je meressouviens de plusieurs circonstances , et tu ne peux les avoir oubliées , où je t'aivu aventurer tes os,, ton cou ^. ta vie y, contre vine foule d'assaillans- dans des: querelles de librrtins. Si ta avois eu dans l'arae une étincelle de cette vertu : dont tu voudrois aujourd'hui te parer ,. tu n'aurois pas fait difficulté de courir: quelque risque pour sauver un ange innocent qu'il étoit du devoir de tout homme: de protéger et de défendre. Voilà la simple vérité du fait , quoiqu'elle soit aussi contre moi-m.ême. Mais m,on ame abhorre, lw3 hypocrites,
il C*) "^oyez Lettre cccx^^s,.
DE Clarisse KTarlowe. 131 Si tu m'avois ainsi trahi, je crois qualors je t'aurois tué si je Tavois pu ; mais je suis sûr qu'aujourcHiui , je t'en aurois remercié de toute mon ame , et tu aurois été pour moi plus qu'un père , plus qu'un
ami Il étoit si naturel de croire ,
d'après les sublimes perfections de cette charmante créature , que les choses en viendroient là , lorsqu'une fois la réflexion auroit pris la place de la passion,. ou plutôt lorsque j'aurois cessé d'être dominé par cet infernal amour pour l'intrigue qui ne me donna jamais autant d'orgueil qu'elle me donne aujourd'hui de tourmens par mes réflexions..
Entreprends de te défendre , je te prouverai encore plus clairement , je te convaincrai plus victorieusement que tu mérites plus de blâme que d'éloges dans cette affaire. Et dans toutes les autres, où nous avions coutume de chasser en société, tu étois toujours le plus ardent limier , et le plus pressé de beaucoup de courir avec moi, que je ne^ l'étois de courir avec toi. Tu peux à présent composer les gros muscles de ta large face , et crier : O Lovelace , de combien de crimes tu as à répondre ! Combien tu es plus coupable que moi ! ...... Tout cela
ne veut encore rien dire , quand ce 5eroit la vérité ; car quand le grand jour viendra , ce ne sera pas par comparaison ^ue.tu seras jugé».
ip^ H'ISTOIRE
En im mot , il est très-possibîe à ce^ compte que tu te trompes misérablement toi-même, et que malgré ta. profondehumilité et toutes tes mortifications , quelque jour , lorsque tu fermeras lès yeux , tu ne les t'ouvres pour te voir dans un lieu ou tu ne t'attendois pas à te. trouver.
Cependant consultes la vieille veuve îà-dessus. On diroit que je sorte.de mon: earactère , si'je continuois plus long-temps: sur ce ton. Mais franchement , quant au: mérite que tu- prétends avoir dans cettej affaire. Je t^assure , Belford , que tu méîites moins des éloges qu^une immersion-, profonde dans le premier abreuvoir , e'cjey désire de tout mon cœur être, rhomine:
«;hargé de t'y conduire. (Jj^)
Je m'occupe actueilement à prenc^re.: longé de mes amis delà campagne. (^) J'ai: eu d'abord l'idée de prendre Tomlinson , c'est le nom que je lui ai donné , avec raoi : mais sa destinée a trompé mes projiets. — (li) Lundi prochain , je comptete voir à Londres , et y passer une soiréeagréable avec toi , Mbwbray et Tourvillê.. Mon départ ne sera pas remis plus loin qu'au jour suivant. Nos deux amis durvent m'acccmpagnet jusqu'à Douvres , ^si mdiîie ijs ne passent It détroit) et js^
DE Clarisse Harlowe.. îj^, me flatte que tu seras de la partie. Je veux vous laisser bien enserr.ble. Ils ont pria fort mal la manière dont tu les ss traitésdans tes dernières lettres. Tes reproches ,. disent-ils , attaquent jusqu'à leur jugement. Je me moque d'eux; et je leur répondr que ceux qui en ont le moins , sont les plus prompts à se choquer qu'on leur en refuse.
Hâte-toi- de tenir prêts tous les papiers et les récits que tu me dois avant m>ondépart. Je veux surtout emporter unecopie du testament. Qui sait si les mêmeschoses qui serviront , dis-tu , à te soutenir rfans tes honnêtes projets > n'auront pas la force d'opérer ma conversion ?
Tu parles de te marier , Beîford-. Quepenses -tu de m.a cousine Charlotte ?' Mais je crains que , pour tes vues de pénitence , sa naissance et sa fortunen'aient un peu trop d'éclat. L'ohjectioa ne te paroit-elle pas juste? Charlotte est une fille de mérite. Pour la piété , qui est aujourd'hui ta passion , je n ose trop répondre d'elle. Cependant je la trouve assez sérieuse , pour son sexe et pour son âge : peut-être capable aus^i ,. comme toutes les autres , de ne pas se refuser aa plaisir , si sa réputation étoit à couvert. Mais il me vient une autre idée , qui me fait craindre encore plus que ce parti ne te convienne mal. (^) Tues si lourd et si gauche ^ qu'ayec îqjq
Ï54 H-IS-TOîRE
air de matelot , on s'imagineroit qu'elle t'auroit pris dans quelque port à ton arrivée des Grandes îndes , ou sur les dunes de Chatham ou de Portsmouth , étant occupé à voir lancer quelque nouveau vaisseau à la mer (]^). Tant d'affectation d'un côté , et tant de grossièreté de l'autre. Non je ne crois pas que ta faquinerie convînt à Charlotte , quoique je t'aie une fois parlé d'elle ^ comme jet'en parle aujourd'hui ^ dans un moment. de folie. (*)
Cependant je serois fort aise aussid'assurer tes mcsLsrs , si le mariage y
peut quelque chose. Attends. Je
crois avoir trouvé ton fait. La veuve Lovvick n'a-t-elle pas une fille, ou quelque nièce ? Entre les femmes un peu distinguées par la fortune et la naissance,, il ne te sera pa& aisé d'en trouver une. qui soit disposée à t'accompagner une ou deux fois le jour à Téglise. Mais puisque tu voudroîs une chère moitié qui put servir à tes mortifications , ferois-tu si mal de prendre la veuve elie-m.ême ? Elle auroit un double intérêt à ta conversion. Combien d'agréables soirées d'hiver vous passeriez , tête a tète , à comparer votre vie passée j et ce que lesbonnes âmes appellent leurs expériences ! Je parie sérieusement, Belfordj en vérité,.
DE Clarisse Harlowe. 13:5très- sérieusement; et je recommande mo^. " idée à tes sages considérations.
{^) M, Belford fait à cette lettre ime^
réponse fort sérieuse , qui ne s est poinr
retrouvée. Il regrette vivement de ne s être-.
pas opposé à M Lovelace , à toutes sortes^
de périls et risques , dans ses complots si,
lâches et si ingrats , et suivis avec tant:
d'opiniâtreté cov.tre une Dame dont le
mérite et l'innocence lui donnaient droit a.
la protection de lout homme qui avait les
moindres prétentions au titre de galant-
homme : contre une Dame qui mentait d être
l'objet des soins et de la vigilance du public
entier, >. / ^
Use blaw.e lui- mime sans menagemen. de ses fausses notions d'honneur envers L'amitié \ et il se rappelle ce que cette: divine créature lui dit un jour sur ^ce jukt ; et qu'il avait rapporté lui même dans sa lettre à^Lovelace iV". cccxxxjx, auquel Lovelace aussi se réfère . ( ^^ qualité d'instigateur et d'accusateur ) et :/ Ixvrime vivement ses regrets et sa hante a cette occasion. Il fait cependant une granae distinction entre une irréparable injure, méditée contre une Clarisse, et celles qui. s'adressent à une multitude de personnes dusexe , qui contribuent elles-mêmes a leurchute par leur faiblesse et leur inaiscretion , ^ iS rmdsnt par là §randimmt compUcç^s
l'^ô Histoire
du crime qui les déshonore. Il ne cherche pas , dit - il , à pallier ou à excuser les crimes do ni il s'est rendu lui même coupable : mais il gémit pour l'intérêt de son ami même , de ce que M. Lovelace lui donne d'un air si badin et si léger des leçons et des avis si sérieux et si utiles. Il lui déclare néanmoins qu'il est Men résolu de faire ses efforts pour les rendre efficaces , et qu'il s"" estimer oit trop heureux de iui donner un exemple ,- qui piit servir à retirer du vice un hommç qui lui a toujours été si cher , depuis le premier moment de leur eonnoissance , et qui seroit capable de pensées si profondes et si justes ^ quoiqu'il ne fasse aujourd'hui qu'un frivole usage de ses rares facultés , et que ses talerps et ses lumières ne sen'CiU qufà ajouter à. sa €i>ndamnation. (]^)