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LRoY] CLAUDE-CHARLES LE ROY DE LA POTHERIE 7
Le 8 juillet 1697, d'Iberville, à peine remis des fatigues de la rude campagne d'hiver qu'il venait de mener, prenait le commandement de l'escadre en rade de Plaisance et faisait voile vers les mystérieuses régions du nord, Le chef de l'expédition était monté à bord du Pélican et il avait avec lui le commissaire la Potherie. Ce dernier n'avait jamais vu le feu, mais il pouvait dire qu’il allait en recevoir le baptême sous les ordres d'un fier capitaine,
Après deux mois de navigation à travers les glaces et la brume, le 3 septembre la vigie du Pélican signalait le fort de Nelson dit Bourbon. D'Iberville fit mouiller à 3 lieues et demie de terre pour attendre le reste de l’escadre qui avait été retardé par des vents contraires, Le 5, à la pointe du jour, on aperçut trois vaisseaux sous le vent. Sur les 7 heures du matin, d'Iberville fit lever l'ancre et chassa sur eux. Ils ne répondirent point aux signaux de reconnaissance, et l'on vit bientôt que l'on avait affaire à trois vaisseaux anglais: le Hampshire de 56 cunons, monté de 250 hommes d'équipage, le Dering de 36, et le Hudsonbaye de 32.
La partie n'était pas égale. Le Pélican était seul contre trois avec 150 combattants et 44 pièces montées,
D'Iberville accepte le combat quand même.
Il s'engage alors une de ces luttes homériques comme seul cet illustre marin savait les mener, Ze Pélican, toutes voiles dehors, pousse droit sur le Ælampshire, qui croyant qu'on veut l’aborder, laisse tomber sa grande voile et recule. D'Iberville se tourne alors vers le Dering, crible sa voilure et ses cordages de mitraille et envoye le reste de sa bordée au Æudsonbaye qui venait au secours. Le Æampshire revient à la charge et pendant 3 heures et demie essaye en vain d'embosser le Pélican entre des récifs et ses deux autres vaisseaux. Les Français répondent au feu qui est dirigé sur eux, Leurs batteries sont pointées si À propos que chaque coup porte. Une dernière bordée déchire les flancs du ÆZampshire, qui descend dans les flots, ses voiles toutes hautes. (
Ce fut la fin du combat.
Le Hudsonbaye amena son pavillon et le Dering prit la*fuite,
à la prise du fort et y passa l'hiver avec d'Iberville, Ce dernier partit du fort Bourbon pour la France, le 20 juillet 1695, y laissant soixante-sept hommes sous le commandement de M. de la Forest, avec M. de Martigny, comme lieutenant. Jérémie demeura comme enseigne, interprète des langues et directeur du commerce. #En septembre 1696, ie fort capitule aux Anglais, Jérémie est fait prisonier et conduit en Angleterre, où il demeure quatre mois. De là, il passe en France et s'embarque de nouveau en 1697 pour l'expédition dont forme partie la Potherie. Il demeure au fort Bourbon jusqu’en 1707 comme lieutenant et interprète. En 1708, il obtient un congé, se dirige sur la France et est de suite appelé à rallier son poste pour remplacer le commandant, M. Delisle. Jérémie fut gouverneur du fort Bourbon de "1709 à 1714, jusqu'au jour où il dut remettre son commandement aux Anglais, en conformité des stipulations du traité d'Utrecht.
Le P. de Charlevoix (Liste des Auteurs, p. 414), parlant de Jérémie,”dit : ‘“ J'ai connu l’auteur, qui était un fort honnête homme et un habile voyageur. Sa relation est fort instructive, et judicieusement écrite.”
. et la comptabilité de toutes sortes,
On s'était approché de si près pendant la lutte que l'on se tirait de bord à bord à portée de pistolet, Pour sa part, la Potherie eut son justaucorps tout haché et son tapabord percé d'une balle. Quel plaisir s'il eût pu se montrer à M. de Pontchartrain avec une écharpe au bras !
Deux jours après cette glorieuse rencontre, le Pélican faisait naufrage au milieu d'une affreuse tempête. D'Iberville put cependant sauver presque tout son monde et gagner terre. Sur ces entrefuites, le Palmier, le Weespt et le Profond arrivèrent à l'embouchure de la rivière de Sainte- Thérèse. C'était la délivrance. Quelques jours après, le fort Nelson capitulait presque sans coup férir, A son départ de la Rochelle, la Potherie avait reçu ordre de M. Begon d'agir de concert avec d’Iberville dans les entreprises de terre. Lorsque le commandant du fort se rendit, il envoya un ministre écossais pour parlementer. La Potherie voulut servir d'interprète, mais il y perdit son latin avec le ministre qui pouvait à peine décliner Musa.
L'escadre appareilla le 24 septembre pour retourner en France. Le 8 novembre, elle était à Belle-Isle, où on dirigea sur l'hôpital de Port-Louis les malades de l'expédition. Le désarmement se fit à la Rochelle, et la Potherie prit le chemin de Versailles. “ Grâces au Seigneur, écrivait-il alors, je sors du plus affreux pays du monde, Je ne crois pas que l’on m'y ratrape, moi surtout qui suis né sous la zone torride. Il est juste que chacun fasse son noviciat.
‘“ Hic labor extremus, longaruin haec meta viarum.”
Le premier mai 1698, la Potherie, était nommé contrôleur général de la marine et des fortifications au Canada! Après neuf mois de séjour à la cour,” ce créole des pays torrides, parent d’un ministre en faveur, dut donc s'embarquer pour les régions du nord, pour y vivre au milieu des peuplades sauvages, dans l'exercice d’un modeste emploi,
C'est lui qui, vraisemblablement, apporta à Québec, dans l'été de 1698, la nouvelle de la conclusion du traité de paix de Ryswick.’
La charge que venait exercer la Potherie était nouvelle dans la colonie, et il semble qu'elle fut créée tout exprès pour lui. Ses devoirs consistaient à inspecter le service administratif des troupes de la marine stationnées dans le pays. Il avait encore pour mission de surveiller et de vérifier les opérations des officiers chargés des travaux du gouvernement,
1 Journal de Doublet, p. 143. Note de M. Bréard.
2 Hist. Am. sept., vol. I, lettre x,
3 Le 15 septembre 1698, le Conseil supérieur de Québec assistait en corps à la cathédrale au Te Deum qui fut chanté en actions de grâce pour la conclusion du traité de Ryswick,
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L'intendant ne pouvait signer aucun contrat d'entreprise concernant le militaire, la marine ou la défense, sans qu'il fût assisté du contrôleur, C'est ainsi que lorsque, le 14 janvier 1700, l'intendant Champigny fait construire une allonge à la maison du fort à Québec, on voit le nom de la Potherie au pied du contrat.!
Le nouveau contrôleur arriva à Québec pour être témoin de Ia mort du gouverneur Frontenac, le 28 novembre 1698. 11 fut vivement impressionné de la douleur qui semblait peinte sur les figures. ‘Jamais, dit-il, père de la patrie n'a été plus regretté. L'état ecclésiastique l'honorait pour sa vertu et la noblesse l’estimait pour sa valeur, Le marchand le respectait pour son équité et le peuble l'aimait pour sa bonté.”
La mort de Frontenac dut affecter d'autant plus la Potherie qu’il lui était quelque peu allié par la famille des Phélippeaux.?
C'est M. de Callières, gouverneur de Montréal, qui prit le commandement intérimaire de lu colonie en attendant la nomination du successeur de Frontenac. Au printemps de 1699, il donna des ordres pour que toutes les troupes vinssent camper à Montréal, pour en faire une revue générale, Les troupes, étant en bataille, il fit savoir qu'il voulait les voir défiler devant lui, et ordonna que les officiers le saluassent de la pique. Les offciers lui firent connaître que ce salut n'était dû qu'aux princes ou maréchaux de France, mais comme il insistait, il fallut bien se soumettre.
Cette querelle d'étiquette n'était au fond qu'un prétexte pour donner l’occasion aux deux factions qui se partageaient alors la colonie de se rallier des partisans. M. de Callières avait sa cour et M. de Vaudreuil, la sienne,
La Potherie se trouva très involontairement mêlé à ces chicanes oiseuses. Comme contrôleur de la marine, il fut naturellement obligé de se prononcer sur cette question de discipline. Il en prit bravement son parti et se rangea du côté des officiers.
Voici la lettre qu'il écrivait de Montréal le dernier jour de mai 1699 conjointement avec M. de Vaudreuil, commandant des troupes.
“ MonTRÉAL, ce dernier mai 1699.
“ Monseigneur,
“ Les troupes étant au champ de bataille toutes prêtes à être passées en revue par MM. de La Touche cet Le Roy de la Poterie, commissaire et contrôleur de la marine et moi avons été surpris que M. de Callières voulait
1 Etude Rageot. Ce contrat fut donné à l'architecte de la Joue. Cette allonge devait avoir 214 pieds de long entre le bâtiment neuf et l’ancienne cuisine, et être construite sur un vieux bâtiment que l’on démolissait. La façade était en pierre de Beauport. L'entrepreneur pouvait aussi prendre la pierre entre le jardin et la plateforme. Les démolitions devaient être mises dans la cour du fort.
2 La mère de Frontenac était une Phélippeaux, nièce et fille de deux secrétaires d'Etat.
3 Ce document inédit est tiré des archives coloniales de France. Canada, Correspondance générale, vol. XVII, p. 110.
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exiger à cette occension un honneur qui n'est dû qu'à un maréchal de | France malgré les ordonnances de $. M. . | “ Nous de Vaudreuil lui avons montré l'article de l'ordonnance de la À ( marine, page 62, titre 11, au sujot des honneurs qui sont dûs aux officiers 4 ‘ généraux de In marine, comme il est porté à l'art. 2 en ces termes :-—“ 11 ; € “ sera fait pour le lieutenant général commandant d'un port un simple 1 ] “ appel de deux ou trois coups de baguette, et les soldats prendront pareil- ‘“ lement les armes”, 1 d # Comme nous n'avons pas trouvé dans les ordonnances qu'il lui soit dû € d'autres honneurs que ceux que S. M. nous prescrit de rendre, et voulant l f' exiger de nous, officiers de la marine, que l'on battît aux champs pour lui, 1 d et qu'il fût salué comme un maréchal de France, nous avons prié en Le 1 même temps M. de la Poterie en qualité de contrôleur de la marine qui ‘14 n doit entrer dans le fort et le faible des affaires du Canada de lire encore 4 é les livres des réglements et ordonnances du Roy pour les gens de guerre, À tome I, p. 122, art. 1x, qui porte : “ Quand ledit gouverneur et lieutenant 4 G “ wénéral passera aux portes d'une place et devant les corps de garde établis 4 “en icelle, les officiers et soldats prendront les armes et se mettront en haie Li “ sans faire battre le tambour si ce n’est que led. gouverneur et lieutenant 1 “ général soit maréchal de France ”. ‘a “ Sur ces deux règlements nous lui avons représenté que si l’on avait \ # souffert à M. le comte de Frontenac de tels honneurs, ils ne lui étaient a ne
pas dus.
# D'ailleurs, Monseigneur, si nous les lui avons accordés, nous savions qu'il avait l'honneur de vous appartenir, et nous croyons ne pouvoir trop lui en rendre.
| ‘“ M, de la Poterie, en qualité de contrôleur de la marinc et des forti- | fications du Canada, voulant nous conformer aux réglements de $. M.
principalement à l'Edit du Roy de 1691, portant création des charges de à trésorier et contrôleurs généraux de la marine, galères et fortificetions des à
places maritimes, qui porte ces paroles : “ Qu’ensemble les provisions, com- da “ missions et brevets qui seront, par nous accordés aux officiers de la marine, C
“ galères et fortifications des places maritimes seront contrôlées”, avons cru sic de notre devoir dans une pareille conjoncture, de connaître si effectivement ée M. de Callières n'avait pas quelqu'ordre particulier pour tels honneurs, po
nous l'avons supplié, en qualité de contrôleur de la marine, de vouloir nous communiquer ses provisions, perce que les troupes du Canada étant de la Ve « marine, il était juste du moins qu'on lui déférât tous les honneuñs qui lui pourraient être dus dans cette occasion ; il nous a fait réponse que nous
die él n'étions pas de la marine. Ro “ Je demande, Monseigneur, si nous avons d'autre ministre que Votre Grandeur, si tous lesd, emplois que $. M. accorde ne viennent pas par se
votre canal et si nous pouvons nous adresser à d’autres qu'à vous. Pour moi, Monseigneur, je ne reconnais que Votre Grandeur. Ainsi quand
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quelque officier ou celui même qui en sera le chef par accident sera honoré d'une provision particulière, j'espère que vous me ferez la grâce de me maintenir dans le droit que l'emploi que vous m'avez accordé me donne de les enregistrer à moins que nous puissions unanimement tous contribuer au bien du service, éviter les contestations qui peuvent y préjudicier,
“ Cependant, Nous de Vaudreuil, avons prié M. de Callières de nous donner pur écrit un ordre comme il voulait absolument qu'on lui rendit ces honneurs, et sur le premier qu’il nous a donné nous avons refusé le faire en voulant un pur et simple ; sur quoi il nous a obligés de lui donner un refus par écrit après lequel il nous a donné un second ordre. Nous y avons obéi et après la revue les troupes ont détilé devant lui et nous l'avons salué de la pique quoique nous eussions pu ne pas Île faire étant resté dans son carrosse sans daigner mettre pied à terre,
‘Nous sommes avec infiniment de respect, Monseigneur, de Votre Grandeur, les très humbles, très obéissauts et très oblisrés serviteurs,
“ Signé, “# VAUDREUIL, “Le Rov pe rA Porerrx."”
“PS. Nous soussignés, Commissaire Ordinaire de la Marine, et Lieutenait c'une Compagnie détachée de la Marine, faisant fonctions de Major des Troupes en Canada, certifions que nous étant trouvés dans la conversation qui s’est tenue entre MM, de Callières, de Vaudreuil et de la Poterie, avons entendu et été témoins du contenu en la présente lettre,
“ À Montréal, ce dernier mai 1699,
“Signé: DE La Toucne, n'Esazy.”
Dans l'opinion des officiers, le concours de la Potherie, allié d'un ministre, devait sans doute être d'un grand poids. Ce dernier se laissa-t-il monter la tête par l’encens de la flatterie, ou voulut-il simplement appuyer la prétention de ses compagnons d'armes ? Le 2 juin 1699, il écrivait de nouveau au ministre une lettre particulière sur le même sujet. Chose assez curieuse, on retrouve dans cette lettre plusieurs des expressions dont s'était servi l'intendant Champigny dans une communication écrite quelques jours auparavant, le 26 mai. Voici ce qu’écrivait la Poterie pour son compte personnel : !
“à MonTRÉAL, ce 2 juin 1699.
‘“ Monseigneur,
“Il est bien fâcheux de se voir spectateur de discorde dans un pays
éloigné de son Prince pendant que l’on agit de concert dans le cœur du Royaume.
‘# M. le Comte de Frontenac n'a as été plus tôt mort que la zizanie s’est répandue dans ce pays. On a vu M. de Callières prendre tout à
1 Loc, cit., p. 112. …