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LES ORIGINES DU ROMANTISME

Infiniment avisé, incapable d'une faute de goût ou d'une douloureuse maladresse, Jules de Rességuier, dès qu'il se sentit vieillir, prit congé de Paris et de ses amis parisiens ; le' plus galamment du monde et le plus résolument ! il vécut en son domaine de Sauveterre vingt années d'heureuse vieillesse ; on le revit à Toulouse mainteneur des Jeux floraux. Il correspondait encore avec ses amis, ses nombreux amis dont plusieurs étaient illustres, mais dont aucun ne s'était détaché de lui. Il meurt en 1862.

Son œuvre, je l'ai dit, nous attire moins que sa personne : une biographie de Jules de Rességuier est nécessaire à quiconque prétend se faire une idée précise des origines et de l'évolution du romantisme français; ni les Tableaux poétiques, ni les Prismes poétiques n'ont leur place marquée dans une histoire de la poésie française. A peine conviendrait-il d'en citer quelques vers, puisqu'enfin la poésie fut l'une des élégances où se complut ce mondain, ce dilettante épris de beauté et de littérature. La poésie ! sa poésie ! quelle pauvre fleur décolorée ! comment concevoir que la vie du sentiment et de la passion ait paru naguère animer le vide de ces formes conventionnelles et froides! Bien plus, qu'une audace et une fièvre novatrices aient semblé s'y manifester ! A peine y saisissons-nous le passage d'une technique périmée à de timides tentatives de libération du vers : commencement premier — donc émouvant, je le veux — d'une évolution que d'autres précipiteront et feront triompher; aube discrète, à peine perceptible, d'une éclatante journée...

Nous négligeons communément de l'apercevoir : le fracas d'un Victor Hugo nous détourne de ces humbles essais. A les bien considérer, ils sont toutefois instructifs; la vie et l'œuvrede Jules de Rességuier — la vie plus que l'œuvre, et la correspondance plus que les poèmes — révèlent des influences moins aisément reconnaissables ailleurs : lisez ce livre, et dites si jamais vous apparut plus évidente la bienfaisante, la prodigieuse importance de l'œuvre de Cliénier; c'est en 1819 qu'elle surgit; l'émerveillement est tel, parmi les jeunes poètes, qu'ils sont à jamais guéris du culte des Bertin, Dorât, Bernin et autres Parny... Les lettres que publie M. Paul Lafond montrent cela très bien; elles éclairent, ces lettres, quelques autres points obscurs de notre histoire littéraire ; il y en a de presque tous les poètes du temps ; Jules de Rességuier avait tant d'amis, à une époque où les correspondances étaient fréquentes et volontiers abondantes...

Ses amitiés pourraient bien être le plus sûr titre de gloire de Jules de Rességuier, irrésistible jusque par delà la tombe, puisqu'enfin il suscite le zèle le plus rare et le plus précieux, l'activité pieuse d'un biographe attentif, minutieux, soucieux par dessus tout de composer un portrait véridique et discret.

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