LETTRE DVI
M. 'James Harlowe à M.
Belford.
Au château d'Harlowe , Vendredi scir , 15 Septembre.
J E me flatte , Monsieur , d'après le portrait que mon digne cousin M. Mordea fait de votre caractère , que vous voudrez bien excuser la démarche que je fais auprès de vous , pour obliger une famille entière dans une affaire qui intéresse essentiellenient sa paix , et qui ne peut intéresser également aucun étranger. Vous devinerez d'abord, Monsieur, que je veux parler de l'exéciition testamentaire , dont ma sœur
DE Clarisse Harlowe. 2ç vous a , dans ses dernières volontés , donné rembarras.
Nous vous aurons tous une extrême obligation , si vous avez la complaisance de laisser cet office à notre famille. Les raisons que vous allez lire , doivent fonder l'attente où nous sommes de cette complaisance de votre part.
i". Elle n'auroit jamais songé à vous importuner de ce soin , si elle eût pensé que quelqu'un de la famille voulût consentir à s'en charger.
2°. J'apprends qu'elle vous recommande dans le testament de vous en rapporter à. rhonneur de toutes les personnes de la famJlle , sur l'exécution de tous les articles domestiques qui peuvent nous regarder.
Nous sommes prêts , et tous ensemble et: chacun de nous , à vous engager notre; parole de notre fidélité à cet égard. Et tout ce que vous pouvez demander , eni homme d'honneur , c'est que le testament soit exécuté.
Ce qui nous porte encore plus , Monsieur , à désirer que vous résigniez cet office , c'est votre connoissance si nou-velle et si fortuite delà chère testatrice, et votre longue et intime liaison avec l'homme à qui elle doit sa ruine , et nous la plus grande perte , et le plus affreux revers , ( en considérant ses perfections infinies , ) qui soit jamais arrivé à une:
famille.
Bj
3© Histoire
Vous donnerez , j'espère , à ces motifs tous leurs poids , si vous daignez vous mettre à notre place ; et vous hésiterez encore moins , lorsque je vous assurerai que votre intervention dans cette affaire , contraire à notre propre inclination , (excusez, Monsieur, ma franchise, ) occasionnera probablement de la contradiction sur quelques points , qui autrement n'en éprouveroient aucune.
Le but de ma px*ûpo»itioîi n'est pas
que mon père se charge de cet office
Il est plongé dans une afîliction trop proiondè. — Ni moi non plus. — On pourroit me croire intéressé à rechercher cet emploi. — Mais on peut le faire tomber sûr mes deux oncles , dont l'honnêteté est bien connue , et dont l!affection pour la chère défunte n'a jamais été révoquée en doute par personne. Ils traiteront avec vous , Monsieur , par le canal de mon cousin Morden , dans les pointsqu^ils se chargeront d'exécuter.
Les peines que vous avez déjà eues, donnent droit aux legs qu'elle vous laisse, ainsi qa'au remboursement de tous les frais dont vous vous êtes chargé , et à la ratification des legs que vous avez acquittés ; quoique vous n'ayez pas dû vous croire qualifié pour agir en exécuteur testamentaire , comme je présume que vous n'avez pas encore commeucé
DE Clarisse Harlowe. 31 de le faire , et que vous ne voudrez pas l'entreprendre.
Votre complaisance , Monsieur , obligera une famille entière , ( qui a bien assez de maux accumulés sur elle , ) dans la circonstance qui me fournit Toccasion de vous adresser cette demande ; et vous obligerez plus spécialement encore , Monsieur ,
Votre , etc.
James Harlov^e.
J'envoye cette lettre par un de me& gens, qui attendra votre réponse. (H)
(^) LETTRE DVII.
M. Belford à M. James^ Harlowe.
Samedi , 16 Septembre.
V OU S voudrez bien, Monsieur, excuser à votre tour la franchise avec laquelle je vais vous répondre. Car je nepuis m'empêcher d'observer ,- que si je n'avois pas moi-même une juste idée de la nature de l'office sacré dont je me suis chargé , il suffiroit de quelques passages de la lettre dont vous m'avez honoré , pour me convaincre que je ne dois pas me dis-^ penser de son exécution.
32 HlSTÔTRE
Je n'en citerai qu'un seul. Vous ave2 la bonté de me dire , que vos deux oncles , si je leiH* cède cet emploi , traiteront avec moi par le canal du colonel Morden , dans les points qu'ils s'engageront d'exécuter.
Permettez -moi , Monsieur, de vous dire , que le devoir d'un exécuteur testamentaire est de veiller à l'exacte exécution de tous les articles qui en sont susceptibles. Et je n'abandonnerai point à d'autres personnes l'accomplissement du mien , surtout lorsqu'on m'annonce si directement des modifications , et lorsque toutes les branches de votre famille n'ont que trop montré qu'elles n'avoient qu'un même esprit , dans tout ce qui regards cette incomparable dam>e.
Il vous plaît de rn'observej , qu/elle me recommande, de. m/en rapporter à l'honneur de quelque personne que ce soit de la famille , sur les articles domestiques qui la concernent ; mais en vous accordant ce point , la conséquence n'estelie pas , que tous les autres articles restent à m.a charge et à mes soins ? Et même pour les premiers , vous trouverez dans le testament qu'elle ne les abandonne point à cette indécision; je vous renvoie à sa lecture.
Je suis fâché de ce que vous mie donnez à entend're , qu'il pourroit y avoi? de Topposition dans des points , où y
dites -vous , il n'y en auroit probableinent aucune^ si je ne me mélois pas de l'exécution.
Je ne vois pas , Monsieur , pourquoi votre animosité contre un homme, qu'il est impossible d'excuser , s'étendroit à cet excès contre un autre qui ne vous a jamais donné aucun sujet d'offense , et cela par la seule raison qu'il est lié avec le. premier.
Je^ ne veux pas dire tout ce que j'au-^ rois à dire là-dessus.
Quant au legs qui m'est assigné , je peux vous assurer , Monsieur , que ni ma fortune , ni mon caractère ne me mettent dans le cas de chercher à faire mon profit en exécutant des testamens. Je me ferai un plaisir de marcher sur les traces de l'admirable testatrice , autant que je le pourrai , et je suis disposé à augmenter plutôt qu'à diminuer la masse du fonds de ses pauvres.
Quant aux embarras et aux peines que peut me donner l'exécution du testament, je n'en tiendrai aucun compte , quand il- m'en coûteroit dix fois plus de peine que je n'en aurai. Je suis , il est vrai, setuellem.ent chargé de deux autres testamens ; mais' le fardeau est doux et lé^cr pour moi ; ceux qui survivent ne peuvent ni mieux , ni plus généreusement employer leiix temps..
Je conçois que tous les articles, excepte ceux qui ont rapport au fonds de ses pauvres, (tant sont claires et parfaites, les dispositions de la plus parfaite des femmes î ) peuvent être terminés dans l'espace de deux mois au plus.
Les occasions- de procès ou d^humeur ne viendront certainement pas de moi.
Vous n'avez qu'à vous adresser au colonel Alorden , dont je suivrai les ordres dans, tout ce que le testament me permettra d'accorder pour obliger votre famille. Je peux vous protester que je n'ai pas plusd'inclination à l'importuner de ma présence , qu'aucuH d'elle nen a pour ma.
eonnoissance.
J avoue que je n'ai pas encore mis le testament en évidence. Et je ne le produirai que la semaine prochaine au plu^ tôt , aEn de vous donner tout le temps de proposera l'amiable vos objections , si vous jugez à propos de m'en proposer quelqu'une par la médiation du ColoneL . Mais vous me permettrez de vous observer , Monsieur , « que le pouvoir d'un :o exécuteur dans les articles où je l'ai » exercé, est le même avant la produc-- » tion du testament qu'après. Il peut «très -bien, sans le produire , commeni) cer une action en justice, quoiqu'il ne » puisse pas le citer à l'appui. Et ces » actes d'administration le rendent sujet » lui-même aux actions judlGiaircs* i> Je
DE Clarisse Harlowe. jçsuis donc très en règle dans ce que j'ai commencé à exécuter de cette charge sacrée , et je n'ai pas besoin d autre autorisation sur ces articles.
Permettez-moi d'ajouter , que lorsque vous aurez lu le testament , et examiné de sang- froid toutes ses dispositions, j'espère que vous jugerez vous-même qu'il n'y a point de matière à dispute ni à aucune opposition ; et que , si votre famille veut concourir à l'expédition des articles , ce sera la voie la plus naturelle et la plus facile de terminer cette affaire , et de finir avec un homme qui , sans l'avoir personnellement mérité en rieii , est pour vous , Monsieur , un objet d'aversion , sans en être moins
Votre très-humble serviteur,
Belford. (It)
fttf
TESTAMENT DE Clarisse KarlowE'.
Auquel étoit cousu , avec de la sok noire ,. un papier qui contenait- le- préambule suivant,
A M O N E X É eu T E U R T E STA M EN TA I R E*
'ESPÈRE qu^on m'excusera , si je mesuis étendue sur divers points importans de ee sérieux et dernier acte de L. vie. J'ai si souvent' oui parler de difficultés et de contestations fâcheuses ,, occasionnées dans les familles par lobscurité d'un ; testament , que j'ai pensé ' que , n'y eût- il d'autre considéraî/on que celle du repos et de la paix des amis qui nous survivent,, ce dernier acte -de la vie, eu égard à son but et à ses suites , ne devoit pas en être ia dernière action. J'ai cru au contraire , qu'il devoit être le., résultat d'une mûre et tranquille délibération , et l'ouvrage d'un esprit sain et d'une mémoire pré^ sente ,. ( étant plus souvent soupposé que.. réel, ) qui , malheureusement , ne sont guères l'appanage que de la santé. De plus , les raisons qu'un testateur donne. (de. se& vcloBté^ 3. préviennent les suppo-
D E G L A R I <: s E H A R L O W s. T^fdînons de démence , et les disputes de^ mots,- ceux qu'on vouloir obliger , sonîr assurés du bienfait , et tranquilles possesseurs du bien qu'on avoit eu desseind« leur laisser. Ce sont là les raisons qui m'ont engagée depuis long-temps à mettre* sur le papier les principaux articles de mes dernières dispositions , changeant ouajoutant , selon les nouvelles raisons qui. s-offroient ; de manière que , quelque soudaine qu'eût été ma mort , j'aurois toujours laissé après moi un testament plus' ou moins détaillé. Gomm.e il a plu à Dieude me donner du ten.ps , et que j'ai enfinjoui par sa grâce de quelque repos et d'unheureux calme d'esprit , j'ai rédigé ces volontés éparses , rempli les lacunes , etachevé mon testament , dans la forme e^ teneur suivante.
Moi , Clarisse Harlowe , par une sirited*étranges et tristes accidens , logée actuellement dans la paroisse de St. Paul" de Covent- Garden , ayant le parfait et- Irbre usage de mon jugement et de mamémoire , dont fera foi , à ce que j'espère , le présent acte écrit en entier dema propre m.ain ce (*) second jour de Septembre de l'année de N. S (|) fais
(*) La date du jour étoit en blanc. Oji L'a remplie aty'ès. Voyez Lettr| CDLIV.
(f ) L'aiHeur dit dans une note que la date de Tannée a éié laissée en. blanc par èit% raisons, particulières-.
5^ H I s T O I RE
ce testament et rends notoire ma cîernîëre volonté , comme ii suit.
En premier lieu , je désire qu'après mon décès mon corps soit gardé pendant trois jours , ou jusqu'à ce qu'on connoisse de qut;lle manière mion père veut qu'on en dispose. Cependant, comme la cause de ma. mort n'est pas douteuse ,. je ne veux pas- qu'il soit ouvert , pour quelque raison ou prétexte que ce soit ^ et je désire qu'il n'y ait qu€ des personnes de mon sexe qui y touchènr. J'ai' toujours ardemmi^nt souhaité que mon corps fût déposé dans le caveau de ma famille , avec ceux de mes- ancêtres : si cela peut m'être accordé > je demanderois qu'il fût placé aux pieds de mon cher et honoré grand-père. Mais comme une malheureuse démarche a fait penser que j'étois devenue la honte de mes parens , et qu'en conséquence on pourroit me refuser ce dernier honneur, je désire en ce cas , d'être enterrée dans le cimetière de la paroisse où je. mourrai ; d'y être portée avec le moins d'appareii possible, entre onze heures et minuit,, accompagnée seulement de Mde. Lovick ,.
de M. et Mde. Smith , et de la fille qui. est à leur service.
Mais je veux qu'on satisfasse aux mêmes redevances qu'on a coutume de payer pour ceux qu'on enterre dans î'église , même auprèi de l'autel , et j^
DE Clarisse Harlowe. t,^.
lëPue cinq livres (*) pour être distribuées par les marguilliers ,. et selon leur discrétion , à vingt pauvres , le dimanche après mon enterrement , lequel legs subsistera , soit que je sois ensevelie ici ou ailleurs. , t ,
J'ai déjà prescrit de bouche la maniere; dont je voulois ctre arrangée dans ma.
bière , aussitôt après mon dernier soupir., le désire de plus qu'on ne m'expose pas sans nécessite à la vue de qui que ce soit , à moins que quelqaun de mes parens ne voulût m'accorder la faveur d'uîi dernier regard.
Je souhaiterois qu'on ne permit pas a- M. Lovelace de me voir après ir.a m.ort ,si cela se peut faire sans compromeîtremon exécuteur testamentaire avec lui. Toutefois ,. comm;e c'est un hom.me qui. ne peut souffrir d'oppositions , et que je n'appartiens à personne , s'il veut absolument voir sa morte qu'il a vue une. fois comme morte , qu'il satisfasse sa. vaine curiosité ; qu'il contemple m>on. cadavre, et triomphe sur les malheureuxrestes d'une victime que sa barbare per-. fidie s'est immolée. Mais , tandis qu'il sera occupé de ce spectacle de mort ,. que quelqu'un , comme de ma part , lui donne un papier sur lequel soient écrites
( * ) Dans toute . la suite de cette traduction ^ par /iV/ej j il faut .entendre des livres stçrlings...
40 H'IS TOrRET
ces paroles : c( Cœur mondain et cruel !■ )> contemple ici ce qui reste de Clarisse- » Harlowe ta victime ; mais maintenant » heureuse. Vois ce que tu seras bientôt » toi-mêmiC ; et repens-toi. »
Cependant , pour m.ontrer que je meursdans une parfaite charité envers tout le monde, je déclare que je pardonne abso-lument et sans réserve à M. Lovelaee les torts qu'il m'a fai-s.
Si la bonté de mon père peurlui faire pardonner la faute d^un enfant indigne de lui , et souffrir que mon corps, suivant la demande que j'ai faite plus haut , soit déposé aux pieds de mon grandpère , je souhaiterois-, vu la publicité demes malheurs , qu'avant de descendre mon corps dans le tombeau , on prononçât sur mon cercueil un discours , dont je donnerai le sujet à la fin de cet écrit.
Si l'on considère les malheureuses cir^ constances oh je me trouve , l'abscence de tous ceux que la nature m'avoit destinés
pour amis on sera porté à excuser
rétendue que je viens de donner à un objet si peu digne de considération , et qui ne sera plus qu'un néant , quand on viendra à ouvrir et à lire cet écrit.
Pour passer maintenant à ce qui fait' Fobjet de ce testament , et à la disposition- , soit des biens de ce monde, quVîn me trouvera à ma uiort , soit de ce qui
DE Clarisse Harlowe. 41 m'appartient de droit par le testament démon graiTd-pcre , ou en vertu d'autres titres , voici ma volonté.
En premier lieu , je donne et lègue à mon très- honoré père Jacques Harlowo toutes les terres et biens dont le susdit testament m'a inise en possession. Ainsi , mon frère et- ma sœur , à qui j'eus autrefois ridée de les laisser , les verront? repasser entre leurs mains , s'ils survivent à mon père , ou les devront à ses bontés en cas qu'il juge à propos de ks^ en avantager, soit Tun , soit l'autre, ou tous les deux par contrat de mariage ou autrement , selon que les circonstances le rendront convenable , ou que l'un et l'autre le mériteront , en continuant de remplir leurs devoirs envers leurs parens.
Je lègue aussi à mon père la m.aison de feu mon grand-père, appelée le bosquet , et qu'il nomimoit ma laitcrie^ par affection pour moi , et pour témoigner combien il approuvoit la manière dont j'y employois une partie de mon temps.
Je donne et lègue à mon père ladite maison avec les meubles dans l'état ou ils se trouvent à présent : j'en excepte pourtant les peintures et un coffre-fort en fer rempli de vieille vaisselle d'argent. Je prie aussi mon père d'accorder à ma chère Mde. Norton la faveur d'y passer le reste de ses jours , dans les ^ppartemens qui y sont distingués par 1^
42 Histoire
nom d'appartemens de la gouvernante , et de lui laisser la jouissance des meubles simples , mais fort propres , avec lesquels mon grand-père , qui se plaisoit à m'appeler sa gouvernante , me les fît garnir , afin que je les occupasse en cette qualité , comme je fis jusqu'à la= fin de sa vie. J'entends que Voffice suive aussi avec les susdits appartemens ; et j'insiste d'autant plus sur ce que moa père ne me refuse pas la grâce que je lui demande , qu'autrefois je m'étoi?
flattée de passer avec Mde. Norton des jours plus heureux dans cette maison , et que je ne doute pas que sa sage économie n'y rende son séjour aussi profitable à mon père , que cette faveur pourra être convenable et avantageuse pour elle- même- Mais à l'égard des rentes accumulées ^ et de tout le produit net des fonds qui dépendent de la maison dont je viens^ de parler ; je me Piatte que les diversesbranches de ma famille étant toutes ri« ches , on ne trouvera pas mauvais que j'en dispose selon que j'y serai déterminée par les sentimens d'amour et de reconnoissance que j'ai étendu à diverses^ personnes hors de ma parenté. J'espère même qu'on ne verra pas de mauvais œil que pour en faire le même usage , j'ajoute à ces sommes , quelques considérables qu'elles soient , la moitié d^
DE Clarisse Harlowf. 43^ l'argent comptant qu'on trouva à nion^ grand -père lorsqu'il mourut , et qui y. suivant sa volonté , fut partage également entre ma sœur (*) et moi , pour l'employer chacune à notre usage particulier.. Ma moitié de cet argent alloit à neuf cent soixante et dix livres , que je remis à mon père avec le reste de mes biens ,. pour convaincre mon frèje et ma sœur que je ne voulois pas m.'en faire un:
moyen d'indépendance. Mais avant de passer aux dispositions que je viens d'annoncer , j^ordorme expressément qu'on' ait à recevoir , sans contradiction et sansaucune discussion , le com>pte que mon^ père voudra bien rendre ides sommes et produits que j'ai spécifiés dans cet article : voulant que mon exécuteur testamentaire et tous, autres tiennent ce:
compte pour bon et vérifié , dans l'étatr où il plaira à mon père de le remettre à mon cousin Morden , ou à telle autre personne de son choix.
Il fut un temps où mon père de sa^ bonté m'assignoit la même pension qu'à, ma sœur pour mes habits et autres dépenses nécessaires. L'amour qu'il me portoit alors lui faisoit souvent répéter qu'il ne déduiroit point cet argent des b'*ens ou du produit des biens que m'avoit laissés mon grand -père. Mais craignant
C*) Voyez Lettre xjii,.
44 Histoire
que ma malheureuse aventure n'ait été traitée de mortelle offense contre sa personne , j'ai lieu de présumer qu'on s'attendra à ce qu'il se rembourse de ses avances. C"'est pourquoi je veux qu'il ait plein pouvoir de se satisfaire sur toutes les somim^es et pensions que j'ai reçues de lui après le décès de mon grand- père ; ordonnant que, sur cet article comme sur le précédent , chacun ait à s'en rapporter , sans examen , purement et simplement aux comptes que rendra mon père. Je me contenterai de ^ipuler , que ce que je laissai dans mon secrétaire , soit employé à acquitter une partie des déboursés qu'il a faits en m.a-faveur.
Mon grand -père qui ne mettoit point Ùq bornes à son affection et à ses honiif pour moi , me légua toutes les peintures de famille qui étoient dans la maison où il a fini ses jours; ce sont des pièces intéressantes , et parmi lesquelles il s'en. trouve plusieurs de main de maître. Il ordonna que si je mourois sans être mariée , ou mariée , mais sans enfans ,. ces peintures- passeroient à celui de sesfils alors vivans , que je croirois en faire plus de cas. Comme je me souviens que mon oncle Jules Harlowe témoigna quelque déplaisir de ce qu'elles ne lui avoient pas été laissées , comme au fils aîiis y et qu'il a une galerie où elles
BE Clarisse Harlowe. 45 ponrroicnî être avantageusetiient placées , je les lui donne , dans l'espérance qu'il les léguera à mon père , s'il meurt avant lui , et que de mon père elles passeront à mon frère. Cependant , j'excepte de ces peintures le portrait qu'on fît de moi à l'âge de quatorze ans , dont je disposerai ci-après dans un article séparé.
Mon grand -père me légua aussi la vieille vaisselle de famille qu'il aimoit , et qu'il n'avoit jamais voulu fondre , parce qu'il disoit avoir observé que les révolutions de la mode , après en avoir proscrit diverses pièces pour un temps , les avoient fait depuis rentrer en faveur. Il accompagna la donation qu'il m'en fit d'un ordre exprès de la conserver entière , de la laisser à celui de la famille que je croirois le plus porté à favoriser son désir , qu'elle passât ainsi sans aucun changement à la dernière postérité. C'est pourquoi , telle qu'on, doit la trouver actuellement dans la maison où mon grand-père est décédé , au garde-meuble , dans un grand coffre de fer , je la donne et lègue , sans en rien excepter, à mon oncle Antoine Harlowe , désirant qu'il remplisse les mêmes conditions qui me furent imposées , et ne doutant pas que son testament ne les rende encore plus pressantes et plus obligatoires.
Je lègue six cent livres à mon estimable amie Mde. Judith Norton , les-
H^ Histoire
quelles Ini seront payées six mois après ma mort , comme un gage de ma reconnoissance : devant à ses soins et à sa piété , qui ont corrstamment secondé les soins et la piété de mon excellente mère , l'estime et l'amitié qu'on a eues pour moi durant les dix-huit premières années de ma vie.
Je ligue encore à cette digne femme trente guinées , pour son deuil et celui de son Ris mon frère de lait.
Je donne à Mde. Dorothée Hervey , ■sœur unique de ma respectable mère, -cinquante guinées pour une bague : je la prie d'accepter mes remércîmens pour les bontés dont elle m'a comblée dans mon enfance , et particuUèrement pour la patience qu'elle a eue avec moi pendant mes altercations avec mon frère et ma sœur , jusqu'à mon malheureux départ de la maison paternelle.
Je donne à mon estimable et chère cousine Dolly Hervey , fille de ma tante Hervey , ma montre et tout ce qui en dépend. Je lui donne aussi mes plus belles coëffures en dentelle de Malines et de Bruxelles ; j'y joins ma robe et ma jupe à fleurs d'argent brodées de ma main : n'ayant achevé cet habillement que quelques jours avant d'être enfermée dans ma chambre , je ne l'ai jamais porté.
DE 'Clarisse Harlowe. 47
Je lui donne encore mon clavecin , l'orgue qui est dans mon cabinet , et tous mes livres de musique.
Comme ma sœur a une fort jolie 'bibliothèque , et que ma chère Miss Howe a celle de son père et la sienne propre , je donne à ma dite cousine Hervey tous mes livres , avec les tablettes où ils sont rangés. Quand le temips aura modiré sa douleur, et Taura changée en un tendre souvenir , plus sensible par sa douceur que par son amertume , je crois que mes livres , assez heureuse- -nient choisis pour composer la bibliothèque d'une femme , lui feront plaisir , ■et que l'idée qu'ils m'ont appartenu, les diverses remarques de ma main qu'elle y trouvera , et quelques notes excellentes du docteur Lewen , les lui rendront plu» précieux.
Je lui lègue encore vingt-cinq guinèes pour une bague qu'elle voudra bien porter €n souvenir de sa véritable ami^.
Si je ne vis pas assez pour voir mon cousin William Morden , je lui présente ici mes très -humbles remercîmens , et les sentimens de reconnoissance dont je suis pénétrée pour toutes les bontés qu'il a eues pour moi. Je le remercie en particulier des efforts qu'il a faits pour me réconcilier avec mes autres parens , dans un temps où je doutois si lui-même voudroit me pardonner. Comme il est dans
une situation brillante , je le prlerar seulement d'accepter deux ou trois baga^ telles en mémoire d'une parente qui eut autant de respect pour lui , qu'il avoit d'affection pour elle. Je lui donne cette broderie en fleurs que mon oncle Robert son père désiroit fort d'emporter avec lui quand il quitta l'Angleterre pour voyager. Je le prie d''accepter mon portrait en miniature , monte en or , et •tiré par le maître italien qui suivit son père à son retour dans sa patrie. Il m'en ïit présent pour Je donner , disoit-il , à J'homme pour lequel je me sentirois un jour le plus d'inclination.
Je lui donne aussi ma bague à diamans montée en rose , c'est un don de son père , considération qui la lui rendra plus précieuse.
Je prie humblement madame Annabelle Howe , mère de ma chère Miss HowQ , de ne pas refuser mes remercîmens des bontés qu'elle m'a témoignées toutes les fois que j'ai été passer quelque temps avec sa chère fille , et d'accepter une bague de vingt- cinq guinées.
J'ai excepté, des peintures de famille, mon portrait de grandeur naturelle , qui est dans le cabinet de feu mon grandpère,.... J'avois quatorze ans lorsqu'il fut peint ; ce fut le temps où ma chère Miss Howe et moi commençâmes à nous consoître, à nous distinguer, à nous aimer
l'une
DE Clarisse H ajî i. o w e. 4^ Tirae et l'autre avec une tendresse.... que je ne puis exprimer. Je lui donne ce portrait, pour la faire souvenir que ir.on inclination en avoit fait la sœur de mon cœur , et que rien n'en effacera les preuves d'amitié que j'ai reçues d'elle , soit dans ma prospérité , soit dans mon adversité, lorsque personne ne vouloit m.e donner de consolation. J'emporte avec moi la douce persuasion qu'elle m'a tint aimée, que notre amour ne peut être surpassé que par celui qui nous unira dans cet état de perfection^ où j'espère qu'il fera une partie de ma félicité éternelle.
Je lègue encore à ma chère amie ma plus belle bague ck brillans, qui est avec d'autres joyaux, dans le tiroir secret ce mon bureau. Je lui donne toutes m s broderies à l'aiguille, celles qui sont ache-' vées et celles qui ne sont que montées. J'en excepte uniquement celle en fleur?, dont j'ai déjà disposé en faveur de mon cousin Mordert.
J'ai appris que mes parens (*) avoient ôté ces différentes broderies des appartemcns où elles étoient , et je ne crois pas qu'ils aient grande inclination à 1 s y replacer. Cependant, si ma mère juge à propos de s'en réserver quelqu'une , comme il n'est pas impossible que le temps ne lui en rende la vue moins insupporta-
C) Voyez Letrre CXLVII.