MATIN
Je me suis rendormi dans le chaos puis je me suis réveillé comme le premier homme.
Je suis dans un lit, dans une salle. Pas de bruit. Une tragédie de calme; d'étroits horizons massifs. Le lit qui m'emprisonne fait partie d'une rangée qu'on voit, en face d'une autre rangée. Un long parquet, avec ses raies, va jusqu'à la porte lointaine. De hautes fenêtres, un jour enveloppé de linge. C'est là tout ce qui existe. J'ai toujours été ici, je finirai ici.
Des femmes blanches, furtives, ont parlé. J'ai recueilli ce bruit nouveau, puis je l'ai perdu. Un homme tout blanc s'est assis près de moi, m'a regardé et m'a touché. Ses y tux brillaient étrangement, à cause de ses lunettes.
Je dors, puis on me fait boire.
Le long après-midi passe dans le long couloir. Le soir, on allume ; la nuit, on éteint. Les lampes, qui sont en file, comme les lits, comme les fenêtres, comme tout, disparaissent. Seule, une lampe subsiste, au milieu, à ma droite. Le fantôme calme des choses ordonne le calme. Mais j'ai
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les yeux ouverts, et je me réveille de plus en plus. Je prends conscience dans l'ombre.
Une agitation naît autour de moi parmi les formes abattues et rangées dans les lits. Cette longue salle est immense ; elle n'a pas de fin. Les lits enlinceu les palpitent et toussent. Us toussent sur tous les tons et avec toutes les voix. Ce sont des cris gras ou secs ou déchirants, des respirations obstruées, bâillonnées, souillées et chantantes. Ces gens qui se débattent avec leurs paroles monstrueuses, s'ignorent. Je vois leur solitude comme je les vois. Il n'y a rien entre les lits, rien.
Je vois soudain se balancer dans la nuit une masse globuleuse, à face lunaire; les mains tendues, tâtonnant sur les fers des lits, elle cherche son chemin ; la sphère de son ventre gonfle et tend comme une crinoline, et raccourcit sa chemise fendue sur les côtés. Elle est portée par deux petites jambes extrêmement minces, nouées aux genoux, et couleur de la ficelle. Elle atteint le lit voisin, celui qu'un seul fossé sépare du mien. Sur un autre lit, une ombre oscille régulièrement, comme un joujou. C'est un nègre dont la grosse tête à massacre est emmanché sur un cou tout mince.
Le concert rauque des poumons et des gorges se multiplie et s'étend. Il en est qui lèvent des bras de fantoches hors de la boîte de leur lit. D'autres restent enterrés dans la couverture grise. De temps à autre, des spectres chancelants traversent la salle, se penchent entre deux lits et on entend le bruit d'un seau de fer. Au fond de la salle, dans le fouillis noir de ces aveugles qui regardent devant eux» de ces muets qui toussent, on ne voit que l'infirmière à cause de sa blancheur. Elle va d'une ombre à l'autre, se penche sur des inunobilités. C'est la vestale qui, autant qu'elle peut, les empêche de s'éteindre.
Je tourne ma tête sur l'oreiller. Dans le lit accolé au mien de l'autre cêté, sous la lueur qui tombe de l'unique lampe survivante, il y a un nabot engoncé dans un chandail épais, couleur de cataplasme. Par instants, il s'assoit sur le lit, lève vers le plafond sa tête pointue, se secoue, et serrant et entre-choouant dans ses mains annn^f^ son crac.ho'-