‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 3)Chapitre 5 sur 39 · LETTRE CCLXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXIX

M. L o V E L A c E au même.

Mardi matin ,20 Juin>

E t'appreuds , Belford ^ que nous sommes à présent de pair , ma charmante et moi. Elle ne veut pas que je devienne honnête homme. Elle autorise mes complots par son exemple.

Tu dois être plus partial que je ne Tai je supposé , si tu me blâmes à présent de reprendre toutes mes résolutions chancelantes , puisque je ne fais que suivre ses traces. Ne t'imagine pas que j'explique ses actions dans un sens forcé , pour justifier une mauvaise cause ou une intention plus criminelle encore. Le loup , à la vérité , ne chercha pas de grands prétextes , lorsqu'il lui prit envie de quereller l'agneau. Mais tu vas voir que le cas est bien différent.

Ma charmante (l'aurois-îu jamais cru?} prenant avantage du naturel compatissant de Dorcas ^ et de quelques expressions vives que cette tendre fille a laissé échapper contre la cruauté des hommes , avec des regrets de ne pouvoir servir sa mjaitresse dans ses afflictions , lui a donné le billet suivant , signé de son nom de fille ^

6o Histoire

car elle a jugé à propos d'assurer positî> vement à la sensible Dorcas que nous ne sommes pas ma-riés.

Je promets qu'aussitôt que je serai en possesjion de mon bien , je prendrai soin, d'entretenir honorablement Dorcas Mar-.

tindale dans ma propre maison : ou si je meurs sans avoir pu remplir cette promesse y j'oblige ici mes héritiers , mes exécuteurs et mes administrateurs de lui payer annuellement , ou à son ordre , pendant tout le cours de sa vie , la somme de vingt livres sterlings , à condï^ lion qu'elle m'aidera fidellement à m'é-^ chapper de l'injuste prison ou je suis actuellement retenue ; ladite obligation devant commencer- , pour moi ou pour mes héritiers , trois mois après le jour de ma délivrance. Je promets aussi de lui donner , aussitôt que je serai libre , la tague à diumans que je lui ai montrée, pour gctge de mon honneur , sur le reste de cet engagement : écrit de, ma propre^ main- y le ic} Juin z/.....

Hé bien ? Belford-, quelles promesses >^ quelles mesures suis - je obligé de garder avec cette chère corruptrice ? Ne vois-tu pas jusqu'où va sa haine pour moi ?• Ne vois-tu pas qu'elle est résolue de ne nie pardonner jamais ? Ne vois-tu pas néan- «oûias qu'elle se déshoBOiQ absolument

DE Clarisse Harlowe. 6r aux yeux du public , si sa perfidie lui fait trouver le moyen de m'cchapper , et qu'elle s'expose à une infinité de chagrins et de fâcheuses aventures ? Qui la recevra ?

Qui la protégera? Déterminée cependant à courir tous ces risques, et s'abaissant jus^ qu'à l'artifice, jusqu'à se rendre coupable de deux vices domJnans de notre siècle , îa perfidie et la corruption ! Ah ! Belford ! Belford ! Ne me dis plus , ne m'écris plus un mot en sa faveur.

Tu m'as blâmé de l'avoir logée dans cette maison. Mais si je Pavois menée dans toute autre maisoii d'Angleterre , où il se fût trouvé quelque domestique ou locataire susceptible de pitié ou de corruption , qu'en seroit-ii arrivé ?

(^) Ne vois- tu pas néanmoins qu'en ourdissant cette trame m.ai tissue ^ la chère implacable resscm.ble à un malheureux qui se noie , et qui s'accroche à une paille l L'expédient auquel elle a eu recours ne servira pas davantage à la sauver. (H)

■B&^i iMiiiiBWHiinfiT wim.'r r^yaBsrigi

LETTRE eCLXX.

LO VELAGE à BiiLFOi^D.

Mardi matin , à dix heures,

J j LLE est fort mal , extrêmement mal ^ Ene dit Dorcas, dans la seule vue d'éviter ^j^paremment de me voir. — C^peadanS

6i Histoire

il se peut que la chère ame soit fort mat d'esprit. Mais n'est-ce pas une équivoque? Dans tous les cœurs humains , une passion dominante renverse les principes , et règne en tyran. La mienne est alternativement Tamour et la vengeance. Celle de ma charmante est la haine. Ma consolation , Belford , c'est que la haine appaisée , Tamour commence ou plutôt se renouvelle , du moins si Famour a jamais pris racine dans son cœur.

Mais toutes ces belles réflexions à part, tu vois que son complot avance. C'est demain qu'il doit s'exécuter. Je suis sorti pour faire une nouvelle ligne de circonvaU tation. Tout est en bel ordre , Belford !

J'ai fait demander instamment la permission de voir ma chère malade , à l'occasion du mauvis état de sa santé. Dorcas m'a fait pour elle des excuses officieuses J'ai maudit Timpeninence de cette créature , assez haut pour être entendu.

J'ai frappé du pied , j'ai fait du bruit. Le bruit de mes menaces a fait assez d'impression sur l'esprit de ma belle, pour lui faire appréhender que je ne précipitasse sa fidelle confidente du haut de l'escalier en bas.

(c Le misérable est d'une violence ex- » trême, a-t-eliedit à Dorcas. Mais tuas> » ma chère Dorcas , ( c'est à présent sa » chère Dorcas ) une aruie en moi pour » le reste de tes jours. >:> Et quel croi$-tii

DE Clarisse Harlowe. 6^

(pïeît le nom cle son bon ange ^ Ce n'est plus Dorcas Wykes , c'est Dorcas Martingale , qui est en eftet son véritable non:>. Et par dessus le lien de Tintérêt , la chère personne se Test attachée par des senncns solemnels. Mais écoute un charmant dialogue.

Où vous proposez- vous d'aller, Madame^ en quittant cette maison ?

» Je me jetterai dans la première que » je trouverai ouverte, et j'y demanderai- » protection , jusqu'à ce que je puisse me » faire amener un carrosse , ou trouver » un logement dans quelque honnête fa- » maille.

Comment ferez -vous, Madamie , pour des habits ? Je doute que vous puissiez en emporter d'autres que celui que vous avez sîar vous.

a Ho ! c'est ce qui m'importe peu , si je » puis seulement sortir de cette maison.

Comment- ferez-vous pour de Targent , Madame ? J ai entendu Monsieur se plaindre qu'il n avoit jamais pu vous faire consentir à lui avoir la moindre obligation , quoiqu'il soupçonnât que vous deviez être à court d'argent.

» J'ai des bagues et quelques joyaux de » prix. A la vérité , il ne m.e reste pas y) plus de quatre gu^nées , dont j'en ai mém»e » trouvé deux enveloppées dans un bout » de dentelle, et que j'avois destinées sans » doutç à quelque charitable usage >

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X) mais , hélas ! la charité doit commencer » à présent par moi-même. Mais une chère )) amie que j'ai encore , si elle est encore » en vie , comme je Tespère , ne me lais- » sera pas manquer absolument lorsque » je voudrai l'informer de mes besoins. » Ah ! Dorcas , je n'aurois pas été silong- » temps sans entendre parler d'elle , si je » n'avois pas été trahie.

Je vois , Madame , que votre sort est fort triste. Je vous plains du fond du cœur.

» Je te remercie , Dorcas. C'est un mal- » heur pour moi , de n'avoir pas fait ré- » flexion plutôt que je pouvois me fier à » ta pitié et à ton sexe.

Ce n'est pas d'aujourd'hui , Madame , que Y'ai senti de la compassion pour vos peines. Mais vous avez toujours paru vous. défier de m.oi. D'ailleurs je ne doutois pas que vous ne fussiez mariée ^ et j'ai toujours cru que vous traitiez Monsieur avec un peu de dureté ; de sorte que m'ayant placée auprès de vous , je me suis fait un devoir de prendre ses intérêts, au lieu d'épouser ce que je croyois vos caprices. Mon Dieu! que n'ai-je su plutôt. que vous n'étiez pas mariée ! Une Dame telle que vous ! avec une fortune si considérable ! se voir si cruellement trompée !

» Ah ! Dorcas ! avec quelle lâcheté il )). m'a a^t rie dans ses pièges ! Ma jeunesse 1 wmQn peu d'expérience du monde ! et

DE Clar I s SE Harlowe. 6^ » lorsque je tourne les yeux derrière moi , X) j'ai aussi quelque chose à rae reprocher.

Bon Dieu .' Madame , que ces hommes sont trompeurs ! les promesses , les scr-

mens j'en suis sûre , j'en suis sûre !

( et se frottant quatre ou cinq fois les yeux avec son tablier ) je puis bien maudire le jour où je suis entrée dans cette maison !

( C'étoit fort bien expliquer d'où 'venoit l'effonterie de ses yeux , que ma charmante lui avoit tant de fois reprochée. Je Pai louée d'avoir passé si adroitement condamnation sur le caractère d'une maison qui étoit en horreur à sa maîtresse. C'étoit établir auprès d'elle sa réputation de sincérité : et elle ne pouvoit entreprendre de justifier la maison sans rendi-e son zèle fort suspect. )

» Pauvre Dorcas ! hélas , qu'à la cam- )) pagne , où nous avons toujours vécu , » on connoît peu la dépravation de cette » m. éc hante ville !

Mon malheur, Madam.e , est venu de ne pas savoir écrire. J'aurois pu donner quelques nouvelles de l'état des choses à quelques proches parens que j'ai dans le pays de Galles. (^) Ils m'auroient sauvée

de ma.... de ma de ma les sanglots

ont dit le reste. Toujours dans ces sortes de sujets les femmes devinent avant qu'on ait parlé. — Et en sanglottant elle a porté encore son tablier devant ses yeux. — Elle m'a montré comment elle avoit fait, (jt)

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» Pauvre Dorcas ! ( essuyant ses yeux de son mouchoir ; car cette chère personne est la compassion même pour tous les

malheureux , à l'exception de moi )

» Une tante ne devoit-elle pas protéger sa » nièce ? L'abominable femme !

Je ne puis je ne puis dire que ma

tante y ait eu part. Elle m'a donné de bons conseils. Elle a long-temps ignoré que

j'étois.... que j'étois que j'étois et ses

sanî^lots de redoubler

» C'est assez, bonne Dorcas, c'est assez. » — Dans quel monde nous vivons ! Dans » quelle maison suis- je ! Mais prends cou- » rage , ne pleure plus , ( quoiqu'elle ne » pût s'en défendre elle-même. ) Mon )) infortune qui m'a conduite ici , quoii) qu'en causant ma ruine , peut être un » événement heureux pour toi , et n'en i) doute pas , si je vis. u

Je vous remercie bien, ma très- chère maîtresse ! Je suis bien affligée , bien affligée que vous ayez un si triste sort : mais ee pourroit être le salut de mon ame , si je puis parvenir à nous rendre dans votre honorable maison. Ah ! si vous m'aviez dit seuk^ment que vous n'étiez pas

mariée, je meserois moi-même plutôt

plutôt

Dorcas pleuroit et sanglottoit. Ma charmante s'est mise à pleurer et à soupire^ aussi ^

DE Clarisse Harlowe. 67

Je t'en prie , Belford , quelques réflexions sérieuses sur ces bizarres événemens.

Comment les bonnes âmes peuvent- elles s'expliquer à elles-mêmes , que satan ait des ministres si fideiles , et que les liens du vice soient incomparablemient plus forts que ceux de la vertu ; comme si le partage delà nature humaine ctoitla corruption et la méchanceté. Car si Dorcas avoit été honnête Elle et tentée aussi fortement pour commettre le mal , je ne doute pas qu'elle n'eût cédé à la tentation. Et pour ne pas chercher des exemples hors de nous ^ ne vois-je pas dans notre association , cent preuves de l'ascendant du vice sur la vertu ? N'avons- nous pas fait plus pour rintérêt de notre vie désordonnée > qu'un homme de bien ne fît jamais pour une bonne cause ? N i\vons-nous pas été prodigues de notre for:une et de notre vie ? N'avons- nous pas bravé dans l'occasion l'autorité des loix ? N'avons-nous pas tenté les violences , les enièvcmens , affronté tous les dangers , pour briser les fers de quelque misérable de notre espèce ?

D'où peut venir cette différence ?

Oh ! je l'ai deviné, je Tai deviné. Les libertins d'habitude , sont deux - mêmes aussi méchans qu'ils peuvent Tétre, et font sans cesse l'ouvrage de Satan , sans sQiïger 8UX suites : au lieu qu*il est occupé conti-

(58 Histoire

nuellement à tendre ses filets pour les autres , et qu'en pêcheur habile , il proportionne Tamorce au poisson qu'il veut prendre.

Je ne vois pas même pourquoi ce qu'on appelle les honnêtes gens blâmeroient dans la pauvre Dorcas , sa fidélité pour une mauvaise cause. Un général qui sert l'ambition d'un prince dans ses tyranniques entreprises sur ses voisins ; un avocat qui pour un vil salaire se charge de la défense d'une cause injuste , contre un adversaire qu'il connoît pour un homm.e de bien , ne font - ils pas la même chose que Dorcas ? Et ne sont-ils pas tous aussi coupables ? Cependant l'un obtiendra le nom de héros ; l'autre celui d'un habile orateur, que les cliens se disputeront : et vous verrez ses taîens l'élever rapidement aux premiers honneurs de sa profession au milieu des appiaudi-semens et de l'estime publique.

Fort bien, diras-tu. — Mais que faire, lorsque ma charmante est si déterminée à quitter cette maison ? Seroit-il impossible de trouver quelque m.oyen de Tobliger , et de faire servir ce moyen même à mes propres vues? Je suis satisfait de cette ouverture. Il me semble qu'elle peut

être tentée. J'en vais faire mon étude

Supposons qu'en eiîet je soufîre qu'elle m'échappe ; tous les désirs de son cœur tendent à ce point ; ce triomphe qu'elle

DE Clarisse Haïr LowE. 69 sera flattée d'avoir obtenu sur moi , fera une compensation pour tout ce qu'elle a souffert.... Oui , je suis résolu de Tobliger , si je le peux.

{^) LETTRE CCLXXI.

LOVELACE à BeLFORD.

xcÉDÉ datant de jours fatigans, et de l'insomnie de tant de nuits passés à contempler la situation précaire où je me trouve maintenant avec ma charmante , je suis tombé dans une profonde rêverie. Le sommeil est venu s'emparer de moi , et cela m'a procuré un songe , un songe fortuné , qui , je le crois , fouraira à ma tête active les moyens d'effectuer le double et charmant projet auquel mon cœur tient encore davantage.

Qu'est-ce que la jouissance de la plus belle femme du monde , comme j'ai souvent réfléchi , comparée aux plaisirs variés que donnent les inventions , le mouvement , les surprises , et enfin l'heureux dénouement d'une intrigue bien concertée ? — Les charmans et longs détours pour parvenir au chemin qui mène à son but! — Les doutes , les allarmes ^ les transes qu'on éprouve , les triomphes qu'on

7Ô Histoire

se promet ! — Ce sont-là les assaisonnemens qui font aimer le succès et le bonheur.— Car tout le reste, qu'est il ? à quoi se réduit- il ? A ne trouver qu'une fe.rinî où votre imagination voyoit un ange. — Mais revenons à mon songe.

Je revois que mercredi vers les neuf heures du matin , une voiture avec les armes d une douairière sur la portière , dans laquelle étoit une honnête et vénérable Dame ( elle ne ressembloit pas mal par la figure à la mère H.... mais dans le cœur , quelle diiTérence ! ) s'arrêta devant la boutique d'un épicier , à la distance d'environ dix portes de 1 autre côté de la rue , dans la vue d'acheter quelques épiceries : et que Dorcas étant sortie pour voir si les chemins étoient libres pour la fuite de sa maitresse , et s'il n y auroit pas un carrosse de place dans le voisinage, apperçut cette voiture avec ses armes de douairière et la dame qui étoit dedans. Que fît cette rusée traîtresse ? Il me semble la voir courir à cette vieille Dame , et lui dire ea élevant la voix : ma chère et honorable Dame , de grâce , permettez-moi de vous dire un seul mot.

Parlez , que voulez-vous , dit la vieille

Lady ? Alors Tépicier se retira et se

tint à l'écart pour laisser parler Dorcas , qui dans mon rêve , tint ce discours à la Dame.

DE Clarisse Harlowe. yi Vous m'avez Tair d'une bien bonne Dame ; il y a dans le voisinage , dans une maison qui n est pas en trop bonne réputation , une innocente et jeune Demoiselle , riche et d'une hauie qualité, belle comme un beau jour, fraîche et vermeille comme un bouton de rose , et remplie de charmes et d'agrémens , qui a été jouée et amenée ici par un jeune gentilhomme , un jeune débauché , qui connoit le train de cette ville , et elle est perdue cette nuit même , si elle ne se délivre promptement de ses mains. Ma bonne Dame , si vous êtes assez bonne pour étendre votre compassion jusques sur cette belle jeune Demoiselle , dès que vous i'appercevrez , vous verrez que je ne vous ai rien dit que de vrai ; si vous vouliez seulement lui donner une place dans votre voiture , et la prendre sous votre protection pendant un jour seulement , jusqu'à ce qu'elle puisse envoyer un exprès à cheval avertir ses parens riches erpuissans , vous sauveriez d'une perdition totale une jeune personne qui n'a point son égale pour la vertu et la beauté.

Il me sembla entendre la vieille Dame, émue parle récit de Dorcas , lui dire : hâtezvous donc , Mademoiselle ; vous venez dans un heureux moment pour m.e procurer l'occasion d'être utile à la vertu et a l'innocence opprimée , ce qui a toujours fait mes plus chères délices. Hâtez-vous , d'aller retrouver cette jeune Dame. Dites-

7^ Histoire

lui de se rendre ici sans délai , assurÊl-Ia que je lui donnerai un asyle sûr dans moiî carrosse , et que si tout ce que vous me dites est vrai , ma maison sera pour elle un sanctuaire oûje la défendrai contre tousses oppresseurs.

Là-dessus il me sembla que cette traîtresse de Dorcas se hâta de revenir trouver sa maîtresse , et de lui raconter ce qu elle venoit de faire : sa maîtresse la loua beaucoup , et la remercia bien de sa bonne idée.

Je levai les yeux, et je vis ma belle sortir de la maison , et sans regarder derrière elle , courir au carrosse armorié , où elle fut reçue à bras ouverts parla vieille Dame ^ qui lui dit d'un air gracieux ; soyez , soyez la bienvenue, aimable et jeune Demoiselle, qui répondez si bien à la description que m''a faite de vous votre iîdelle gouvernante. Je vais vous mener sur-le-champ à mon hôtel où vous serez traitée comme vous pourrez le désirer , jusqu'à ce que vous ayez instruit vos puissans et riches parens de vos dangers passés et de votre heureuse évasion.

O grâces , grâces et mille fois grâces vous soient rendues , digne et respectable Dame , vous qui offrez si charitablement votre protection à une malheureuse jeune créature qui a été bassement séduite et trahie et amenée à deux doigts de sa perte.

DE Clarisse Harlo-.ve. 73

Il me sembla alors , que la vieille Dame qui pendant le temps que Clarisse avoit mis à venir vers elle , avoir acheté et payé toutes ses emplettes , ordonna à son cocher de fouetter et de se rendre à Ihôt^il au plus vite. La voiture ne s'arrêta que lorsqu'elle fut arrivée dans une certaine rue près de Lincoîns-inn-£ields , où cette Dame avoit un superbe hôtel rempli d'un grand nombre de jeunes Demoiselles qui faisoient des ouvrages très- curieux en mousseline , batiste , linon , en un mot de toutes les espèces qui plaisent aux femmes excepté le rouet et le métier.

Je les suivois dans mon rêve , et il m.e sembla que pendant tDuî le chemin et après leur arrivée, jusqu'à l'heure du dîner , ma belle fit le récit de tous ses maux et de ses souffrances telles , qu'on n'en avoit jamais entendu raconter de paredles , et cela d'une manière si touchante , que la bonne Dame ne faisoit que pleurer , soupirer et sanglotter , et s'emporter contre les ruses infâmes des méchans hommes et surtout contre cet abominable gentilhomme de Lovelace, qui étoit , disoit-elle , un infâme intrigant , et encore pis que tout cela , un beiiébuth déchaîne'.

La suite de mon rêve fut un horrible désespoir , lorsque je trouvai que la Dame étoit échappée ; dans ma fureur j'aurois tué Dorcas , la SinJair et tout ce que j'aurois trouvé dans mon chemin. Mais par

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