‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 2)Chapitre 28 sur 37 · LETTRE D X X X I V · texte numérisé non relu

LETTRE D X X X I V

M. LovELAC^ à M. Belford.

A Munich , 1 1 — 2 2 Novembre.

V OTRE lettre arrive , au moment que j'allois partir pour Vienne.

Four ce qui regarde le voyage de Madrid, ou le moindre pas hors de ma route , dans la vue d'éviter le colonel Morden, que je périsse si je le faisi Tu ne peux me croire l'ame si basse.

Ainsi , tu avoues qu'il m'a menacé ; mais non pas, dis-tu, dans des termes grossiers et indignes d'un galant homme». S'il m'a m^enacé en homme d'honneur, mon ressentiment sera noble , comjme sa m.enace ; mais il n'a pas fait le rôle d'ua homm.e d'honneur, s'il lui est échappé la moindre menace en arrière de moi.

Quel mépris j'aurois pour moi-même, si j'avois été capable de m.enacer un absent , à qui je saurois le moyen de m^adresser de bouche ou par écrit !

f A l'égard de mes remords , de t« caractères tracés sur le mur , d'une poursuite juridique, de son adresse, de son sang-froid , de son courage et d'autres lieux- communs de poltronnerie ; que veux- tu dire ? Assurément tu ne.

d'eClarisse Harlowe. ?7^ saurois croire que des insinuations de cette nature puissent alîbiblir mon cœur ou- ma main. Epargne-moi , je t'en prie , toutes ces impertinences dans tes lettres. Il n'avoit pris aucune résolution, distu , lorsque tu l'as vu ? Il en prendra , de manière ou d'autre , et bienrôt ; car je lui écrivis hier , sans attendre ta réponse. Je n'ai pu m'en, défendre. Il m'étoit impossible , comme je te l'ai marqué , de vivre en suspens. J'ai adressé ma lettre à Florence. Je ne pouvois supporter non plus que mes amis fussent inquiets pour ma sûreté. Mais ma lettre est dans des termes modérés qui Jui laissent absolument la liberté du choix. Il sera l'aggresseur , s'il la prend dans un sens sur lequel il peut si honnêtement fermer les yeux. S'il le fait, W deviendra très-clair que la malignité et la vengeance étoient Aqw^ passions qui Je dominoient, et qu'il n'a pensé à régler s.es aifaires , que pour prendre ensuiu. ses résolutions „ comine tu t'exprimes. Cependant, si Dous devons nous rencontrer ( car, toute civile qu'est ma lettre,. je sais quel choix, elle me feroit faire à sa place) , je souhaiterois que sa cause ne ïût pas si bonne, et que la mienne fût meilleure. Ce seroit mie douce vengeance pour lui, si je toinbois S0U3 ses coups. Mais que me revicndroit-il a moi de l'avoir tué ?

ie- t'envoie la copie de ma httre

En relisant la tienne de sang-froîd, je ne puis refuser des reinercîmens àton amitié, ni même à tes viies. Depuisle premier instant de notre liaison , je n'ai jamais été trompé dans l'estime et^ la confiance que j'ai placées en toi, du. moins si je considère tes intentions ;. car tu avoueras que j'ai plus d'une sottise à te reprocher , dans le rôle que tu as joué entre ma chère Clarisse et m.oi,. Tantôt tu as trop fait , tantôt pas assez ; niais tu es réellement un honnête homme et tout- à-la-fois un ami chaud et sincèrCo Je regretterois volontiers d'avoir écrit à Florence , depuis que j'ai reçu ta lettre , qui est actuellemmsnt sous mes yeux. Mais la mienne est partie. Qu'elle marche. Si Morden souhaite la paix et répugne à la violence , je lui donne une belle occasion d'embrasser Tune et d'éviter l'autre : sinon qu'il ne s'en prenne qu^à lui-mjême.

A tout événement , cherche le moyen de faire savoir au jeune Harlowe ( il se mêle donc aussi de menacer! ) que je serai en Angleterre au mois de Mars prochain EU plus tard.

Cette cour de Bavière est galante et polie. Cependant •zonime je suis incerrain si ma lettre trouvera le Colonel à Florence , je ne laisse pas de partir pour "tienne ^ après moïc àonné des ordfes

DE Clarisse Harlowe. 275 pour toiît ce qui peut m'être adressé à Munich de sa part. Je ne serois pas longtemps à revenir ici , ou dans tout autre lieu qu'on choisiroit pour me voir. Comme j'écris à Charlotte , je n'ai rien de plus à ajouter que des complimens pour tous nos amis , et que je suis tout à toi.

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