LETTRE CCLX VL
M. LOVELACE au même.
U nom de la pitié , Belford , prends pitié de moi ; car si tu ne me plains pas^ personne ne me plaindra ; et cependant jamais personne , avec un caractère aussi vif , aussi plein de ressources que le mien, n'eut plus besoin de compassion. Nous sommes portés à imputer au diable tout ce qui nous arrive contre notre gré. Mais dans cette circonstance , étant ( comme tu diras peut-être) le diable moi-même, tous mes m.alheurs viennent d'un ange.
Je suppose que dans tout le genre-humain chacun est tourmente par son contraire.
Elle a débuté avec moi en vraie femme, ( c'est elle qui avoit tort , et c'étoit m.oi qui étois blâmable ) dès qu'elle m'a vu entrer dans la salie à manger.- — Pas la moindre
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apologie , p?s la moindre excuse pour la runieur qu'elle avoit excitée , et l'embarras qu'elle m'avoit donné.
Je viens, dit- elle, en ta présence détestée , pa^ce qu'il n^'cst impossible de m'en empocher. — Mais pourquoi suis- je emprisonnée ici ? — Quoique je n'en espère rien , je ne peux m'empêcher
Ma- chère Dame, en Finterrompant , modérez cette violence. Vous devez savoir que la cause de votre détention est uniquement le désir que j'ai de vous faire toutes les réparations qui sont en mon pouvoir ; et cela autant peur vous quepour moi. — Certainement il existe encore un moyen de réparer tous les torts que vous avez soufferts. —
Peux- tu effaeer la semaine qui vient de passer ? Je devrois dire toutes les semaines qui sont passées depuis que je suis avec toi. Peu» tu rappeler le temps ? Si lu le peux... f Sûrement, Madame, l'interrompant une seconde fois , s'il m'étoit perm.is de vous dire légitimement à moi , je n'aurois fait qu'anticij^er. —
Misérable que ni es î N'ajoute pas un mot de plus sur ce point. Les vœux et les promesses que tu m'avois faites à Hamstead , avoient commencé à me faire croire ■que je pourrois être à toi. Si j'eusse consenti à la dem.ande de celles que je croyois tes parentes , mon principal motif eût été -que jauroirpu t'apporier alors pour dot
DE Clarisse Harlowe. 35 ce dont tu as le plus besoin , en livrant à un malheureux dénué de tout honneur une vertu sans tache et sans atteinte , et que i'aurois reçu les féliciiations d'une femiiie pour qui ta vie n a été vqu'un opprobre continuel., avec le témoignage intime de m.a conscience que je les méritois. Mais peux - tu croire que j'irai donner à toQ digne oncle et à tes vraks tantes une Fiièce prostitués ^ et à tes cousines une parente , sortant d'un iicu de débauche / Car telle est lidée que j'ai de cette maison détestée. — Alors levant ses mains pintes vers le ciel : Grand Dieu du ciei^ s"écria-t-elle , daigne me donner assez de force et de paiience pour me soutenir moi-m.éme sous le poids de m^es afflictions , que tu as permises sans dou'ic., pour de bonnes et sages \-\xç.s , quoiqu'elles soient jusqu'à présent impénétrables pour moi i
Ensuite se tournant vers moi , qui ne savois que lui dire , ni con>mcnt me justifier. — Je renonce à toi jjour jam^ais ^ Lovelace ; miOn ame t'a en horreur. Oui je t'abhorre et je renonce à toi pour jamais. — Va , cherche ailleurs la suite de tes destinées, — à prc.cut, que îu ,m"a£ dcjà perdue. . . .
Perdue, Madame ' —Le monde n'a pas besoin de savoir. ^ — Je ne sus plus que
dre Oui , tu m'as peidue et avilie à mes
j^ropies jy-eux , et c tst la même chose qu^
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si Tunlvers entier le «avoir. — Ne ir.Vmpê:hez pas d'aller où doit inc conduire ma mystérieuse destinée.
Pourquoi hésitez- vous , Monsieur? Quel •idroit arez-voqs de me retenir , comme TOUS avez friit dernièrement , de m'ameîier ici par force , en me misurtrissant les mains et les bras par vos violences ? Quel -droit avez-vous de me détenir ici ?
Madame, la violence de vos invectives me perce le cœur. Si je n'étois pas aussi pénétré de l'injure que je vous ai faire , ^e ne pourrois supporter vos reproches. IJn homme qui , déjà coupable d'une action indigne , est résolu de la pousser jusqu'au bout , ne m.ontre pas le repentir dont vous me voyez affecté. D'ailleurs , si vous vous croyez soumise à mon pouvoir , je vous avertis , Madame , de ne pas me réduire au désespoir. Car vow^ serez à moi , ou je perdrai la vie : La vie n'est rien pour moi sans vous.
Etre à toi î Moi , être à toi î reprit cette belle en courroux, — Oh ! qu'elle étoit charmante dans sa colère !
Oui , Madame , à moi. Je le répète , vous serez à moi. Mon crime fait votre gloire. Ce qui s'est passé n a fait qu'accroître mon admiration et mon amour. Et cela dsvoit être. Je veux , Madam.e , m/attacher à regagner vos bomics grâces; mais souiTrez que je vous dise, que mille homaoÊS annés autour de ia maisoîi ne seroienî
DE Clarisse Harlowî:. 35 pas capables de vous arracher à moi, tant qu'il me restera un souffle de vie.
Jamais , jamais je ne serai à vous , dit- «lle , en joignant ses mains et levant ses yeux au ciel! Jamais je ne serai à vous.
Nous pouvons encore, Madame, vivre heureux ensembk; un grand nombre d'années. Vous pouvez vous voir réconciliée avec tous vos amis. La négociation est plus avancée que vous ne Timaginez. Vous savez trop que vous ne devez pas penser plus mai de vous pour avoir souffert ce que vous ne pouviez empêcher. Dites- moi seulement à quelles conditions je peuK faire ma paix avec vous , et je m'y sgu-= Tnets sur-le-champ.
Jamais , jamais, répéta- 1- elle , je ne -serai à vous î
Ma chère vie , daignez me pardonner cette seule fois ! — Avec une vertu -si invincible , quelles vues pouvez- vous me supposer encore contre vous ? Ai-je essayé 'de vous faire quelque nouvel o-utrage ? Si vous voulez e-re à moi , ie toit que j'ai pu faire retombe sur moi-miême. Vous avez trop bien de /iné les indignes m>oyens ^ont j'ai fait usage. — Peut-il y avoir uns preuve plus évidente de votre vertu ? •— •L'espérance qui me reste à présent , c'est que, quoiqu'il me soit impossible de vous •faire une réparation complète , vous me permettrez du mioins de vous faire toutes relies qui sont en mon pouvoir.
36 Histoire
Je vous supplie , Madame , de m'écoiiter ju;vqu'au bout. ( Car je la vis prcîe à me répendre avec le plus violent transport de coière.) Le Dieu que vous servez , ne demande que la pénitence et l'amendement ; imitez-le , mon cher amour , et ■daignez me donner les m.oyen^^de reformer un train de vie que je commence d'avoir en horreur. Hélas î c^'étoit autrefois le seul but où vous tendiez. Reprenez ce dessein , aimable Clarisse, par charité pour une aine et pour une personne qui , je m'en suis flatté , ne vous ont pas toujours été indifférentes. Et que le soleil^ en éclairant le jour de demain, soit témoin de notre union 1
Je ne peux te juger , dit- elle , m.ais le Dieu que îu me cites en exemple avec tant de hardiesse , le peut , lui ; et certaiîiement il te jugera. Mais si la Componction a réellement pris possession de ton «cœur , si tu es vraimient touché de ta •t>assesse et de ton ingratinide , et s'il y a quelque «incérité dans ton intention en me remettant devant les yeux le -divin CKcmpIe que tu me recommandes d'imiiter dans ce niOQient de ton prétcniu repentir, laisse-moi scruter le tond de ton am.e^ <et par tes réponses je jugerai de la préîen iue sincérité de tes déclarations.
^' Répond?-moi donc ? Ya-t-il auame ïé^hté dans le traité quj tu as prctenda èiw jÊiitainé cntiQ mon t:>ncie , le capî-
DE Clarisse Harlowe. 57 taine Tcmlinson et roi ? pHrle , réponds 'sans hésiter : y a t-il l'ombre de la vérité dans cette histoire? Mais souviens - toî que si c'est une fausseté , et que tu veuilles encore l'ailirmer comme vraie , quelle condamnation suivra ta dernière assertion , si -elle est aussi solemnelie que je ["exige !
Cétoit-là une maudite bette qu'elle me poussoit. Que pouvois-je dire ? — Sûrement , ( dis - je en moi - mêm^ ) cette impitoyable beauté a résolu de me damner-, -et c'est pourtant elle q,ui m'a accusé de vouloir perdre son ame ! — Mais n'étoisje pas obligé de continuer comme j'avois commencé ?
Bref, j'atiirmai solemnellement que le tout étoit vrai / Vois , B^lford , .s'il n'arrive pas toujours, comme disent les honnêtes gens , quun crime en amène un -autre.
J'ajoutai que le Capitaine étoit allé s Londres, et qu'il lui auroit rendu sa visite, si elle n'eût pas été indisposée ; qu'il étoit parti très -affligé, et pour elle et pour son oncle , quoique je ne lui eusse pas fait connoitre , ni la nature de sa maladie , ni le su]ct à jamais déplorable qui l'avoit occasionnée. Je lui avois dit seulement que c'étoit une grosse fièvre ; que depuis il avoir , à la prière de son ^oncle , envoyé deux fois s'informer de -sa santé ; que j'avois déjà dépêché un ^exprès k -cheval , avec une ietue ., pour
3§ Histoire
lui faire savoir ( et à son oncle par sou moyen ) son heureuse convalescence , en le priant instamment de renouveler ses efforts auprès de son oncle , pour obtenir sa présence à la célébration secrète de notre mariage , et que j'attendois une réponse , sinon le soir même , au moins le lendemain.
Laisse-moi te demander ensuite , ditelle : ( tu connois l'idée que j'ai des femines que tu m'as amenées à Hamstead^ et <{\ï\ par leurs séductions mont entraînée ici à ma ruine ) réponds à cette question : Etoient-cUes réellement et en effet Lady Betty Lawrance et ta cousine Montaigu ? < — Que dis-tu ? Parie sans hésiter, qu'as-tu à répondre à CQit^ question ? — Il est bien étonnani , ma chère , que vous les soupçonniez. . . . Mais connoissiint l'étrange opinion que vous en avez prise , que peux-je dire pour me faire croire ?
Est-ce là ra réponse ? C'est donc ainsi <jus tu éludes ma quesrion ! M a is^ apprends moi , ( car je iais maintenant Tépreuve de ta sincérité , et je jugerai de celle de ton répennr par ta réponse à cette question : ) apprvnas-moi encore une fois , si ces femmes étoient véritablement Lady betty Lawrance et ta cousine Montaigu ?
Faites seulem.ent , mon cher amour, que je puisse demain vous appeler iégitimem.ent 7710;: épouse , et nous partirons le jour suivant , si vous voulez ^ pour le
DE Clarisse Harlowe. 39 comté de Berks , pour le château de
Miîord M où elles sont toutes deux
actuellement , et vous serez convaincue par vos propres yeux et par vos propres oreilles ; vous en croirez plutôt leur témoignage que tous les sermens que je pour- Tois faire.
Réeliem.cnt , Belford , j^avois des craintes de quelque perndic de ta part ; c'est la raison qui me faisoit recourir à de si pitoyables détours : car sans ces craintes jVurois juré la vérité de cet article aussi hardiment que le prerr/Ier. Cependant elle voulut absolument une réponse positive ; je risquai le tout , et je jurai ( sermens des amans , Belford I ) qu'elles étoient réellement Lady Betty Lawrance et ma cou-ûne Montaiçu.
Elle leva les mains et les yeux au cieL — Que puis- je penser ? Que faiit-il que je pense ?
Vous pensez sans doute ^ Madame, que je suis un démon ; oui , un vrai démon : ians cela , après des sermens si solemnels, pourriez- vous encore douter de la vérité 3e mes réponses ?
Et si j'ai cette opinian de toi , n'en aij€ pas sujet ? Est-il un autre homme dans Tunivers , ( j'espère pour le bien du genrehumain qu'il n'en existe pas d'autre ) qui pourroit en agir avec une pauvre créature s Jiis' amis . comm^ tu en as agi avec xnoi ? Moi , que tu as privée de tous s^
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aniis. Moi , qui avant de te connoître , avois pour amis tous ceux qui me connoissoient ?
Je vous ai déjà dit , Madame , que Lady Betty et ma cousine étoicnt ici , dans le dessein de prendre congé de vous , avant de partir pour ie comté de Berks. Mais , je Tavoue , la honte et les remords , suites de mjon crime et de mion ingratitude , ont été la raison pour laquelle vous ne les avez pas vues. Il n'etoit pss naturel que je me souciasse beaucoup qu'elles vous vissent ; q^Aqs ne m'auroient jamais pardonné , si elles eussent su ce qui s'est passé. — Et quelle raison pouvois-je avoir ^'espérer votre silence sur ce fait , si la santé vous fût revenue ?
A présent que Févénem.ent de ma ruine a. si bien répondu au motif de leur apparition , il iî! porte fort peu qui elles soient et ce qu'elits peuvent être ; mais si tu as eu l'audace d'affirmer aussi solemnellem.ent deux faussetés , quel misérable j'ai là devant mes yeux.!
Je crus alors qu'elle avoit lieu d'être satisfaite , et je la suppliai de miC permettre de lui parler du lendemain comme du plus heureux jour de ma vie. Nous avons la permission , Madame , — il faut que vous m'excusiez si je ne vous laisse pas partir d'ici sans avoir essayé tous JQS jaoy£ns d'obtenir man pardon-
DE Clarisse Harlowe. 41 Dois- je donc, dit-eîle (dans une espèce de transport frénétique ) dois -je être détenue prisonnière dans cette maison d'horreur? Le dois-je Monsieur ? Prendsgarde , prends-garde , en levant la main d'un air menaçant , prends-garde de me réduire au désespoir ! Si je meurs , fût-ce de m.a propre main , on recherchera mon snng ; ne manque pas ton coup^ Lovelace; si cela arrive , prends bien tes précautions d'avance , je fçn avertis ; creuse une fos?e assez profonde pour cacher ce malheureux corps ; car sois bien certain que quelques-uns de ceux qui ne daignent pas faire un pas pour protéger ma vie j remueront ciel et terre pour venger ma mort.
Quelle terrible et chère créature ! Sur mon ame, elle m'a fait frissonner ! — Elle avoit vraim.ent besoin de tant parler de son malheur d'être tombée entre les mains du seul homme de l'univers capable de l'avoir traitée comme je l'ai traitée. — Elle est aussi , elle , la seule femme de la terre , capable de me jeter dans le trouble qu'elle m'a causé. — Ainsi nous sommes à à^ux de jeu sur ce point. Je crois même être le plus maltraité ; car j'ai eu bien peu de plaisir et beaucoup de peine ; sa punition , comme elle l'appelle ^ est finie ; mais qui pourra dire quelle sera la mienne et quand elle finira ?
Ici , où je ne fais que me rappeler les ciîoses pour te les écrire^ ( j'^gs pai-là à
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quel point je dus être affecté dans le moment ) j'ai été forcé de quitter là la plume et de chanter tout seul pour m'égayer. Je cherchois en vain un air gai , je croassois plutôt que je ne chantois. Le premier qui m'est venu à la bouche est ■cette vieille et horrible chanson qui commence par ces mots : Le dtrnier de Jan^ vier j etc. Pai toussé et tâché de tomber îur un air plus joyeux , mais il m'a été impossible , et j'ai été obligé de finir comme un malfaiteur par une triste et lugubre jpsalmodie.
Hj ! je suis là, la gueule béante comme un jeune milan sans plumes à sond nid , qui auroit grand besoin d'avaler un poulet que sa mère à suspendu à son bec«
Qui diable me tourmente? — Je ne peux ni penser ni écrire ! Répose -toi là , ma plume , pour un instant. (J^)
(^) LETTRE CCLXVIL
LO VELAGE à BeLFORD.
L y a bien de la vérité dans cette observation : qu'il en coûte dix fois plus pour faire le mal que pour faire le bien. A^ combien de stratagèmes diaboliques n'aije pas eu recours pour suivre mes desseins sur cette charmante créature ? Et
DE Clarisse Harlowe. 43 -après toutes mes inventions , dans quel embarras je me suis jeté m.oi-même ? Et me voilà prêt de tomber dans le précipice que le but de tous miCs artifices étoit d'éviter ! Que j'aurois été heureux avec une femm^e si parfaite , si j'eusse pu me décider à me marier dès le moment que je parvins à lui faire quitter la maison paternelle ! Mais alors , comime j'ai pensé plusieurs fois , comment aurois-je su qu'une beauté à son aurore , qui se permettoit une correspondance secrète , et s'exposoit à courir tant de risques avec un jeune étourdi comme moi , connu pour tin libertin^ n^y étoit pas portée par une inclination qui pourroit un jour m^e eau -er autant de peine dans mes réflexions , qu'elle me causoit de plaisir dans le temps. Tu te souviens sans doute de l'histoire de Fhôtelier dans TArioste , et ton expérience aussi bien que la mienne peut te fournir plus de vingt Fiamsîta en preuve de l'in:!bécillité du sexe.
Mais continuons ma narration.
Cette chère créature en est revenue au oint où son cœur étoit si fixement arrêté.
Ile in-ista sur ce qu'elle vouloit quitter cette oJieuFe maison , eî dans les termes les plus forts.
Je la pressai de se trouver avec moi le lendemain à l'autel , dans une des deux églises mxenîionnées dans la permission. Je la supplia , quelles que fussent ses résolu-
tions , de me laisser conférer tranquillement sur cet article avec elle.
Elle me répondit : que si je vcuîois qu'elle fît la moindre réflexion sur ce que je lui proposois , je ne devois donc pas l'empêcher d'être libre et maîtresse d'ellemiême. A quoi bon lui demandois-je son eonsentement , si elle n'avoit aucun pouvoir sur sa personne ou sur ses actions ?
M'assurez - vous sur votre honneur , Madame , que si je consens à vous laisser sortir d'une m.aison qui vous est si désagréable...«
Mon honneur , Monsieur , dit cette chère créature. — Hélas ! — elle détourna les yeux et pleura avec une grâce inimitable , comme si elle eût dit , — hélas ! — vous mie l'avez ravi , mion honneur!
Je crus appercevoir que sa colère commençoit à s'appaiser, mais je me trom.pois: car comme je la pressois avec chaleur de fixer le jour pour l''intérêt de notre honneur miUtusl , et celui de nos deux familles, elle m^efit cette réponse altière , et du ton le plus em.phatique.
Est-il donc possible , Loveîace , que tu sois assez bas pour désirer de fai/e t3 femme d^une créature que tu as insultée , déshonorée ^ abusée, et que tu as traitée commie tu m'as traitée ? avois-îu bc^soin de m'humilier , de me ravaler jusqu'au niveau de ta bassesse , pour me rendre une épouse sortable pour toi ? lu avoi«
DE Clarisse H ARLOwE. 45 lïn père , qui étoit un homme d''honneur , une mère qui mériîoit un meilleur fiis^ Tu as un oncle qui ne fait point déshonneur à la Pairie d'un royaume , dont les Pairs sont plus respectables que la noblesse de tous les autres pays. Tu as encore d'autres parens dont tu peux t'enorgueillir , quoiqu'ils ne puissent pas se glorifier de toi. Et ne peux-tu donc fimaginer les entendre élever tous leurs voix, les morts du sein de leurs tombeaux , les vivans du sein de leur juste orgueil , et te crier de ne pas déshonorer une maison si ancienne et si illustre , en te liant par le nœud conjugal à une créature que tu as égalée à la fange des rues , et jetée dans la classe la plus vile de son sexe ?
Je vantai sa grandeur d'ame , et sa vertu inimitable. Je maudis mon crime et moimême. Je lui dis que ce seroit une satisfaction agréable pour les mânes de mes ancêtres , ainsi que pour les vœux de mesparens vivans , si j'obtenois l'honneur que je la sHppliois de m'accorder.
Elle insista toujours sur la nécessité de la mettre dans le cas d'agir en étant libre ; elle votîloit se voir logée ailleurs , avant de donner la moindre réflexion à la demande que je sollicitois. Et dans ce cas même elle ne s'engageoit à rien , pas même à souffrir mes v^isites. Je lui demandai comment je pourrois consentir à pa-
4(5 Histoire
reilles conditions sans me résoudre à Î2
perdre pour toujours.
En parlant elle portoit de temps en temps la main à son front. A la fin , se plaignant de mal de tête, elle se relira et nous nous séparâmes ainsi mécontens l'un de l'aurre ; mais elle est dix fois plus mécontente de moi que je ne le suis d'elle.
Il semble que Dorcas commence à s'insinuer dans ses bonnes grâces.
Quoi donc ? qu'y a-t-il ?
Lundi au soir.
Que cette belle est déterminée ! Elle a encore manqué de nous échapper. Quel ressentiment opiniâtre ! — Je vois maintenant qu'elle n'avoit affecté un air un peu plus calmiC , que dans le dessein de nous ôter tout soupçon. — Elle étoit descendue et elle avoit déjà tiré le verrou de la porte de la rue , avant que je pusse l'atteindre ; alarmé comme j'étois par le cri de la cuisinière de Mde. Sinclair , qui étoit la seule qui l'eût vue se glisser dans l'allée : cependant l'éclair n'est pas plus prompt que je le fus dans le moment.
Je la ram.enai dans la salle à manger , avec une extrême résistance de sa part. Et j'ordonnai devant elle à un domestique de se tenir désormais continuellement au bas de Tescalier.
Elle parut prête à suffoquer de douleur et de désespoir d'avoir manqué son coup.
DE Clarisse Harlowe. 47 Dorcas étoit assidue auprès d'elle et excessivement officieuse : elle dit effrontéinent que son avis étoit qu'on permit à sa chère maîtresse de prendre un autre logement , puisque celui-ci lui étoit si désagréable : elle ne pouvoit s'empêcher de le dire , dût-on la tuer sur-le-champ. Et depuis ce moment , c'est toujours la bonne Dorcas.
Cependant, durant quelque temps cette chère créature ne respiroit que passion eî violence.
Je vois, je vois, dit- elle, lorsque je Teus fait monter à sa chambre , ce que je dois attendre de vos nouvelles protestations, ô le plus vil des hommes !
Chère Clarisse, après un calme qui me laissoit plus d'espérance, vous ai-je donné quelque sujet qui puisse justifier pareil emportement.
Elle se tordit les mains. Elle arracha sa coè'ffure. Elle déchira ses manchettes. Elle étoit dans un transport frénétique.
Je craignis le retour de son délire.
Mais voyant que mes supplications ne servoient qu'à Taigrir encore plus , j'affectai un air courroucé. — Je lui dis qu'elle pouvoit s'attendre à tout ce qu'elle pouvoit craindre de pis. — J'allois continuer nies menaces , dans l'espérance de l'intimider, lorsque je la vis se jeter à mes pieds*
Oui , s'écria-t-elle , ce sera un acte de miséricorde , le plus grand que tu puisses
4^ Histoire
faire , que ds me tuer sur-le-champ y à cette place. Heureuse place , oui , c'est ainsi que je la nommerai jusqu'à mes derniers momens : car découvrant alors avec une violence encore plus frénéiinue une partie de sa gorge enchanteresse : là , là , diîoit cette beauté d'un ton qui me déchiroit l'ame , c'est là que je te conjure de faire entrer ta pitié. Oui prête d'expier , je te pardonnerai et te rendrai grâces ! — ou seulement donne moi les moyens , et je te délivrerai d'une malheureuse créature comme moi , et je te remercierai , te bénira à m.on dernier sourpir.
A quoi bon toutes ces extravagances ?
toutes ces exclamations? Ai-je tenté, ma très- chère vie, de vous faire une nouvelle injure ? D'où viennent ces transports frénétiques? Ne suis-je pas prêt à vous faire toute la réparation qui est en mon pouvoir ? N'avois- je pas lieu d'espérer.
Non, non , non , non , s'écria- 1- elle , en répétant ce m.ot près d'une douzaine de fois , aussi vite que lui permettoit la voix.
N'avois-je pas lieu d'espérer , continuaije , que vous réfléchiriez aux moyens de me rendre heureux , et vous moins misérable , plutôt qu'à ceux de tenter une fuite si précipitée , et si dénuée de toute raison.
Non , non , non , non , cria-t- elle encore ,
en
DE Clarisse Harlov/e. 49 eft secouant la tête avec toute l'impatience d'une femme qui ne vouloit pas m'écouter.
Mes résolutions sont si honorables, que si vous vouiez permettre qu'elles aient leur effet , je n'aurai plus besoin de m'inquiëter des lieux où vous irez , si vous voulez seulement recevoir mes visites et mes vœux. — Je prends Dieu à témoin , qu'en vous ramenant de la porte , je n'avois aucunes vues fatales à votre honneur; bien au contraire ; je suis prêt dans ce moment même d'envoyer chercher un ministre pour mettre fin à vos craintes et à vos doutes.
Dis et redis miille fois îa même chose , et à chaque mot , atteste soiemnellement ce Dieu que tu est accoutumé à invoquer pour témoin des plus horribles faussetés , et ce sera peu encore auprès des vœux et des promesses que tu m'as faites et répétées. Quand même tes horribles parjures ne porteroient pas mon cœur à te haïr et à se soulever contre toi , je te le répète , je ne voudrois pas encore me lier pour toujours avec un homme tel que toi: non^ pour mille couronnes.
Calmez - vous , Madame , par Intérêt pour vous-même , calmez-vous. Permettez-moi de vous relever , tout abhorré que je suis de vous. Ou si! ne faut pas que je vous touche... ., car elle repoussa ma main d'un air égaré , mais avec une Tome VÎÎL C
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si charmante colère , le sein agité et palpitant comme elle levoit les yeux vers moi, que m.algré la rage sincère où j'étois, je Taurois pressé avec transport contre le mien.
S il ne faut pas que je vous touche , je m'en abstiendrai. — Mais comptez , ( et je pris Tair le plus sévère qu'il me fut possible , pour essayer quelle impression il feroiî sur elle) comptez que ce n'est pas là, Madame, le moyen d'éviter les maux que vous appréhendez tant. Quoi que je fasse , vous ne pouvez pas me traiter plus m:il. Sortez , Dorcas !
Elle se leva , voyant que Dorcas alloit se retirer et saisit son bras toute éperdue : O Dorcas, s'écria-t-elle , si tu es de mon sexe , ne m'abandonne pas , je te Fordonne ! alors quittant Dorcas , elle courut se jeter à genoux dans le coin le plus éloigné de la chambre , saisissant une chaise sur laquelle elle se colla brusquement le visage. — Ob ! où puis-je être en sûreté ? Où pourrai- je trouver un asyle contre cet homme emporté ?
Cela fournit à Dorcas une occasion de s'établir encore plus dans la confiance de sa maîtresse. Cène fille se jeta à mes pieds lorsque je paroissois agité d'une colère violente , et embrassant fortement m^s genoux : tuez moi , Monsieur , tuezmoi , si vous voulez ; pardon si je vous coupe le chemin , pour sauver ma chère
DE Clarisse Harlowe. 51 maîtresse. Mais , Monsieur , il faut qu'on vous excite : Dieu veuille pardonner à ceux qui se plaisent à conseiller le mai.— - Mais votre cœur, s'il étoit abandonné à lui-même , ne vous permettroit pas ces choses. De grâce , épargnez , Monsieur , épargnez ma maitresse^je vous en conjure : s'agitant avec bruit sur ses genoux , comme si j'eusse montré l'intention d aller insulter sa maîtresse , si elle ne m'en avoit pas empêché.
Sors d'ici , démon , officieux démon , sors d'ici sur-le-champ. A ces mots , au ton animé dont je les prononçois , la chère créature a tressailli , et arrachant prom.ptement sa tête dx\ fond de la chaise , et la laissant retomber de frayeur , elle donna du nez, je crois, contre le coin de la chaise et le sang coula en abondance et ruissela sur son sein : elle étoit trop effrayée pour s'en appercevoir.
Jamais homme mortel ne sentit la terreur et l'agitation que j'éprouvai dans ce moment ; car je conclus sur-le-champ qu'elle s'étoit percée de quelque instrument caché.
Je courus à elle d'un air vraiment effaré. — Car l'effroi dont fut frappée Dorcas avoit suspendu tout- à-coup son lôle simulé d'officieuse intercession.
Qu'avez- vous fait , oh ! qu'avez- vous donc fait? Regardez- m.oi , ma chère vie, douce innocence , indignement outragée ,
51 ' Histoire daignez lever les yeux sur moi. Qu avezvous fait , grand Dieu ! ah ! je ne vous survivrai pas long- temps. — J'étois réellement sur le point de tirer mon épée pour m'expédier , lorsque je reconnus, — ( ô Belford ! comme cette charm.ante créature fait de moi un lâche et un sot à sa volonté ! ) que ce qui me causoit tant de frayeur , n'étoit qu'un nez sanglant ; et tout ce sang qu'on n a pu étancher d^in gros quart-d'heure , aura beaucoup aidé , je pense , à lui remettre la tête et la raison.
Au reste , cette scène me prouve que la charmante créature n est dans le fond qu une petite poltronne , et que je peux l'épouvanter et faire cesser ses invectives , en prenant un air sévère et irrité. Mais aussi , pour compenser l'avantage que cela me donne sur elle , je trouve que je suis aussi un lâche moi-même ( ce que je n'aurois jamais soupçonné) puisque j'ai pu m'effrayer si aisément de la crainte qu elle ne se donnât la mort. (]t)
DE Clarisse Harlowe. 53 (II) LETTRE CCLXVIII.
LO VELA CE à BeLFORD.
J\v E c tout cela , Belford , malgré le ressentimenî de cette chère créature , je ne peux en conscience croire qu^elle ne passera pas par-dessus tous ses scrupules , et qu'elle ne consentira pas à entrer sous le joug avec moi. Quand même elle seroit siire de mourir le lendemain ^ est-il possible qu'une femim.e de son bon sens , de sa délicatesse sur rhonneur , dans sa situation , et d^une famille si fière , n'aimât pas mieux mourir mariée qu'autrement? — Oui,:::r^ dv^ilt^, elle Taimeroit mieux, eiit-eJle pour son époux la haine la plus sincère. Cela posé, il n'y a qu'un seul homme dans l'univers qu'elle puisse épouser , et cet homme , Belford , c'est m^oi.
A présent que tu m'entends parler si légèrement d'entrer sous le joug du mariage; ( car écrire familièrement à son ami , c'est converser avec lui ) tu vas me questionner sans doute sur mes intentions à cet égard.
Je vais te faire connoître le fond de mon cœur , autant du moins que j'en connois moi-même. Lorsque je suis loin d'elle , je ne peux m'einpécher d'hésiter sur l'article du mariage , et très-souvent mes résolutions sont contre , et je me détermine à
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poursuivre mon projet favori de cohabitation libre avec elle. Mais suis-je en sa présence, je me sens prêt à dire , à jurer , à faire tout ce que je crois lui être le plus agréable. Et si un ministre se trcuvoit-là , je m.e plongerois tout-d'un-coup , cela est sûr , dans l'état du mariage.
J'ai souvent pensé qu'en général il est heureux pour quantité d'étourdis de notre sexe 5 ( car il y a de jeunes étourdis , comme il y a de jeunes folles , Belford, et qui se laissent prendre comme elles) que la cérénionie et l'appareil soient nécessaires peur accomplir l'irrévocable solemnité. Cela donne ordinairemjent à un homme le temips de se recueillir dans Tintervalle qui s'écoule entrela chaude ivresse du soir , et le calme sérieux du vn^tln qui suit. Sans cela , je ne sais pas qui pourroit échapper à ces charm.2ntcs petites sorcières, dont les prestiges et le pouvoir enchanteur sont si bien secondés par l'illusion de nos imaginations exaltées.
Une épouse têt ou tard , disois-je ordinairem.ent. Pai toujours eu assez de pré-» somption et de vanité pour croire qu'il n'y avoit pas une femme au monde qui pût refuser sa main , si je lui offrois la mienne^ Je suis horriblement mortifié de trouver que cette belle soit capable de me tenir lebec dans Tcau , et de rejeter mes ofires et des vœux si honnêtes.
DE Clarisse Harlowe. 55 Quelle force ! ( passe-moi une réflexion grave, Beltord , elle sera bientôt effacée ) qu'elle force n'ont pas les mauvaises habitudes sur le cœur humain ! Quand nous nous engageons dans le chemin du vice , nous imaginons qu'il dépendra toujours de nous de rentrer quand nous le voudrons dans le droit chem.in. Mais je vois clairement que c'est bien se tromper. Car qui peut reconnoître avec plus de justice que je ne fais, et le mérite de cette charmante créature , et mes erreurs ? Qui peut éprouver de temps en temps des regrets plus vifs et plus profonds des injures que je lui ai faites ? Qui peut former de plus fortes résolutions de les réparer ? Cependant combien mon repentir est passager ! Comme je suis r'entrainé de Fautre côté; peux-tu dire par quelle force ! O démon de la jeunesse , démon de l'intrigue , comme vous m'égarez ! Comibicu de fois nous finissons par nous préparer matière aux plus cuisans remiOrds , dans ce que nous avions d'abord entrepris par amiusement et par jeu.
Au m.oment où je t'écris néanm.oins , la balance penche en faveur du mariasse. Car je désespère d'emporter avec elle mon point favori.
Ma belle a dit à Dorcas que son cœur est brisé : qu'elle n'a que peu de temps à vivre. Je n'en crois pas un mot , si nous nous marions. D'abord elle ne sait pas tout le bien que lui fera un esprit tranquille et
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délivré de toute inquiétude , dans un état que tout le sexe n'envisage qu'avec la plus haute idée et la plus grande satisfaction. Combien n'cst-il pas arrivé de fois au sacré conclave de se tromper de même dans leur choix d'un Pape, faute de considérer qu'une nouvelle dignité suffit seule pour redonner une nouvelle vie ! Quelques mois d'un cœur à Taise et content lui donneront des idées bien différentes des choses. Et j'ose répéter ce que j'ai déjà dit (*) , qu'une fois marié je le serai pour la vie.
Je conviendrai que son orgueil a dans un sens souffert quelque humiliation : mais dans un autre aussi son triomphe n'en est que plus grand. Et tant que j'ai lieu de croire que toutes ses épreuves ne font qu'a* jouter à sa gloire , dont j'ai élevé les fonriemens sur ma propre honte, peut-on me nommer cruel , parce que je ne suis pas affecté de son chagrin commiC d'autres pourroient l'être ?
Pourquoi donc son cœur seroit-il brisé?
Sa volonté est intacte et pure : oui , sa volonté n'en est pas moins pure et vierge. Ce qui la souille , c'est de détruire les ha^ bitudes vertueuses , pour en introduire de vicieuses , et corrompre le cœur entier» Mais elle a jusqu'ici incontestablement prouvé que sa volonté est incorruptible , et que son ame ne peut être avilie. Si elle
( * ) Voyez Lettre CCLIV,
DE Clarisse Harlowe. ^ 57 me donne le sujet de tenter encore d'autres épreuves, et qu'elle conserve de mcine toute l'intégrité de son innocence , sur quelles idées pourra-t-elle s'arrêter , qui soient capables de corrompre ses mœurs ? Quels vestiges , quels souvenirs en resterat-il , que ceux qui seroient propres à lui inspirer de Thorreur pour l'aggresseur ? Quelle sottise donc de supposer que la violation purement idéale qu'elle a soufferte , soit capable de briser les ressorts de sa vie ? Mariée ou non mariée , sa religion la mettra toujours au-dessus de toute idée funeste à l'occasion d^un si frivole accident , et d'une soufiTance si involontaire.
Ce sont des considérations de cette nature qui me soutiennent contre la crainte de ces fantômes et de ces suites chimériques : et je voudrois qu'elles eussent aussi. quelque crédit sur ton esprit , toi qui te fais son intrépide avocat. Cependant je conviens avec toi , qu'elle fait réellemient trop grand bruit de cette aventure , et qu'elle la prend trop à cœur. Sûrement elle doit l'avoir oubliée depuis le temps y à moins qu'il n'en résulte le charm.ant effet, que j'espère toujours qui en résultera ^, quand même j'en resterois-là. Et si elle a cette appréhension , alors la chère personnea dans son excessive délicatesse , quelque raison de prendre la chose si à cœur : cependant elle ne refuseroit pas , je crois ^ fc moyeu de légitimer.
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Ah ! Belford , si j\ivois un empire , je te jure que j'en céderois le diadème même â. mon ennemi pour avoir un charmant pou^ pon de cette belle. Si elle m'échappoit ,. et qu'il n'y eut aucunes suites, ma vcn^ geance sur sa famille , et en pareil cas sur elle-même . ne seroit qu'imparfaite , et jC; me le reprocherois toute ma vie.
Si f'étois certain d'avoir posé ce fondement ; (et pourquoi n^en aurois-jepas l'espéraHce ? ) je ne douterois pas de pou-» voir la soumettre et la posséder à mes propres conditions , quand elle résisteroit à son jour de grâce. Et si cela étoit , je m'at-~ tendrois à voir infaîliblemient revivre en ellel'affection qu'une femme manque rarement d'avoir pour le père de son premier enfant , soit qu'il soit né dans le mariage,, ou hors du mariage»
Je te prie , Belford , de voir dans cetteaspiration , permiCts-moi de lui donner ce nom , une distinction en ma faveur qui me sépare ê^^s autres libertin. Presque tous suivent leurs penchans sans s'embarlasser des conséquences. On croiroit qu'ils^ yeuîent imiter cet insolent et libertin oiseau y qui suit ses plaisirs en sultan , passed'une belle empîumée à une autre , laissant à ses humbles maîtresses le soin de faire éclorre leur progéniture dans les: lecoins cachés qu'elles ont la peine de chercher elks- mêmes. (Ji)
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