LE LIED DE VEAU COURANTE
" La clarté qui s'épanche à mes rives de prairies glisse sur moi., comme une onde plus pure. Nue en ses transparences limpides^ elle est Vimage où j'apparais grandie^ et je suis V ombre diaphane de l'azur.
„ Oh rayon! oh le rêve en feu qui me pénètre....
lui, mon vœu héroïque et mon céleste émoi^
il vient!..» mais quand sa flamme mUt toute envahie
il se retire lentement de moi^
et j^ écoute mourir un être en mon être.
34 Cristal.
„ Avec ses hr anches sur moi penchées, elle est belle, la liante forêt que je longe; et le vent la dénude pour Vor des jonchées^ et les feuilles, par mille et mille détachées vers le reflet où leur chute vacille, imitent, par jeu, le léger mensonge d'une aile mêlée à mes eaux.
„ Brises, trilles d'oiseaux chanteurs qui s'' égosillent, tout ce qui vit et fait bruire les rameaux redit la mélodie que je conte aux roseaux, et c'est une musique aérienne qui se mire.
y, 0 forêt! ô forêt douce, tu me convies
aux lents repos de Vombre moussue et des pn'êles,
et ta ramure s^est étendue
comme une main qui me caresse et me relient...
y, Mais je glisse, je vais, je passe sous elle, je glisse, et je vais mmi oublieuse vie. Lame qui te mirait, je Vai déjà perdue, et mes yeux refermés ne se rappellent rien.
„ Ils sont effacés, les reflets dont je fus hier effleurée.
le Lied de VEau couraiite. 35
Vers â/aiUres lumières^ vers (Vautres forêts^ de chute en chute^ en secouant ma chevelure^ je glisse^ les mains dénouées^ les yeux vides, et les heures sans fin meuvent ma destinée.
„ Omhre errante de rêve en rive,
et la sœur de tous ceux que mes ondes déçurent^
insaisissable comme une âme
etj comme une âme^ inhabile à saisir,
Remporte des bouquets épars de souvenirs
dont V arôme se meurt en une sève amère.
„ Et je ne sais pas où je suis^ qui je suis...
Un seid être est vivant sous mes images fugitives^ il ondule aux replis de mes lointains détours... 0 toi dont j'ai baigné les pieds las^ le front lourd, et la caresse des mains avides,
— passant qui m^ écoutes, mon frère! — n'as-tu pas vu, depuis le seuil des monts déserts, naître et renaître en moi, puissant comme V amour ^ V indomptable courant qui me porte à la mer?
— n^ as-tu pas vu, force sans fin, rythme éternel, le désir qui me meut dhm élan immortel ï^ „
36 Cristal.
L'OXDE ENFANT.
" A l'aube qui m'a réveillée f offre le baiser d^une smir et mœi reflet^ vers sa lueur, citante du fond de la vallée.
Mais lorsqu'elle s'en est allée captive de V aurore en feu, aux lèvres errantes du Dieu f offre mon âme émerveillée.
VOnde enfant.
„ Les beaux nuages en dérive ont gonflé leurs voiles d\irgent et glissent au flot négligent vers des lointains qiCon ne peut dire.
S^ils i)assent^ mon onde ne mire qiCun rêve dliorizon futur...
et parmi V immobile azur décline leur ombre évasive.
„ Ainsi diaphane, que suis-je?
Vouée à V amant immortel f érige en diamants Vautel où sa clarté se cristallise...
Je suis sa transparente église!
— et mes songes adolescents ont la vanité de V encens vers le prodigieux Quadrige.
„ SHl fuit, de silence vêtue je pleure miUe étoiles d^or; mais lorsquHl jaillit^ fier et fort, il m'aspire toute, il me brûle...
38 Cristal.
Et moi, f offre mon sein crédule,
et ndive vers le Soleil,
en un mystérieux éveil
je m'ouvre au baiser qui me tue „.
Co^ijye. 39