‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 2)Chapitre 23 sur 37 · LETTRE DXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE DXXVI

M. Belford au Lord M — ,

Londres , Mardi soir , j Octobre.

JVxïLORD, j'obéis avec plaisir à vos ordres.

Hier Taprès midi , M. Loveîace est venu me voir à mon hôtel. Comme j'attendois aussi à la même heure une visite du Colonel Morden , je jugeai à propos de le conduire à une taverne qui n'éîoit fréquentée d'aucun de nous , sous prétexte d'une espèce de rendez vous que j'y avois. Et j'ordonnai qu'on me fit avertir si le Colonel venoit chez moi. M. Loveîace envoya chez Mowbray , Tourville et chez M. Doleman d'Oxbridge , qui étoit venu à Londres pour lui faire ses adieux, et leur fit dire où ils pourroient nous trouver.

M. Loveîace est bien rétabli, et trop bien , allois- je dire ; je ne lai jamais vu plus jovial, plus vif, ni plus beau cavalier. Nous eûmes d'abord beaucoup de paroles ensemble sur quelques parties des fonctions que je me suis engagé à remplir , et sur quelques libertés que j'avois prises avec lui, et qui passoient, prétendoit-il, les bornes 'Ipnt nous étions con- Teme XII. I

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venus. Mais à l'arrivée de nos trois anciens camarades , et d'un neveu de M. LXoleman , qui depuis long -temps désiroit le plaisir de passer une heure avec M. Lovelace , nous remîmes nos explications à un autre moment.

M. Mowbray et M. Tourvilîe avoient aussi à se plaindre de quelques licences de ma plume, et M. Lovelace entreprit de nous réconcilier tous et le fît à sa manière, c'est-à-dire , aux dépens de tous les trois , et avec un flux si abondant de railleries et de folies , que nous n'eûmes rien de mieux à faire que de rire avec lui , et de nous moquer les uns des autres. La plume à la main , je peux encore lui tenir tête assez passablement ; mais dans la conversation , il n'a point d'égal. Enfin il étoit dans son jour. Sa joie venoit , disoit-il , de se sentir encore vivant; et ses deux amis battant des mains vingt fois dans une heure , déclarèrent qu'il étoit rederenu tout- à- fait lui-même , le plus charmant garçon qui fût au monde.

Et ils vouloicnt le suivre au bout de l'univers. Je lui lançois de temps à autre un trait au corps , mais pas un ne voulut prendre.

Vous savez, Miiord, qu'il y a des choses qui dans la conversation excitent un bruit universel d'applaud ssemens , lorsque le cœur est épanoui, et ^u'on a résolu de se livrer à la joie , et v^ul perdent tout leur

DE Clarisse Harlowe. 195 prix à être racontées. Elles ne soutiennent même pas l'examen après le moment passé. Des chose» communes dans la bouche d'un hom'.ne qu on admire , et qui est en possession de passer à nos yeux pour un esprit trancendant , deviennent autant d'oracles dans un moment de bonne humeur. Nous épions chaque geste, chaque mouvement de notre héros , nous sommes prêts à rire aux éclats dès qu'il sourrit, et même avant que le bon mot qu'on attend ait passé ses lèvres.

M. Doleman et son neveu nous quittèrent sur le midi. Movvbray et Tourville devinrent fort bruyans vers une heure et on les emporta dehors à deux. Pour M. Loveiace , le vin dont la chaleur donne ordinairement plus de vivacité aux esprits gais , ne l'échauffé jamais Quant à moi , le peu de part que j'avois pris à leur gaieté m'avoit laissé de sang-froid.

La cloche avoit sonné trois heures avant que je pusse le ramener à une conversation sérieuse et fixer son attention , tant la gaieté lui est naturelle , et tant la joie vive de cette soirée avoit pénétré son ame ! Vous savez, Milord , que sa conversation , quand son cœur est à Taise, épuise jusqu'au fond du vase , sans jamais amener de lie.

Mais cette heure passée , et quand nous parlâmes de nous séparer , il devint un peu plus sérieux , alors il me dit ses p^o-

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jets , et le plan qu'il se proposolt de suivre dans son voyage , désirant de tout son cœur, disoit-il, que j'eusse pu raccompagner.

Nous nous quittâmes sur les quatre heures , lui fort mécontent de moi : car BOUS avions parlé de quelques sujets auxquels, disoit-il , il n'aimoit pas à songer; du testament de Miss Harlowe , de mon office , des papiers que j'avois communiqués à cette admirable fille ;^ (et sans aucun dessein contraire à l'amitié , je puis vous en assurer Milord , ) lui , persistant toujours à me redemander , moi , refusant de lui rendre , les lettres qu'il m'a écrites depuis l'instant où il commença à liii faire sa cour.

Il me reverroit encore une fois , dit-il , avant son départ ; mais nous aurions ensemble une autre explication , si je refusois d'acquiescer à sa demande. Je lui dis de ne pas l'espérer ; mais pour ne pas avoir l'air de lui refuser tout , j'offris de lui donner une copie du testament , quoique je fusse siir , lui dis -je, que quand il l'auroit lu , il voudroit ne l'avoir jamais vu.

Il m'a envoyé un domestique ce matin sur les onze heures , me prier de lui inr diquer un endroit où nous puissions dîner ensemble pour la dernière fois avec Movvrbray et Tourville. Un autre du Colojxel Morden vint aussitôt après , m'inviter

de sa part à passer la soirée avec lui à la tête de Bedford (*) dans Covent- Garden ; afin de pouvoir les tenir tous deux à distance Tun de Tautre , j'indiquai à M. Lovelace la taverne de \aigte , dans la rue de Suffolk.

Je le trouvai au rendez -vous avec les deux autres. Nous reprîmes la conversation où nous en étions restés la dernière fois , et disputâmes assez vivement pendant quelque temps. A la fin tout se pacifia ; il offrit d'oublier et de pardonner tout , à condition que je continuerois , quand il seroit sorti d'Angleterre, notre correspondance interrompue par sa maladie , et surtout que je lui donnerois une copie du testament comme je lui et* avois fait Toffre.

Je le lui promis , et alors il commençai à me railler sur ma gravité , et sur ce qu'il appelle mes plans de réforme.- Comme nous nous promenions dans lasalle en attendant que le dîner fût servi y H me mit la main sur Tépaule , et me: repoussant quelques pas , avec un jurement , il se mit à tourner autour de moi , me regardant de la tête aux pieds , appelant les autres pour m'observer ,ha , ha , ha , s'écria- 1- il , faisant un tour sur le talon , et avec un de ces airs d'étourderie qui lui sont particuliers , w com^

C*) Nom d'une auberg.e,

19^ Histoire

«ment arrive- 1- il que ces prosélltes , à » faces réfrognées , se mettent tous dans j) la tête qu'ils ne peuvent être pieux » sans renoncer à la bonne humeur et » au ton de la bonne société ? Et , dit-il , » en me retournant vers lui , allons , » hom^Tîe , je te prie , regarde -moi en ^ f^Ke ! tu ne sais donc pas que la reli- » gion quand elle est éclairée et l>ien )) établie dans le cœur, est le meilleur » maître de politesse, et qui nous forme » au maintien le plus aimable et le plus j) gracieux dans le n^onde. Je l'ai ouï » dire à ma chère Miss Harîowe : et elle » s'y connoissoit ou personne ne s'y conw noît. Il ne falloit que la voir : son air » étoit la preuve de la vérité de l'obser- » vation. Alais à ces bouillons de ton » maudit gosier , et à ces grimaces ridi* » cules de ton visage ^ je vois que tu n'es » encore qu'un novice en fait de religion^ » Ah , Beltord , Belford , il faudra que tu i) passes pieds nuds sur bien des ronces et » des épines , avant que la religion puisse >:> illuminer ces traits ténébreux de tOR » visage opaque, w

Je ne vous envoie ce récit , Milord ^ que pour satisfaire votre désir de savoir s'il me paroissoit rétabli dans son premier état.

Il étoit indécis, nous dit-il , en dînant ,, s'il devoit partir le lendemain matin ou k surlendemain. Voyant qu'il n avoit rieii

DE Clarisse Harlowe. 199 à faire à Londres , et sachant que le Colonel y étoit , ( ce que je me suis bien gardé de lui dire , ) j'ai fait pencher la balance et il s'est décidé à partir le lendemain matin , et ses deux amis sont convenus de le conduire et de le voir s'embarquer. Comme ils ont proposé d'alhr à cheval , je leur ai promis d'être de leur partie le matin ; en ajoutant que je serois obligé de les quitter le soir même. Ce fut avec beaucoup de peine qu'ils me laissèrent aller au rendez- vous. Ils ne se doutoient guère avec qui. Car M. Lovelace nous avoit proposé à tous comme une question sur le point d'honneur, si ayant entendu dire que M. Morden et M. James Harlowe avolent laissé échapper des menaces contre lui , il devoit quitter le royaume sans s'être présenté lui-même sur leur chemin.

Mowbray fut d'avis qu'il devoit quitter le royaume , en homme d'honneur qu'il étoit , et que s'il ne prenoit pas directement le parti de demander raison à ces Messieurs de leurs propos outrageans > il devoit au moias se montrer à eux en public avant de partir ; autrement ils pourroient se vanner et dire , qu'il n'a quitté le royaume que parce qu'il avoit peur d'eux.

Il penchait si fort pour cet avis , que j'eus be.iUcoup de peine à lui persuader le contraire. Je lui rtpicsentai que ni

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l'un ni l'autre n'en étant venu à un Jéfî direct et formel , parce qu'ils savoient bien qu'il n'auroit pas fait difficulté de l'accepter , rien ne l'obligeoit de répondre; que d'ailleurs il avoit déjà- assez fait d'outrage à cette famiHe , et que le plus ardent désir de Miss Harlowe a voit été , qu'il voulût se contenter du passé et en rester là ; qu'il n'avoit donc aucune raison de d'fférer son voyage , surtout ayant un motif aussi juste et au5si plausible que le rétablissement de sa santié , et ayant toujours la liberté de revenir si le cas î'exigeoit.

Je trouvai le Colonel dans une humei>r très- sérieuse. Nous eûmes une longue conversation sur les sujets de plusieurs lettres que nous nous sommes écrites relative* ment au testament de Miss Harlowe et à sa famille.

Il a encore quelques comptas à régler avec son banquier , lesquels , dit-il , seront terminés demain matin. Il se propose de partir jeudi pour aller prendre congé de ses amis , et après de s'embarquer directement pour l'Italie.

Je voudrois qu'on eût pu engager M.

Lovelace à diriger son voyage de quelque autre côté que la France et l'Italie, Je lui proposai Madrid , mais il rit d^ ma proposition , et me dit que je raisonnois comme un mulet d'Espagne , et que je- commençois à devenir aussi grave.

DE Clarisse Harlovve. 201 qu'un espagnol du vieux temps à 90 ans.

Je témoignai au Colonel que je craignois que les injonctions de sa cousine mourante , n'eussent pas sur son esprit toute l'autorité qu'on pouvoit désirer.

» Elles en ont beaucoup , M. Bciford , )) me dit -il , autrement un même monde » ne nous eût pas portés si long -temps » M. Lovelace et moi. Mais mon inten- » tion est d'aller à Florence , non pour y » finir mes jours , comme je vous dis que » je pensois à le faire à la mort de ma » cousine , mais pour mettre ordre à mes » affaires dans ce pays et revenir ensuite me )) fixer dans la province de Kent sur un » petit patrimoine qui s'est étrangement » détérioré par mon absence. Mais en » vérité , si je rencontre M. Lovelace^ soit )> en Angleterre , soit ailleurs , je ne dois y> pas être responsable des suites. »

Il m'invita à retourner le voir demain matin. Mais ayant promis à M. Lovelace > comme je vous Tai dit , de l'accompagner a son départ , je lui dis que j'étois obligé de sortir de la ville , et que j'ignorois à quelle heure je pourrois être de retour dans l'après-midi. Ainsi je ne le verrai que jeudi matin qu'il doit venir chez moi.

J'aurai l'honneur de vous écrire encore l: demain au soir. Je suis en attendant , Miiord;,,

yx)tre etc. (J^

H I s T a I R ff

(1i) LETTRE D XX VII.

^». Bel FORD au Lord M..,

Mercredi scir , 4 Octobre.

E ne fais qiie d'arriver dans linstantd'accompagner M. Lovelacc que j'ai quittéà Gads-hill près de Roch .-ster. îi a été <»strêmemenî gai pendant toute la route, Mcwbray et Tourville ont eontin«é dfe le suivre ; ils veulent le voir s'crid>arqiier Q.t SOUS les voiles prêt à partir, ils tout vœu de le rejoindre dans im it;o-:s oudeux. Car, disent- lis , à présent qu'il est redevenu ce q;u'il étoir , il est impossibie. de vivre sans lui.

Nos. adieux ont été tristes eî extrêmement affectueux ,. toujours méiés cependant de quelques saillies de gîiieté, corn aie TOUS i-i;l}cz voir.,

Me tirant à récort , et ]eî?m ses bras- 3. nion cou , « adieu , cher Belfora , dit- lï^. )^;pute"j^-'wious faire des progrès dans la yh carriè.: e oà vous êtes entré !. ... . ... . ,.; . . ..

>?■ Quelque légèreté que j aiîecîe ,. ccne •jî». chère créature me tiem fbnemcn^ là , )>!. (en portant la main sur son cjaeur ) »; et il; faut absoîuîîi'eat que je ine montre ^jt^^^'û tu. mç vois y. ou que je retombe

DE Clarisse FIarlov/e. 20^ » dans Tétat où j ai été ces jours der- )) niers — ô divine créature ! ( levant les )) yeux au cieL )

» Mais si je vis assez pour revoir >; l'Angleterre , et que toujours constant >; dans vos projets , vous soyez alors dans >; le cas de m'encourager , j'espère être » plus porté à suivre votre exemple » qu'à vous tourner en ridicule. Ce tes- » tament ( car je lui en. ai donné une » copie ) fera ma société dans mes heures » solitaires , vous m'avez déjà dit une y) partie du contenu de ce triste écrit, w Lui seul et sa lettre posthume vont » être ma méditation ; et cette étude me » préparera à devenir votre disciple , si « vous persistez.

J5 Vous , Bjlfard , vous pourriez vous » marier , et j'ai une femme en vue » pour vous. Il n'y a qu'une petite di(H- » culte : c'esr que tu es un mortel si

>; gauche ( il me voyoir très - affecté -,

» et il vouloii m'égayer ) mais nous ne » nous faisons pas nous-mêmes, ei par » fois nous nous faisons pires que nous » ne sommes , par une sott^ manière » de nous parer. Tu es en deuil à préi) sent ^ aussi biea que moi , m.ais si » jamais ton ridicule goûr pour 1 éclat X) et la parure te méramorpho>e de nouw veau en faquin chargé de broderies , »je veux à mon retour te faire beau, %t comine disent ks. Elles ;,. te parer à

ZC4. M'I s TOI R E

» ma fantaisie et à l'air de ton visage.- )) — Tu seras le docteur de inon ame , et- » je serai le docteur de ton corps. Tu- }) verras quel joli garçon je ferai de toi. »

Pour moi , jamais je ne voudrai , jamais je ne peux me marier. Je ne dis pas qu'il ne m'arrive de prendre encore quelques petites libertés et de courirquelques-unes de mes anciennes aventures , je ne promets pas cela. On nesecoue par si facilement d'anciennes habitudes , mais ce ne sera plus que de' loin en loin et pour me sevrer par degrés, afin d'éviter l'inconvénient d'une privatiorttrop subite. Ainsi mon retour et maréforme iront ensem.ble.

» Hé mais, dis -moi donc , larmoyanr » animal ^ qu'as -tu qui te chagrine?» (Je l'aime tendrement, Milord. )

Adieu* encore une- fois , adieu,

dit -il, en m'embrassant , et quand tu ^ croiras être en faveur là - haut ( en regardant le ciel ) n'oublie pas de dire un mot ^ pour ton Lovelace*

Ensuite rejoignant la com.pagnie , il' me re<:ommanda de lui écrire souvent , . promettant de me donner promptement^ de ses nouvelles, et de vous écrire aussi , Milord , et à toute sa famille ; car, dit- il , . ils ont tous eu pour moi plus de bontés que je n'en méritois.

C'est ainsi; quç nous- nous sommes âégaies.

DE Clarisse Harlowe. r«o^'

J'espère , Milord , que vous et votre noble famille aurez bientôt le plaisir de le voir de retour , et songeant à se réformer, comme il le promet.

Je vous fais mes très- humbles remercîmens , Milord , de l'honneur de votre invitation au château. La première lettreque je recevrai de M. Lovelace , me procurera l'occasion de vous y portsr les* assurances de mon respect ,

J. Belford. (Jt)'

(1[) LETTRE DXXVin;

M. Belford au Lord M,.,,,

Jeudi matin , 5 Octobre*

J^VliLORD , peut-être lirez -vous a\^c quelque plaisir le récit de ce qui vient' de se passer entre le colonel Morden:

et moi.

Nous avons eu une assez longue conversation sur la famille des Harlowes ^. et sur ce qui reste encore à exécuter du testament de Miss Clarisse. Après cela le colonel m'a fait une proposition qui m'ax causé quelque surprise.

Il espéroit , disoit-il , d'après ma bonne constitution , et l'heureuse santé dont je -^9uissois , qus j.'avois un: gi:and. nombiej

2g6 Histoire

d'années à vivre. Il avoit donc une prière à me faire r c'étoit de vouloir bieiî être aussi son exécuteur testamentaire, attendu qu'il lui paroissoit impossible de faire un. meilleur choix ou de suivre un meilleur exemple qus celui que sa cousine lui avoit donné.

C'étoit une chose, a -t- il dit , qu'il avoit à cœur ; il y a voit quelque analogie entre le testament de sa cousine et le sien : il avoit nommé pour me, seconder une autre personne avec laquelle il éioit sûr que je ne refuse rois pas d être associé, et à qui il avoit inîenîion 'de dem.ander son consentemeRt dès qu'il auroit obtenu le mien (*) [voulant parler, autant que je puis le deviner , de M. Hickman y fils de Sir Charles Hickman , qui peutêtre a rhonneur d^étre connu de Milord. Car ajouîa-t il , toutes les personnes que ina chère cousine a aimées , doivent m'être chères ; et il savoit que la personne sur qui il avoi? jeté les yeux, outre nies avis et mies secours , auroit aussi ceux d'une des plus sag?s et des plus spirituelles dames de toute rAngkterre.}

iMe voyant un air de surprise, il m.e prit la miain. c( Vous ne devez pas hési- » ter , encore moins me refuser , Moîî- X) sieur Belfoid; non , en vérité , vous

(*) M. BelfbrJ , <^mis sa copie qu'il envoya à ^^lss Howe , avoit suprnrié ce qui st tiQUVt: xenfenné emrfcdeux cioiiiiîs. [];

r>E Clarisse Harlowe. 207 » ne le devez pas. Il y a deux choses yi dont vous j>cuvez être bien assuré , ).) c'est que j'ai tout disposé avec tant »de ciarté , j'ose le dire , qu'il ne peut » s'y trouver rien de litigieux. En second » lieu , i'ai fait une distribution si jiiste ^ » et qui paroîrra , je l'espère , si gênéy) reuse envers toute ma famiiie , quïine- »ame comme la vôtre trouvera plutôt » d-u plaisir que de la peine dans Texé- )j cution de cet office. Et je crois que » c'est ainsi que doit en agir tout hon- » nête homme qui compte avoir un » honnête homme pour son exécuteur î) testamentaire. »

Je le remerciai sincèrement de îa bonne opinion qu'il avoit de moi. C'éîoit ,. Iv dis -je, un devoir si indispensable^ d'être honnête homme , que je pcuvois j^, sans être taxé de vaiiiré , me fiatter de l'être. Mais si j'accepiois la fonction qu'il îTie propos oit , ce ne pou voit être que sous une conditron.

Je ne pouvais , dit- il , en m'interrompant , nom.mer de condition qu'il ne fût tout prêt à accepter.

La voici, lui dis-j-e : c'est qu'étant aussi probable qu'il me survivroit, qu'il rétoit que je lui survivrois , il voulût bie» me permettre russi de le nommer pour exécuter mon testament, et qu'en ce cas,, il no se passetoiî pas huit [ours saiîs que '^ l'eusie fkk>.

it58: Histoire

De tout mon cœur ^ dit -il , et d^àutanr plus volontiers que je ne crains point de mourir de mort subite. Ce que j'ai' fait et ee que je demande de vous , M. Belford , n'est que l'effet de la satisfaction que m'a causée la manière avec laquelle je vous ai vu remplir la partie principale du testament de ma chère €Ousine , qui dit dans le préambule deson testament , que c'est un ouvrage qui doit se faire tandis qu'on est encore en pleine santé de corps et d'esprit.

Je lui dis que j'étois, charmé de luientendre dire qu'il n'avoit aucune crainte de mourir subitement. Gela m'assuroiî qu'il avoit mis de côté toute intention de rien faire qui fût contraire aux derniers-vœux de sa chère cousine.

C'est donc à dire, reprit- il en souriant, que si je songeois à poursuivre une vengeance si juste à mes yeux, je devroi»

redouter de périr de la main de M, Lovelace !— Je vous assuré que je n'ai.

point de crainte de cette nature

Mais je sais que ce sujet vous est désa-gréable. M. Lovelace est votre ami, et. je conviendrai qu'un homme de bien peut avoir de l'amitié pour un méchant: homme, assez du moins pour lui vouloir du bien , sans le soutenir et le seconderdans ses méchancetés.

Je vous assure, ajouta -t- il,, que je:

sslai- encore, formé aucune résolution j si

DE Clarisse Harlowe. 2êi> d'un côté ni de l'autre. Je vous ai dit que[le autorité avoient sur inoi les prières répétées de ma chère cousine : elles

m'ont retenu jusqu'à présent mais

quittons ce sujet.

Ceci , Monsieur , ( en me remettant un paquet cacheté ) est mon testament.

Il est passé devant témoins. Je ne douts point que vous ne m'accordiez la faveur que je vous demande. J'en ai un doubla pour l'autre personne dont je vous ai parlé , et une copie authentique que ys déposerai chez mon banquier. A mon retour , qui sera dans six ou huit m.ois au plus tard , je recevrai votre testament en échange da mien , si vous le voulez ainsi. Je n'ai plus à présent qu'à faire mes adieux à tous m.es parens qui sont dans. leurs terres. Adieu , que le ciel vous protège , M. Belford ! je vous donnerai incessamment de mes nouvelles.

Alors il m'a cmbras6é d'un air touché ,. ainsi que moi , et nous nous sommes séparés.

Je vous félicite de tout mon cœur , Milord , de ce qu'ils ont si heureusemet échappé l'un à l'autre. Car je craindrois bien que leur rencontre n'eût eu de# suites fatales.

Le temps qui dompte tout, domptera.,, iei'espère, leur ressentiment.

Votre etc. J. B£LFOR&i.

2IO H I S T O î R E

// y eut encore plusieurs autres lettres écrites entre Miss Howe et M. Belford , relativement à la disposition des papiers et des lettres , au fonds des pauvres et à d'autres articles du testament de Clarisse , sur r exécution desquels elle avait elle-même indiqué la méthode qu'on devait suivre pour chacun. Après quoi les papiers furent renvoyés à M, Belford pour en faire tirer les deux copies ordonnées.

Dans une de ces lettres M. Belford de^ mande à Miss Howe , de tracer elle même le caractère d'une amie qu'elle avait si ten* drement aimée. Et c'est uns tâche , dit-il , qu'il croyoit devoir lui être aussi agréable à remplir , qu'elle étoit digne de sa plume.

Je suis particulièrement curieux , ajoutet-il, de connoître quelle étoit la distribution journalière de son temps , distribution dont sa sœur lui faisoit par jalousie quelques reproches dans une lettre sur laquelle je viens de jeter les yeux. (*)

Cet éclaircissement , dit -il , fera peutêtre cesser pour moi une surprise que je n'ai jamais pu expliquer. Comment dans un âge aussi tendre , cette admirable fille avoir pu acquérir tant de perfections extraordinaires ! (]^)

(*) Voyez Lettre XLii. ( bis. )

DE Clarisse Harlowe. m

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