IT) LETTRE DV
M. Belford à M. Mord EN.
Samedi ,16 Septembre.
J'ai eu la pensée de partir incognito , ^t d'aller déguisé être témoin de la triste cérémonie. Mais il étoit inutile de me donner cette peine , puisque votre dernière lettre me peint avec tant de vérité tout ce qui s'est passé-, que j'ai chaque scène devant les yeux.
Vous nie faites entrer, Monsieur,, et •me presser moi-même dans la foule j je m'y vois suivant à pas lents , et le convoi et le cortège. — J'entre avec l^auguste cercueil sous le portique redoutable. Je traverse à pas lents et graves l'espace àc la nef vénérable ; bientôt amibitieux de paroître appartenir à la chère defunie, ■et placé dans un banc voisin du cercueil , qui attire tous les regards , je prête une oreille attentive au touchant panégyrique. ■Ensuite au travers du murmure confus et sourd du nombreux auditoire, dont tons les yeux sont rouges de pleurs , je descends avec la foule sous Thumide souterrain , en fîdelle exécuteur du testament , pour m'assurer par moi-mièmc que cette partie de ses volontés est accoai'. Tome XIL 8
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plie. Là , morne et pensif , je compte autour de moi les monumens de la mort <jui m'environnent , je contemple le repos profond de cette multitude d'êtres dont la vanité fit autrefois tant de bruit dans le monde , tous pressés sous l'enceinte étroite d'une obscure et triste voûte, comme si les vivans plaignoient l'espace à ces corps qui , lorsqu'ils étoient animés , auroient volontiers reculé l'air , la terre et les eaux pour étendre leur existence.
Ensuite , la voyant placée aux pieds du vieillard , dont elle fit les délices sur la terre ^ et qui , à ce que je vois , attribuoit au plaisir qu'elle lui donnoit la prolongation de ses jours (*); alors soupirant et détournant le visage , je quitte cette sombre demeure , le cercueil symbolique , et pour jamais la gloire de son sexe qui y est renfermée. Et je remonte avec une troupe de vivans qui, dans peu d'années , après un rayon de vie fort court , rempliront d'autres espaces sous cette même voûte, qu'ils foulent aujourd'hui de leurs pieds , uniquement occupés de pleurer celle qu'ils ont conjointement persécutée. Et vos touchantes peintures ne me permettent pas de m'arrêter là ; mais , remonté avec les autres , je mêle mes larmes et mes éloges à ceux de la foule nombreuse des spectateurs.
(*) Voyez Lettre I7.
DE Clarisse Harlowe. n Jaccompagne la tris:e famille jusaA «a demeure désolée, et je confonds "ma vo,x et mes plaintes dans ce concert gênerai et lugubre de vaines lamentations et d mutiles gémissemens. Enfin me retirant je passe comme eux et au^sl réellement, à des scènes de chagrins so'itaire et prolongé dans d.s nuiis sans repos .réfléchissant sur les perfections dont) ai vu 1 anéantissement, et ne trouvant^ à autre soulagement à ma douleur extrême que dans l'indignation , qui me fait approuver les ressentimens de toTt le monde contre le malheureux boni-iè et contre les malheureux patens qui s'ont les auteurs de cette perte ifréparaWe.
Pardonnez, Monsieur, ces réflexions • et permettez que ,e vous envoie avec elles ce que vous avez refusé d accepter qu'a près les funérailles. F",qua-
( // joint un état de l'creent ^, j ^ff-s,,u-il,uifanparJirTrV\JZ occasion pour satisfaire aux legs desti2 pour le château dHarlou-e et pL leZ 'mage , dont il le prie de faire la distribution conforme au testament.
n lui rend compte aussi de quelques autres démarches qu'il a faites Ve^ cmon du testamem ,• et il prie M. Mol den, de savoir si M. Harlou^e est dans l intention d'acquitter les frais funé^s sur les effets qui sont entre ses main ■ « sU demande U remboursement d/s
e? Histoire
soommcs avancées à la testatrice depuis U mort ds son grand-père. )
Ma célérité dans l'exécution de ces articles ,ajoute-t-iI, convaincra M. James Harlowe , que je suis résolu de veiller à Texécution entière et parfaite du testament ; et en même-temps , il doit voir , à m.a manière de procéder , que je ne -cherche pas à donner de gaieté de cœur des mortifications à la famille ; puisque tout ce qui les concerne , passera par leurs mains. (J^)