DE RICHARDSON
AR nn fomân on a entendu jusqu'à ce jour" un tissu d'évèneirjens chimériques et frivoles, dont la lecture étoit dangereuse pour le goût et pour les mœurs. Je voudrois bien qu'on trouvât un autre nom pour les ouvrages de Richardson qui élèvent l'esprit , qui touchent l'ame, qui respirent par-tout l'amour du bien , et qu'on appelle aussi des romans.
Tout ce que Montaigne , Chairon , la Rochefoucault et IVicoIe ont mis en maximes , Richardson l'a mis en action. Mais un homme d'esprit, qui lit avec réflexion les ouvrages de Richardson , refait la plupart des sentences des Moralistes, et avec toTites ces sentences , il ne referoit pas une page de Richardson.
Une maxime est une règle abstraite et ge'nërale de conduire dont on nous laisse l'application à faire. Elle n'imprime par elîe-même aucune image sensible dans notre esprit ; mais celui qui agit , on se met à sa place ou à ses côtés ; on se passionne pour ou contre lui ; on s'unit 1 son rôle , s'il est vertueux ] on s'en écarte avec indignation , s'il est injuste et vicieux. Qui est-ce que le caractère d'un Lovelace , d'un Tomlinson , n'a pas fait frémir f Qui est-ce qui n'a pas été frappé d'horreur du pathétique et vrai , de l'air de candeur , de dignité , de l'art profond avec lequel celui-ci joue toutes les vertus î Qui est-ce qui ne s'est
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pas dit , au fond de son cœur , qu'il faudroit luir de la société , et se réfugier au fond des forêts , s'il y avoir un certain . norni»re d'hommes d'une pareille dissimulation ?
O Richardson! on prend, malgré qu'on en ait , un rôle dans tes ouvrages ; on se mêle à ïa conversation ; on approuve , on blâme , on admire , on s'irrite. Combien de fois ne me Éuis-je pas surpris , comme il est arrivé à des enfans qu'on avoit menés aux spectades pour la première fois , criant :-Ne le croyei pas , il vous trompe . ... Si vous alle^ là , vous êtes perdu. Mon ame étoit tenue dans une agitation perpétuelle. Combien j'étois bon ! Combien j'étois juste ! Que j'étois satisfait de raoi l J'etois, au sortir de ta lecture , ce qu'est un homme â la fin d'une journée qu'il a employée à faire le bien.
J'avois parcouru , dans l'intervalle de quelques heures , un grand nombre de situations que la vie la plus longue offre à peine dans sa durée. J'avois entendu les vrais discours des passions; j'avois vu les ressorts de l'intérêt et de l'amour-propre jouer en cent façons diverses ; j'étois devenu spectateur d'une multitude d'incidens ', je sentois que j'avois acquis de l'expérience.
Cet Auteur ne fait point couler le sang le long des lambris ; il ne vous égare point dans des forêts 'j il ne vous transporte point dans des contrées éloignées -, il ne vous expose point â être dévoré par des sauvages ; il ne se renferme point dans des lieux clandestins de débauche ; il ne se perd jamais dans les régions de la féerie. Le monde où nous vivons est le lieu de la scène ; le fond de son drame est vrai ; ses personnages ont toute la réalité possible ', ses
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caractères sont pris du milieu de la société ; ses incidens sont dans les mœurs de toutes les nations policées •, les passions qu'il peint sont telles que je les éprouve en moi \ ce sont les mêmes objets qui les émeuvent ; elles ont l'énergie que je leur connois : les traverses et les afflictions de ses personnages sont de la nature de celles qui me menacent sans cesse ; il me montre le cours générai des choses qui m'environnent. Sans cet art , mon ame se pliant avec peine à des biens chimériques , l'illusion ne seroit que momentanée , et l'impression foible et passagère.
Qu'est-ce que la vertu ? C'est , sous quelque face qu'on la considère , un sacrifice de soimême. Le sacrifice que l'on fait de soi-même en idée , est une disposition pré-conçue à s'immoler en réalité.
Richardson sème dans les coeurs des germer de vertus qui restent d'abord oisifs et tranquilles -, ils y sont secrètement, jusqu'à ce qu'il se présente une t)ccasion qui les remue et les fasse éclore. Alors ils se développent ; on se sent porter au bien avec une liberté qu'on ne se connoissoit pas ; on éprouve, à l'aspect de l'injustice, une révolte qu'on ne sauroit s'expliquer à soi-même : c'est qu'on a fréquenté Richardson ; c'est qu'on a conversé avec l'homme de bien , dans des momens ou l'ame désintéressée étoit ouverte à la vérité.
Je me souviens encore de la première foîs que les ouvrages de Richardson tombèrent entre mes mains : j'étois â la campaÊ;ne. Combien cette lecture m'affecta délicieusement! A chaque instant je voyois mon bonheur s'abréger dune page. Bientôt j'éprouvai la même sensation qu'eprouveroient des hommes d'un com-
merce excellent , qui aiiroient ve'cu ensemMe pendant long-ternps ,et qui seroient sur le point de se séparer. A la fin il me sembla tout-à-coup que j'etois resté seul.
Cet Auteur vous ramène sans cesse aux obj^s iniportans de la vie. Plus on le lit , plus on se plaît à le lire.
C'est lui qui porte le flambeau au fond de la caverne \ c'est lui qui apprend â discerner les motifs subtils et déshonnêtes , qui se cachent et se dérobent sous d'autres motifs qui sont bonnétes et qui se hâtent de se montrer les premiers, 11 souffle sur le fantôme sublime qui se .présente â l'entrée de la caverne \ et le More bideux qu'il masquoit , s'apperçoit.
C'est lui qui sait faire parler les passions , tantôt avec cette violence qu'elles ont lorsqu'elles ne peuvent plus se contraindre , tantôt avec ce ton artificieux et modéré qu'elles affectent en d'autres occasions.
C'est lui qui fait tenir aux hommes de tous les états, de toutes Jes conditions , dans toute la variété des circonstances de la vie, des discours qu'on reconnoît. S'il est , au fond de l'ame du personnage . qu'il introduit , un sentiment secret , écoutez bien et vous entendrez im, ton dissonant qui le décèlera. C'est que Kîchardson a reconnu que le mensonge ne pouvoit jamais ressembler parfaitement â la vérité • parce qu'elle est la vérité , et qu'il est le mensonge.
S'il importe aux hommes d'être persuades qu'indépendamment de toute considération ultérieure à cette vie , nous n'avons rien de mieux à faire pour être heureux que d'être vertueux , quel service Richardson n'a-t-il pas rendu à l'espèce humaine l 11 û'a point démontré cette
DERtCHARDSON. a3 ▼ërité , mais il l'a fait sentir : à chaque ligne il fait préférer le sort de la vertu opprimée an sort du vice triomphant. Qui est-ce qui voudroit être Lovelace avec tous ses avantages ? Qui çst-ce qui ne voudroit pas être Clarisse malgré toutes ses infortunes ?
Souvent j'ai dit en le lisant : Je donnerois volontiers ma vie pour ressembler à celle-ci ; l'aimerois mieux être mort que d'être celui-là.
Si je sais , maigié les intérêts qui peuvent troubler mon jugement , distribuer mon mépris ou mon estime , selon la juste mesure de l'impartialité , c'est â Richardson que je le dois- Mes amis , relisez-le , et vous n'exagérerez plus de petites qualités qui vous sont utiles ; vous ne déprimerez plus de grands talens qui vous crois, sent ou qui vous humilient.
Hommes , venez apprendre de lui à vous réconcilier avec les maux de la vie ; venez , nous pleurerons ensemble sur les personnages malheureux de ses fictions , et nous dirons : SI le sort nous accable , du moins les honnêtes gens pleureront aussi sur nous. Si Richardsorî s'est proposé d'intéresser , c'est pour les malheu-» reux. Dans son ouvrage , comme dans le monde -, îes hommes sont partagés en deux classes , ceux qui jouissent et ceux qui souffrent : c'est tou-^ jours à ceux-ci qu'il m'associe ; et sans que je m'en apperçoive , le sentiment de la commisération s'exerce et se fortifie.
Il m'a laissé une mélancolie qui me plaît et qui dure ; quelquefois on s'en apperçoit , et l'on me detnande : qu'avez -vous ? vous n'êtes pas dans voire état naturel. On m'interroge sur ma santé , sur ma fortune , sur mes parens , sur Hjes amis. O mes amis ! Paméla , Clarisse et Cjrandissoa soui trois grands drames. Arraché à
^4 Eloge
à cette lecture par des occupations sérieuses y j'éprouvois un dégoût invincible ; je laissoîs là ie devoir, et jereprenois le livre de Ptichardson. Gardez-vous bien d'ouvrir ces ouvrages enchanteurs , lorsque vous aurez quelque devoir à remplir. Qui est-ce qui a lu les ouvrages de Richardson , sans désirer de connoître cet homme , de lavoir pour frère ou pour ami ? Qui est - ce qui ne lui a pas souhaité toutes sortes de bénédictions ?
O Richardson ! Richardson ! homme unique â mes yeux ! tu seras ma lecture dans tous les temps. Forcé par des besoins pressans , si mon ami tombe dans l'indigence , si la médiocrité de ma fortune ne suffit pas pour donner à mes enfans ks soins nécessaires à leur éducation , je vendrai mes livres , mais tu me resteras ; tu me resteras sur le même rayon avec Virgile , Homère , Euripide et Sophocle , et je vous lirai tour-à-tour.
Plus on a l'ame belle , plus on a le goût exquis et pur ; plus on connoît la nature , plus on aime la vérité , plus on estime les ouvrages de Richardson.
J'ai entendu reprocher à mon auteur ces détails , qu'on appeloii des longueurs : combien ces reproches m'ont impatienté I
Malheur à l'homme de génie qui franchît les barrières que l'usage et le temps ont prescrites aux productions des arts, et qui foule aux pieds le protocole de ses formules ! Il se passera de longues années avant que la justice qu'il mérite lui soit rendue.
Cependant soyons équitables. Chez un peuple entraîné par mille distractions , où le jour n'a pas assez de ses vingt - quatre heures pour les smusemens dont il s'est accoutumé de les remplir.
plîr , les livres de Richardson doivent paroître longs. C'est par la même raison que ce peuple n'a déjà plus d'opéra , et qu'incessamment on ne jouera plus sur ses autres théâtres que des scènes détachées de comédie et de tragédie.
Mes chers concitoyens , si les romans de Richardson vous paroissent longs , que ne les ahrégez-vous ! Soyez conséquens. Vous n'allez guère aune tragédie que pour en voir le dernier acte. Sautez tout de suite aux vingt dernières pages de Clarisse.
Les détails de Richardson déplaisent et doivent déplaire à un homme frivole et dissipé ; mais ce n'est pas pour cet homme -là qu'il ecrivoit , c'est pour l'homme tranquille et solitaire , qui a connu la vanité du bruit et des amusemens du monde , et qui aime â habiter i'ombre d'une retraite, et à s'attendrir utilement dans le silence.
. Vous accusez Richardson de longueurs ! vous avez donc oublié combien il en coûte de peines , de soins , de mouvemens pour faire réussir la moindre entreprise , terminer un procès , conclure un mariage , amener une réconciliation t Pensez de ces détails , ce qu'il vous plaira ; mais ils seront intéressans pour moi , s'ils sont vrais , s'ils font sortir les passions , s'ils montrent les caractères.
Ils sont communs , dites-vous ; c'est ce qu'on voit tous les jours. Vous vous trompez: c'est ce qui se passe tous les jours sous vos yeux ,et que vous ne voyez jamais. Prenez-y garde , vous faites le procès aux plus grands poètes j sous le nom de Richardson. Vous avez vu cent fois le coucher du soleil , et le lever des étoiles ; vous avez entendu la campagne retentir du chant éclatant des oiseaux i mais qui de vous a senti Tome I, B
i<î Éloge
^ae c'ëtoit le bruit du jour qui rendoit le silence de la nuit plus rouchanr ? Eh bien I il en est ^cur vous des phénomènes moraux ainsi que des phénomènes physiques : les éclats des passions ont souvent frappé vos oreilles j mais vous êtes bitn loin de connoître tout ce qu'il y a de secret dans leurs accens et dans leurs expressions. 11 n'y en a aucune qui n'ait sa physionomie ; toutes ces physionomies se succèdent sur un visage, sans qu'il cesse detre le même •, et l'art du grand poète et du grand peintre , est de vous montrer une circonstance fugitive qui vous avoit échappé.
Peintres, poètes , gens de goût , gens de bien, lisez Richardson , lisez-le sans cesse.
Sachez que c'est à cette multitude de petites choses que tient l'illusion : il y a bien de la difficulté à les imaginer, il y en a biec encore à les rendre.
Le geste est quelquefois aussi sublime que le mot ,ei p jis ce sont toutes ces vérités de détails qui préparent lame aux impressions fortes des grands évènemens. Lorsque cette impatience aura été suspendue par ces délais momentanés qui lui servoient de digues , avec quelle impétuosité ne se répandra-t-elîe pas au moment où il pjaira au poète de les rompre ! C'est alors qu'affaisés de douleur , ou transportés de joie , vous n'aurez plus la force de retenir vos larmes prêtes à couler , et de vous dire à vous-même :, mais peut-être que cela n'est pas vrai : cette pensée a été éloignée de vous peu-à-peu , et elle est si loin qu'elle ne se présentera pas.
Une idée qui m'est venue quelquefois eh rêvant aux ouvrages de Richardson , c'est qt;e j'avois acheté un vieux château ; qu'en visitant un jour ses appartemeES , j'ayois^'apperçu dans '
lan angle une armoire qu'on n'avoit pas ouverte depuis long -temps; et que l'ayant enfoncée , j'y avois trouvé pêle-mêle les lettres de Clarisse et de Paméla. Après en avoir lu quelques-unes , avec quel empressement ne les aurois*je pas rangées par ordre de dates ? Quel chagrin n'aurois-je pas ressenti s'il y avoit eu quelque lacune entr'elles ? Croit-on que j'eusse souffert qu'une main téméraire ( j'ai presque dit sacrilège ) en eût supprimé une ligne l
Vous qui n'avez lu les ouvrages de Richardson que dans votre élégante traduction Françoise , et qui croyez les connoître , vous vous trompez.
Vous ne connoissez pas Lovelace , vous ne connoissez pas Clémentine , vous ne connoissez pas l'infortunée Clarisse , vous ne connoissez pas Miss flowe , sa chère et tendre Miss Howe, puisque vous ne l'avez point vue échevelée et étendue sur le cercueil de son amie , se tordant les bras , levant ses yeux noyés de larmes vers le ciel , remplissant la demeure des Harlowes de ses cris aigus , et chargeant d'imprécations toute cette famille cruelle ; vous ignorez l'effet de ces circonstances , que votre petit goût supprimeroit , puisque vous n'avez pas entendu le son lugubre des cloches de la paroisse , porté par le vent sur la demeure des Harlowes , er réveillant dans ces âmes de pierre , le remords assoupi ; puisque vous n'avez pas vu le tressaillement qu'ils éprouvèrent au bruit des roues du char qni portoit le cadavre de leur victime. Ce. fut alors que le silence morne qui régnoit au milieu d'eux , fut rompu par les sanglots du père et de la mère ] ce fut alors que le vrai supplice de ces méchantes âmes commença , et que les serpens se remuèrent ait
fond de leurs cœurs et les déchirèrent. Heureux ceux qui purent pleurer !
J'ai remarqué que , dans une société où îa lecture de Richardsôn se faisoit en commun ou séparément , îa conversation en devenoit plus intéressante et plus vive.
J'ai entendu à l'occasion de cette lecture , les points les plus importans de la morale et du
goût discutés et approfondis.
J'ai entendu discuter sur la conduite de ses personnages comme sur des évènemens réels ] louer , blâmer Paméla , Clarisse , Grandisspn , comme des personnages vivans qu'on auroii connus , et auxquels on auroit pris le plus grand intérêt. Quelqu'un d'étranger à la lecture qui avoit précédé , et qui avoir amené la conrversation , se seroit imaginé, à la vérité et à la chaleur de l'entretien , qu'il s'agissoit d'un voisin , d'un parent , d'un ami , d'un frère 9 d'une sœur.
Le dirai - je ? .... J'ai vu , de la diversité des jugemens, naître des haines secrètes , des mépris cachés , en un mot , les mêmes divisions entre des personnes unies, que s'il eût été question de l'affaire la plus sérieuse. Alors je comparois l'ouvrage de Richardsôn à un livre plus sacré encore , à un évangile apporté sur la terre pour séparer l'époux de l'épouse , le père du fils , la fille de la mère , le frère de la sœur ; et son travail rentroit ainsi dans la condition des êtres les plus parfaits de la nature. Tous sortis d'une main toute-puissante , et d'une intelligence infiniment sage , il n'y en a aucun qui ne pèche par quelque endroit. Un bien présent peut être dans l'avenir la source d'un grand mal j un mal , la source d'un grand bien.
Mais , qu'importe ? si, grâces à cet auteur, j'ai plus aimé mes semblables , plus aimé mes devoirs ; si je n'ai eu pour les méchans que de la pitié , si j'ai conçu plus de commisération pour les malheureux , plus de vénération pour les bons , plus de circonspection dans l'usage des choses présentes , plus d'indifférence sur les choses futures, plus de mépris pour la vie, et plus d'amour pour la vertu , le seul bien que nous puissions demander au ciel , et le seul qu'il puisse nous accorder sans nous châtier de nos demandes indiscrètes.
Je connois la maison des Harlowes comme la mienne : la demeure de mon père ne m'est pas plus familière que celle de Grandisson. Je me suis fait une image des personnages que l'auteur a mis en scène , leurs physionomies sont là : je les reconnois dans les rues , dans les places publiques , dans les maisons j elles m'inspirent du penchant ou de l'aversion. Un des avantages de son travail , c'est qu'ayant embrassé un champ immense , il subsiste sans cesse sous mes yeux quelque portion de son tableau. Il est rare que j'aie trouvé six personnes rassemblées , sans leur attacher quelquesuns de ses noms. Il m'adresse aux honnêtes gens , il m'écarte des méchans ; il m'a appris à les reconnoître à des signes prompts et délicats. II me guide quelquefois sans que je m'en apperçoive.
Les ouvrages de Richardson plairont plus ou moins à tout homme , dans tous les temps et dans tous les lieux ; matîs le nombre des lecteurs qui en sentiront tout le prix , ne sera jamais grand ; il faut un goût trop sévère ; et puis la variété des évènemens y est telle , les rapports y sont si multipliés , la conduite en est
si compliquée , iî y a tant de choses pre'pare'es, tant d'autres sauvées , tant de personnages , tant de caractères 1 A peine ai-je parcouru quelques pages de Clarisse , que j'en compte déjà quinze ou seize-, bientôt le nombre se double. Il y en a jusqu'à quarante dans Grandisson; mais ce qui confond d'étonnement , c'est que chacun a ses idées , ses expressions , son ton, et que ces idées , ces expressions , ce ton varient selon les circonstances , les intérêts , les passions , commeon voit , sur un même visage , les physionomies diverses des passions se succéder. Un homme cfiii a du goût ne prendra point «ne lettre de ÎVÎde. iS'Otîon , pour la lettre d'une des tantes de Clarisse • la lettre d'une tante , pour celle d'une autre tante ou de Mde. Howe ; ni un billet de Mde. Howe , pour un billet de Mde. Harlowe -, quoiqu'il arrive que ces personnages soient dans la même position , dans les mêmes sentimens , relativem^ent au même objet. Dans ce livre immortel , comme dans la nature au printemps , on ne trouve point deux feuilles qui soient d'un même verd. Quelle immense variété de nuances ! S'^1 est difficile à celui qui lit de les saisir , combien n'a-t-il pas été difficile à l'auteur de les trouver et de les peindre !
O Richardson ! j'oserai dire que l'histoire la plus vraie est pleine de mensonges , et que ton roman est plein de vérité. L'histoire peint quelques individus , tu peins l'espèce humaine : i'histoire attribue à quelques individus ce qu'ils n'ont ni dit ni fait ; tout ce que tu attribues à l'homme , il l'a dit et fait : l'histoire n'embrasse qu'une portion de la durée , qu'un point de la surface du globe • tu as embrassé tous les lieux et tous les temps. Le cœur humain , qui a été, est, et sera toujours îe mèms , est le modèle
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d'après lequel tu copies. Si l'on appliquoit au meilleur historien une critique sévère, y en .a-(-il aucflia qui !a soutînt comme toi? Sous ce point de vue, j'oserai dire que souvent l'histoire est un mauvais roman , et que le roman , comme tu l'as fait, est une bonne histoire, O peintre de la nature ! c'est toi qui ne mens jamais.
Je ne me lasserai point d'admirer la prodigieuse étendue de tête qu'il t'a fallu pour conduire des drames de tjente à quarante personnages , qui tous conservent si rigoureusement )es caractères que tu leur as donnés ; l'étonnante connoibsance des loix , des coutumes, des usages , des mœurs , du ccsur humain , de la vie ; l'inépuisable fond de morale , d'expériences, d'observations qu'ils te supposent.
L'intérêt et le charme de l'ouvrage dérobent ï'art de Richardson à ceux qui sont le plus faits pour l'appercevoir. Plusieurs fois j'ai commencé Ja lecture de Clarisse pour me former , autant de fois j'ai oublié mon projet a la vingtième page; j'ai seulement été frappe, comme tous les lecteurs ordinaires , du génie qu'il y a à avoir imaginé une jeune filîe remplie de sagesse et de prudence , qui ne fait pas une seule démarche qui ne soit fausse , sans qu'on puisse l'accuser, parce qu'elle a des parens inhumains , et un homme abominable pour amant ; à avoir donné à cette jeune prude l'amie la plus vive et la plus folie , qui ne dit et ne fait rien ijue de raisonnable , ^ans que la vraisemblance en soit blessée ", à celle-ci , un honnête homme pour amant , mais un honnête homme empesé et ridicule , que sa maîtresse désole , maigre l'agrément et la protection d'une mère qui l'appuie ; à avoir combiné dans ce Loveiace les
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qualités les plus rares et les vices les plus odieux ; la bassesse avec la générosité , la profondeur et la frivolité , la violence et le sangfroid , le bon sens et la folie ; à en avoir fait un scélérat qu'on hait , qu'on aime , qu'on admire , qu'on méprise, qui vous étonne , sous quelque forme qu'il se présente , et qui ne garde pas un instant la même. Et cette foule de personnages subalternes , comme ils sont caractérisés 1 combien il y en a ! et ce Belford avec r.es compagnons , et Mde. Howe avec son Kickman , et Mde. Norton , et les Harlowes , père , mère , frère , sœurs , oncles et tantes , et toutes les créatures qui peuplent le lieu de débauches ! Quels contrastes d'intérêts et d'humeurs 1 comme tous agissent et parlent ! Comment une jeune iille , seule contre tant d'ennemis réunis , n'auroit-elle pas succombé l Et , encore , quelle est sa chute f
Nereconnoît-on pas qu'on aime , sur un fond tout divers , la même variété des caractères , la même force d'évènemens et de conduite dans Grandisson l
Paméla est un ouvrage plus simple , moins étendu , moins intrigué • mais y a-t-il moins de génie rOr ces trois ouvrages dont un seul suffiroit pour immortaliser , un seul homme les a faits.
Depuis qu'ils me sont connus , ils ont été ma pierre de touche ; ceux à qui ils déplaisent , sont jugés pour moi. Je n'en ai jamais parlé à un homme que j'estimasse, sans trembler que son jugement ne se rapportât pas au mien. Je n'ai jamais rencontré personne qui partageât mon enthousiasme, que je n'aie été tenté de le serrer entre mes bras et de l'embrasser.
Richardson n'est plus. Quelle perte pour les lettres et pour l'humanité I Cette perte m'a
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touché comme s'il eût été mon frère. Je le portois en mon cœur , sans l'avoir vu , sans le connoître que par ses ouvrages.
Je n'ai jamais rencontré un de ses compatriotes , un des miens , qui eût voyagé en Angleterre , sans lui demander : Avez-vous vu le poète Richardson ? ensuite : Avez-vous vu le philosophe Hume ? Un jour une femme d'un goût , et d'une sensibilité peu commune , fortement préoccupée de l'histoire de Grandisson, qu'elle venoit de lire , dit à un de ses amis qui partoit pour Londres : Je vous prie de voi* de ma part Miss Emilie , M. Belford , et surtout Miss Howe , si elle vit encore. Une autre fois , une femme de ma connoissance , qui s'ctoit engagée dans un commerce de lettres qu'elle croyoit innocent , effrayée du sort de Clarisse, rompit ce commerce tout au commencement de la lecture de cet ouvrage.
Est-ce que deux amies ne se sont pas brouillées sans qu'aucun des moyens que j'ai employés pour les rapprocher m'ait réussi , parce que l'une méprisoit- l'histoire de Clarisse , devant laquelle l'autre étoit prosternée ?
J'écrivis à celle-ci , et voici quelques endroits de sa réponse :
« La piété de Clarisse Vimpatiente l Eh quoi ! veut-el.'e donc qu'une jeune fille de dix -huit ans , élevée par des parens vertueux et chrétiens , timide , malheureuse sur la terre , n'ayant guère d'espérance de voir améliorer son sort que dans une autre vie , soit sans religion et €ans foi l Ce sentiment est si grand , si doux , si touchant en elle ! ses idées de religion sont si saines et si pures ! ce sentiment donne à son caiactère une nuance si pathétique! Non , non , vous ne me persuaderez jamais que cette
façon de penser soit d'une ame bien nés. ^^ » Elle rit quand elle voit ceîîe enfant désesvéiée de la malédiction de son père ! Elle rit I •et c'est une mère ! Je vous dis que cette femme ne pë^ut jamais être mon amie : je rougis qu'elle l'ait érë. V^ous verrez si la malédiction d'un îpère respecté , une malédiction qui semble s'être ■déjà accomplie en plusieurs points importans , ne doit pas être une chose terrible pour un enfant de ce caractère ; et qui sait si Dieu ne ratifiera pas dans l'ërernité , la sentence prononcée par son père ? v
s> Elle trouve extraordinaire que cette lectute .^''arrache des larmes ! Et ce qui m'étonne toupurs, m.oi , quand je suis aux derniers instans de cette innocente , c'est que les pierres, les murs , les carreaux insensibles et froids , sur lesquels je marche , ne s'émeuvent pas , et ne joignent pas leur plainte à la mienne. Alors tout s'obscurcit autour de moi , mon ame se remplit de ténèbres, et il me semble que la nature se voile d'un crêpe épais. »
» A son avis , Vesprit de Clarisse consiste à faire des phrases ; et lorsqu'elle en a pu faire quelques-unes , la voilà consolée. C'est, je vous l'avoue , une grande malédiction que de sentir et penser ainsi ; mais si grande , que j'aimerois mieux tout-â-l'heure que ma fille mourût entre mes bras , que de l'en savoir frappée. Ma fille i oui, j'y ai pensé, et je ne m'en dédis pas. »
:»> Travaillez à présent, homme merveilleux,' travaillez , consumez - vous •, voyez la fin de votre carrière à 1 âge ou les autres commencent la leur . afin qu'on porte de vos chefsd'œuvre des jugemens pareils 1 Nature , prépare p^nlant des siècles un homme tel que Eichaidson ;, pour le douer , épuise-toi , sois
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ingrate envers tes autres enfans , ce ne sera que pour un petit nombre d'ames comme la mienne que tu l'auras fait naître, et les larmes qui tomberont de mes yeux seront l'unique récompense de ses vailles. » \
» Et par post'Script , elle ajoute ■: Vous me demandez l'enterrement et le testament de Clarisse , et je vous les envoie ; mais je ne vous pardonnerois de ma vie d'en avoir fait part à certe femme. Je me rétracte : lisez-lui vous-même ces deux morceaux, et ne manquez pas de m'apprendre que ses ris ont accompagné Clarisse jusque dans sa dernière demeure , afin que mon aversion pour elle soit parfaite »
Il y a , comme on voit , dans les choses de coût , ainsi que dans les choses religieuses , ime espèce d'inrolérance que je blâme -, mais dont je ne me garantirois que par un effort de raison.
J'étois avec un ami, lorsqu'on me remît l'enterrement et le testament de Clarisse , deux morceaux que le premier Traducteur françois a supprimés , sans qu'on sache trop pourquoi. Cet ami est un des hommes les plus sensibles que je connoisse , et un des plus ardens fanatiques de Richardson : peu s'en faut qu'il ne le soit autant que moi. Le voila qui s'empare des cahiers , qui se retire dans un coin et qui lit. Je l'examinois : d'abord je vois couler des pleurs ; bientôt il s'interrompt ; il sangîotte ; tout- à- coup il se lève , il marche sans savoir où il va-, il pousse des cris comme un homme désolé , et il adresse les reproches les plus ^.luers à toute la famille des Harlowes.
Je m'étois proposé de noter les heaux endroits des trois pOëines de Richardson : mais le moyen ? il y en a tant]'
Je me rappelle seuîement d'une lettre de Mde. Hervey à sa nièce , qui m'a paru un chef-d'œuvre : sans apprêt , sans art apparent , avec une vérité qui ne se conçoit pas , elle ôte à Clarisse toute espérance de réconciliation avec ses parens ', seconde les vues de son ravisseur -, la livre à sa méchanceté •, la détermine au voyage de Londres , â entendre des propositions de mariage, etc. Je ne sais ce qu'elle ne produit pas : elle accuse la famille en l'ex-» cusant , elle démontre la nécessité de la fuite de Clarisse, en la blâmant. C'est un des endroits , entre beaucoup d'autres , où je me suis écrié : divin Richardson ! Mais , pour éprouver ce transport , il faut commencer l'ouvrage , et lire jusqu'à cet endroit.
J'ai crayonné dans mon exemplaire une lettre de Lovelace à son complice Léman , comme un ynorceau chaj-mant : c'est là qu'on voit toute îa folie , toute la gaieré, toute la ruse , tout l'esprit de ce personnage. On ne sait si l'on doit aimer ou détester ce démon. Comme il séduit ce pauvre domestique 1 C'est h bon , cest- Vhonnête Léman. Comme il lui peint la récompensé qui l'attend 1 Tu seras Aîonsieur l'hâte de VOurS'blanc ; on appellera ta femme Madame l'hôtesse. Et puis en finissant : Je suis votre ami , Lovelace. Lovelace ne s'arrête point â de petites formalités , quand il s'ae^it de réussir : tous ceux qui concourent à ses vues , sont ses amis.
11 n'y avoit qu'un grand - maître qui put songer à associer à Lovelace cette troupe d'hommes perdus d'honneur et de débauches , ces viles créavjres qui l'irritent par des railleries, et l'enhardissent au crime. Si Belford s'élève seul contre son scélérat ami , combien il lui
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est inférieur ! Qu'il falloit de génie pour introduire et pour garder quelque équilibre entre tant d'intérêts opposés ! Et croit-.on que ce soit sans dessein que l'auteur a supposé à son héros cette impétuosité de caractère, cette chaleur d'imagination , cette frayeur du mariage , ce goût effréné de l'intrigue et de la liberté , cette vanité démesurée , tant de qualités et de vices l
Poètes , apprenez de Richardson â donner des conndens aux méchans , afin de diminuer l'horreur de leurs forfaits , en la partageant ; et par la raison opposée , â n'en point donner aux honnêtes gens , afin de leur laisser tout le mérite de leur bonté. Avec quel art ce Lovelace se dégrade et se relève ! Dans la même lettre où vous trouvez les sentimens d'un cannibale , le cri d'une hête féroce ; quatre lignes de post-script le transforment tûut-à-coup en un homme de bien , ou peu s'en faut.
Grandisson et Paméîa sont aussi deux beaux ouvrages , mais je leur préfère Clarisse. Ici l'auteur ne fait pas un pas qui ne soii de génie.
Cependant on ne voit point arriver à la porte du Lord , le vieux père de Pamëla , qui a marché toute ]r nuit ; on ne l'entend point s'adresser aux valets de la maison , sans éprouver les plus violentes secousses.
Tout l'épisode de Clémentine, dans Grandisson, est de la plus grande beauté.
Et quel est le moment où Clémentine et Clarisse deviennent deux créatures sublimes ? Le moment ou lune a perdu l'honneur , et l'autre la raison.
Je ne me rappelle point , sans frissonner , l'entrée de Clémentine dans la chambre de sa mère , pâle , les yeux égarés^ le bras ceint
. j'S Eloge
«'une Lande , le sang coulant le long de son Bras, et dégoûtant du bout de ses doigts, et son dis- <:ours : Maman , voycT^ , cest le votre. Cela déchire 1 ame.
Mais pourquoi cette Clémentine est-elle si intéressante dans sa folie f C'est que n'étant plus maîtresse des pensées de son esprit , ni des mouvemens de son cœur, s'il se passoit en elle quelque chose de honteux , cela lui ëchapperoit. Mais elle ne dit pas un mot qui ne montre de h candeur et de l'innocence , et son état ne permet pas de douter de ce qu'elle dit. On m'a rapporté que Richardson avoit passé plusieurs années dans la société , presque sans parler.
Il n'a pas eu toute la réputation qu'il méiitoit. Quelle passion que l'envie 1 C'est la plus cruelle des Euménides : elle suit l'homme de mérite jijsqu'au bord de la tombe ; là , elle disparoît , et lA j'jstice des siècles s'assied à sa place. O Richardson ! si tu n'as joui , de ton vivant , de toute la réputation que tu méritois, combien tu seras gran.d chez nos neveux , lorsqu'ils te verront à la distance d'où nous voyons Homère i Alors qui est-ce qui osera arracher une ligne ' de ton sublime ouvrage? Tu as eu plus d'admirateurs entore parmi nou*; que dans ta patrie, et je m en rejouis. Siècles, hâtez - vous de couler et d'amener avec vous les honneurs qui sont dus à Rithardson ! J'en atteste tous ceux ^ui m'écouient : je ji'ai point attendu l'exemple des autres pour te rendre hommage • dès ajjjourd'hui j'étois incline au pied de ta statue , je t'adorois ; cherchant au fond de mon ame des expressions qui répondissent à l'étendue de Tadmirationque je te portois , et je n'en îrouvois point. You5 qui parcourez ces lignes que
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)'ai tracées sans liaison , sans dessçin et sans ordre , à mesure qu'elles nietoient inspirées dans le tumulte de mon cœur •, si vous avez reçu du ciel une ame plus sensible que la mienne , etïacez-Ies. Le génie de Richardson a ëtouiïé ce que j'en avois. Ses fantômes errent sans cesse dans mon imagination ; si je veux écrire , j'entends les plaintes de Clémentine , l'ombre de Clarisse m'apparoît ; je vois marcher devant moi Grandisson ; Lovelace me trouble, la plume s'échappe de mes doigts. Et vous, spectres plus doux, Emilie, Charlotte , Paméia , chère Miss Howe , tandis que je converse avec vous , les années du travail et. de la moisson des lauriers se passent , et je m'avance vers le dernier terme, sans rien tenter qui puisse me recommander aux temps à venir.
Noms des principaux personnages.
Miss Clarisse Harlowe , jeune Lady d'une
grande beauté et d'un rare mérite.
Robert Love lace , amant de Clarisse.
Jacques Harlowe , père de Clarisse.
Mde. Harlowe , sa femme.
Jacques Harlowe , leur fils unique.
Arabella , leur fille ainée.
Jules Harlowe , frère aine de Jacques Har« lowe et déjà vieux.
Antoine Harlowe , autre frère de Jacques Karlowe.
Roger Solmes, amant de Clarisse , favorisé de ses parens.
Mde. Herpey , belle- sœur de Mdç. Harlowe.
Miss Dolly Hervey , sa fille.
Mde. Judith Nor thon, ïemme d'une grande piété et d'une grande prudence , qui a eu la plus grande part à l'éducation de Clarisse.
Le Colonel William Morden , proche parent des Harlowes.
(41 ) Miss Howe , la compagne , et !a plus intime amie de Clarisse , avec laquelle elle a un commerce de lettres.
Mde, Howe , sa mère.
Charles Hickman , amant de Miss Howe,
Le Lord Af^**. oncle de M. Loveîace.
Lady Sara Sadleir y Lady Betty Lawrance^ belles-sœurs du Lord M*'^*
Miss Charlotte Montaigne , Miss Fatty Montaigne^ nièces du même Lord.
Le Docteur Lewin ^ ecclésiastique savant et' vertueux.
M. Elle Brand y jeune ecclésiastique , pédant.
Le docteur H***, médecin.
M.Goddard, honnête et habile apothicaire.
Jean Belford , l'ami et l'intime confident de Loveîace.
Richard Mowhray , Thomas Doleman , Jacques Tourville , Thomas Belton , jeunes libertins , amis de Loveîace.
Mde, Moore , veuve tenant un hôtel garni à Hamstead.
Miss' Rawlins , jeune Demoiselle des notables du même endroit.
( 40 Mâe. Beris y aimable et jeune veuve du même lieu.
Mde. Sinclair , nom supposé d'une femme , tenant un lîeu de prostitution dans Londres.
Xe Capitaine Tomîimson, nom usurpé d'un vil agent des débauches de M. Lovelace.
Sally Martin , Polly Horton , compagnes et complices de l'infâme Sinclair.
Dorcas Vykes , domestique maligne et rusée de cette infâme maison.