LETTRE CCLXXXI
M. LovELACEau même.
Vendredi au soir , o:i plutôt Samedi matin à i heure»
J'avois cru que le temps et rinclination me manqueroient également pour écrire
avant que d'arriver au château de M
Mais je me trouve du temps ; et il faut que rinclination vienne , ne pouvant ni dormir , ni m'occuper d'autre chose qu'à écrire , si j'en suis capable. Je suis d'une humeur insupportable à moi-même. Qu'elle se mêle ou non arec mon encre ; ce qui viendra , viendra. N'attends pas de moi d'autre préparation.
J'ai tâché parla douceur et par l'amour
d'amoîhr quoi ? le marbre : un cœur
incapable d'amour et de douceur. Les offenses passées ne sortent pas de sa mé^ inoire ; prête à recevoir des grâces , c'està-dire , la permission de partir pour Hamstead ; mais aussi éloignée de les mériter que d'en faire. Ainsi je me suis bieniôt
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vu forcé de renoncer à mon système de
complaisance et de soumission.
J'avois gran:l besoin alors qu eUe provoquât m;i colère. Comme un lâche écolier qui attend le premier coup de poing avant de pouvoir se résoudre au combat , je l ai presque défiée d^ostr me défier elle- même. Elle paru s'appercevoir du danger i et n ayant pas la hardiesse de braver mon ressentiment en face , .elle a tenu constamment le milieu, sans me donner , m prétexte de l'offenser , ni espérance de la fléchir. Cependant elle croit la table cie K- n^'sh-Town et l'arrivée de son oncle , et"je ne m'apperço^'s pas qu'elle soupçonne Tom.linson d^etre un imposeur.
S-.n inquiétude n'en était pas moins vinble pendant notre entretien, bile a vouki p^us dune to s se retirer brusquement. Elle m'a ramené si souvent a ma promesse de la laisser partir pour Hamstead que je me su^.s trouvé fort embarrassé à réponJre , quoiqu'aux termes ou j'en étois avec elle , il me fut impossible de sonr^er à lexécuter.
Dan^ cette situation , les f.^mmes prêtes à m'a: sister , et également prêtes a m accabler de railleries , si )e demeurois en d^em^n , quel autre parti avois-jt a pren- - dre que de buivre le pl'.n concerte , et de -faire naître un prétexte de quereUe , pour îr.e mettre en droit de révoquer ma permission , et pour la convaincre que je
DE Clarisse Harlowe. 149 ne vouiois pas et e troité sans raison comme un brutal ravisseur ?
J'étois convenu avec les femmes , que si je ne pou vois trouver dans notre conférence l'occasion de quereller , le billet se trouveroir sous mes pas , et que je m'en saisirois au.^sitôt qu'elle ra'auroit quitté. Mais vers dix heures , en voyant Ternpressement qu'elle a miarque pour se retirer , et le redoublement d'inquiétude et de crainte que j'ai lu dans ses yeux et que lui donnoicnt la chaleur extraordinaire de ma conduite avec elle , (^) et la hardiesse avec laquelle j'ai saisi violemment sa main deux ou trois fois , avec un trouble et des regards qui , je le sentois , étoient d'accord avec n^e? mouvemens , (]^) j'ai craint que si je la lai^sois remonter à sa chambre , il ne me fût bien difficile de me rapprocher d'elle. Je ne vouiois pas m'exposer à ce risque. Je suis sorti un moment , à dix heures , dans le dessein de changer quelque chose à mes dispositions; après lui avoir dit que j'allois la rejoindre sur-le-champ. A mon retour, je l'ai trouvée à la porte de la salle , prête à remonter , et je n'ai pu lui persuader de retourner sur ses pas. Dans les sentimcns de complaisance où je m'étois soutenu pendant toute la soirée , je n'ai pas eu la présence d'esprit d'employer la force pour l'arrêter. Elle s'est comjme glissée d'entre mes mains, et je me suis vu rappelé malgré moi à mon premier système.
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J'aurois dû te dire d'abord ( mais je ne songe guère à mettre ni ordre , ni liaison dans mon récit ) qu'entre huit et neuf heures du soir , il m'étoit venu un nouveau courrier de ma famille , pour me prier de prendre avec moi le docteur S***, dont le vieux Pair s'est souvenu que les rem.èdes lui ont sauvé la vie dans une pareille extrémité. Je l'avois fait avertir de se tenir prêt poiu" ce matin à quatre heures : car le diable auroit plutôt emporté l'oncle et le docteur , que de me faire remuer d'un pas avant la conclusion de mon entreprise.
Avance , si tu veux , ton maudit nez , pour subodorer l'événement Donne-rnoi au diable , si je te l'apprends qu'en son lieu et place. — Et ce sera encore trop tôt.
A^ peine ma charmante étoit-elle rentrée daîis sa cbair:bre , qu'en me retirant dans la mienne , j'ai trouvé un petit papier que j'ai ramassé. Je Fai ouvert , car il étoit soigneusement plié dans un autre. Que pouvoit-ce être qu'une prom.esse de vingt livres sterllnos de pension et d'un diamant pour corrompre Dorcas et l'engager a tavoriser la fuite de sa maîtresse ?
Quelle révolution tout d'un coup dans mes esprits ! J'ai sonné , sonné , sonné avec une violence à casser le cordon , comme si la iraison avoit été en feu. L'ehroi a mis tous 1-s démons sur pied. Toute la maison s^cît remplie d alarme et de tumulte. Will
DE Clarisse Harlovve. 151 est accouru îe premier : Monsieur , Monsieur ! les yeux et la bouche de travers. — O'-i'on me fasse monter ici cette misérable Dorcas , me suis-je écrié du haut de l'escalier , dans une horrible fureur et prêt à perdre la respiration. — La malheureuse s^est présentée : mais trem.blante , et se gardant bien de s'approcher trop , après le récit que Will lui avoit fait de m.on emportement et le son de ma voix qu'elle avoit entendu. — J'ai tiré l'épée que j'avois prise dans le premier mouvement de ma rage. — Scélérate ! infâme traîtresse ! ô corruption! Elle s'est réfugiée contre la porte de sa maîtresse , en lui demiandant à grands cris sûreté et protection. — Monsieur j Monsieur , au nom de Dieu ! s'est écrié Will en me retenant le bras , lorsque je voulois la frapper au passage. — Je l'ai repoussé de toute ma force : et lui donnant un coup du plat de mon épée : prends cela , m>araud , pour avoir dérobé une perfide , une ingrate à ma vengeance. — S'il m'est échappé quelque épithète plus grossière contre mon intention , la colère doit me servir d'excuse. Deux ou trois femm^es sont montées en hâte. Quoi donc ? quoi ? qu'est- il arrivé ? — Ce qui est arrivé ! ( J'ai entendu mia charmante qui , loin d'ouvrir sa porte , poussoir un verrou de plus pour la fermer. ) Cette abominable Dorcas.... Qu'on m'appelle sa tante. Qu'elle vienne voir à
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quelle traîtresse elle m'a livré. Je veux qu'elle me Tamène ici devant moi , qu'elle me fasse justice d'une misérable qui se laisse corromipre par des pensions , pour trahir son devoir , pour éterniser les querelles entre un mari et sa femme , et pour me faire perdre à jamais tout espoir de réconciliation.
Que je meure , Bclford , si j'ai le courage de continuer le récit de cette farce !
La tante est montée en soufflant. Sur sa part de paradis , a-t-elle dit , elle n'avoit aucune part à ce qui s'étoit passé. — De sa vie elle n'avoit connu une Dame plus malicieuse et plus intrigante que la mienne. Il n'étoit pas surprenant qu'il y eût si peu de domestiques fidelles , lorsque des Dames de la qualité de Mde. Lovelace ne se faisoient pas scrupule de les corrompre. — Quant à elle , elle ne m^e demandoit pas grâce pour rinfâme créature. Elle la renonçoit pour sa nièce , s'il étoit vrai qu'elle fût capable d'une trahison. Mais quelle étoit la preuve ? — Je lui ai fait voir le papier. — Cela n'est que trop clair ! (^) Et les noms d'infâme f de m.alheureuse , de démon , ont passé de bouche en bouche , et l'on s'est emporté à Tenvi contre la bassesse de la servante corrompue , et contre l'indignité de la corruptrice. Nous sommes tous montés , passant
DE Clarisse Harlowe. 155 devant la chambre de ma belle pour aller à la salle à manger , faire le procès à la coupable : Et chacune de passer en frappant du pied devant sa porte , et chaque langue de vomir son imprécation. — Qu'oa m'amène cette créature , ai je dit , à l'instant. — Quoi ! Elle vouloir s'évader de la maison , dites-vous ? Tels étoient les discours qu'on se renvoyoit , et le vacarm.e que nous faisions et de la voix et des pieds devant la porte de la belle corruptrice.
Dorcas est venue en poussant des cris plaintifs entre deux femm.es qui l'entraînoient , et qui lui crioient aux oreilles : il faut que vous veniez. — Vous viendrez. — Vous serez bien obligée de répondre. — Vous êtes l'opprobre de tous les domiestiques fidelîes , lui disoient- elles , en la poussant , la tirant le long de ^escalier. — Je ne puis , disoit-elîe en gémissant , je ne puis soutenir la vue de Milord. — Je n'aurai pas la force de regarder en face un si bon et si g':^néreux seigneur. — Oh ! comment supporterai- je les reproches de ma tante en fureur ?
Viens , viens subir ta sentence. — Amenez-la , amenez la devdnt son juge. — Misérable : c'est la honte d'être découverte , et non pas le crime qui cause votre trouble. Vous ave?, dormi fort à Taise depuis quelques jours dans votre infamie , je là vois par la date de Técrit, Dis-nioi , dé-
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mon , dis-moi , ingrate , qui a fait les premières avances ?
Oui , opprobre de ma famille et de mon sang , s'est écriée la vieille furie. — Réponds à Monsieur — = dis la vérité — quia fait les premières avances ?
Oui , maudite créature , a dit Sally : qui a fait ks premières avances ?
J'ai déjà commis une trahison ! ne me forcez pas à en commettre une seconde. — - Ma maîtresse est une bonne maîtresse. — ^ Oh , quelle ne souffre pas !......
Dites tout ce que vous savez , dites la vérité , Dorcas , a crié Polly Horton. — Monsieur aim.e trop sa femme , pour lui faire beaucoup de peine , quelque mal qu'elle paie son amour !
Eh ! tour le monde le voit , s'écria Sally— que Monsieur ne Faime que trop , — pour s jn bonheur^ allois-je dire. — Jusqu'à pré-p sent , j'avois cru qu'elle méritoit mon amour. — Mais corrompre ainsi une servante ^ qu'elle supposoit avoir des ordres de veiller sur ses pas dans la crainte d'une autre tentative pour s'évader ; — et m'imputjr a moi cette précaution comme un crime l — Mais je ne puis m'emipécher de Faimer encore. — Mesdames , pardonnez ma fjiolessc.
Malédiction sur mes grimaces ! Au diable SI j'ai la patience de les répéter ici. — Mais tu auras le tout. -^ Tu ne peux me mé-
DE Clarisse Harlowe. 155 priser plus que je 11e me méprise moimême.
Mais , Monsieur, dit Sally , si vous con* frontiez Madame avec cette fille ? Vous voyez qu'elle ne se soucie pas d'avouer.
Oh ! je ne me soucie pas , répéta Dorcas ! — Ah que ma pauvre maîtresse n'en souffre pas ! — Si vous saviez tout ce que je sais , vous conviendriez que Madame a été bien cruellement traitée.
Voyez , voyez , voyez : se sont- elles écriées toutes à la fois , — ce n'est pas la faute , c'est la honte d'être découverte » comme a dit Monsieur.
Et là- dessus toutes les bouches de la maudire et de l'appeler , furie , démon.
Votre maîtresse ne viendroit pas ; elle îî'ose pas venir vous sauver , s'est écriée Sally. — Quoique si Monsieur n'écoutoit pas plus sa pitié , que ce que vous méritez , il vous couperoit la gorge dans le moment.
Répondez , a reprit Polly: Est-ce votre maîtresse ou vous , vile créature , qui avez, fait les premières avances ?
Si Madame , a crié la vieille , est aussi remplie d'honneur... Excusez-moi, mon...-* Excusez-moi , Monsieur : ( au diable la vieille sorcière , elle a manqué de dire mon fils. ) Si Madame est aussi remplie d'honneur , que nous l'avons toujours su]i=^
posé , elle paroitra pour justifier une malheureuse fille qui s'est laissis séduire par la grandeur de ses offres. Oui , Monsieur , j'espère que vous lewr rendrez justice à toutes deux , je Tespère. — Bon Dieu du ciel ! lui accorder tout ce qu'elle peut demander î Souffrir son indigne aversion pour ma pauvre et innocente maison ! lui permettre d'aller à Hamstead , sans rien obtenir d'elle , comme vous me l'avez dit , Monsieur , pas la plus légère condescendance î O Monsieur j Monsieur , j'espère , j'espère que si Madame ne veut pas paroitre volontairenient , j'espère que vous trouverez un mjoyen d'éclaircir cette affaire en sa présence. Je ne fais pas cas de mas poi-tes dans une occasion de cette nature... Je suis amie de la justice , il faut que cette aiîaire soit éclaircle jusqu'au fonds pour ma justification. Je commicnccrai par jurer que je n'ai pas eu la moindre part à cette noire corruption. ( i; )
Elle n'avoit pas fini ce dernier mot , lorsque nous avons entendu ma chère Clarisse tirer ses verroux , ouvrir sa porte et marcher. — Allons , Monsieur , allons , Monsieur Lovelace. -^ Voici le moment y Monsieur , m/ont dit toutes les fçm.mes d'une seule voix , pour m'encou-
Ën vérité , Belford , en vérité , Je n'ai pas la force d^en écrire davantage.
DE Clarisse Harlowe. 157 Cependant , il faut que je t'achève la peinture da cette étrange scène jusqu'au bout.
{^) Vois-nous, Belforcî; représente-toi notre Conseil assis , pour juger et pour punir la belle corruptrice. Moi , la vieille , cette vieille si redoutée jusqu'alors ! Les nièces Sally , Poliy , \d traîtresse Dorcas > et Mabel comme son garde , pour l'empêcher de fuir ou de se cacher; tous déterminés dans notre entreprise, eî déterminés par la nécessité , d'après le voyage que j'^tois sur le point de faire, et la situation précaire où j'étois avec elle ; et de Fentcndre tirer ses verroux , ouvrir sa porte, sortir , mettre la clef dans la serrure en dehors , comme on Ta reconnu après , fermer sa porte , et mettre la clef dans sa poche. — Will , je le savois , ëtoit au bas de l'escalier, et devoit m'avertir , si lanclis que nous étions en haut, elle se trompoi: de chemin, et descendoit l'escalier , au lieu de m.onter dans la salle à manger ; toutes les portes de la rue soigneusement fermées , avec tous les volets tout aurour de la m.aison , afin de ne rien laisser trn.nspirer au dej"iprs , ni bruit , ni cris. I' ne manquoit rien à nos brutales précautions Au milieu de ces circonstances , Tifiit-ndre vc:nir à nous volontairement , et la voir entrer aussitôt au milieu de nous avec l'assurance de Tinnocence et une majesté ^ui lui est natU'*
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rel'e , maïs qui dans ce moment écîatoît encore plus sensiblement dans sa personne et dans son maintien. Toutes îes bouches muette? : tous les yeux frappes de respect, tous les cœurs saisîs d'étonnement , et le mien surtout , sans batremtnt et s'enfonçant deux f lis au-dessous de sa région ordinaire , contre une qu il remontoit jusqu'à mon gosier ; le lâche étoit glacé de honte !
E'Ie , muette aussi quelques morrens.
Jetanr son regard autour d'elle , d'abord sur nioi^ en:uite sur la vieille qu'elle n'avoit plus Tair de craindre : puis successivement sur S-dly, Polly , et ï accus .^e Dor* cas , et sur chaque personne de rassemblée.
Tel étoit l'empire triomphant que Vin-nocence exerçoif autour d'elle dans ce moment imposant!
Elle voulut parier : mais elle n*en eut pas la force , en voyant rhumilianie confusion de ma con<^c ence cvoupable. On auroit entendu les pas d'une sou'^is sur le plancher : son pied léger , et le froissement de sa robe -ac soie n'en auroienr pas empêché : car elle s^/nbloit marcher dc.ns l'air , et être toute ame. Elle alla jusqu'à la porti et re\ int vers moi sur la même ligne deux ou trois fois , avantque l'excès de son indignation lui laissât la force de parler : A h £n , après avoir ^ussé deux ou trois fois , poui retrouvex-
DE Clarisse Harlowe. i^^^ la voix : (J^) Méprisable et abandonné Lovelace ! crois- tu que je ne pénètre point ici ton infâme et lâche complot , et que je ne démasque pas autour de moi toutes ces complices? Toi , femme, ( en fixant la Sinclair ) qui as su quelques momens m'inspirer de la terreur , mais qui fus toujours pour moi un objet de dégoût et d'aversion , et que je regarde aujourd'hui avec détesiation ! tu au rois dû préparer quelque nouveau poison , ( car ce fur sans doute ton ouvrage , ) pour me dérober encore une fois l'usage de mes sens. — Et se tournant vers moi : Misélabîe ! cela auroit pu rendre tes succès plus certains > dans ceite no're et basse invention- — Et vous , viles créatures 1, ( en s'adressant à toutes les femmes , ) qui avez peut ê^re causé la ruine, pour ce inonde et pour l'aurre , de cent am^-s innocentes, (et ce que je viens denendre me fait juger par quelle voie ) apprenez que je n* suis point mariée ... Toute perdue que je suis, par votre infernale l'gue, non , grâces au ciel , je ne suis point mariée à ce réprouvé. Apprenez que j'ai une famille qui vous deT.andera compte de mon honneur ; une famille puiss^mte, don^ j'invoquerai T .urorité :car cet homme n'en a aucune sur moi. Considérez deux fois à quels nouveaux oun-agcs vous me destiniez ; vous Texcitez. Malgré l'état où ai'ojat réduite vos viles trahisons , je siiis
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une personne de rang et de fortune. Je ne serai jamais sa femme. Pour votre ruine, je trouverai des amis qui ne me laisseront pas sans vengeance ; et depuis les preuves que j ai de votre détestable méchanceté et de vos lâches instigations , n'espérez de moi aucune pitié.
Aucune n'a pu rire de la pitoyable figure qu'elles me voyoient faire. Dieu ! comm.e tous ces démons trembloient, agités pas leur conscience ! Combien le vice seroit timide et humilié , s'il ctoit toujours donné à l'innocence de se montrer avec cet:e imposante autorité !
Pour ioi , vile Dorcas! double traîtresse, toi qui avec tes ^'^missemens et tes fausses larmes , jouois i'affoctarion pour moi. — {^) Sors d'ici : — sors misérable. Tu n'as rien à craindre de personne ; fuis , te dis-je. Tu as rem.pli trop fidellement ton rôle , pour avoir d'autres reproches à craindre que les mien^^. Va , tu es en sûreté : ron crim<; fait ta garantie dans une maison teiie que celii-ci. Tu as joué toa vil et pitoyable iôle aussi bien que tu le pouvons dans une farce aussi déplorable. -—Aussi bien, ■'•jur le moins, que chacun dç ces objeis que tu vois ici ; tes maîtres , mais qui ne valent pas mieux que toi , peuvent jouer le kur. — Fuis et cours te cacher dans Ijs ténèbres. On ne demandera plus qui de toi ou de ingi a fait les prei^iières avances, y^)
DE Clarisse Harlov/e. i6t Te Fimaginero's - tu ? Cttte créature saisie d'un mortel ciF'oi a pris la fuite , et Mabel a disparu après elle , malgré mes efforts pour rallier les troupes , en criant à Dorcas de rester; m-ais je crois que nul démon n'auro"t pu les arrérer , lorsqu'un ange leur ordonnoit de fuir.
Madame, ai- je dit, perm.ettez-moi de vous dire , en m'avançant vers elle d'un air assez menaçant , quoique cruellement vexé dans Tame et plein de con'aision. — Elle s'est tournée vers moi. Arrête où tu es , le plus vil , le plus abandonné des homm.cs. Nevance pas et n'entreprends pas avec ton air déterminé , de me toucher , si tu ne veux me voir tomber sans vie à tes pieds. Au même instant, elle m'a glacé d'horreur et de crainte , en portant sur son cœur la pointe d'un grand canif, dont elle tenoit le manche serré dans son poing; de sorte que, n'en voyant que le fer , il n'y avoit aucune espérance de pouvoir le lui ôter. — Je ne menace ici que mjoi-mêm.e, a-t elle continue. Vous, Monsieur , vous , femmes , ne craignez aucune violence de ma part. — (^) La loi sera mon arme contre vous. Oui , la loi; et elle a prononcé ce mot avec une emphase , qui pour les gens de cette espèce, porte toujours l'efrroi dans leur ame , et qei les ïrappa toutes en ce moment d'une terreur panique. Et cela n'est pas étonnant , puisque ceux qui se dam-
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nent eux-mêmes pour se procurer les aises et les biens de ce monde , sont toujours prêts à trembler à tout ce qui menace leurs moyens criminels d'y parvenir. « La loi sera mon seul refuge. » (j^) L'infâme Sinclair , baissant la tête vers moi , m'a dit à voix basse j qu'il valoir mieux composer avec cette étrange Dame, et lui laisser la liberté de partir. Sally , malgré ses imiprudentes bravades tant de fois répétées auparavant , a dit : si M. Lovelace les avoit trompées en parlant de son mariage : — r Polly Horton : qu'elle reconnoissoit que si Madame n'étoit pas mariée , elle avoit été fort outragée. — • Eh ! me suis-J3 écrié , ce n'est pas de quoi il est ici question. Nous savons , vous et moi, Madam.e.... Oui, et j'en remercie le ciel ; nous savons tous deux que je ne suis pas ta femme. Encore une fois , j'en rends grâces au ciel. Je ne doute pas du nouvel attentat que tu préparois contre moi dans ce lâche et vil complot ; mms je jouis de mes sens , Lovelace. Je te méprise du fond du cœur , et tu me fais vraiment pitié , Lovelace. Comm.ent peuxtu soutenir ma présence ? Opprobre de
rhumanité ! Toi, qui
Madame , Madame , ces insultes ne peuvent se supporter^ et j'ai fait un mouvement pour m'approcher d'elle. Elle s'est retirje jusqu'à la porte contre laquelle elle s'est appuyée le dos , tenant la
Tom^ Vm.
ilm
DE Clarisse Harlowe. it)^ pointe du canif sur son sein , qui paroissoit y toucher en s'élevant. Les femmes m'ont retenu , en me conjurant de ne pas irriter une Dame si violente , — pour rintérêt de leur maison ; qu'elles étoient perdues. Et toutes trois pendues après moi m.e retenoient, me conjuroient , tandis qu'elle me bravoit à cette distance avec un courage vraiment héroïque. Approche , m'a- 1- elle dit , avec un ressentiment visible , approche si tu veux. Va , j'ose mourir : c'est pour la défense de mon honneur. Dieu prendra pitié de ma pauvre ame. Je n'en espère point de toi. Me voilà à cette distance : Avance d'un pas de pîus^ et tu verras ce que je suis capable d'oser.
Laissez-moi , femmes , laissez-moi à moi-^ même et à mon ange. — Elles se sont retirées à quelque distance. — O ma chère Clarisse^ que vous m'épouvantez! en mettant un genou à terre et tendant les bras. Non , non , je ne fais pas un p^s de plus , si ce n'est pour recevoir la mort de cette main outragée qui me menace de la sienne. Je suis un misérable. Dites que vous plongerez cette arme dans le sc'in de l'offenseur , et non dans celui de l'offensée. Et alors j'oserai m'approcher de vous , oui , je l'oserai ; mais non pas autremient.
La Sinclair a reniflé de son maudit nez. Sally et Poiiy ont tiré leur mouchoir en se détournant de nous. De leur vie , m'ontelies avoué après , elles n avoiem rien va
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de comparable à cette scène; c'est-à dire, ap'jaremmcnt , que jamais elles n ont vu Tinnocence si triomphante et le vice plus humilié.
S^ns attention sur moi-même , j'ai fait un nouveau mouvement vers mon ange.
Crois-tu , crois tu , s'est-elle écriée , toujours désavouant, et tcujouîs avançant. — Crois- tu me surprendre par tes artifices , et t'approcher de miOi ? Arrête, ou j'ose.... sa main paroissoit se roidir pour Taction. Je ne ferai rien témérairenient , a-t-elle ajouté. Mon cœur abhorre par principe l'attentat dont tu me fais une cruelle nécessité. — Dieu tout puissant ! à ta merci; ( en levant les yeux et les miains aiî ciel ) Dieu tout puissant ! je m^abandonne à ta miséricorde.
Je me suis jeté à l'extrémité opposée de la chambre. Toute son ame en ce moment éîoit livrée en silence à quelque prière jaculatoire. Polly raconte qu'on ne lui voyoit que le blanc de ses beaux yeux. — Dans l'instant qu'elle étendoit la main pour se donner sans doute le coup m.ortel , ( quel frémissement j'éprouve à ce seul récit! ) un regard qu'c;île a laissé tomber sur moi lui a montré Téloignement où j'étoîs d'elle , et elle a entendu quelques mots entrecoupés que je prononçois d'une voix foible dans l'égarement de ma raison. Alors ses joues , qui avoient paru enflammées dans son transport , sont devenues pâles
DE Clarisse Harlo-ve. t6^ aussitôt ; comme épouvantée de son propre dessein. Et levant les veux : Grâces , Dieu de bonté! eraces te s Ment rendues a dit lange : Tu me sauves pour cette tois, tu me sauves de m.o-même. vjardez .
Monsieur , i^ardei cette distance (en abaissant son regard sur moi , qui étoi. prosterne sur le plancher , et le cœur percé comme de nilUe poignards.) Cette distance a sauve une vie.... réservée à quels malheurs?.... Dieu seul le sait.
Pour être heureuse , Madame , et pour faire des heureux ; ah ! donnez-moi l'espérance de vous voir dem.ain.... Je ne partirai qu après cctre faveur ; et puisse le
Ciel.... . ,
N'attestez pas le ciel, Monsieur, (avec un regard perçant qui impiimoit la crainte) vous ne Tavez que trop irrité par vos parjures. Dieu à l'œil sur nous. Il nous regarde. — Et ses yeux paroissoient égares. (51") Les femmes onr levé en tremblant les yeux vers le plafond , comme si elles eussent craint d'y rencontrer Tœd du Tout- Puissant ouvert sur elles. Et elles avoient bien sujet de tremolcr , et moi comme elles , nous qui avions tous , il n y avoir qu un moment , satan dans le
cœur (li) . T,r 1
Si ce n^est pas demain , Madame , nommez du moins jeudi ; jeudi , qui est r.inniversaire de la naissance de votre oncle.
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Ce que j'ai à vous dire et dont je peux vous assurer, c'est que jamais, jamais je ne serai à vous. — Faites moi espérer que je peux compter sur rexécudon de votre promesse, qu'il me sera permis de quitter cette innocente maison , comme quelqu'une l'appeloit , ( mais depuis long-temps mes oreilles sont accoutumées à ce renverse* ment des termes : ) demain dès la pomte du jour.
Ma perte y fût-elle attachée, vous ne le pouvez pas. Madame, qu'à des conditions ; et j'espère que vous ne m'épouvanterez plus , (car je redoutois encore le maudit canif. )
Non, mVt-elle dit. Il n'y a qu'un at* tentât contre mon honneur qui puisse me pousser au désespoir. Je n'ai d'autre vue que de défendre mon honneur , et je n'en ai pas eu d'autre en traitant cette créature qui est là bas, votre infâm.e agent. Le ciel , c'est ma confiance , me rendra le même courage dans la même occasion ; mais pour tout autre intérêt, je ne lui demande pas cette grâce. Et se tournant vers les femmes : souvenez - vous bien> leur a-t-elle dit, que je ne suis pas la femme de cet homme-là. Avec quelque bassesse qu'il m'ait traitée , il n'a jamais eu d'autorité sur moi. Je ne suis point sa femme : s'il part bientôt , et si vous vous croyez autorisées par ses ordres à me retenir ici^ prenez garde aux suites.
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Après cette nère déclaration, elle a pris un des flambeaux qui étoient sur la table ; et sans ajouter un seul mot , elle s'est retirée dans son appartement. Personne n'est sorti du respect qu'elle nous avoit imposé. Personne n'eût osé faire un mouvement pour Farrétcr.
(^) Mabel Ta vue toute tremblante et en désordre, tirer précipitamment la clef de sa poche ^ et ouvrir sa chambre: et aussitôt qu'elle y a été entrée, elle l'a entendue la fermer et la barrer à double verroux.
En prenant ainsi la clef avec elle , lorsqu'elle est sortie de sa chambre pour venir à nous , elle soupçonnoit sans doute m.on dessein , qui étoit de l'enlever dans mes bras et de Ty porter , s'il failoit en venir à cette violence , après que je Paurois intimidée , et de passer la nuit avec elle.
Elle n'auroit pas manqué de femme-dechambre pour l'aider à se déshabiller dans cette occasion.
Mais du moment qu'elle est entrée dans la salie à manger avec tant d'intrépidité , il a été absolument impossible de songer à poursuivre mes infâmes desseins sur sa personne. (J^)
Voilà , voilà , cher Belford , le fruit que j'ai tiré d'une invention dont j'avois conçu de si grandes espérances ! Ma situation en est dix fois plus misérable qu'auparavant.
Tu n'as jam.ais vu d'air plus sot que le nôtre , c'est-à-dire le mien , et celui de la
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S nclaîretde ses ny nohes, mus regardant Tun l'autre pjn lait les presniers mo Tiens qui ont succédé à cette scène A la fin les deux niè:es m'ont fait des ralleries outrageantes de ma B'b^esse ; et la vieille furie a m^r'|ui beaucoup d'inquiétude pour rhjaa:;ur et la siVeté de sa maison. Je les ai djnnées toutes au diable ; et me retirant dan^ ma chambre , je m'y suis enfermé à double tour.
li est te np-. que je parte. Tout ce qui m^ revient de m3s profonds co nploîs , c'est la honrs de les voir découverts , de regret de m'être iniit;îeneat chargé de nou/eaux parjures, le dise?poir d'être méprisé par une femme don-: je suis idolâtre ; et ce qui est bien pl-as insupportable pour un cœur fier^ ce!ui de iétre par moi-mèmi. Le succès, B-Uord , dan: les événemens humain-^ , le succès est tout. Qaelle ai nirarîon n'ai-je pi> eue jusqu aujou''d'hui pour mes in/en^îons ! et coaioien me sais- je applau Ji , surtout de la dern.ère ! Comment elle me paroit à présent fjile et puérile! EJice , brûle, garde toi de lire jamais toutes les parties de mes lettres où jw mon suis ridicuk^ment vanté; et ne t'aventure jamais à m'en faire de mau\^ai5es plaisanceries , car je te déclare que je ne les su[)oorrcrois pas.
A l'égard de cette divine fille; sur mon ame , je me sens pour elle plus d'amour, plus d'admirauon que jamais. II faut
qu'elle
DE Clarisse Harlowe. t6ç qu'elle soit à moi. Elle S3ra à moi. — Avec h">nneur ou sans honneur , comme je l'ai si souvent juré. {%)■ — C'est ma maudite frayeur , lors de son dernier accident , lorsque je vis son visage sanglant , qui l'a mise sur la voie de prendre sur moi tant d'avantage en m'épouvantant. (]^) Si elle n'avoir menacé que moi , j'nurois été bientôt maître de son bras , et je n'aurois pas eu de peine à la faire tom.ber dans les miens. Mais une vertu si héroïque , tourner son ressentiment contre elle-miéme, rassurer les coupables autour d'elle , distinguer avec tant de présence d'esprit , dans l'intention même de son attentat désespéré , la nécessité de détendre son honneur , en désavouant si franchement tout e-acès pareil pour tout autre intérêt moins grand ; cette délibération , ce choix , ces principes ; ce soin de me tenir assez éloigné pour m'ôter le pouvoir d'être aussi prompt à lui saisir la main , qu'elle à se porter le coup fatal : comment seroit-il possible de se défendre contre une si véritable et si prudente magnanimité ?
Mais elle n'est pas partie. Elle ne partira point. Je la presserai par mes lettres , de se laisser fléchir pour jeudi. Elle sera encore ma femme. Elle le sera par les voies légitimes. Car pour un commerce libre , il n'y faut plus songer. Je la recevrai des mains du Capitaine qui re- Tojns VIIL H
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présentera son oncle. Mon oncle rendra Tame ; ma fortune secondera mes intentions , et me mettra tout-d'un-coup audessus de tout le monde et de tous les ëv'énemens.
Mais voici la maîc-diciion : c'est qu'elle me méprise , Belford ! Qui pourroit souffrir d'être méprisé, surtout par sa femme ? O Dieu ! Dieu ! Quel fruit , quel maudit fruit j'ai tiré de ce complot !
Ici finit l'histoire de l'héroïne et du canif. Le diable emporte le canif. li me répugne de dire : le ciel comble la Dame de ses bénédictions ! Ce vœu seroit contre moi.
Samedi , vers cinq heures du matin.
LETTRE CCLXXXIL
M. L o V E L A c E à Miss Clarisse Harlowe.
' Au château de M..., Samedi au soir , 24 Juin, ( L'adresse portoit , à Mde. Lovelace, ) Ma très-chère vie ,
O ï vous ne regardez pas comme un effet de Tamour , et d'une terreur inspirée par Tamcur , la misérable figure que vous m'avez vu faire cette nuit, vous ne n\c rendez guères justice. J'ai voulu essayer jus-
DE Clarisse Harlo^ve. 171 qu'au dernier moment si ma soumission et ma compiaisanje en tout , pouircient me faire obtenir de vous la promesse d'être à moi jeudi prochain , puisque cette laveur m'éroir refusée plutôt. Si j'avois eu le bonlieur de l'obtenir, vous auriez été libre de partir pour Hamstead , ou pour tout autre lieu qu'il vous auroit plu de choisir. Mais après avoir perdu respérance de vous fléchir , comimient pouvois-je me dissimuler, après m'étre rendu si coupable, que, vous laisser cette liberté, c'etoit m'exposer à vous perdre pour toujours ?
Je vous avouerai , Madame , qu'ayant trouvé hier après midi le papier que JJorcas avoit perdu, je fis conTi^sser aussitôt à cette fille qu'elle s'etoit engagée à favoriser votre évasion. Ex il n'est pas douteux que ce papier est sorti de ses mains par accident. Si mes instances avoienr pu vous déterminer pour jeudi , je naurois fait aucun usage de cette découverte , et je me serois reposé sur votre parole avec une parfaite confiance. Mais vous trouvant inflexible , j'ai pris la résolution de tenter, si en me ressentant de la trahison de Dorcas , je ne pourrois pas obteir ma grâce pour condition de la sienne , ou prendre occasion de cet incident pour révoquer le consentement que j avois donné à votre départ de cette maison , puisque je n'ea pouvois attendre que des suites fatales pour moi.
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Ce dessein , à la vérité , sent la bassesse et Tartifice. Aussi vous êtes- vous apperçue que je n'ai pu me détendre d'une vive confusion , lorsque vous me Tavez reproché avec tant de force et de noblesse ?
Mais j'ose me flatter , Madame , que vous ne punirez pas trop sévèrement un projet dont je reconnois la méprisable petitesse. Il ne menaçoit pas votre honneur ; et dans le cours de l'exécution , vous avez dii reconnoître tout- à- la • fois que je ne suis pas capable de désavouer une faute, une démarche vile; et que vous avez sur moi plus de pouvoir qu'une femme n'en eut jamais sur un homme. En un mot , vous m'avez vu fléchir également sous 1 em.pire de la conscience et de l'amour.
Je n'ent-eprendrai pas de ju-^tifier le parti auquel je ma suis attaché de souhaiter vous voir rcrter où vous êtes , jusqu'à ce que vous m'ayiez donné votre parole de vous trouver à l'autel avec moi jeudi ; ou jusqu'à mon retour , qui me procurera l'honneur de vous accompagner à un 3 cérémonie qui doit rendre ce jour le plus heureux de ma vie. Je sinis que cette conduite peut vous paroîrre un peu tyrannique ; mais comme les suites de votre inflexible ri;gueur deviendroicnt nécessairement funestes à nju*î mèaies er à nos deux familles, je vous conjure , Madame ^ de pardonner cette petite violence à la nices-
DE Clarisse H ARLowE. 173 site que vous m'en avez faite , et de permettre que la sokrrnité de jeudi renferme un acte d'abolition générale pour toutes les . offenses passées.
Voici les ordres que j'ai laissés aux gens de la m.aison. « Vous ne trouverez que » de Tobéisspnce dans tout ce qui peut » s'accorder avec Tespércnce que j'ai de » vous retrouver micrcredi en arrivant » à la ville. Mde. Sinclair et ses nièces » ayant encouru votre disgrâce, ne paroî- » tront point devant vous , si vous ne les » faites appeler. Dorcas ne se présentera » point pour vous servir , jusqu'à ce qu'elle >) ait pleincmisnt justifié sa conduite à votre » satisfaction : ce sera Mabel qui prendra » sa place. Il me semble que jusqu'à pré- » sent vous n'avez marqué aucun dé- « gcût pour cette fille. J'ai laissé Will î) près de vous pour recevoir vos ordres. » S'il se rend coupable de quelque imper- « tinence , ou de quelque défaut d'atten- )) tion , le congé qu'il aura reçu de vous , M sera ratifié de moi pour jamais. »
A l'égard àes lettres qui peuvent arriver pour vous , ou que vous auriez dessein de faire partir, je vous supplie très-humblement d'approuver qu'elks soient retenues jusqu'à mion reîour : mais je vous assure , Madam>e , que le cachet des unes et des autres sera fidcllemient respecté, et qu'elles vous seront remises immédiatement après la célébration^ eu mcmiC auparavant , si
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vous le désirez. Dans Tintervalle , je m'informerai et vous inbtmirai de la santé de Miss Howe : je saurai peut-être ce qui peut avoir CaUsé son silence.
(^) J'ai trouvé le docteur Perkins aup'-ès de mon oncle , lorsque je su's arrivé avec le docteur S***. 11 m'apprend que votre père , votre mère , vos oncles , et au.res personnes les moins estiirables de votre famille , sont en parfaite santé , et qu'ils se proposent de se rendre tous ensemble chez votre oncle Harlowe , la semaine prochaine ; sans doute dans l'intention de fé^er l'anniversaire de sa naissance. Cet incident ne peut faire aucun changement pour jeudi , que de substituer très-heureusement une personne à l'autre. M. Tom.lin-on m/a assuré, que s'il survenoit quelque obstacle qui empêchât votre oncle d'y venir kîi m.cme, ce qu'il étoit loin de présumer , il seroit satisfait d'envoyer son ami le Capitaine à sa place pour le représenter. J'enverrai demain matin un exprès à cheval m'en informer plus sûrement. (J^)
Je vous envoie cette lettre par un exprès qui attendra vos ordres , dans l'humble espérance où je suis que vous m'accorderez quelques lignesde réponse, sur cetheureux jeudi si impatiemment attendu.
Milord , qu^ j'ai trouvé dans un état qui le rend indiffèrent et insensible à tout , excepté à notre bonheur , me charge de
DE Clarisî^e Harlowe. 175 vous témoigner toute son affection. Il a à vous présenter un riche écrin de diamans , qu'il espère vous faire agréer , so't qu'il ait le bonheur ou non de vous voir en relever Téclat sur votre personne.
r ady Sara et Lady Betty , ont aussi des grgcs de leur respect à vous offrir , et elles se flattent de l'honneur de vous les voir accepter : Puisse le ciel vous inspirer de hâter le moment de recevoir leurs complimens de vive voix , et ceux de ma cousine Montaigu , avant que la semaine prochaine soit écoulée !
Milord est à Textrémiti. Le docteur n'en espère rien. Ma seule consolation, en perdant un oncle à qui jVtois si cher , s'il faut qu'il meure , sera de me trouver , par l'augmentation de ma foitune , plus en état que jamais de prouver Tardcur et la vérité des tendres sentimens avec lesquels je serai constamment.
Ma très-chère vie ,
Votre fidelle LovELACE.
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