‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 3)Chapitre 15 sur 39 · L0V£LACE · texte numérisé non relu

L0V£LACE

F. s. Souvenez- vous qu'il n'y aura plus assez de temps , et qu'il me sera impossible, d'écrire ni d'être à Londres ]pour jeudi Jour ds ta naissance de votre oncle. (j[^)

(*) Qarisse.avQit essayé. d'«flvoyer use. lettre^

lîi Histoire

LETTRE Cv^LXXXV.

M. LovELACE à M. Bllford.

Lundi i6 Juin,

J u jugeras des termes où je suis avec Miss Hrirlowe , par trois de mes lettres , dont je t'envoie copie sous cette enveloppe. On me méprise tant, que je n'ai pas obtenu un seul mot de réponse aux deux premières ; et j'ai grand peur que la troisième que j'envoie par le même messager qui te porte celle-ci . n'obtienne pas plus d'attention. Cependant si l'on s'obstine ainsi , son jour de grâce passe sans retour. On s'imagineroit qu'après une si longue contrainte , elle auroi* pu se trouver satisfaite du triomphe qu'elle remporta sur nous tous vendredi ; triomphe d'autant plus glorieux pour elle , qu'il a eu la force d'humilier mon orgueil et ma vanité , au point de me faire presque haïr jusqu'aux mois d'invention ^' àc ruse et à^ stratagème. Ce sentiment va si loin , que je me deHerai de moi-même à l'avenir^ lorsqu'il naîtra dans ma xèie féconde quelque extravagance de cette nature. Mais tu conviendras que je suis forcé de la retenir chez Madame Sinclair , et de lui in:erdire toutes sortes de correspondances*

DE Clarisse Karlowe. i^

A présent , Beiford , comme clans l'humeur qui me dori^'ne aciuellem.ent , je ne pense à rien m.oins qu'à Tépouser , si elle ne laisse pas échapper le jour de jeudi > je souhaite rois que , suivant' Fouverture que je lui ai taite dans ma lettre de ce joup, tu prisses la peine de lui rendre une visite. Réponds-lui démon honneur p^ir les promesses , par les sermens les plus soîemnels , et par tout ce que î'ainitié t'inspirera de plus persuasif , tâche de me procurer une réponse, qui ne demande pas, comime tu vois , plus de quatre mots. Alors je sui-s résolu d^ <^uitter Mdord M...., dans quelque dang?r-c^'il puisse erre, et de me rendre à l^'ccrlise pour courber ta tête sous le jôug. Ecris toi-mémie les quatre mots : qu'elle les signe seulement de Cl. H. Je n'en dem.ande pas plus ; car , apr^s tout, je ne veux pas me couvrir d'un ridicule éternel aux yeux de ma famille et de tous mes amis.

Si elle laisse passer le jour je suis un

homme désespéré , je me vo's pris dans mes propres piéç^es ; et je ne puis soutenir l'idée que mes complots soient découverts.

( ^ ) Ah ! que n'ai je pris le p'irîi de l'honnêteté ! A quoi diable m'ont servi toutes mes inventions ? à quoi aboutifscnt^ ène$v qu'à un grand complot contre moi^ même , et à me couvrir d'une infamie tt d'une disgrâce éternelles ! Mais , com.ptant §ur tes bons ofBces , j'écarte ces chagrinao-.

■Jt4 H I S TOI R E

-tes idées (j^). Qu'elle m'écrive uneJi^ne; tine seule ligne ! Mais me traiter comme un malheureux , indip^ne de son attention , surtout lorsqu'elle est encore sous n"ia .puissance ! C'est ce qu il rpe S'irait iir. possible^ supporter. — Non j'^ ne ie suppor-erai pa«.

Miiord ,<:omme je te l'a: d^t ^est s l'ex- -trémité ; les médecins Fabnn^bnnent. Il se croit lui-même au terme. Cii:x qui souliaitent de le voir vivre s'attendent à sa mort. Moi , je suis dans le doute. Ces îongs et violens combats entre la force du tempérament et celle de la maladie , mal- -gré le secours que le mal reçoit de trois -médecins et d'un apothicaire , tous d'opiîiion difFerente, et partagés dans leurs ordonnances comme dans leurs sentimens , marquent une constitution diabolique coriace , et sentent moins la mort qu'ua prompt rétablissement ; ajoute qu'il n'y a rien à craindre de la vivacité de ses esprits , ^our exalter sa fièvre au-dessus d'une crise -salutaire.

Tu ne saurois croire combien je suis-emi)arrass€ à dépêcher une légion de messagers qui sont continuellement en course , et qui , se relevant de cinq en cinq milles, lorment une chaîne avec celui qui a son ^oste établi à Londres. A la vérité , ils sont -chargés en même temps de quelques autres commissions, pour le banquier -et les gens :«i'affaire de Alilord , qui me mettront en état j s'il a la bonté de preadre sq» vqL

DE Clarisse Harlowe. x%$.

pour l'autre monde , de confondre les espérances de quelques-uns de mes chers parens. Je ne parle point de Charlotte et de Betty , qui sont deux filles d'un caractère très - noble. Mais j'en connois d'autres qui ont profité de mon absence pour s'ouvrir un chemin et miiner sous terre , >comme autant de taupes ; et j'ai découvert leurs œuvres depuis mon arrivée , aux sales vestiges qu'ils ont laissés dans leur marche.

Ne tarde pas , cher Belford , à me rendre compte de ta commission. Cette lettre voyagera toute la nuit.

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