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LES ORIGINES DU ROAIANTISME

tendions pas moins d'un auditeur ou d'un maître des requêtes au Conseil d'État : la gravité du magistrat tempère l'ardeur du poète. Jules de Rességuier est remarquable en ceci, qu'il incarne un romantisme protocolaire, discipliné, quasi gouvernemental. Ce qui vaut mieux, il concilie très bien les enthousiasmes indéfinis de l'école et le goût, les courtoises traditions de la vie aristocratique. Il est par éducation un homme du dix-huitième siècle, mais il a de bonne heure le pressentiment des vraies grandeurs du dix-neuvième; on l'imagine aisément, s'il eût été capable d'exercer une action vigoureuse, groupant les éléments épars de la culture française du temps, accomplissant au bénéfice du romantisme la synthèse du classicisme et des idées nouvelles, de Tancienne politesse et du dandysme révolutionnaire, de la mourante tradition et des promesses de l'avenir.

Il n'est point né pour l'action; il n'obéit pas aux suggestions d'un génie dominateur; il n'a pas de génie... Il se contente d'ouvrir un salon et d'y convier ses amis.

Il n'a point de génie, mais un agréable talent, et il a tant d'amis! son salon fut délicieux; salon romantique, le premier ! car il précède de plusieurs années les réunions où Victor Hugo convoque ses fidèles rue Notre-Dame-des-Champs, et plus tard place Royale; il précède même les après-midi de l'Arsenal, inaugurées vers 1824 par Charles Nodier. Paul Lafond peut donc parler d'un « cénacle de l'aube romantique ». L'aimable cénacle ! nulle dis-

cussion irritante, nul fanatisme; les grimauds de lettres eux-mêmes prennent le ton du lieu, qui est de jolie courtoisie et d'élégante aisance : quelle élégance ! Jules de Rességuier est^ au dire des contemporains, « le type du vrai gentilhomme. » Il est séduisant, spirituel, presque trop. Il dépense en conversations le meilleur de soi-même... On s'en apercevra en parcourant ses œuvres, indigentes et comme appauvries de tout l'esprit qu'il prodigua ailleurs.

Il est généreux, loyal, ferme dans sesopinions comme dans ses amitiés : en 1830, il donne sa démission, pour ne point servir Louis-Philippe; il n'a que de beaux gestes; on ne saurait esquisser de lui que le portrait le plus avantageux. Il est le plus accompli des cadets de Gascogne, le moins arriviste, le plus soucieux de vraie dignité, le plus fin dans la conduite de sa vie et dans le choix de l'attitude qu'il lui convient d'élire aux yeux du monde et de la postérité; on ne saurait certes le séparer de «ce groupe de méridionaux nés sur les bords de la Garonne ou de ses affluents qui, au début de la Restauration, vinrent à Paris conquérir de haute main les plus brillantes situations. Les Guiraud, Soumet, Peyronnet, Rémuzat, Decazes, Montbel, Castelbajac, en sont la preuve. » D'eux tous Jules de Rességuier est le mieux arrivé, s'il est celui qui aujourd'hui encore conquiert le plus sûrement notre approbation; il est le type du vrai gentilhomme, il est le type du méridional sympathique, et digne par surcroit d'une entière estime, il est le type de l'honnête homme à la mode de 1830; au total un exemplaire de Français, dont nous avons quelque droit d'être fiers, et que nous ne saurions considérer sans amitié ni regret.

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