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FLEUR DE VERRE

Rompre le silence

Globe éphémère, bulle immobile qu'une onde invisible simule!

Songe d'une âme translucide...

Fleur incolore, fragile et nue,

un réseau^ de reflets est toute ta imrure,

fugitive comme un sourire.

Irréelle corolle, quhine ligne, d'aventure

a tracée

en joueuse de courbes, de clartés grêles,

22 Crsital.

aux caprices du jour ingéivi. comme elle entrelacée,

voici que toute aérienne ta tige^ doucement qui sHncline, ondule^ et d'elle, en détours, le calice érige sa limpidité de lumière.

Fuyant délice de tes contours

oit s'éternise ma songerie !

Es-tu grandie, fleur hyaline, un jour

pâle, — oxL parmi les roses des mensongers parterres

que visitent les yeux errants de la lune,

quand Lazuli, la fée écouteuse des brises

éparpille, voluptueuse,

toutes les boucles de sa clievelure,

touche de ses talons légers les graminées

et suscite à ses pieds de reine, sur le sol,

les bouquets de rosée que le matin dévore'^

Ou plutôt n'es-tu jms la fille de la Flamme? n'as-Ucpas fait jaillir ton calice de feu d'iule libre flamme vers Dieu, quand revivait en elle au sursaut de la mort l'âme ardeyite des bois pénétrés de soleil?

Fleur de Verre. 23

Son souvenir te suit comme un ange vermeil.

il s^ élève du fond de ton silence^ il plane

en un reflet brûlant qui le révèle;

mais sans épanouir le vol qui veut éclore,

doucement, lentemeyit il s^e^idort^

captif dhm rêve diaphane

comme un ange attristé entre ses hautes ailes.

Pâle princesse des solitudes

éprise dhm vœu trop subtil!

Quand sous la haute clameur de Vazxir,

le cri du sang, les ors menteurs

ou le retentissayit abîme des flots virides,

— saphir, rubis, topaze, émeraude,

resplendissent les feux chanteurs des pierreries,

toi, par dédain, du royaume exilée où l'arc d^Iris touche les deux, tu ériges d'un songe incolore ta tige aux silencieuses clartés.

Oh splendeur de ta nudité telle jaillie, éblouissante en sa translucide Beauté!

24 Cristal

Mille images sur toi sont passées que tes yeux reclos n'mit jyas vues.

Comme sur une onde qui fuit et s'efface elles glissaient, sur toi dessinées^ et ne V oyit point laissé leur trace ; car c'est en vain q\C elles étaient venues et nulle d'entre elles jamais n'a connu le mystère de ta pensée...

(Silence! encore silence!

la lumière est errante aux deux...

La brise est suspendue^ pareille aux confidences

trop pjures^ dont Vaile

hésite et pose son vol

qui tremble sur les lèvres;

et, des secrets lointains de la flamme natale^

une voix se révèle et murmure un aveu

dont frémit la fragile bouche de cristal.)

" Oh douleur! oh douleur de la haute Parole qui flotte7'aitj captive inerte des échos errante au gré du vent frivole !

Fleur de Verre.

Voix de lumière^ mide de flamme

de monU en monts réperaitêe, de flot^ en flots,

chaque fois déchirée où sa force résonne

— flamme après flamme, onde sur onde, son par son,

éteindre lentement cette âme qui rayonne

et se rêvait égale au météore en feu

qui périt en un cri de gloire aux pieds de Dieu!... .,

Parle, parle, ô Silencieuse!

la lumière est errante aux deux.

Et regarde : la vie autour de toi mouvante

multiplie en reflets de flammes la couronne

dont brille la victorieuse aurore.

Car voici réginal soudain de pourpre et d^or Uapparat que ton rêve en dédaigneux néglige; V orient ébloui dHmpérieux prestiges à ton geste immobile a noué sa parure^ et, dhm penser désert toi-même suscitée, souriante aux scintils èpars en diaprures qui vêtent ton léger fantôme d'harmonie, ta lèvre taciturne au Verbe communie sous la triomphale clarté.

26 Cristal.

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