‹ Clarté; romanChapitre 25 sur 32 · CENSURÉ · texte numérisé non relu

CENSURÉ

Oui, mais s'il n'y avait pas de

guerre offensive, 11 n'y aurait pas de guerre défensive. La guerre défensive a la même cause infâme que la guerre offensive qui l'a provoquée ; pourquoi ne l'avoue-t-on pas? On s'obstine, par aveuglement ou par duplicité, à couper en deux la question comme si elle était trop grande. Tous les sophismes sont possibles quand on spécule sur des morceaux de vérité. Mais le globe ne porte qu'une seule espèce d'habitants.

Il ne suflBt pas de planter une chose au bout d'un bâton dans les lieux publics, de l'agiter sur les façades des bâti* ments et des populati ns assemblées et de dire: i II est décidé que c'est là le plus haut de tous les symboles ; il est

décidé que celui qui ne se prostemeia pas devant, sera anathème •. L'esprit humain a le devoir de contrôler si ce symbolisme n'est pas un fétichisme.

Moi, je me souviens qu'il a été dit que la logique a des chaînes terribles et que tout se tient : le trône, l'autel^ le glaive (Censuré.) . Et ]'ai lu, dans les déchaînements et les enchaînements de la guerre, que ce sont là les instruments du culte des sacrifices humains.

Je fais quelques pas, songeur, à l'écart, tandis qne Marie s'est rassise.

J'évoque la silhouette de l'adjudant Marcassin, de celui dont il a été question tout à l'heure, — le héros candide, vide et schématique, avec sa foi furieuse. H me semble que je lui demande : c Crois-tu à la beauté, au progrès? » H ne sait pas; il répond : c Non I Je ne crois qu'à la gloire du nom français ! » — Crois-tu au respect de la vie, à la dignité du travail, à la sainteté du bonheur? — Non I •» Crois-tu à la vérité, à la justice? — Non. Je ne crois qu'à la gloire du nom français. •

L'idée de patrie.... Je n'ai jamais osé la regarder en face. Je m'arrête dans ma marche et ma méditation. Eh quoi, cela aussi?... Mais ma raison est aussi hoiméte que mon cœur, et me maintient en avant. Oui, cela aussi.

... Dans ces lieux familiers et leur solitude amicale, sur l'élévation de la colline, en ce carrefour où m'a conduit le chemin comme un compagnon qui ne finit pas, non loin de l'endroit où la pente douce vous attend pour vous attirer, j'ai tressailli de m'entendre penser et blasphémer. L'idée de patrie qui, si souvent, m'a fait frissonner d'allégresse et d'enthousiasme, conune naguère celle de Dieu I...

Mais c'est en son nom comme jadis au nom de Dieu tout seul que l'humanité se vole elle-même et essaye de s'étouffer de ses propres mains, et que bientôt elle y parviendra. C'est à cause de la patrie que les gros pays, plus riches de san^, ont 8i»bjuçué les petits. C'est à cause de la patrie

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