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coup un empire si despotique qu'il semblait que M. l’Intendant même devait lui obéir aveuglement.
“ Vousaurez sans doute vu M, de Courtemanche apporter la nouvelle de la mort de M. de Frontenac de la part seule de M. de Callières. M. de Champigny qui l'avait envoyé exprès à Montréal pour lui en faire part, fut si surpris de ne lui avoir pas demandé les mesures qu'ils devaient prendre tous deux, que n'ayant reçu aucune de ses réponses fut contraint lui-même de vous dépêcher Vincelot un mois après pour vous rendre un compte de ‘état des affaires. M. Callières le traita avec tant de mépris par une lettre, que l’on eût dit que ce n'était pas son affaire de vous donner avis de l’état d’un pays. Je ne sais pas si M. de Champigny vous en envoie une copie, C’est pourtant une chose à voir. M. de Callières se trouve donc si rempli de lui-même par l’honneur qu'il avait de maîtriser par intérim, qu'il prétendait que la provision dût être enregistrée en plein Conseil souverain, comme s’il eût été effectivement général, Ce fut encore un sujet de plaisanterie aux Conseillers auxquels il en envoyait seulement une copie, grande invective encore qu'il fit à M. de Champigny sur ce que cet hiver il avait fait mettre à couvert ün buste du Roy que la neige avait miné avec la même force pour ainsi dire que ferait le vitriol, sans faire réflexion que Monsieur l’Intendant ayant luimême fait présent de cet ornement à la ville, il voulait la conserver pendant la mauvaise saison pour l’exposer cet été dans un endroit plus auguste qui pût le mettre dorénavant à l'abri des injures du temps. Ce jour ici a-t-il encore voulu forcer qu’on lui rendît des honneurs, honneurs que nos lieutenants généraux n’oseraient afficher, se contentant seulement de les recevoir quand on les leur donne de bonne grâce, et lors qu’on ne leur accorde point ils se rendent justice à eux-mêmes puisque l’on observe en cela la loi du Prince.
“ Si M. de Callières était regardé comme le père de la Patrie l'amour et les délices des Nations, nos alliées, tel qu’a été M. de Frontenac, je me serais fait un plaisir d'engager M. de Vaudreuil de ne pas tout à fait s'arrêter à la lettre. On l'aurait prévenu, Nous eussions été ravis de trouver une occasion comme celle de notre revue, de lui marquer qu’en perdant le soutien et l’appui des gens de guerre, il nous demeurait encore une espèce de consolation dans l’affliction publique par les vœux que l’on pouvait offrir en faveur d'un homme qui pourrait mériter la grâce du Prince ; mais bien loin que l’on ait ici ces sentiments je vois que l’on ne fait pas beaucoup d'état de sa personne,
“ Persuadez-vous donc, Monseigneur, que M. de Callières ne veut point entendre parler du tout que lesdites troupes soient du corps de la marine. Il n’en a pas l'esprit et ne veut pas même goûter cette pensée, à peu près comme ces philosophes attachés à leur Aristote, ou à de vieux
médecins entêtés à leurs premiers sentiments qu'ils ont tirés des anciens auteurs. UE
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[roy] CLAUDE-CHARLES LE ROY DE LA POTHERIE 18
‘ Je me trouve donc à la contestation qu'il a avec M. de Vaudreuil sur le fait des honneurs qu'il a voulu exiger comme nous vous le mandons plus amplement. Je me trouve comme dans un équilibre. Je vois d'un côté des réglements de terre et de mer qui le défendent, et de l’autre, moi qui crois qu'il est bien fondé d'ailleurs, il me fuit refus de me communiquer sa commission. Ils sont une heure et demie à se débattre, à écrire papier sur papier à cinquante pas du champ de bataille. Au bout du compte obéissance vau: mieux que sacrifice. Nous n'aimons pas de même l'esprit de dissension. On le repait cependant de cette fumée qu'on lui donne après notre revue dans son carrosse qu'il reçut d'un flegme et d’une tranquillité aussi particulière que si c’eût été quelque divinité de ce noüveau monde. Pour moi, je crois être en droit de demander à tous les Officiers leurs brevets, commissions où provisions. Quand je suis arrivé en Canada j'ai reconnu les états-majors des Gouvernements de Québec, Trois Rivières et Montréal. Comme je n’ai point vu qu'il y eût Lieutenant de Roy de Province, comme est le Chevalier de Guitaud à nos isles, j'ai bien jugé que la Cour avait pourvu quelqu'un par intérim au défaut de M. de Frontenac. Je ne suis pas obligé de deviner qui c’est, parce que je sais qu'un Lieutenant de Roy de Québec commande naturellement dans sa place quand il n'y a point de Gouverneur. Le Gouverneur des Trois Rivières est maître chez lui; M. de Callières l’est aussi à Montréal : ils sont tous trois indépendants les uns des autres, mais la Cour qui est sage et judicieuse remédie aux inconvénients qui peuvent arriver au sujet de ces indépendances par les commissions qu’elle accorde à un homme pour être au dessus d'eux. Je dois donc savoir qui est celui là, parce que les mouvements de guerre qu’il peut fuire faire aux troupes, les dépenses extraordinaires, les présents pour les sauvages qui peuvent venir faire des alliances avec nous, les nouvelles fortitications, toutes ces choses, dis-je, passent à la fin de l’année sur des états, et on me les fera signer aveuglément au départ de nos vaisseaux sans que je sache qui a le pouvoir de faire tout cela, c'est l’éclaircissement que je vous supplie très humblement de me donner, Il en est de même de M. de Vaudreuil comme de M. de Callières : aujourd’hui pour demain que celui-ci meure, naturellement le Marquis de Crisacy est maître de la place, cependant on dit que M. de Vaudreuil à une même commission que M, de Callières. Ne tiendra-t-il qu'à M. de Vaudreuil de me dire qu'il est commandant général, pour causer ensuite des troubles publics faute que l’on aie la communication de sa commission. M. de Callières trouve donc que c’est au dessous de lui d'en agir de la sorte. Cependant quand nos Capitaines de Vaisseaux deviennent chefs d’escadres, ils ne ticnnent point leurs brevets ou commissions dans leur poche. Ce sont les contrôleurs généraux ou du moins les contrôleurs des ports de mer qui les enregistrent.
“Tout ce que je prends la liberté de vous mander c'est que je me suis fait une loi de vous donner insensiblement une idée du fort et du faible
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du Canada afin que, quand vous y trouverez de l’abus vous puissiez y remédier. E “ M. de la Touche et moi ne nous amusons point à la bagatelle. Nous É
savons que les ordres de la marine disent que l’on portera l'ordre tous les 4 jours aux commissaires et aux contrôleurs, on ne veut pas le faire. Pourquoi? c'est que l'on ne veut point entendre parler de la marine. Tous ces honneurs au reste ne sont que fumée, nous nous en consolons aisément. Vous voyez néanmoins, Monseigneur, que ces Messieurs exigent des honneurs qui ne leur sont même pas dûs. Je suis témoin depuis trois jours de tant d’ivrognerie en cette ville : ce ne sont que combats entre les sauvages qui se mangent le nez, les oreilles, le visage. Le peu de police qu’un Gouverneur fait observer dans tous les petits cabarets est cause de tous ces déréglements,
‘ Je suis avec infiniment de respect, Monseigneur, de Votre Grandeur,
“ Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur. “ Signé : Le Roy DE LA PoTerte”.!
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Toutes ces correspondances allèrent mourir dans les casiers des ministères, et, au printemps de 1700, on apprit que M. de Callières avait été nommé Gouverneur général.
La Potherie, qui se trouvait dans la colonie au moment où se traitaient avec les nations sauvages les importantes négociations qui devaient se terminer par la paix générale de 1701, aurait bien voulu jouer un rôle dans ce mémorable événement. En sa qualité de contrôleur il se croyait justifiable d’être appelé dans les conseils du gouverneur, tout comme les autres officiers. Pourquoi des capitaines, des lieutenants, des missionnaires même, prenaient-ils le pas sur lui, chargé spécialement par le Ministre de contrôler la dépense et de reviser £s comptes en dernier ressort? Il se plaint de ce manquement avec assez d’amertume dans une lettre qu'il écrivait au Ministre dans l'été de 1700.°
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