Tome XII. n
17© Histoire
M. Lovelace m'a envoyé redemander cette lettre, je l'ai satisfait, mais après en avoir pris copie. Comme il n'en sait rien, je vous prie de ne la communiquer à personne qu'à M. Hickman ; que ce digne gentilhomme la li?e , c'est comme si personne ne l'avoit lue que vous.
Vous voudrez bien observer, Madame, qu'une lettre du colonel Morden , que vous trouverez incluse , n'est qu'une copie.
Si vous désirez d'en savoir la raison , j'avouerai franchement que la- lettre originale contrent quelques réflexions libres , mais respectueuses sur vos délais pour accomplir l'article du testament de votre chère amie, qui vous concerne. Par égard pour ce digne gentilhomme et d'après sa recomman^iarlon expresse , j'ai supprimé cette partie de sa lettre.
Cependant me permettrez-vous , Madame, de vous dire que moi-même je o'aurois pu croire que la chère Miss Howe de mon inimitable testatrice , auroit été la plus paresseuse à remplir une dernière volonté de sa chère amie , qu'il ne dépend que d'elle d'accomplir , surtout quand son exécution doit faire le bonheur d'un des hommes les plus méritans de l'Angleterre et auquel elle a dessein , comme je le présume , d'accorder Thoniieur de sa main.
Excusez- moi, Madame; j'ai pour vous la plus sincère vénération , et je ne vou-
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DE Clarisse Harlowe. 171 drôis pas vous déplaire pour Je monde entier.
Je ne me permets aucune remarque sur les lettres que je vous envoie , ni sur la mort effrayante que je vais vous annoncer de ûqdk misérables qui ont été les complices les plus criminels dans l'affdre de votre adorable amie. L'une est l'infâme Sinclair ; l'autre un homme qui sans doute vous a été connu par les lettres de cette innocente victime sous le nom de Tomlinson.
La misérable femme est morte dans les plus cruelles tortures et le plus affreux désespoir : l'autre a péri de blessures qu'il avoit reçues , à son corps défendant , en f^^isant son métier de contrebande : mais tous les deux s'accusant , dans leurs derniers momens , de la part qu'ils avoient tue à la ruine de la plus excellente de toutes les [^isnes, comme du crime qui leur causoxt le plus de remords.
Permettez-moi de dire, Madame, que si le tableau des nvjux dont cet infortuné Lovelace est tourmenté au fond de son ame , comme vous pourrez le voir par sa lettie , ni celui des remords affreux dont cette malheureuse famille des Harlowes est déchirée , comme vous le verrez par celle du colonel Morden , n^excitent point votre pitié , au inoins ils doivenl exciter votre terreur ; et ce-
172 , Histoire pendant je ne serois pas surpris que lé juste sentiment de la perte irréparable que vous avez faite , n'endurcît contre la pitié votre cœur, qui dans une occasion moins extraordinaire , auroit perdu un de ses plus grands charmes, s'il n'étoit plus compatissant.
Je suis , Madame , avec le plus profond respect et la plus vive reconnoissance,
Votre , etc.
J. Belford. (j]|)