AURORE NUPTIALE
Les fleurs qui vont fleurir vont toutes naître de moi.
Lea chansons de Bilitis. C.
Or ïève-toi!
Debout, toute dressée ,
tremblante encore,
ivre (Vun souvenir glacial et vermeil
pareil à du sang sur la neige,
donne au victorieux soleil
la nue merveille de ton corps!
Aurore yiuptiale, 59
Le choc des ondes de Vaurore
ébranle les blayics môles du ciel^
et toute la terre en éveil
éperdument appelle les vagues multicolores
des flammes au flux torrentiel!
Lève-toij et de mains hardies
accueille le baiser magniflqiie des flammes.
Ouvre les yeux, la bouche, ouvre les bras
vers la tumultueuse vie
que la terre déjà, haletante comme une femme,
d^un million de bouches te dédie!
Toutes les voix, de partout venues, 'pénètrent ta chair de leur murmure.
Les brises, — écoute! — emplissent tes oreilles dhine multitude qui chante et tressaille. Uair est vibrant du vol des abeilles.
Regarde et vois! Du, soleil haut levé
la lumière soudain par vivantes poignées
jette aux guérets le céleste méteil...
lève-toi, lève-toi! Ouvre les bras, ouvre ton sein!
Un rayon fa percée de son glaive vermeil,
60 Réprimande à Bilitis.
et joyeuse et pleurante et folle d'être, et belle sous le vouloir viril qui dompte ton destin, tu chantes, tu ris, et tu implores, et tu salues le verbe soudain vibrant d^or dont palpitent tes hanches nues...
Oh dresse-toi, salue et prie :
voici la généreuse et magnifique Vie!
Le verbe, le flux d^or torride et d^ amour,
il ruisselle à ton front et fait la force éclore,
il se glisse en ta chair, en ta chevelure et s^y noue,
il brûle, il bride tes yeux éblouis,
— ô Bilitis, tes yeux effrayés et ravis de voir en Vhéroïque ardeur de la nature, parmi V abîme d'ombre où leur songe se trouble, de clartés en clartés renaissantes grandir le vertige sans fin des aurores futures...