LA VISITEUSE
Mets ta main dans la mienne^ o ma belle attentive.
Mai juvénile sourit dans les fleurs.
Rien n'est plus doux^ rien n^est plus grave que cette heure^
et je veux mHncliner sur les divines rives
où glissent tes regards comme une onde ifigénice.
110 la Guirlande de Mai.
Mon image en leur eau mobile est suspendue... — oh baiser de clartés errantes^ vie^ amour ^ songes d'éternité qui fuient et se détournent et reviennent encore^ et naissent où Von meurt... Mai juvénile sourit dans les fleurs.
En mon âme, ton âme est-elle confondue? Aux vagues de lumière ouvertes sous les deux je ne suis devant toi qu'une ombre inattendue : le monde est en rumeur à Ventour de tes yeux. Vers Vhorizon brûlant^ mille nuages appareillent^ et la vermeille mer où s^éteint le soleil, dressant ses seins mystérieux dont le sommeil reçut la semence des Dieux, mouvante parmi Vor chatoyant qu^elle éveille roule un splendide espoir de futures merveilles!
Écoute; détournons Vun de Vautre nos yeux. Ton ombre vers mon ombre hier s'est arrêtée, et la plus haute loi par V amour attestée dénoue en mon baiser tes lèvres pour toujours. Mais je veux détourner de ta bouche mes yeux.
Mois d'Ainour. 111
Lève au loin tes yeux de lumière; regarde^ ô ma déesse enfant, toute la Terre, et les champs désolés, et le chemin désert dont tu n^es pas venue enchanter les détours.
Ton baiser, — fen bénis le céleste caprice! — a tari dans mes yeux Vonde de la douleur; mais il est, je le sais, d^ autres hommes, d^autres foyers sont morts et la nuit a hanté leur pierre froide oit V ombre est humide de pleurs.
Va donc, ô visiteuse errante qui consoles ! Donne à Vâtre sans joie la flamme de délice : dans les plis de ta robe apporte la clarté.
La nuit tombe. Mais sous tes belles mains révélatrices
le crépuscule en feu s"* émerveille de fleurs
et le ponant, aux lointains ivres,
entend frémir Vamour à Vhorizon qui vibre.
Va! Suis tes yeux d'inconsciente, ta main levée comme une aile d'ange — et la simplicité de ton pas sur le seuil avec ta voix annonciatrice!
112 la Guirlande de Mai.
La nuit tombe. Là-bas les ombres qui se meuvent verront s'évanouir ta douce fuite blanche. Je ne veux point pleurer ; je ne reste pas seul : riche du don brûlant que tu m^as apporté^ fai connu dans ta chevelure une clarté pareille à une impérissable aurore.
Mai rit encore pour moi dans les fleurs... ... Les étoiles déjà vont écloreî
Mai fraternel. 11;
MAI FBATEBNEL.