‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complète (volume 3)Chapitre 9 sur 39 · LETTRE CCLXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXVIII

M. LovELACE à M. Belford.

Vendredi matin ,23 Juin,

J E suis sorti de bonne heure ce matin ^ avec un dessein en tête que je ne sais encore si je poursuivrai ou non. A mon retour j'ai trouvé Simon Parlons , Bailli de la terre de berks de Milord , qui venoit d'arriver , et qui m'artendoit chargé d'un message en règle au nom de toute la famille pour me presser de partir , surtout de la part de mon oncle qui désiroit me voir avant de mourir.

Simon m'amenoit le carrosse à six chevaux de Milord, et peut-être le mien à l'heure quil est. 'J'ai donné ordre de tenir la voiture prête pour demain à quatre heures du matin. Il n'en coiuera qu'un peu plus de fatigue aux chevaux , pour réparer ce délai , et le repos qu'ils pren-

DE Clarisse Harlowe. 137 drônt dans l'intervalle leur donnera plus de forces pour la supporter.

Je suis toujours résolu au mariage , si ma chère entêtée consent à m'accepter.

Si elle ne veut pas Hé bien alors il

faut bien suivre Timpulsion , non de ma conscience , mais des femmes de cette maison. Dorcas Ta informée de l'arrivée du Bailli et de sa comimission. Elle a souhaité de le voir. Mon retour la privée de cette satisfaction. J'ai trouvé Dorcas qui faisoit sa leçon à Thonnête Bailli sur les questions auxquelles il ne devoir pas répondre. Mais j'ai fait demander aussitôt la permission de voir ma charmante. Elle m'est enfn accordée. Sûrement la brillante succession qui m'attend aidera à faire ma paix avec elle. — Je l'entends qui entre dans la salie à manger.

Rien , rien , Belford , n'est capable de la toucher. Je n'ai pu rien obtenir d'elle , quoiqu'elle ait obtenu de moi le point qu'elle avoit le plus à^cœur. Il faut que je te rende en peu de mots ce qui vient de se passer entre nous.

Je lui ai proposé d'abord , et dans les termes les plus chauds , de l'épouser surle-champ. Elle m'a refusé avec la même chaleur.

Vouloit-elle seulement me prom.ettrede ne pas quitter la maison jusqu'à miardi

îl^ Histoire matin ? Je ne ferois qu'aller au château de M.... m'assurer de la situation de Miîord , satisfaire son désir de me voir , et recevoir ses dernières paroles ou volontés , tandis qu'il étoit encore en état de me les expliquer; peut-être serois-je de retour avant lundi Accordez-moi quelque chose , Madame , je vous en conjure ; donnez-moi quelque légère marque déconsidération.

((Quoi, Monsieur? N'est-ce que par )) vos mouvemens que je dois me déter- » miner ? Croyez -vous que je ratifierai w mon emprisonnement par un consen- » tement volontaire ? Que m'importe vo- » tre absence ou votre retour ?

Ratifier votre emprisonnement ! Eh î vous imaginez- vous , Madame , que je redoute ks loix ? ( J'aurois pu m'épargner <:ette folle bravade ; mais mon orgueil ne me l'a pas permis. J'ai cru , Belford , qu'elle me menaçoit. )

(c Non , Monsieur , je ne vous soup- 5) çonne pas de craindre les loix. Vous 3) êtes trop brave pour respecter aucune » loi ou divine ou humaine.

Fort bien , Madame. Mais exigez de moi tout ce qui peut vous plaire , je suis prêt À le faire pour vous , quoique vous ne vouliez m'obliger en rien.

(( Eh bien , Monsieur , je vous demande j) instamment la liberté d'aller à Hams- }j tead.

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Je suis demeuré en suspens. Mais à la

£n , oui , Madame , vous irez Je vais

vous y conduire de ce pas et vous y voir établie , si vous me promettez votre main jeudi prochain en présence de votre oncle.

)) Je n'ai pas besoin que vous m'y voyiez » établie. — Je ne promets rien.

Madame , Madam.e , gardez- vous de me laisser voir que je n'ai aucun fonds à faire sur le retour de votre affection.

« Je suis accoutumée à vos menaces , » Monsieur. Mais je n'en accepte pas » moins votre compagnie jusqu'à Hams- » tead. Je serai prête à partir dans un » quart- d'heure. Mes habits viendront » ensuite.

Vous savez , P^îadame , à quelle condition. Jeudi prochain..^.

(c Vous n'osez donc vous fier... ? »

Le passé et mon indignité me disent que je ne le dois pas. Cependant je veux me fier à votre générosité, j Jem.ain , s'il n'arrive rien qui puisse me faire changer de résolution^ d'aussi bonne heure qu'il vous plaira , vous pouvez partir pour Hamstead.

Cette promesse a paru l'obliger. Cependant j'ai vu dans ses yeux un air de doute.

Je vais retrouver les femmes , Belford. Comme je n'ai point à présent de m.eilieurs juges , j'entendrai ce qu'elles pensent de ma critique situation avec cette iière beauté ■. qui rejette si insolemment

ï4c Histoire

un Lovelace à genoux , offrant du ron le

plus tenrre , de s'humilier à la qualité de

mari , en dépit de toutes ses préventions

contre

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