‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complèteChapitre 39 sur 47 · Tome 1, Q · texte numérisé non relu

Tome 1, Q

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Avec toute votre belle prudence , vous n'êtes qu'une petite folle , à qui l'amour fait tourner la tête. On le voit clairement dans vingt endroits de votre lettre. A l'égard de vos belles offres de vivre fille, c'est une chanson à laquelle personne ne croira. C'est un de vos artifices pour éviter de vous soumettre à votre devoir et à la volonté des meilleurs parens du monde , comme il est sûr que les vôtres l'ont bien été pour vous... quoiqu'ils s'en voient aujourd'hui joliment récompensés.

>> Il est vrai que nous vous avions tous cru d'un naturel doux et aimable. Mais pourquoi paroissiez-vous telle ? Vous n'aviez jamais été contrariée : on vous a toujours laissé faire vos propres volontés. Vous ne trouvez pas plutôt de l'opposition au beau désir de vous jeter entre les bras d'un vil débauché , que vous montrez ce que vous êtes. Il vous est impossible d'aimer M. Soîmes ! voilà le prétexte. Ma sœur , ma sœur , je vous en dirai la raison ; c'est que vous avez Lovelace au fond du cœur ; un misérable , détesté , justement détesté de toute la famille , et qui a trempé ses mains dans le sang de votre frère. Cependant vous voudriez nous le donner pour parent ; dites , le voudriez- vous ?

Je ne retiens pas mon impatience de vous voir supposer que j'aie pu avoir le moindre goût pour un homme d'une aussi yiie espèce. S'i| a reçu autrefois , comme

DE Clarisse Fîarlowe. 363 vous le prétendez , quelque encouragement de la part de notre famille , c'étoit avant que son vil caractère fût connu de nous. Les preuves qui ont fait une si forte impression sur nos esprits , en dévoient faire quelqu'une sur le vôtre , et elles en auroient fait , si vous n'aviez pas été une petite folle trop précoce , comme tout le monde le reconnoît dans cette occasion.

,, Bon Dieu ! quel bel étalage de mots en faveur de ce misérable ! Sa naissance , son éducation , sa personne , son esprit , ses manières , son air , sa fortune , et ses reversions aussi , qui sont appelées au secours pour grossir cet énorme catalogue î Quel flot de louanges , quel épanchement d'un cœur qui se pâme d'amour ! Et vous voudriez rester fille ? oh ! oui , j'en réponds , — tandis que toutes ces perfections imaginaires voltigent devant vos yeux éblouis ! Mais finissons ; jevoudrois seulement que dans l'opinion que vous semblez avoir de votre bel esprit , vous ne prissiez pas tous les autres pour des insensés , que vous croyez pouvoir rrtener enlesse, avec votre ton mignard et plaintif.

,, Vous pouvez écrire aussi souvent qu'il vous plaira , mais cette réponse sera la dernière que vous recevrez sur le même sujet,,

d'Arabelle Harlowe.

J'avois deux lettres prêtes pour chacun ! de mes oncles ; je les ai données à un

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domestique de mon oncle Harîowe , que j'ai rencontré dans le jardin , en le priant de les remettre à leur adresse. Si je dois juger de leurs réponses par celles que j'ai reçues de mon frère et de ma sœur , je n^ai rien d'agréable à m'en promettre.

Mais lorsque j'aurai tenté tous les expédiens , j'aurai moins de reproches à me faire s'il arrive quelque chose de fâcheux. Je vous enverrai une copie de ces deux lettres , aussi-tôt que je saurai quelle attention on y aura donnée , si pourtant l'on daigne y en faire aucune.

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