NON
Dans un fond où la campagne inculte touime aai terrain vague, et que je traverse i^cfai recitrer, des enfeaits lancent des "pierres sur une glace qu'ils ont posée coismie but, à quelques pas. Ils se bousculent en criaillant ; cliacun voudrait la gloire d<e la casser le premier. Je revois la glace que j'ai cassée à coups de pieire à Bu-zancy, parce qu'elle avait l'air d'être debout comme un être ! Puis, quand le fragment de lumière solide s'est effondré en miettes, ils pourchassent avec des pierres un vieux chien dont la patte cassée traîne comme sa queue. Personne n'en veut plus, il est bon à achever, et les gamins profitent de l'occasion. L'animal» boitillant, taon échine en crémaillère toute arquée, se hâte avec lenteur et cssajre vainement d'aller plus vite que te cailloux.
L'enfant n'est qu'une poignée confuse de confuses inclinations qu'on voit. Nos instincts profonds, les voilà.
Je disperse ces enfants qui se reculent en résistant daara la pénombre, et me regardent méchamment. Ils reviendront comme des chacals. Je suis angoissé par la méchanceté qui naît toute grande ; je suis angoissé aussi par le sort de ce vieux chien. On ne me comprendrait pas si j 'avouais cette angoisse : on me dirait : « — Vous qui avez vu tant de blessés et de morts ! » Pourtant, il y a un respect suprême de la vie. Je ne méconnais pas l'intelligence, mais la vie nous est commune avec de plus pauvres vivants que nous. Celui qui tue une bête, si humble qu'elle soit, sans qu'il y ait nécessité, est un assassin.
Au carrefour, je rencontre Louise Verte, errante. Elle est devenue folle. Elle continue à mendier les hommes. On ne sait même pas ce qu'elle mendie. Elle divague, dans les rues, dans son taudis, et sur le grabat où elle est crucifiée par les ivrognes. Elle est entourée du dégoût général : « Ça, une femme, dit un honnête homme qui passe, c'te 5ale vieille peau? Une femme? Un tiroir à saucisses, oui. »
Elle est inofîeiLsive. Elle me dit d'une voix faible« paisi1>Ie» qui vit dans quelque région surnaturelle^ bien loin de nous :
— Je sub la reine.
Elle ajoute tout de suite, étrangement, comme si elle sombrait dans un pressentiment :
— Ne m'ôtez pas mon illusion.
J'allais lui répondre. Je me retiens, je lui dis : oui» comme on jette un sou, et elle s'en va heureuse.
J'ai tellement le respect de la vie que j'ai pitié d'une mouche que j'ai tuée. En observant le miix:uscule cadavre, presque imperceptible à la hauteur gigantesque de mes yeux, je ne puis m'empêcher de songer combien ce grain de poussière organisé est bien fait, avec ses ailes qui ne sont presque que deux gouttes d'espace, avec son œil qui a quatre mille facettes, et je songe à cette mouche pendant un instant, qui est grand pour elle.
Je me suis penché, ce soir, à la fenêtre ouverte. Comme dans les nuits d'autrefois, je regarde le sombre tableau^ d'abord invisible, prendre forme : le clocher qui est dans le creux et très haut, largement illuminé sur la colline, le château, riche couronne de pierreries; puis le noir oblique et massif des toits peuplés de cheminées qui se découpent sur le noir clair de l'espace, quelques fenêtres qui veillent, laiteuses. L'œil se perd en tous sens dans, ces ruines où se cache la multitude des hommes et des femmes, comme toujours et comme partout.
Voilà ce qui est. Qui dira : Voici ce qui doit être !
J'ai cherché, j'ai entrevu, j'ai douté. Maintenant, j'espère.
Je ne regrette pas ma jeunesse et ses croyances. Jusqu'ici, j'^i perdu mon temps à vivre. La jeunesse est la vraie force, mais elle est trop rarement lucide. Elle a parfois un goût triomphant pour ce qui est nouveau, et le côté batailluer du paradoxe peut lui plaire. Mais il est un degré dans l'innovation que ne peuvent atteindre ceux qui n'ont pas beaucoup vécu. Qui sait pourtant, si la grandeur farouche
des événements n'aura pas instruit et vieilli la génération qui forme aujourd'hui la frontière émouvante de rhumanité? Quel que soit l'espoir, si on ne le mettait pas dans la jeunesse, où le mettrait-on?
Qui parlera? Voir, et puis parler... Parler, c'est la même chose que voir, mais c'est plus. La parole éternise la vision. Nous ne portons pas de lumière ; nous sommes des choses d'ombre, puisque le soir nous ferme les yeux, et que, pour nous diriger lorsque le jour n'est plus, nous tendons les mains ; nous ne rayonnons que de paroles ; la vérité se construit par la bouche des hommes. Le vent des paroles, qu'est-ce? C'est notre souffle : Pas toutes les paroles, car il en est d'artificielles et de calquées qui ne font pas corps avec le parleur, mais les paroles profondes, les cris. Dans le cri humain, on sent l'efîort de la source. Le cri sortie nous ; il est aussi ^nvaxL^ qu'un enfant. Le cri passe et fait l'Opel 4e la véadité partout au elle se tr(»ive« 2e cri rauiasse le crL
Il y a une voix basse et sans jOLn, qui aide ceux qui ne se voient pas et ne se verront pas, et iait qu'ils sont ensemble : les livres; le livre qu'on chcôsit, le pcéléré, qu'on ouvre, et qui vous attendait !
Avant, je ne coimaissais guère les livres. Maioteziaxit, j'aime ce qu'ils font. J'en ai réuni le plus que j'ai pu. Us sont là, sur des rayons, avec leurs titres immenses, leurs contenus réguliers et profonds, ils sont là, tout autour de moi, rangés comme des maisons.
Qui dira la vérité ! Mais il Jie sufflt pas dédire les choses pour les montrer. .^
... Tout à l'heure, {^ursuivi par Tidée de ma tentation du Musée de la Guerre, je me suis imagina que j'y avais obéi, et que je comparaissais devant les juges. Je leur aurias crié bien des vérités, je leur a,urais prouvé que j'avais eu raison ; d'accusé, je me serais fait accusatçur,.*
JtSoàil Je n'aurais pas parlé ainsi, parce que je n'aurais pas soi Je serais resjté balbutiant, bondé d'une vérité betttaate en nu», >étcHi£Eànte, inavsouable. U ne suffit pas de pakder, illaut savoir les psu'fde&.'Quitnd on a dit : « Je souâre y>, ou quand on a dit : « J'ai raison », on n'a rien dit en réalité, on n'a fait que se parler à soi-même. La présence réelle de la vérité n'est pas dans toute parole de vérité, à cause de l'usure des mots, et de la multiplicité fuyante des raisonnements, li faut le don de persuader^ de laisser à la vérité sa simplicité parlante»: ses développements solennels. Ce Ji'^st pas moi,, çpii, du iood de moi-même, serai capable ,ûe parler. L'attention des hommes m 'éblouit quand elle se dresse. La seule nudité de papier m'efEraie et noie m;es regards. Ce n'est pas moi qui ajouterai sur cette blancheur l'iécriture comme une lumière.
Je comprends de quoi est îaXt le deuil d'un grand tribun, et je ne puis que rêver de celui qui résumant visiblement .l!immense crise des besoins humains dans une œuvre où rien ne soit oublié, où rien ne semble oublié, où pas une . virgule ne fasse tadbe, proclamera notre charte aux époques du temps où nous sommes, et nous la montrera. B^ soit ce siasplifioatear, de quelque pays qu'il surgisse un jour (nuds tout de mên^, je préférerais, au fond de mon cœur, 4^ 'il. parle irsffiiçais)<
Encore une fois intervient en moi celui qui s'est présenté jà moi pour la premik:e fois comme le ^ectre du mal et qui m'a guidé dans I'enfer« Tandis que l'agonie l'étoufîait et que sa tête s'était noiixie comme celle d'un aigle, il a jeté un anathôme que je ne comprenais pas, et que je comprends maintenant, sur les chef8-d'<3euvre de l'art. II avait peur de leur éternité, de cette force terrible qu'ils ont — une fois qu'ils se sont imprimés dans les yeux d'une époque — et qu'on ne peut ni tuer, ni chasser devant soi. Il disait que Vélasquez, qui n'était qu'un chambellan, avait succédé à Philippe IV et qu^il succéderait à l'Escurial et qu'il suœéderait même à l'Espagne et à l'Europe. Il comparait cette puissance artistique que les rois ont domestiquée
tn. tout, sauf en sa grandeur, à celle d'un poète-inventeur jetant une parole libre et juste qui ne cesserait plus, un livre répandant des étincelles dans l'humanité sombre comme le charbon. La voix du prince finissant rampait par terre et battait à coups sourds : arrière, tous ces cris de lumière t
Mais nous, quoi dire? Épeler la grande charte qu'on entrevoit humblement. S'adresser au peuple que font tous les peuples : Réveille-toi, comprends-toi, regarde et vois, et après avoir recommencé ta conscience faussée par l'es* clavage, décide qu'il faut recommencer tout !
Recommencer de fond en comble. Oui, cela d'abord : Si la charte humaine ne recrée pas tout, elle ne créera rien.
Les réformes qui restent à faire sont utopiques et mortelles si elles ne sont pas générales. Les réformes nationales ne sont que des . fragments de réformes. Pas de demi« mesures. Les demi-mesures font rire par leur petitesse démesurée alors qu'il s'agit pour la dernière fois d'arrêter le globe sur la pente d'horreur où il roule. Pas de demi* mesures parce qu'il n'y a pas de demi-vérités. Fais tout, ou tu ne feras rien.
Surtout, ne laisse pas entreprendre les réformes par les rois. Cela est la chose la plus grave qu'il y ait à t'enseigner. Les initiatives libérales des maîtres qui ont fait du monde ce qu'il est, ne sont que des comédies. Ce ne sont que des moyens de bloquer net un progrès à venir, de reconstituer le passé derrière des replâtrages.
N'écoute jamais non plus les grands mots qu'ils profèrent, les mots dont on voit sur les façades les lettres oomme un squelette. Il y a des proelamations officielles, pleines de la notion de la liberté et du droit, qui seraient belles si elles disaient vraiment ce qu'elles disent. Mais ceux qui les rédigent n'attachent pas leur plein sens aux
j et
paroles. Ce qu'ils récitent, ils ne sont pas capables de le vouloir, ni même de le comprendre. La seule marque indiscutable aujourd'hui, du progrès des idées, c'est qu'il y a^ des choses qu'on n'ose plus ne pas dire publiquement; c'est tout. Il n'y a pas tous les partis qu'il semble y avoir. Ils pullulent, aussi nombreux que les courtes vues, mais, il n'y en a que deux : les démocrates et les conservateurs; tout acte politique aboutit fatalement soit à l'un soit à l'autre, et tous les dirigeants ont toujours tendance à agir dans le sens de la réaction. Méfie-toi, et n'oublie jamais qu'il suffit que certaines affirmations soient émises par certaines bouches pour qu'il faille immédiatement en douter. Quand les anciens républicains déteints prennent en mains ta cause, sois-en sûr, ce n'est pas la tienne. Méfie-toi comme un lion.
Ne .quitte pas des yeux la simplicité du monde nouveau . La vérité sociale est simple. Ce qui est compliqué, c'est ce qui est par-dessus : l'accumulation d'erreurs et de préjugés entassés par des ères de tyrans, de parasites et d'avocats. Cette conviction jette vraiment une lueur sur le devoir et indique la façon de l'accomplir. Celui qui veut creuser jus» qu'à là vérité doit simplifier; la foi brutalement simple, sinon on est perdu. Moque-toi des nuances subtiles, des distinctions des rhéteurs et des médecins spécialistes. Dis, de haut : voilà ce qui est ; et puis : voilà ce qu'il faut.
Cette simplicité-là, peuple universel, tu ne l'auras jamais si tu ne t'en saisis pas. Si tu la veux, fais-la toi-même avec tes mains. Et je te donne le talisman, le mot extraordi* naire et magique : tu le peux !
Pour être le juge des choses qui existent, remonte à leurs sources, et atteins à tous leurs aboutissements. La plus noble et la plus féconde opérati<»i de l'intelligence humaine est de faire table rase de toute notion imposée — intérêts ou idées — et d'aller chercher, à travers les apparences, les bases étemelles. C'est ainsi que tu verras clairement, au commencement de tout, la loi morale, et que la notion de justice et d'égalité t'apparaîtra, belle ccmme le jour.
Fort de cette «implicite suprême, dis : je suis le peuple lies peuples, je sais donc le roi des sois, et je veux que la souveraineté émane paitout dé moi puisque je suis la force et le droit. Je ne veux plus de despotes^ avoués on non, grands on petits ; je sais» ^ je ne veux plus. La libération incomplète de 1789 a été attaquée par les rois. La libération complète attaquent les rois.
Mais les rois ne sont pas seulemej&t les souverains à costumes dans la pacotille des cours* Certes^ les peuples- qui ont un roi ont plus de tradition et d'abaissement que les autres. Mais il y a des pays où aucun bonmie ne peut se dresser et dire : • « Mon peuple» mon armée », et qui n'en réalisent qu'avec une force plus tranquille la conti-* nuation de la tradition sumarcbique. U en est d'autres où passent de grandes ligures de dirigeants démocratiques; mais tant que l'ensemble des choses ne sera pas bouleversé {toujours l'ensemble^ l'ensemble sacré}^ ces bcsnœes ne pourront pas faire l'impossible, et tôt ou tard leur volonté trop belle sera isolée et méconnue. Que t'importe, dans la formidable urgence du progrès, le dosage des éléments qui forment le vieux régime du monde. Tous les dûig^ants se tiennent fatalement entre eux p^ solidement que tn ne le crois, par la vieille machine des chanc^leries, des ministères, des diplomaties, et le cérémonial en fer dozé, et quand bien même ils se feraient la guerre, il y a entre eux des ressemblances inextinguibles, dont tn ne veux plus. Brise la chaîne ; supprime tous les privilèges et dis enfin : que l'égalité soit.
Un homme en vaut un autre. Cela veut dire que nul homme ne porte en soi un privilège le mettant au-dessus de la loi commune. U s'agit d'une égalité de principe et cela n'infinne pas la légitimité des di^érences dues au travail, au talent ou à lamoialitéu Le nivellement n'atteint que les droits du citoyen et non l'homme total. Tu ne crées pas l'être ; tu ne façonnes pas l'argile .vivante.
comme Dieu l'a fait dans les bibles; tu réglementes, La qualité individuelle, sur qui d'aucuns prétendent se baser, est relative, instable, et personne n'en est juge. Dans un
easraxible bien organisé, elle se cultive et se met en valeur autoHiatiqtiement. Mais cette anarchie magnifique ne peut pas remplacer au début du statut humain, l'évidence de l'égaFité.
Le pauvre, le prolétaire est plus noble qu'un antre homme laais n'est pas plus sacré. En vérité,, tous les travailleurs et tons les honnêtes gens se valait. Mais les pauvres, les. exploités, sont un milHard et demi ici-tas. Ils sont le droit parce qu'ilssont le nombre. La loi morale n'est que la mise en œuvre impératiyp de l'intérêt général. Elle implique tonjours, sous des formes diverses, la limitation nécessaiie des intérêts individuels les uns par les autres; c'est-à-dire le sacrifice d'un à plusieurs, de plusieurs à tous. L'idée républicaine est la traduction civique de la morale; ce qui est anti-républicain est immoral.
Les femmes sont, socialement, les égales sans restric» tîon, des hommes. Les êtres qui rayonnent et qui enfantent ne sont pas faits uniquement pour prêter ou pour donner la chaleur de leur corps. Il est juste que le travail total se partage, diminue et sliannonise par leurs mains. Il est j«ste que la destinée humaine s'appuie aussi sur la force des fei^mes. Quel que soit le danger que peut apporter d'abord leur amour i n s tin ct i f pour ce qui brille, la facilité avec laquelle elles colorent tout de leurs propres sentments et le caractère total que prennent leurs moindres impulsions, — la légende de leur incapacité est une brume que tu dissiperas d\m geste, avec tes doigts. Leur avènement est dans l'ordre des choses , et îî est aussi dans l'ordre, d'attendre avec l'espoir au cœur le jour où la chaîne sociale et politique de la femme tombera, et où, tout d'un coup, la liberté humaine deviendra' deux fois plus grande.
Peuple du monde, fonde Tégalîté jusqu'aux confins de ta grande vie. Fonde la république des républiques, c'està-dire la direction commune et au grand jour, sûr toute la. surface où tu respires, des affaires extérieures, la communauté des lois du travail, de la production et du commerce. ILe morc^ement de ce» hautes organisations sociales et
morales par nationalités ou par unions restreintes de nationalités (agrandissements qui ne sont que rapetissements] — est artificiel, arbitraire et malfaisant. Les soi-disant cohésions indivisibles d'intérêts nationaux s'évanouissent dés qu'on s'approche pour les examiner. Il n'y a que des intérêts individuels, et un intérêt général. Quand on dit : moi, cela veut dire : moi ; quand on dit : nous, cela veut dire les hommes. Tant qu'une seule et même République ne couvrira pas le monde, toutes les libérations nationales ne seront que des commencements et des signaux !
Ainsi tu désarmeras les patries et tu réduiras l'idée de patrie au peu d'importance sociale qu'elle doit avoir. Tu supprimeras les frontières militaires, et les barrières économiques et commerciales qui sont pires encore. Le protectionnisme introduit la violence dans les développements du travail ; il présente le déséquilibre mortel du militarisme. Tu supprimeras ce qui justifie entre nations ce qu'on nomme entre individus : l'assassinat, le vol, et la concurrence déloyale. Tu supprimeras les conflits, beaucoup moins par les mesures directes de surveillance et d'ordre que tu prendras, que parce que tu en supprimeras les causes. Tu les supprimeras surtout parce que c'est toi qui le feras, toi seul, partout, avec ta force invincible et ta lucide conscience vierge de calcul. Tu ne te feras pas la guerre à toi-même. Tu n'auras pas peur des incantations . antiques et des temples. Ta raison géante détruira l'idole qui étouffait ses fidèles. Tu salueras les drapeaux pour la dernière fois. Au vieil enthousiasme qui berçait la puérilité des ancêtres, tu adresseras le tranquille adieu définitif. Il y eut dans les coins des calamités du passé, des heures attendrissantes. Mais la vérité est plus grande, et il n'y a pas plus de limites sur la terre que sur la mer !
Chaque pa,trie sera une force morale et non plus une force brutale, et tandis que toutes les forces brutales se choquent, toutes les forces morales, puissamment, s'harmonisent.
La république universelle est la conséquence inéluctable
de l'égalité des droits de tous à la vie. En partant de la notion d'égalité, on arrive à rintemationale populaire. Si on n'y arrive pas, c'est qu'on n'a pas pris le raisonnement droit. Ceux qui partent du point de vue opposé : Dieu, le droit divin des papes, des rois et des nobles, l'autorité et la tradition, aboutissent, par des voies fabuleuses, mais sans f^ute de logique, à des conclusions opposées. On ne doit pas cesser de croire qu'il n'y a que deux doctrines en présence. Tout est soumis à la raison, la raison suprême, que l'humanité mutilée et blessée aux yeux, a divinisée dans les nuages»
Tu supprimeras le droit des morts, l'hérédité de la puissance quelle qu'elle soit — l'héritage qui, à tous ses degrés, est injuste : la tradition s'y implante et c'est un attentat contre l'ordre du travail et l'égalité. Le travail est une grande œuvre civique que tous et toutes )ans exception doivent se partager sous peine de déchoir Ce partage le réduira j)Our chacun à des proportions digiies, et l'empêchera de dévorer des destinées.
Tu n'admettras pas la propriété coloniale des États, qui fait tache sur la mappemonde et ne se justiûe pas par des raisons avouables, et tu organiseras l'abolition de cet esclavage collectif. Tu laisseras subsister la propriété individuelle des vivants. Elle est juste parce que sa nécessité est inhérente à notre condition de vivants, et qu'il^est des cas où l'on ne peut pas arracher le droit de propriété, du droit lui-même; de plus, l'amour des choses est une passion comme l'amour des êtres. L'organisation sociale n'a pas pour but d'annuler les sentiments et les satisfactions, mais au contraire, de leur permettre de fleurir, dans la limite où ils ne lèsent pas autrui. Il est équitable de jouir de ce qu'on a gagné clairement par son travail. Et cette seule et sage mise au point éclate dans le vieil ordre des choses comme une malédiction.
Chasse à jamais, partent, partout, les manraiffmattreB, de l'école sacrée. L'instruction refait, incessamment, toute la ci\'ili8atioa. L'esprit de l'enfant est trop préeicux jpour ne pas être sous la protection de toos. Les chefs de famille ne sont pas libres de traiter à leur fantaisie l'ignorance que chaque jeunesse apporte au jour ; as n*ont pas cette liberté contraire à la liberté. Un enfant n'appartient pas corpis et âme à ses parents ; c'est une personne, et le? oreilles sont blessées par le l^sphéme -— résidu des despotiques tradition» romaines — de ceux qui parlant de leurs fils tués à la guerre disent : • J'ai donné mon fiis. » On ne donne pas un être — et toute intelligence appartient d'abord à '. la raison.
Plus une seule école où Ton enseigne l'idolâtrie, où les volontés de demain grandissent sous la terreur d'un Dieu ' qui n^existe pas et dans lequel vont se perdre, sinon se' justifier, tant de mattvaîses raxsons^r d*nne tradition; et d'un polythéisme paitrîotique qui ne doivent plus! cadster. Plus», nulle part, de livres dé dasse où Ton afEuble de je ne sais quel prestige ce qu'ail y a de plus mé- '• prisable et de plus avilissant dans le passé des ratce?. "Rien que des histoires universelles, rien que les grandes lignes et les sommets, les lumières et les ombres de ce chaos que constitue depuis six mille ans l'aventure des deurjc cent milliards d'hommes.
Tu su|^>rimeras partout la publicité âés cultes, tu effaceras l'uniforme d^'encre de» prêtres. Que diacun des croyants garde sa religion pour soi, et que les prêtres restent entre eîes murs. La toléranc© vis-à-vis de Terreur est une erreur plus grave. On aurait pu rêver une église sage et régulatrice, puisque Jésus-Christ aura raison dans sa ïsçosk humaine tant qu'il y aura diss âmes. Mkië ceux qui ont pris en mains sa morale et Êtbriqué leur religion, ont empoisonné la vérité, et, de pïus^ ils ont montré pen- 'dant deux miUie ans qu'ils plaidaient fexxis intérêts de caste avaait ceux de la loi sacrée du bien. Aucun mot, aucun chifEré ne pourra jamais donner une idée du mal
que l'Église a fait aux hommes. Quand elle n'a pas opprimé elle-même et maintenu les ténèbres de force, elle a prêté son autorité aux oppresseurs et sanctifié leurs prétextes, et aujourd'hui encore, elle est partout étroitement unie avec ceux qui ne veulent p/as du règne des pauvres. De même que les chauvins se réclament de la douceur du berceau familial pour donner le branle aux guerres, l'Église invoque la poésie des évangiles, mais elle est devenue un parti aristocratique semblable aux. autres, et où chaque signe de croix est un soufflet à Jésus-Christ. D'amour du sol natal on a fait nationaliste, comme de Jésus on a fait jésuite.
Seule, la grandeur internationale permettra enfin d'extirper des abus invétérés que multiplient, qu'enchevêtrent et que solidifient les cloisonnements nationaux. La charte future dont on entrevoit confusément quelques signes, et qui a pour prémisses les grands principes moraux remis à leur place, et la multitude mise enfin à la sienne, forcera' les journaux à avouer toutes leurs ressources. Par une lagnue jeune, simple et modeste, au-dessous des autres, elle réunira les étrangers, qui sont prisonniers d'eux-mêmes. Elle fauchera l'embrouillement odieux de la procédure judiclaire avec sa curée de personnages et même ses avocats qui introduisent dans les rouages nets et simples de la justice la diplomatie, et les procédés mélodramatiques de l'éloquence. Le juste doit aller jusqu'à dire que la clémence n'a pas sa place dans la justice : la majesté logique de l'arrêt qui condamne le coupable pour efirayer les malfaiteurs possibles (et jamais pour une autre raison) est au-dessus du pardon lui-même. Elle fermera les cabarets, interdira la vente des poisons, et réduira à l'impuissance les vendeurs qui veulent faire avorter dans les hommes et les jeunes gens la beauté de l'avenir et le règne de l'esprit. Et voici un commandement qui se présente à mes yeux, écrit sur le roc : la loi tenace qui doit s'abattre sans répit sur tous les voleurs publics; ceux qui, gros et petits,cyniques ou hypocrites,, à l'occasion de leurs fonctions ou de leur