LETTRE CCCII
Miss Clarisse à Lady Betty
Jeudi , 29 Juin»
MaDAxME ,
'ESPERE que VOUS excuserez la liberté que je prends de vous écrire , n'ayant pas l'honneur d'être connue de vous personnellement , quoique vous deviez avoir beaucoup entendu parler de Clarisse Harlowe. Je ne vous demande que quelques lignes de votre main , ( par la poste prochaine, si cela ne vous dérange point , ) en réponse aux questions suivantes.
1°. Si vous avez écrit unclettre datée de mercredi 7 Juin, ( suivant la note que j'en ai faite ) à votre neveu Lovelace , pour le féliciter sur son mariage supposé, que vous aviez dû apprendre par votre intendant M. Spurr^er , qui le tenoit d'un certain capitaine Tomlinson : — et dans laquelle vous reprochez à M. Lovelace sa légèreté d'avoir négligé de vous faire part de son mariage , à vous et ^ la famille ?
Z^ Si vous avez écrit a Miss Montaigu de vous jo'ndre à Reading , pour vous ^ccoinpagner chez vot;:e cousine Lee-
DE Clarisse Harlowe. 259 «on , rue d'Albemarle , pa^-ce que vous étiez obligée d'aller à Londres , peur la vieille affaire que vous avie^ à la chancellerie , je me souviens des propres paroles; et si vous avez ordonné à votre neveu de venir vous y trouver le Dimanche au soir, 11 du courant?
3^. Si dans ce temps-là vous êtes venue à la ville avec Miss Montaigu , et si vous êtes venue à Hamstead le lundi , dans un carrosse de louage à quatre chevaux, le vôtre étant à raccommoder, et si vous avez ramené avec voi^s à la ville , Ja jeune personne que vous y êtes venue visiter.
Vous devinerez problablement , que les motifs de ces questions ne sont pas favorables à votre neveu Lovclacc. Mais qu.^lie que soit votre réponse , elle ne peut ni lui faire aucun m^al, ni ma faire aucun bien. Seulement je crois devoir à mes anciennes espérances, qui ont été si crusllenîcnt trom.pées , et m.ême à la charité , de ne pas croire qu'une personne dont j'éîois disposée autrefois à avoir meilleure opinion , se soit abandonnée au point de manquer à chaque instant en tout à cette véracité si inséparable du caractère d'un homme d'honneur.
Je vous prie d'adresser votre réponse, -(en me gardant le secret quant à présent SUT cette adresse ) à i'ens^igne de la Belle
26o Histoire
Sauvage , montagne de Ludgate , pour y rester jusqu'à ce qu'on la reclame.
Je suis, Madame j votre très-humble servante ,
Clarisse Harlowe. (J^)
(^) LETTRE CCCIII
Lady Betty LawraxVCE à Miss Clarisse Harlowe.
Samedi , premier Juillet»
Ma CHERE Dame ,
Je vois que les choses ne sont pas entre vous et M. Lovelace sur le pied où elles devroient être. Ce sera un grand chagrin pour moi et pour tous ses amis , s'il s''est rendu coupable de quelque bassesse préméditée envers une Dame de votre considération et de votre mérite.
Nous avons été long-temps dans l'attente de l'occasion de vous féliciter sur un événement que nous désirons tous ardemment. Toutes nos espérances sur son compte étolent fondées sur l'ascendant que vous avez sur lui; car si jamais homm>e a adoré une fem.me, c'est lui ; et vous êtes , Madame , cette fenune adorée.
DE ClarisseHarlowê. 2C5l
Dans la dernière lettre que Miss Montaigu m'écrit en réponse à une des miennes, GÙ je lui demandois si elle avoir eu des nouvelles de son cousin , s'il étoit marié avec vous , ou s'il y avoit apparence qu'il eût bientôt cet honneur, elle me dit en propres termes : « Je ne sais quoi vous répondre sur » la question que vous me faites avec tant )> d'instancs par rapport à mon cousin Lo- » lace. Tantôt il dit qu'il est marié avec w Miss Clarisse Harlowe, — -tantôt que c'est » sa faute à elle , s'il ne l'est pas. — Il parle w d'elle non seulement avec passion , mais V avec le plus grand respect ; il avoue ce- )) pendant qu'il y a un mal entendu entr'eux j) deux ; mais il assure en même temps i) qu'elle est entièrement irréprochable. y) Il dit que c'est un ange et non une )> femme : — qu'aucun homme vivant y) n'est digne de la posséder, w —
Voilà ce que m'écrit ma nièce Montaigu.
Plaise à Dieu , ma chère jeune Dame , qu'il ne vous ait pas offensée si grièvement , que vous ne puissiez lui pardonner î Si vous n'êtes pas déjà mariés , et que vous refusiez d'érre à lui , je perds toute espérance de le voir jamais marié , ni devenir l'homme que je souhaiterois qu'il fût : Milord M.. .. et Lady Sadleir en désespéreront comme moi.
Je vais maintenant satisfaire à vos questions. En vérité , je ne sais trop qu'écrire , dans la crainte d'aigrir encore la lïiésiii-
tSi Histoire
telligence qui est entre vous deux. Maïs je dois obéir sans réserve aux volontéa d'une aimable Dame comme vous. Voici donc ir.a réponse.
1°. Je n'ai écrit à Lo<^elace aucune lettre
le 7 Juin , ni même de tout le mois.
2°. Ni moi , ni mon intendant , ne con-
noissons le capitaine Tomlinson.
3®. Je n'ai point écrit à ma nièce de venir me trouver à.Reading , ni de m'accompagner à la ville' chez m.a cousine Leeson. 4°. irhjïi aiîairë^à la chancellerie , quoiqu'elle traîne fort longs-tem.ps^ comme la plupart des affaires de la chancellerie , est cependant en si bon train , que je n'aurai nul besoin d'aller à la ville. 5°. Je n'y ai pas même été depuis six mois, - — Il y a plusieurs années que je n'ai vu
Hamstead.
6°. Je n'aurai même pas de long-temps de tentation d'aller à Londres , si ce n'est pour faire mon complimenta M. Lovelace. Ce seroit une occasion qui m'yferoit aller avec le plus grand plaisir , et j'espère que vous me feriez la grâce de venir passer au moins un mois au château de Glenham.
Quel que soit le motif de vos demandes , permettez- moi de vous supplier, machère jeune Dame , pour l'am.our de Milord, autant que pour le mien et celui de toute la famille , et pour l'intérêt de ce i»euae étourdi , ds son ame couime de soû
DE Clarisse Harlowe. 16%
corps , de ne pas vous autjriser de cette réponse pour aggraver vos ressentimens au point de le retuser, s'il n'a pas encore rhonneur de vous appeler son épouse ; ce que je crains beaucoup , en vous voyant signer votre nom de famille^
Permettez- moi de vous offrir ici ma médiation , pour terminer le différend qui vous divise , quel qu'il soit. Votre cause ^ ma chère jeune Dame , ne peut être remise entre les mains de quelqu'un plus dévoué à votre service , que
Votre sincère admiratrice et humble servante ,
Elisabeth Lawranxe. (H)