‹ Clarté; romanChapitre 27 sur 32 · NONI · texte numérisé non relu

NONI

L'inatigoration de notre Musée de la Guerre — Tévénement marquant des jours qui suivirent — combla Crillon de joie.

La salle I du bâtiment de bois tout pavoisé, que la municipalité avait fait élever, était occupée par une exposition de tableaux et de dessins d'amateurs de la haute société, sur des sujets de guerre. Beaucoup d'œuvres étaient envoyées de Paris.

Crillon, endimanché officiellement, a acheté le catalogue vendu au profit des blessés, et il s'émerveille de la liste des exposants. Il parle de titres, de blasons, de couronnes ; il se renseigne sur des points de hiérarchie nobiliaire. A un moment, devant la rangée de cadres, il demande :

— Dis-donc, en France, qu'est-ce qui a le plus dataient, une princesse, ou une duchesse?

Il est tout remué par ces choses, et, les yeux fichés sur le bord inférieur des tableaux, il déchiffre Icb signatures.

Dans la salle qui fait suite à celle où brille cette exposition d'autographes, il y a cohue.

Des tréteaux l'entourent, sur lesquels sont disposés des

trophées : des casqnes à pointe, des bavresacs oonverti de poil fauve, des débris d'obas.

On a reconstitué entièrement nn uniforme de fantassin allemand avec des pièces de diverses provenances, quelquesunes tachées.

n y avait dans la salle une bande de convalescents de l'hôpital -complémentaire de Viviers. Ces soldats regardaient et ne parlaient guère. Plusieurs haussaient les épaules. Mais l'un d'eux grommela devant le fantôme allemand :

— Ah I la vache !

On a encadré, dans un but de propagande, une lettre de femme trouvée dans la poche d'un ennemi tué, et on en a affiché la'traduction en soulignant le passage où la femme écrit : « Quand cette maudite guerre finira-t-elle? » et où elle se lamente sur les charges grandissantes que représente l'entretien du petit Johann. En bas de la page, la femme a représenté par un schéma sentimental l'amour grandissant qu'elle éprouve pour son homme.

Combien l'évidence est simple et nue ! Personne de raisonnable ne peut mettre en discussion que l'être dont la vie intime est ici livrée au vent, et qui a versé sa sueur et son sang dans quelqu'une de ces loques, n'est pas responsable d'avoir tenu un fusil et de l'avoir dirigé dans un sens. En présence de ces débris, je vois, avec une obstination monotone et implacable, que la foule qui attaque est aussi innocente que la foule qui se défend.

Sur une tablette tendue de rouge, à côté d'une simple étiquette clouée : Les Ouvrages Blancs, 9 mai, — une baïonnette française tordue.

Une baïonnette, l'outil à chair, qui a été tordue I

— Ah I c'est beau ! dit une jeune fille du château.

— Ce n'est pas eux, mon vieux, qui tordraient des baïonnettes I

— Il n'y a pas à dire, nous sommes les premiers soldats du monde, dit Rampaillc.

i — Nous avons montré un bel exemple au monde I dit

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