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LES RÉSULTATS DE LA SURRÉNALECTOMIE : D'APRÈS DES STATISTIQUES RÉCENTES
Il importe maintenant d’envisager les résultats de la surrénalectomie d’après les principales statistiques publiées, pour les confronter avec les nôtres.
Examinons d’abord rapidement celles d’Oppel et de Leriche, pour nous pencher davantage sur quelques statistiques récentes.
19 Statistiques d’Oppel.
En 1928, Oppel dans un ouvrage sur la gangrène d’origine surrénalienne publie sa première statistique de surrénalectomie qui groupe 122 observations, 42 étant retenues en raison du recul indispensable après l'intervention.
to Sur 42 cas, 19 échecs, dont :
— 3 morts (coronarite et infarctus intestinal),
— 8 amputations bilatérales des membres inférieurs,
— 8 continuations de l’évolution thrombosante,
— 23 succès, dont 14 datant de plus de deux ans.
En gros donc, plus de 50 % de résultats favorables. A noter que le plus souvent, les opérés de cette première série d’Oppel présentaient des lésions de gangrène.
En 1934, après la mort d’Oppel, son élève, Arkanikowa, publie dans le «Lyon chirurgical » à l’instigation de Leriche, une deuxième statistique portant sur 140 cas nouveaux, relevés dans le service d’Oppel, avec 40 résultats inconnus. Sur les 100 cas utilisés, les résultats sont :
— Bons, dans 37 cas, dont 10 datant de 5 à 6 ans, 8 datant de 4à 5 ans,
5 datant de 3 à 4 ans,
11 datant de2à 3 ans,
3 datant de 1 à 2 ans.
— Satisfaisants (sans qu’on puisse parler de guérison complète, ni que l’opéré ait pu reprendre une vie tout à fait normale). |
dans 45 cas, dont 14 datant de 5 à 6 ans, 11 datant de 4à 5 ans,
6 datant de 3 à 4 ans,
8 datant de 2à 3 ans,
6 datant de 1à 2 ans.
En tout, sur 100 cas, 82 résultats favorables, en face de quoi, 8 morts et 10 résultats défavorables.
20 Statistiques de Leriche.
En 1944, dans « Thrombose artérielle », Leriche dénombre pour son propre compte, 48 surrénalectomies depuis dé-
Bruguier : * 10
cembre 1925, date où il exécute cette intervention pour la première fois en France. Il déclare avoir été trop réservé à l’égard de la surrénalectomie, «la meilleure des opérations qui soit chez les artéritiques jeunes en bonnes conditions surtout si on l’associe aux opérations sympathiques ».
En 1945, il a pratiqué, avec ses aides, 98 surrénalectomies, c’est-à-dire 50 en 5 ans, plus qu’il n’en avait fait au cours des 20 années précédentes. Un mort sur ces 98 opérés. Depuis 1937, à la surrénalectomie, Leriche adjoint toujours une double sympathectomie lombaire et le plus souvent une splanchnicectomie du côté opposé. Il signale :
— avec la surrénalectomie isolée, 3 arrêts complets d'évolution après 22, 15 et 12 ans;
— avec la surrénalectomie combinée, 3 opérés en parfait état après 9 ans, 1 après 11 ans.
En face de ces séries massives, série d’Oppel et de son élève, Arkanikowa, série de Leriche, les statistiques récentes paraissent beaucoup plus restreintes. Elles ont cependant l'avantage d’être scrupuleusement étudiées. À cet effet, il ne nous semble pas dépourvu d'intérêt d’en fournir une analyse plus détaillée d'autant que les grandes statistiques antérieures ont été à maintes reprises étudiées.
— Wertheimer et Gautier (1946) : 21 surrénalectomies dont 13 sont à retenir, car datant de plus d’un an;
— Léger et Tchekoff (1948) : 25 surrénalectomies dont 13 sont retenues, car présentant le recul de plus de deux ans qu'ils jugent nécessaire ;
— Delannoy et Nicodème (1948) : 11 surrénalectomies ;
— Fontaine et Stéfanini : 11 surrénalectomies pour thrombo-angiose de 1940 à 1945.
3° Statistique de Wertheimer et Gautier.
Wertheimer et-Gautier disposent de 21 surrénalectomies associées, le plus souvent à une sympathectomie lombaire bilatérale et à une splanchnicectomie du côté HAE Sur 13 cas, datant de plus d’un an :
— 6 bons résultats : 1 de 8 ans (opéré avec des lésions
gangrèneuses), 1 de3 ans, 1 de2ans, 3delan soit 45 % — 3 médiocres : de 4,3 ét 1 an SOLAO NN,
— 2 amputations : 1 après un mauvais résultat de 8 ans 1 après 3 ans, soit 15 % — 2 morts: 1 infarctus myocardique post-opératoire, l-insuffisance surrénalienne trois mois après l'intervention soit 10797.
S'attachant à préciser la qualité des bons résultats, ils pensent que l’amélioration n’est, en général, pas immédiate, et d’autre part, qu’elle peut jouer sur l’ensemble des symptômes de l’artérite, mais pas obligatoirement sur tous - également. En particulier, la claudication intermittente régresse au moins après Six mois, Mais sa disparition n’est pas la règle. La gangrène sur trois cas a guéri deux fois. L'indice oscillométrique au niveau du membre inférieur n’a manifesté qu’une fois une augmentation notable. Dans une observation datant de six ans, on relève tous les critères de guérison totale de l’artérite.
Au contraire, il existe certaines artérites rebelles d’emblée. Parmi les échecs Wertheiméer et Gautier distinguent :
— les récidives vraies se manifestant par de nouvelles
localisations dans un autre membre ou un autre système artériel ;
— les pseudo-récidives où il faut uniquement invoquer
les lésions oblitérantes résistant à l’intervention.
40 Statistique de Léger et Tchékoff.
En 1947, à l’Académie de Chirurgie, Léger et Tchékoïf apportent 10 cas de surrénalectomie avec un échec et 9 résultats satisfaisants. Leur rapporteur, Sylvain Blondin, réunit 11 cas personnels. Il s’agit ici de malades, tous porteurs de lésions gangréneuses et qui, par la suite, n’ont jamais échappé à une amputation.
Dans leur article de la Presse médicale, ils s’appuient sur 11 cas (sans une seule mort opératoire), considérés avec un recul de deux ans. Il s’agit ici de surrénalectomie à l’état isolée, le plus souvent sans aucune sympathectomie, «ce qui confère à l'opération, un caractère expérimental certain». Les résultats sont :
—— bons dans 8 cas ; — médiocres dans 2 cas ; — mauvais dans 3 cas.
Aucun des opéré n’a subi d’amputation, dans les suites opératoires mêmes éloignées. Au point de vue de l’indication, le fait original est que la surrénalectomie a été pratiquée chez les sujets âgés. Un homme de 60 ans, un de 64 ans. Le plus jeune avait 37 ans, l’âge moyen était de 48 ans environ. Pour ces auteurs, en effet, la notion d'âge n’a rien d’absolue. S'il est banal de voir des lésions de surcharge sur les parois des artères de sujets au-dessous de 40 ans, il est non moins vrai que, chez un malade plus âgé, l’artérite peut présenter les caractères de thrombo-angéite et les lésions de la paroi céder le pas à un processus de thrombo-génèse massif.
5° Statistique de Delannoy et Nicodème.
Sur 11 cas (le recul n’étant pas précisé)
— 3 bons résultats, — 1 résultat médiocre, — 3 amputations,
— 1 récidive,
— 3 morts.
Tous les malades avaient des douleurs de décubitus, 6 des lésions de gangrène ; les 3 malades qui durent subir une amputation avaient des ulcères. Enfin au Point de vue de l’âge, on note :
— 3 moins de 45 ans, — 6 entre 45 et 50 ans, — 1 de 54 ans, —\der68rans:
M TA Lee
Ces deux derniers malades ont décédé le jour de l’intervention, du choc opératoire, c’est d’ailleurs la cause du troisième décès de cette statistique dont la mortalité opéra-
toire paraît élevée : près de 30 %.
6° Statistique de Fontaine et Stéfanini (1950).
Entre 1940 et 1948, pour thrombo-angiose, il a été pratiqué 11 surrénalectomies associées à des exérèses sympathiques (lombaires et splanchniques). Les résultats se répartissent sur 10 cas, un malade n’a pu être retrouvé :
— 3 très bons résultats de 2 à 5 ans, — 3 bons résultats,
— 2 améliorations passagères, — 2 échecs.
Durant ce même temps, 14 malades ont subi des splanchnicectomies sus-diaphragmatiques uni ou bilatérales, soit au total 23 interventions, avec :
—— 5 très bons résultats de 2 à 5 ans, — 7 grande amélioration (bons résultats), — 2 améliorations passagères.
Ainsi, l'impression de ces auteurs est qu’il n'importe guère qu’on enlève une partie du parenchyme glandulaire ou qu’on intervienne directement en réduisant son activité fonctionnelle par énervation, mais ils concluent : « d’une chose nous sommes sûrs, c’est que dans la thrombo-angiose, on a intérêt à agir sur les surrénales ».