‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 3)Chapitre 35 sur 39 · Histoire · texte numérisé non relu

Histoire

sujet , en considérant la situation ou je suis réduite , d'en être bien affligée. Quel seroit donc le cœur que j'aurois , s'il n'.étoit pas mortelieinent blessé? — En vérité, ma chère amie , j'aspire si ardemment au dernier dénoyemient , et j'éprouve tant ide consolation à voir ma santé décliner , que je me surprends quelquefois dans un déplaisir ingrat d'avoir reçu cette constitution forte et saine , qui avoit coutume autrefois de doubler toutes mes jouissances.

A l'égard de cette poursuite judiciaire qu'on me recommande avec tant de chaleur , je pourrai revenir sur ce sujet et m^expliquer plus amplement, si jamais je îiîe sens plus de vigueur ; car à présent îTies esprits sont dans un extrême abatte^ ment. Mais ce que je puis dire aujour*- -d'hui^ c'est que je soufFrirois plutôt tous les maux ( à l'exception pourtant de Tou^ trage capital que j'ai essuyé une fois) que de poroiîre en public devant un tribunal pour me £aire justice. (*) Et je suis sincèrement aftligée , que votre mère prescrive une pareille démarche pour condition de fioîre future correspondance ; car la continuation de votre amitié , ma chère , et le désir que j'ai toujours eu de çorres-

(*) (.%) ^^ verra plus bas le docteur Lewen la presser trenramer cette procédujre , par des argymeiis dignes de sûii caractère., çt Clarjssç y r^jpçûdxe P4r 4çs jjioûfs dl^nçs du sien. (4)

DE Clarisse Harlowe. 375 pondre avec vous jusqu'à la fin de ma -vie , étoient tout ce qui nie resîoit d'es- |)érance et de consolation. Néanmoins -, <:omme ramitié dépend du cœur , et non ^as seulement de la main , j'espère que je ne m^ériterai jamais de perdra le premier.

O ma chère J que ne donneroi^-je pas pour obtenir la révocation de la mialédiction de mon père ! Pour une réconciliation , il ne faut pas Tespérer. Vous , qui îi'avez jamais aimé mon père , vous pour-jiez traiter de foiblesse ma sollicitude sur icet article ; mais dans l'épuisement oii sont de temps en tem,ps mes esprits j le motif qui me fait souhaiter cette révoca^ lion, n'est pas toujours foiblesse.

J'approuve la méthode que vous me jproposez pour la sûreté de nos lettres , -et j'ai déjà pris des mesures pour que le portier de Tauberge m'apporte les vôtres au momeat de l'arrivée de Collins , à qui Je domestique de la jnaieon où je suis doit porter les miennes. (J^)

J'ai écrit à Miss Rawlings de Hamstead; et sa réponse qxie je reçois à ce moment j éclaircit les lâches inventions par lesquelles ce méchant homme s'est procuré votre lettre du 10 Juin. Voici la subtance des deux lettres.

« J'informois Aliss Rawliags de ce qui » m'étoit arrivé par la trahison des deux ;» femmes qui avoient osé se revêtir de w nomi je.spçaabks , et ^e donner devant

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w moi pour la tante et la cousine de ce » méchant bom.me , et je lui déclarois que » je n'avois jamais été mariée. Je la sup- » pliois de s'informer particulièrement , i) et de m'apprendre qui avoit pris mon » nom chez Mde. Moore , le dimanche » 1 1 Juin tandis que j'étois à l'église , » pour recevoir une lettre qui m'auroit )) sauvé de ma mine , si j'avois eu le bon- » heur de la recevoir. Je lui faisois des )) excuses sur le désordre qu'elle avoit dû » remarquer dans m.on esprit , et qui vew noit de l'excès de mes afflictions , de » n'avoir pas satisfait Mde. Moore. Je la » priois de m'envoyer le compte de ma » dépense ; et dans la crainte d'être obser- » vée par M. Lovelace , je lui maarquois » une adresse détournée , dont je me » croyois sûre , à Mistriss Marie Atkins , » à la Belle Sauvage à Ludgate, où l'on » iroit prendre sa réponse, w

Miss Rawllngs m'apprend «quelemi- )) sérable avoit engagé Mde. Bevis à me » représenter dans mon absence , ( il paroît » que cette idée lui vint sur-le-champ , à » l'arrivée de votre messager) (^) que Mde. >:> Bevis s'étoit laissée persuader de faire » la malade , couchée sur un lit de repos , yy avec un mouchoir qui couvroit son cou » et une partie de son visage , séduite » par la fausse supposition de vos efforts )) continuels , pour ruiner la paix de notre » mariage , et qu'elle avoit reçu votre

» lettre sous mon nom. (j^) Elle cherche » à excuser l'intention de cette femme. » Elle prend une part fort vive à m.es » infortunes ; mais elle se félicite beau- » coup d'être informée assez tôt du caracy) tère et de la bassesse de M. Lovelace ^ )) pour ne pas exécuter la parole qu'elle » lui avoit donnée de me rendre une » visite chez Mde. Sinclair avec les deux )) veiives , dans la supposition que j'y » étois heureuse avec lui , comme il les )) en avoit assurées. Elle m'apprend d''aily) leurs qu'il a payé fort honorablement )) sa dépende et la mienne. (^[) Elle huit » par me prier de Tinformer des détails » d'une aventure si extraordinaire, et qu'il » est à propos de connoitre , pour juger » quels méchans , tant d'un sexe que de » l'autre j on est exposé à rencontrer dans X) ce monde. » (J^)

Je vous rends grâces , ma chère , de m'avoir envoyé la substance de vos deux lettres interceptées par le monstre. Je vois l'extrême avantage qu'il en a pu tirer pour le succès de ses lâches desseins ^ contre une fille infortunée dont il a fait si long- temps le jouet de ses horribles inventions. Que je sui^ lasse de îa vie ! (^) Souffrez que je le répète ; et d'un m.onde où les créatures innocentes et bonnes pa^ roissent si étrangères, et destinées à êtreks victim.es des vrais enfans de la terre. ( ]t ) Que je suis malheureuse que les seules

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lettres qui pouvoient m'informer de ses horribles vues , et m'armer contre lui et .contre ses infâmes complices , soient celles qui sont tombées entre ses mains î £t plus malheureuse encore , que ce soit mon évasion à Hamstead qui lui ait fourni loccasion de les recevoir !

Cependant je ne cesse pas de m'étonner que ce Tomlinson ait pu découvrir CQ qui s'étoit passé entre M. Kickman et mon oncle. (*) De toutes les circonstances , c'est celle qui m'a le plus aveuglée sur le caractère de cet imposteur.

Les moyens par lesquels M. Lovelace est parvenu lui-même à me trouver dans HamiStead , ne demeureront pas moins impénétrables pour moi. Il peut faire gloire de ses artifices. Avec encore plus de méchanceté que d'esprit , il peut se faire un triomphe d'avoir abusé de la simplicité de mon cœur. Mais j'ose me promettre de la bonté du ciel , un sort heureux dans une aut/e vie , tandis que le sien sera. . , . Hélas ! qui peut dire ce ^qu'il sera ?

Adieu , ma très- chère amie j Puissiezvous être heureuse 1 Alors votre Ciarisçe îie sera pas tout-à-fait misérable.

^*) Voyez la note au bas de lajpage 3f| àsx9 wi)L Lettre cccxv.

BE Clarisse Harlovve- yj-j

LETTRE CCCXIX.

Miss HowE à Miss Clarisse Harlowe.

Mercredi au soir ,12 Juillet*

L faut que je vous écrive, ma très-chère Clarisse. Il faut que je vous exprime mon chagrin et mon inquiétude. En voyant votre abattement , souffrez , ma chère , mon excellente et sublimiC amie j souffrez que je vous conjure de ne pas vous abandonner au découragement. Consolez-vous au contraire par l'idée du triomphe d'une vertu sans tache et d'une intention irréprochable. Quelle autre femme eût été capable de résister a-ux épreuves que vous avez surmontées? Le retour de M. Morden ne peut être éloigné. Il vous fera rendre justice , je n'en doute point , et pour vGus-même , et pour les biens qui vous appartiennent. Combien d'heureux Jours n'avez-voiis pas encore à vous promettre ? Le pire de tous vos maux seroit d'aggraver , par un coupable desespoir , des accidens auxquels vous ne pouvez lemediér.

Mais pourquoi , ma chère , vous con- «umiCr sans cesse par cette ardeur pour voîiQ récoaciliation avec une famijUe im^

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placable , qui mérite si peu vos sentîmens , et dont les désirs d'ailleurs sont gouvernés par un frère avide , qui trouve son avantage à tenir la rupture ouverte ? C'est sur cette passion de vous réconcilier , que le plus vil des hommes a fondé toutes ses ruses. Il a fait servir à ses vues un empressement que vous avez porté plus loin que vos espérances. Rien de plus louable assurément que votre intention ; mais il falloit que le ciel vous eût donné pour parens de vrais chrétiens , ou du moins des payens qui eussent des entrailles. • Je charge de cettre lettre que je suis obligée de faire courte , Roger , le mêm.e jeune homime que je vous ai envoyé chez Mde. Moore. Il est honnête et simple , quoiqu'il fasse sottement l'entendu. Permettez , je vous prie , qu'il vous voie pour le mettre en état de me rendre compte de \oîre situation et de votre santé. M. Hickman se seroit déjà procuré rhonneur de vous voir , si je n'appréhendois que ses démarches , et les miennes aussi , ne fussent observées par votre abominable m.onstre. Je ne vous cacherai pas que je fais observer moi-mémje tous les mouvem.tns de ce perfide. Car je vous l'avouerai j ses complots et son esprit de vengeance m'alarment si vivement , depuis que je suis informée du sort de mes deux lettres , il fait le sujet de mes craintes dans mes songes.

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Ma mère s'est laissée vaincre par mes instances. Elle m'accorde la permission de vous écrire et de recevoir vos lettres ; mais elle y m.et deux conditions. L'une , que ce sera sous l'enveloppe de M. Hickman^ dans la vue apparemment de lui attirer plus de considération de ma part ; l'autre , qu'elle verra toutes nos lettres. «Lorsque les filles , a-t-elle dit à quel- » qu'un qui m^e l'a redit, sont obstinées w sur un point, la prudence oblige une 3) mère d'entrer dans leurs idées , s'il est » possible^ plutôt que de les combattre , )> parce qu'elle conservera du m.oins Tes- » pérance de tenir toujours les renés dans w ses mains, t)

Apprenez- moi chez quelles gens vous êtes logée. Vous enverrai-je Mde. Townsend , pour vous procurer une autre retraite , ou plus sûre ou plus commode ? Faites- m.oi Tamitié de m''écrire par Roger, qui attendra votre loisir et votre réponse. Adieu , ma chère aniie. Prenez pour vousmême les consolations que vous donneriez dans les mém.es circonstances à votre tendre et iidelle

Ann:e Hovv^e.

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