‹ Clarté; romanChapitre 22 sur 32 · LE CULTE Î · texte numérisé non relu

LE CULTE Î

de silence. Je salue aussi^ d'une façon que Je sens humble ixia.lgré moi, les Gozlan qui ont plein pouvoir sur moi, et qui donnent à Marie une allocation sans laquelle on ne pourrait psLs vivre dignement. Je ne iuis pas plus qu'un homme.

Tudor, blessé aux yeux en Artois, hésite et tâtonne. La l3SLronne lui a procuré une petite place dans les cuisines du olniLteau.

— Comme elle est bonne pour les mutilés, dit-on autout de moi. C'est vraiment la bienfaitrice I

Cette fois, je dis à haute voix :

— Le bienfaiteur, le voici.

Et je montre du doigt le débris en quoi s'est Changé le

jeune homme qu'on a coimu, le malheureux bipède obscurci

dont les paupières battent au jour, et qui, sans force, en

face la cohue de la fête, s'appuie contre un arbre comme

contre un poteau d'exécution.

— Oui, oui, après tout, murmurent les gens qui sont là, timidement, en clignant des yeux aussi, comme s'ils étaient tardivement éclairés par le spectacle du pauvre bienfaiteur.

Mais la fanfare éclate, et dans le flot du vacarme, on ne les entend pas et ils ne s'entendent même pas. La marche triomphale passe avec sa forte poussée matérielle : En avant 1 Tu ne sauras pas 1 Les assistants s'emplissent de musique, en débordent, applaudissent.

La cérémonie prend fin. Ceux qui étaient assis se lèvent. Fontan, efiaré de sommeil, met avec effort son chapeau haut de forme trop étroit en le tournant, et pendant qu'il le visse, il fait la grimace. Puis il sourit avec sa bouche désossée. Tous se congratulent entre eux ; ils se serrent la main : ils se tiennent. Après la communion en patriotisme, ils vont retourner à leurs calculs et à leurs satisfactions, glorifiés dans leur égoïsme, sanctifiés, embellis, et plus que jamais ils mêleront leur cause à celle de tous et diront : f Nous I »

Brisbille, en voyant passer l'orateur qui vient se montrer

à nons de près, lui a lancé un regard farouche et a ciié : < Avocat I •, puis quelque apostrophe virulente.

Mais à cause des cuivres déchaînés, on a vu seulexnent s'ouvrir sa bouche, et M. Mielvaque en trépigne d'aise. M. Mielvaque, déclaré inapte au dépôt, va être repris. L'expéditionnaire, plus misérable que jamais, rogné, élimé, recousu, de plus en plus séché et crispé sur pied parle trEk^va.!! désespérément long, et qui efiace l'usure pâle de son pale-tot avec son porte-plume, désigne Brisbille bâillonné par Isl musique, en se tordant de rire, et me clame dans l'oreillo :

— C'est comme s'il chantait 1

Mme Marcassin présente une figure paralysée ; la disparition à laquelle elle pense sans cesse a déchiré ses traits. Elle applaudit au bruit, elle aussi, et sa face éteinte comme une lampe a lancé un éclair. Est-ce seulement parce que l'attention est, aujourd'hui, fixée sur elle?

Une mère mutilée de son fils tué, donne une obole à la quête de la Ligue contre l'Oubli. Elle apporte son humble concours de pauvresse à ceux qui disent : t Sou venez- vous du mal non pour l'éviter mais pour le refaire^ en attisant à tort et à travers les causes de haine. Faites du souvenir une maladie contagieuse. » Saignante et sanguinaire, enflammée de l'égolsme obtus de la vengeance, elle tend le bras vers la quêteuse, en tirant derrière elle une fillette qui pourtant un jour sera peut-être une mère.

Plus bas, un apprenti dévore du regard l'uniforme d'un officier. Il reste là, h3rpnotisé, et le bleu ciel et le carmin magnifique déteignent dans ses yeux. En cet instant, j'ai vu distinctement que la beauté des uniformes est plus méchante encore que bête.

Ah I la prophétie affreuse enfermée en moi me martelle le crâne :

— J'ai confiance dans le gouffre du peuple I

Blessé par tout ce qu-:s je vois, je m'enfonce dans un coini

t« vérité Mt limjple, Idais le monde ne Test plti», XI y a

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