‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 3)Chapitre 16 sur 39 · LETTRE CCLXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXVI

M. Belford à M. Lovelace.

A Londres , Mardi 2 7 Juiiu

O u S me dispenserez , cher Lovelace , de m'engager dans l'entreprise dont vous voulez me charger , jusqu'à ce que je sois un peu mieux assuré qu'enlin vous pensez Téellemenî: à prendre une conduite honorable avec une temm>e que vous avez si fort outragée. Je me flatte que vous coanoissez trop votre ami Bdford , pour le croire capable de souffrir tranquillement que vous , que tout autre au monde ^ lui

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fit promettre de sa parr ce qu'il n'aiiroît pas Hesse n d'exiciiter. Pour re parler natureliernent , Lovclace , je n'ai pas beaucoup de foi à riionoeur d'un homme , qui, par des imitations d'écritures , je ne cite que ce trait , a marqué si peu d'égards peur l'honneur de sa propre famille.

Si je ne te connoi'^sois plusieurs de" ces talens jésuitiques , je te croirois touché d'un véritable remords , et j^arvenu heureusement à rougir de tes malheureuses inventions , depuis que la dernière t'a si mal réussi. Je t'en fehciterois de tout mon cœur. O divine^ divine Ciarisse!... Mais je ne veux pas aggraver tes peines.

Tu m'écris que-, dans r humeur qui te domine à présent , tu es réellement disposé au mariage , quoiqu'avec la connoissance que j'ai de ton aversion pour cet état, j'aie peine à comprendre que tu aies pu changer si faeilemenr d'humeur. Tu ajoutes que quatre mors de ta belle suffiroient comme cent, pour tes vues, parce qu'ils prouveroient qu'elle est capable de pardonner le dernier outrage qu'une femme puisse recevoir. Et moi, lorsque je fais r. flexion cotî.bien il te seroit aisé de trouver des couleurs , pour donner une autre face à tes inrentions , je crois devoir exiger de toi des explications un peu plus nettes ; car je me défie d'un remords passager , qui vient moins de tes principes, • que du chagrin d'avoir vu échouer tes des-

DE Clarisse Ha RLovv'E. i^j seins , et qui ressemble à quantité d'autres dont tu as si souvent trionnphé.

Si tu peux me convaincre assez tôt pour le jour , que tu es résolu de lui rendre une justice honorable , dans le sens qu'elle attache elle- même à ce terme; ou supposé qu'il soit trop tard ]^our le temps , si tu veux fixer quelque autre jour que jeudi , choix que tu dois lui laisser , au lieu de l'enchaîner au tien , ( d'aumnt plus que tes prétextes pour en user autrement n'ont été qu'une ficnon ) j'embrasserai bien volontiers ta cause; de bouche, si ma visite est acceptée ; ou par écrit , si l'on ne consent point à me voir. Mais , dans cette supposition , tu dois perm.ettre que je me rende garant de ta foi ; et tu peux compter qu'alors je soutiendrai le caractère d'un gîrant , avec p'us de constance et d'honneur que quelques princes de nos jours.

Néanmoins je te dirai que mon cœur saigne des cruelles injures que cette femme angélique a souffertes ; et si tu ne l'épouses pas, en cas qu'elle y veuille consentir, si tu ne deviens pas le plus tendre et le meilleur des maris après l'avoir épousée , j aimerois mieux être un ours , une vipère , ou jout autre animal féroce , que toi.

Commande-moi des choses que je puisse exécuter avec honneur , et tu ne trouveras dans personne plus de chaleur à t'obliger , que dans ton sincère ami ,

Belford.

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