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PROLOGUE

Llieiire glisse, plus douce, et vient au devant de 7ious.

Mon frère!

Toi qui jamais ne quittes ma pensée

et regardes sans fin du fond de mon passé,

— viens! Au seuil du grand Mai dont palpitent les bois^

je veux songer aux heures d'autrefois

que nous vîmes alors, face à face,

11^ la Guirlande de Mai.

quand Décembre levait ses bras lourds de tourmentes,

ou que le noble Hivers

penchant si bas sa tête blanche,

pour sauver de V insulte son front sans couronne

tombait au sommeil de la mort,

parmi le rire et les bariolures des masques.

Mais., criant en sa trompe le Jour triomphal^

Mars entonne au choc des nuées sa fanfare!

Les astres mesurant V heure sombre ou vermeille

équilibrent leurs voies ardentes :

des secrets endormis., souriants se réveillent,

et voici que le jour à la nuit est pareille

et V ombre est devancée par les pas du soleil.

Alors nous Vavons vu, mon frère,

à Vorée des prairies d'où il était venu :

Vàme éblouie encore d^être née,

svelte, léger, tout ingénu,

il arrivait, V Avril, ouvrant ses yeux clairs.

Il chantait la lumière mélodieuse;

ses mains joueusts étaient parées de jn'imevères.

Mai fraternel. llô

et des fleurs sîir le front^ à ses boudes nnies^

s^ enroulaient, comme une onde aux rives s''api)arie.

Ainsi le bel enfant, V Avril suave était venu.

Mais Vherbe était humide encore à ses pieds nus

quand nous vîmes ses longs yeux languir...

Le jour V étiolait, et sa trop haute ardeur;

et bientôt, dévoilé de ses fleurs flétries

l)armi le lourd midi où son rêve se brûle.

en son triste sourire nous V aperçûmes

hésiter vers les aubes enfuies...

et les yeux relevés du sol oit il s^ incline^

il épiait aux deux son hture de mourir.

L^ Avril est mort, ô frère !

Mais Vheure, douce et forte, vient au devant de nous.

Dans le mai d^ aujourdliui planté

toutes les voix juvéniles ont chanté.

Vautre hier, parure étoilée

pour le délice des mains cueilleuses,

116 la Guirlande de Mai.

les fleurs avaient grandi par toute la vallée;

et grêles^ et pures., ces premières nées

au bord des ondes long-diseuses,

au vert des prés., dans V ombre des sentes.,

dédiaient au printemps leur charme non pareil.

Laisse à Vheure dliier ses filles étoilées : sœurs éphémères de la rosée elles ouvraient au jour leur âme adolescente., et le jour les toucha de son glaive vermeil!

Elles, comme des ailes aériennes posées

sur la tige où frémit la grâce de V ombelle.,

semblaient un don de Vair subtil;

et balancée au gré dhme brise futile,

à perte d^ arôme, à perte dHialeine,

chacune chantait, à Vaube claire, comme une oiselle.

Elles contaient la mort de la dernière neige, et c'était, répandue aux vagues des prairies, V indécise musique en rires puérils qui pare le délice épanoui de naître... L'aurore, ce matin, vit leur beauté meurtrie.

Mat f rater 71 cl. 117

Mais la terre, selon son œuvre de merveille,

suscite les divines vaillances de vie:

la sylve tout entière en V éternel retour

exulte au souffle de V amour:

les forces engourdies se lèvent du sommeil,

et déjà, vers f espace immesuré, dévie

la route ardente du soleil.

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