ARCHITECTURE
Pour bien saisir le mécanisme des fractures du calcanéum, il faut prendre connaissance de l’anatomie de cet os, de certaines particularités qui ont trait à la façon dont il est disposé en vue de la résistance aux actions extérieures. Nous en pourrons déduire ensuite naturellement certaines conséquences physiologiques.
« Si on examine un grand nombre de radiographies prises après des traumatismes du pied, on ne tarde pas à s’apercevoir qu'il existe une région privilégiée où viennent converger les lésions : c'est le-tarse postérieur. Celle région, Hmitée en haut par un trait horizontal passant à 3 cm. au-dessus des malléoles et par un trait verbical passant au-dessus du tubercule du scaphoïde, comprend l’extrémité inférieure des os de la jambe, Pastragale, le calcanéum et accessoirement Îles extrémités articulaires du scaphoïde et du cuboïde (Destot) (1). » Les lésions sont souvent associées, quelquefois limitées
à un os, el existe entre tous les éléments du tarse pos-
(1) Deslol. — Fractures du larse postérieur (Revue de chirurgie, août 1902). $
lérieur u une un bloc. LE Lune Aussi es il nant % bel + particularités anatomiques de los qui nous intéresse plus parti- | culièrement. «Le calcanéum, en. raison de son siège,
des sa forme, de sa siructure, estun des os les plus exposés. Tandis. “que par son corps al constitue tout le pilier postérieur, si participe par sa grossé apophyse. AU pilier antérieur externe. L'angle queforment entre elles
ces deux parties constitue presque totalement l'axe ex-
terne du pied. Le corps plus où moins oblique suivant les sujets est tendu commele bois d’un are par les cordes musculo-ligamenteuses des tendons, aponévrose el muscles plantaires. L'are est encore soutenu et renforcé par la sangle du long péronier latéral qui maintient relevé la grande apophyse et assure à cette partie un soutien élastique et souple. Enfin, sa friabilité est encore protégée par lépais coussinet plantaire. Par le ligament en Yil tient la clef de l'articulation médio-tarsienne. Il est donc suspendu de tous côtés et cette suspension élastique explique pourquoi cet os spongieux, percé souvent d’une cavité médullairé remplie de graisse, supporte sans faiblir la plus grande partie du corps et des chocs souvent considérables (Destot). Testut et Poirier ne représentent dans leur Traité d'anatomie queles grandes lignes de l'architecture du calcanéum el avec une certaine 1mprécision.
Rappelons d’abord rapidement la configuration extérieuré de l'os calcanéen pris isolément ; c’est assez grossièrement un cuboïde qui présente six faces. La face supérieure est constituée par deux facettes articulaires l’une antéro-interne, l’autre postéro-externe, qui s’articulent avec des facettés correspondantes de l’astragale
ns
et qui sont séparées par un fossé, la rainure calca-
néenne qui forme avec celle de l’astragale un canal, le
« sinus du tarse ». La facette postéro-externe, la plus” grande, a été mise en vedette par les auteurs allemands sous le nom de « tragplatte », ainsi que par les auteurs”
français qui, sous le nom de « thalamus », lui font de plus en plus jouer un rôle capital dans la statique du pied. Il est encore à remarquer que ces surfaces articulaires sont assez fortement inclinées en avant, de telle sorte que lastragale qui y prend appui devrait être chassé en avant comme un noyau de cerise qu’on presse entre les doigts, si le puissant ligament interosseux astragalo-calcanéen ne le retenait et s’il n’y avait une
engrenure remarquable des deux os par leurs courbures
réciproques.
La face inférieure ne se signale que par la présence des tubérosités qui reposent sur le sol et forment le point d'appui postérieur du pied; elles se continuent en arrière par une surface rugueuse qui donne insertion au tendon d'Achille.
En avant, le calcanéum s’articule avec le cuboïde par une surface articulaire qui transmet la pression au pilier postérieur. Il se termine par un bec, « la grande apophyse », qui se rejoint sur le versant interne par des fibres osseuses jetées en sautoir à une autre éminence en forme de console, « le sustentaculum tali », auquel Destot conteste son rôle de support.
Enfin la face latérale externe ne présente que peu d'intérêt; elle donne insertion au ligament péronéocalcanéen.
Ajoutons, pour clore cette-étude d'anatomie descripüve, que le calcanéum est uni au tibia par le ligament latéral interne, au péroné par le ligament péronéo-cal-
l'ast ne par un à ligament interosseux « exCeS-
ne
ul ie ; que nous avons re. ous el par :
tres ligaments de. moindre importance : l’astra- < ee externe et l’astragalo- calcanéen postérieur. Enfin avec le cuboïde il entre en connexion au moyen du calcanéo- euboïdien supérieur et du calcanéocuboïdien inférieur où « grand ligament de la plante », corde musculo- -aponévrotique qui sous-tend l'arc élan taire et, en l’empéchant énergiquement de s’affaisser, contribue à assurer au pied une résistance élastique de ‘ premier ordre aux chocs verticaux.
Considérons maintenant très rapidement la voûte plantaire. Nous voyons que les sept os du tarse sont assemblés de façon à constituer une voûte doublement concave dans le sens transversal et dans le sens antéropostérieur. Mais, tandis que la concavité sagittale regarde le sol, la concavité transversale regarde en bas et en dedans.
Nous nous arrêterons longuement sur son architecture et la disposition de ses travées qui augmentent considérablement sa résistance.
On sait depuis longtemps que dans tous les os le tissu spongieux n’est pas disposé au hasard comme un. simple tissu de remplissage occupant la cavité d’une coque compacte. Les travées solides qui limitent les alvéoles sont des lignes de distribution de forces. Une force appliquée en une zone limitée de la surface d’un os tend à déformer cette surface, c’est ici qu'intervient le rôle tout particulier des traéves osseuses. Généralement divergentes au delà du point de poussée, elles ont pour effet de répartir l'effort donné sur une surface beancoup plus grande que la surface d'action directe.
La tendance à la déformation d’une portion d'os est.
plus ou moins marquée, suivant le nombre des travées, elle est inversement proportionnelle. Leur distribution a aussi une grande importance; elle indique la direction
En
et le trajet des forces auxquelles cet os est destiné à s'opposer par sa fonction normale. On peut alors s’expliquer facilement les localisations qu'affectent les lésions consécutives à un traumatisme qui s'exerce dans le même sens que la fonction normale. Mais quand la face traumatique agit d’une façon tout à fait différente des forces physiologiques, le rôle des travées est moins facile à comprendre parce que son architecture n’est pas disposée de façon à atténuer les forces agissant d’une façon atypique.
Le caleanéum ne se contente pas de résister aux actions traumatisantes par la façon dont il s'articule avec l’édifice osseux du pied; il résiste également pour son compte, ia lui aussi son architecture propre. L'étude de l’architecture du caléanéum n'est pas faite avec une grande rigueur dans les ouvrages classiques.
Les auteurs classiques décrivent trois systèmes de travées osseuses constituant les lignes directrices de los : | |
. 1° Les travées obliques en bas et en avant:
2° Les travées obliques en bas et en arrière ;
3 Les travées antéro-postérieures croisant les deux précédentes, formant une architecture de courbes à concavité dirigée en haut.
Ces auteurs, qui diffèrent par des points assez impor- Lants, ont peu insisté sur une quatrième variété de travées: ce sont Justement celles produites par le développement de Pépiphyse calcanéenne. Elles sont perpendieu-