‹ Claude-Charles Le Roy de la Potherie [microforme]Chapitre 5 sur 8 · partie hez eux · texte numérisé non relu

partie hez eux

[roy] CLAUDE-CHARLES LE ROY DE LA POTHERIE 17

qu'ils n'ont pas amenés parce qu'ils ont dit que la plupart ayant été pris tout jeunes sont comme naturalisés et à moins que nous les fassions sortir nous mêmes de leur pays il leur était impossible de le faire eux-mêmes.

‘ On ne s'embarrasse pas d'exiger un député de la part des Agniés qui sont la cinquième nation, parce que, outre qu'elle est la plus faible, c’est qu'ils sont si proches de l'Anglais qu'il est moralement impossible de les contraindre d'en envoyer, et il suffit que les quatre autres nations soient nos amies pour que celle là ne fasse aucun mouvement,

“ À l'égard de la paix avec nos alliés ils ont eu bien de la peine à se déterminer de les comprendre avec nous. Je ne vous dirai point que nos alliés qui se trouvaient pour lors à Montréal demandèrent une audience particulière à M. de Callières pour lui remontrer tous leurs griefs contre les Iroquois les ayant assurés qu’il seraient compris dans la paix.

‘“ Pour les trente six jours qu’on leur donne à répondre, il y a lieu d'espérer qu'ils concluront tout de bon la paix.

“ Voilà, Monseigneur, l’idée la plus juste que je puisse vous donner, ce qui m'a été confirmé par un Jésuite, témoin oculaire de toutes choses. Si j'avais été à Montréal je vous aurais encore parlé plus au long de quantité de circonstances que je suis persuadé que quelque personne telle quelle puisse être ne vous mandera pas mais il n’y à pas d'apparence qu'ayant un mandat tel que celui dont vous m'avez honoré qui doit me faire entrer naturellement dans des assemblées publiques préférablement à des lieutenants et des capitaines et autres, il n’y a pas d'apparence dis-je que je me trouve à Montréal pour avoir le chagrin que ni M. l’Intendant, encore moins M. de Callières me prient d'y entrer. Ce sont des déboires que j'ai eu l’année passée à Québec, principalement M. Noël quand les députés iroquois sont venus parler de paix. Soyez persuadé, Monseigneur, que l'on ne veut point goûter ici l'esprit de la marine. Maïs comme je suis aussi politique qu'eux je développe tous leurs mystères et je sais au fond bien des choses dont ils croient que je n’ai aucune connaissance, Je ne veux point parler ici en homme intéressé par rapport à moi-même, je ne regarde que le service et votre gloire que je voudrais qu'elle fut mieux établie qu’elle n’est. N’est-il pas naturel qu'un contrôleur de la marine par les mains duquel passent toutes les affaires du Canada ait du moins le droit d'entrer dans des Conseils généraux où il s’agit du service du Prince. Car enfin, Monseigneur, voilà une audience publique. Que M. de Callières qui est déjà fort valétudinaire et M. de Champigny, aujourd’hui pour demain viennent à mourrir, je le suppose, qui est-ce qui vousrendrait compte des délibérations? Serait-ce un moine flamand, un prêtre, un lieutenant ou un capitaine que l’on aura appelé dans cette audience. Toutes ces conjonctures m'obligent de vous représenter très humblement de donner ordre que le Contrôleur et le Commissaire soient appelés dans

1 La première partie de cette lettre est publiée avec quelque variantes au tome IV de l'Histoire de la Potherie, pp. 135-148, éd. de 1753. Sec. I, 1897. 2.

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les Conseils et audiences qui regardent les intérêts du Roi. De plus toutes les dépenses qui regardent ces sept ambassadeurs, les otages et les personnes que l’on envoie chez eux passeront par mes mains pour être arêtées est-il juste que je confirme ce que l'on a de la peine que je connaisse !

“ Je vous donne avis, Monseigneur, qu'il s’est fait un commerce secret de pelleteries au fort Frontenac, que M.M. de Callières et de Champigny ont confisqué environ pour vingt mille francs, monnaie du pays, ils ont fait de grands procès verbaux. Je ne doute pas qu'on ne vous les envoie. Je n’oserais vous supplier, de vous ressouvenir de moi dans cette occasion en cas que vous fassiez confisquer tous ces effets. Vous m'avez fait espérer à mon retour de la baie d'Hudson que vous songeriez à moi par quelques gratifications que vous me feriez au sujet de notre naufrage. Cette occasion pourrait suppléer. Je ne vous la demande que pour moi seul. Ma sœur et moi ne faisant dans notre éloignement qu'un cœur et un même esprit vous la demandons conjointement. Elle pourrait nous servir à retirer un fief proche Paris qui s’est trouvé engagé à des créanciers de mon père ou vous nous accorderiez ce que vous jugerez à propos.

“ Je continuerai toujours à exécuter les ordres que vous m'avez prescrits de Vous faire savoir tout ce qui se passera et vous en ferai un ample détail par la “ Seine ”’ qui n’est pas encore arrivée. 11 y a des choses qui ne laisseront pas de vous surprendre,

‘Je suis, etc. : = “ Signé : LE KOY DE LA POTERIE.”

Le 16 octobre 1700, la Potherie étant toujours à Québec, écrivait encore au Ministre pour lui donner des nouvelles de l’ambassade qui avait été envoyée chez la nation iroquoise, II lui raconte avec un grand luxe de détails le voyage des ambassadeurs, le P, Bruyart, Joncaire et Maricourt, les discours qui furent prononcés, puis il décrit la grande assemblée tenue à Montréal et pendant laquelle la paix fut enfin conclue avec les Iroquois.

Toute cette lettre a été imprimée dans l'ouvrage de la Potherie ! et ce serait charger inutilement le réçit que de la reproduire ici. Il y a, cependant, une finale confidentielle que le correspondant n'a pas osé rendre publique, mais qu'il communique en toute intimité au Ministre. Comme elle est de nature à nous faire connaître le caractère de la Potherie, nous la reproduirons d’après la copie faite sur l'original qui est conservée aux archives coloniales de la Marine à Paris 2,

Comme j'ai extrêmement de lumières du Canada par l'exacte recherche que j'ai faite de tout ce qui s’y est passé depuis 25 a 30 ans, soit par les entretiens particuliers que j'ai eus avec des personnes d'expérience, soit par tous les mémoires que j'ai tirés à droite et à gauche vous me permet-

1 Hist. Am., t. IV, pp. 148-170.

? Arch. col. Mar., vol, X VIII, p. 150.

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trez, Monseigneur, que je vous dise ma pensée au sujet de cette hache qu'a rendue le Rat à M. de Callières.

& Tous ces colliers que vous venez de voir que j'ai eus d’un homme qu'il ne m'est pas permis de citer, quoiqu'il y munque quelque mots que l'on aura ajoutés, en vous les mettant bien au net n'ont pas cette grâce que méritait une affaire de cet éclat avec une nation fière et pleine d'esprit,

‘“ Mettre la hache en terre, faire passer une rivière dessus, pleurer les morts, affermir l'arbre de paix, cela, dis-je, ne touche pas vivement des gens qui n'aiment que les métaphores, mais que les ceintures et tous les instruments de guerre eussent été mis avec cet hache, que cette terre eut été aplanie, que toutes les rivières deviennent belles et nettes, que le sang des morts de part et d'autre soit au fond de l’eau et de la terre ; que les branches et les feuilles de cet arbre de paix fassent un ombrage si épais que ceux qui se mettent à couvert dessous seront r on seulement rafraichis mais même à l'abri de tous les orages qui les pourraient menacer, qu'Onontio eût construit la Cabane du Conseil, mis la natte et allumé le feu de la paix pour échauffer tous ces enfants qui se seront unis à leur Père avec lequel ils ne feront qu'un corps et fumeront paisiblement : quand ceci aurait été énoncé à la vue de tant de chefs il n’y a point de doute qu'un chacun eût été sensiblement touché, mais ce n’est pas là l'essentiel.

“ Il était à propos que l’on eût représenté que ça été le Tsonnontouan qui a voulu le premier la guerre, que pendant lu paix générale qui était il y a environ trente un ans il a ravi à Onontio leur père et mangé les Illinois ensuite des Miamis, des Massoutechs, un village entier de Miumis, qu'ils n'ont pas épargné les Outaouaks et les Hurons qui étaient leurs amis qu’ils tiennent encore esclaves chez eux ; que M. de Denonville voyant la cruauté de son fils le Tsonontouan il avait à la vérité levé un parti pour obvier à tant de ravages qu'il faisait sur ses frères, n'ayant pas eu dessein de le châtier comme il à fait, il croyait que le voyant en personne il serait venu au devant de lui et serait rentré en lui-même ; au contraire Tsonontouan ne se promettant que l'entière destruction du français et ne voulant même épargner son père qu'il voulait mettre le premier à la Chaudière (puisqu'un Iroquois avait menacé M. de Frontenac de boire son sang dans son crâne), il s'était précipité sur lui et l'avait le premier frappé, mais qu'il avait bientôt ressenti les verges piquantes de ce Père indigné avec sujet, qu'il a été néanmoins touché d'un si rude châtiment qu'il s'était attiré, que s’il avait fait comme l’Onéjout il ne se serait pas attiré tant de disgrâce.

“ Que si l’on eût remontré dans cette conjoncture présente que l’'Onontagué ayant de l'esprit comme il en a, Il n'aurait pas dû embrasser le parti des Tsonontouans qu'il aurait dû en être le médiateur et donner un juste tempéramment aux affaires, il aurait dû aussi s’'ennuyer des fatigues de la guerre et rentrer en lui-même devant aimer plotôt son repos que d'augmenter les malheurs qu'il s'était attirés.

Qu'est-il arrivé d’avoir eu la complaisance de taire ces circonstances. Un de ces Ambassadeurs iroquois ne put s'empêcher de nous reprocher

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après le discours du Rat qu'il ne reconnaissait que trop qu'Onontio avait été l’auteur de la guerre (en parlant en général des gouverneurs précédents du Canada). 11 dit avec adresse : Onontio avait jeté la hache dans le Ciel, tout ce qui est 1à haut n'en revient jamais, cependant il y avait un petit cordon attaché à cetie hache qu'il a retirée dont il nous a frappés.

“ Ce reproche avec esprit devait sans doute nous être sensible. On voulut replâtrer les choses en rappelant ce que je viens de dire de sorte qu'ayant voulu ménager ces Iroquois ils nous ont mis dans notre tort, et le Chef des Hurons s'est tiré d'affaire en faisant connaître à la face des nations par la hache qu'il a rendue à Onontio (pour un collier qu'il lui présenta) que ce n'était pas lui qui leur avait fuit la guerre le premier.

“Ce même Ambassadeur reprit plaisamment le quatrième collier de M. de Callières par lequel il bouchait ce trou avec un gros rocher sur lequel il faisait passer une rivière afin que la hache ne parut plus du tout. Il est vrai, dit-il, que tu couvres la fosse où est cette hache en y mettant

un rocher et faisant passer dessus un fleuve, mais cette rapidité pourra la

faire changer de place et tu la trouveras encore pour nous frapper.

“ On avait encore matière à ce Conseil à bien faire rentrer les Iroquois en eux-mêmes, si l'on eut tenu à peu près ce discours.

“ Je m'étonne que votre frère Corlar vous traite si inhumainement vous qui lui avez été si fidèles. Vousavez perdu dans cette guerre la plus grande partie de vos guerriers en soutenant son parti. Vos villages ont été brûlés. Il devait se souvenir de tous les prompts secours que vous lui avez donnés. Il ne devait pas vous menacer comme il vient de faire pendant que vous cherchez la paix et le repos. Lorsque vous êtes venus demander la paix vos mains étaient tout ensanglantées de celui de mes enfants. Vous avez encore leur chair entre vos dents, et vos lèvres en étaient toutes bordées, Je connaissais votre cœur dissimulé qui ne cherchait que des faux-fuyants. Je devais être persuadé que vous ne cherchiez point la lumière et que vous marchiez dans les ténèbres de la guerre. C’est dans cette vue que je ne vous ai point écoutés. Vous êtes vous jamais aperçus que je vous ai arrêtés quand vous êtes venus nous trouver. La porte a toujours été ouverte pour reprendre votre chemin, et aujourd’hui que le Soleil a dissipé tous ces nuages, qui va faire voir ce bel arbre de paix que je plante sur la montagne la plus élevée de la terre, votre frère Corlar veut cependant faire naître des vapeuis qui puissent vous l’otrusquer. Je suis donc la volonté de notre Grand Onontio qui après avoir donné le repos à toute la terre souhaite que ses enfants ne soient pas frustrés d’un tel avantage.

‘Voilà mon sentiment et tandis que l’on ne fera pas connaître aux Iroquois de l’intrépidité ils se persuaderont toujours que nous cherchons plus à les ménager qu'ils le feraient à notre égard. Ils disaient bien il y a quelques années qu'il n’y avait qu’à descendre pour y recevoir des présents parce qu'au sortir de leurs députations pleines de fourberies on les

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en comblait. Il est à souhaiter que tous nos alliés veuillent faire la paix avec eux nous en saurons le dénouement l’année qui vient à l'arrivée de Courtemanche et du père Angelran qui sont allés porter la nouvelle de cette paix.

“ Je suis, etc.

(Signé) “Le Roy DE LAPOTHERYE."”

Le correspondant était mécontent, c'est certain, de n'avoir pas été appelé à prendre part aux délibérations et d'être demeuré à Québec pendant qu'un si grand événement se passait à Montréal, Le confident de la Potherie, celui qui lui a donné d'aussi amples détails sur ie résultat de l'ambassade n'est autre que le P. Bruyart, et la Potherie n’est pas fâché de laisser voir qu'il a desintelligences dans la place qui le renseignent sur ce qui s'y passe.

M. Pierre Margry cite encore, dansses Mémoires et Documents pour servir à l'Histoire des Origines françaises des Pays d'outre-mer,' l'extrait d'un mémoire sur le Canada adressé à Pontchartrain par Le Roy de la Potherie. Il y est surtout question des plaintes que faisaient les habitants de Montréal contre l'établissement du Détroit ainsi que de la jalousie de Leber.

Le 11 mars 1700, M. de la Potherie épousait Elisabeth de Saint-Ours, fille du seigneur de ce nom qui était premier capitaine du détachement de la marine au Canada et chevalier de Saint-Louis” Pierre de Saint-Ours, le père de madame de la Potherie, pouvait faire preuve de cinq cents ans de noblesse, mais œ était la seule dot qu'il lui était possible de placer dans la corbeille de noces.’ Par son mariage, la Potherie devint le beau- frère de

1 Cette correspondance intime de la Potherie nous laisse entrevotr un homine quelque peu naïf et méticuleux. C'est l'officier d'administration grincheux qui s'imagine que, sans les chiffres, les foruiu'es et les rapports, rien ne peut aller, à la guerre comme en politique.

? Tanguay (Dict. généal., t. I, pp. 170, 554) donne la date de 1699, mais nous suivons la version de M. Daniel (Grandes Familles, 344), qui cite un extrait de l'acte de mariage : ‘‘ Le 11 mars 1700, aucun empêchement ne s'étant; présenté, a été célébré le mariage entre Claude-Charles Leroy, conseiller du roi, contrôleur de la marine et des fortifications en Canada, fils de Charles-Auguste Leroy, chevalier, seigneur de la Potherie, de Cossart, et de feue dame Catherine-Françoise du Signet de Monville, de la Guadeloupe, d'une part; et demoiselle Elisabeth de St-Ours, fille de Pierre de St-Ours, sieur d’Eschaillons, capitaine d’une compagele franche, et de dame Marie Mullois, de l’autre part.”

3 Hist, Am. sept., t. I, p. 324.

Le 10 novembre 16£6, le gouverneur de Denonville écrit au Ministre : ‘‘ A ce sujet je dois rendre compte à Monseigneur de l'extrême pauvreté de plusieurs nombreuses familles qui sont à la mendicité, et toutes nobles ou vivant comme telles. La famille de Saint-Ours est à la tête. Il est bien gentilhomme de Dauphiné, chargé d'une

Jean-Baptiste d'Eschaillons, de René lo Gardeur de Beauvais, de Pécody de Contrecœur et du chevalier de Mines! Il s'attachait ainsi aux plus anciennes et aux plus illustres familles de la colonie,

Dans les courses qu'il était obligé de faire sans cesse de Montréal à Québec, le contrôleur avait remarqué un endroit enchanteur entre tous les autres, c'étaient les îles de Sorel. ‘IT n'y a pas d'endroits dans tout le Canada, ditil, où l'on puisse vivre avec plus d'agrément, si l'on n'y était point troublé en temps de guerre. Si l’on y pouvait goûter avec sûreté les plaisirs d'une vie champêtre, on trouverait tout ce qui peut la rendre heureuse, et il n'y a point de si puissants seigneurs en Europe qui ne voulussent avoir une pareille situation pour y faire leur demeure, un des plus agréables et des plus délicieux endroits du monde,” *

C'est sans doute dans le dessein de s'établir un jour dans la colonie près de ce lieu délicieux, que la Potherie, le 5 juillet 1700, faisait l'acquisition d'une terre et habitation dans la seigneurie de Saint Ours sur les bords du fleuve Saint-Laurent.

Le 12 novembre 1700, lu femme de la Potherie, Elisabeth de Saint- Ours, lui donnait un fils qui fut baptisé le même jour à Québec sous le nom de Louis. Le parrain fut très haut et très puissant seigneur, Monseigneur Louis Phélippeaux, grand chevalier et garde des sceaux de France, tenant pour lui messire Louis Rouer de Villeray, premier conseiller au Conseil souverain de Québec, et la marraine très haute et très puissante dame Le Roye, comtesse de Pontchartrain, épouse du très haut et très puissant seigneur et monseigneur Phélippeaux, comte de Pontchartrain, ministre et secrétaire d'État, tenant pour elle Marie-Magdelaine, damoiselle Chartier de $ Hotbnière,

trame et t dix entité: il n'y a que deux jours qu'il me vint faire un compliment, pour avoir la permission de passer en France l'an prochain avec sa femme et ses enfants pour y chercher du pain et mettre ses enfants à servir de côté et d'autre chez ceux qui les voudraient nourrir et pour lui d'essayer de se mettre dans les troupes.” Et ailleurs, il écrit encore : ‘ Le père et la mère me paraissaient dans un véritable désespoir de leur pauvreté. Cependant, les enfants ne s'épargnent pas, car j'ai vu deux grandes filles couper des blés et tenir la charrue.” (Garneau, Hist. du Canada, t. I, 284.)

1 M. de Mines, gentilhomme provincial, servit avec distinction dans la troupe de la marine au Canada, en qualité de capitaine. Passé en France, il fut tué au siège de Gibraltar alors qu'il servait comme lieutenant de vaisseau. (Hist, Am. sept. t. III, pp. 91-94.) Voir Appendice.

? Hist, Am. sept., t. I, p. 307.

$ Etude Rageot. Vente par Pierre Bon, habitant de St-Romain, et Michelle Duval, sa femme, à Messire Claude-Charles Roy, chevalier, seigneur de la Potterie, conseiiler du roi, contrôleur général de la marine en ce pays, d'une terre et habitation de 2 arpents de front sur le fleuve St-Laurent, sur 30 de profondeur en la seigneurie de St-Ours, bornée d’un côté à Raimbeault et de l'autre à la Fresné. Les vendeurs avaient acquis cette terre du seigneur de Saint-Ours, le 11 août 1678, par acte de concession devant Ménard dit Saint-Onge, notaire du lieu. Cette terre devait se trouver sur l'emplacement même de la ville actuelle de Sorel.

+ Archives de la cure de Québec.

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Un second enfant naquit de cette union le 2 janvier 1702, L'acte de baptême se lit comme suit aux registres paroissiaux de Québec :

“ Le troisième jour du mois de janvier de l'an mil sept cent deux a esté baptisé par moi prestre curé de Québec, Charles né le jour d'hier, fils de messire Claude-Charles le Roy, chevallier, seigneur de la Potherie, conseiller du roy, controlleur de la marine et des fortifications en la Nouvelle- France, et dame Elisabeth de Saint-Ours, sa femme. Le parrain a esté messire Begon, intendant de Rochefort conseiller du roy justice police et finance, la marraine dame Elisabeth Rose Daudet femme de messire Louis Dargouge, conseiller du roy en ses conseils d'état et privé, tenant en la place des dits susnommés monsieur de Grandville, procureur du roi, et dame Geneviève Macard femme de monsieur Provost gouverneur des Trois Rivières lesquels ont signé.”

M. de lu Potherie, qui s'intéressait à la colonie du Canada et qui venait d'y prendre femme et terre, songeait sérieusement à s'y établir lorsqu'un événement soudain changea le cours de sa destinée.

Le contrôleur avait un frère cadet qui exerçait la charge de mujor de l’île de la Guadeloupe, et qui promettait d’être un bon officier, [1 apprit sa mort, dans l'été de 1701, en même temps que celle de son père,

Espérant que l'honneur qu'il avait d’appartenir à un ministre du côté des femmes lui procurerait tout au moins la charge, et peut-être les moyens de rétablir sa maison, la Potherie quitta aussitôt sa femme et l'emploi qu'il avait d'inspecteur ou contrôleur de fortifications et partit pour la France.!' Cependant, le pauvre solliciteur fut déçu dans ses démarches, La parenté et les sollicitations ne purent lui faire avoir autre chose qu’un brevet d'aide-major qui, au dire du P. Labat, était très peu de chose, pour ne pas dire moins que rien.’

En 1703, on retrouve donc l’ancien contrôleur du Canada occupant la charge d'aide-major à l'île de Guadeloupe. C'est là que le rencontra pour la première fois l'historien Labat. Ce capucin, très mordant, et qui aimait à médire un peu de tout, nous a laissé de la Potherie un curieux portrait,

“ [lavait, dit-il, demeuré longtemps en Canada ; et selon la coutume incommode du pays qui ne permet pas d'entrer trois fois dansune maison où il y a des filles sans parler mariage, il s'y était marié,

“C'était un homme de trente-cinq ans, d’une petite taille assez bien prise ; il avait la physionomie d'un homme simple et sans malice, et sa physionomie n'était point trompeuse ; il était meilleur chrétien que sol-

1 Labat, loc. cit.

2 Ce fut Charles de Monseignat qui remplaça la Potherie comme contrôleur de la marine au Canada. (Ord. des Int., vol. VI, 25 fév. 1713.) Le 8 novembre 1714, Mon:seignat, nommé greffier du Conseil supérieur, demandait au ministre le rétablissement de la charge de contrôleur de la marine pour son fils. (Cor. gén. du Canada, vol. XXXIV, p.374) Cf. Mémoires sur le remplacement des employés civils et militaires avec des notes sur chacun d'eux. (Loc. cit. f. 426.)

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dat, et quoiqu'il eût demeuré longtemps en Canada, où l'on dit que la valeur est à très bon marché, il n'en avait fait aucune provision ; il ne laissait pas de nous conter une infinité d'histoires extraordinaires du courage des créoles de ce pays-là, dans les guerres que l'on avait eues contre les Anglais et contre les Iroquois; mais comme il ne s'y était pas trouvé en personne, on se dispensait de croire tout ce qu'il en rapportait sur le rapport d'autrui, et c'est pour cela que je n'en dirai rien.

“ Cependant, à l'exemple de ces messieurs les Canadiens, il avait fait faire une petite hachette qui s'emmanchait dans une canne de trois pieds de long, qu'il appellait un casse-tête, on jugea aisément que cet instrument était trop court pour qu'il s'en pût servir.” !

C'est en 1703 que les Anglais firent une descente à la Guadeloupe, L'historien Labat qui raconte avec force détails les combats qui eurent lieu alors, ne nous dit pas si la Potherie eut l'occasion d'y déployer quelque valeur.

A compter de cette date, la carrière et la vie intime de la Potherie sont peu connues. Il n’est pas homme à parler beaucoup de lui dans son ouvrage. C’est à peine s’il rappelle quelquefois un événement de sa vie on passant, et souvent ce n'est que pour mieux dérouter le lecteur, Ainsi, dans un certain endroit? parlant de Montréal,'‘il dit: “* Depuis 1701 jusqu'en 1714 que j'en suis sorti elle a augmenté de moitié, avec une belle enceinte qui la met à l'abri des Iroquois.” A quoi attribuer cette erreur de date? A une faute typographique ou à une distraction de l'auteur ? Un peu plus loin parlant de la colonie, il ajoute: ‘“ Depuis deux ans que j'en suis sorti...” Comme son livre parut pour la première fois en 1716, on devient de plus en plus convaincu que c’est bien en 1714 que la Potherie partit du Canada. Pourtant, on a le témoignage bien authentique du père Lubat que c'est en 1701 qu'il partit du Canada et qu'il le rencontra à la Guadeloupe en 1703. La Potherie n'assistait pas non plus au baptême de son deuxième enfant qui avait lieu à Québec en janvier 1702. Revint-il au Canada en 1714? La chose est peu probable, car une ordonnance rendue à Québec, le premier juillet 1714, par l'intendant Begon, le déclare absent, de même que toutes les pièces de cette même année où il est intéressé à titre d’allié de lu famille de Saint-Ours.t

Dans cette ordonnance de 1714 dont il vient d’être mention, il s'agissait d'en arriver au partage définitif des biens dépendant de la communauté qui avait existé entre Pierre de Saint-Ours et sa femme Marie Mullois. M. de Saint-Ours avait épousé en deuxième mariage Marguerite le Gardeur, veuve de Louis-Joseph Le Goues de Grais depuis tantôt six ans,’

1 Loc. cit., t. II, p. 395.

4 Reg. Ord. Int., vol. VI, p. 10.

5 Reg. de Batiscan, 29 juillet, 1708,

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ot il n'avait pas encore rendu compte à ses enfants du premierlit, Ceuxci en appelaient à l'intendant Begon,.

Entrons un peu dans les détails intimes de cette famille aux mœurs patriarchales que tous les anciens auteurs donnent comme uns des plus illustres entre celles qui vinrent s'établir au Cunada,

Les parties demanderessos à l'instance étaient Jean-Baptiste de Saint- Ours, écuyer, sieur d'Eschaillons, le fils aîné, marié à une le Gardeur, Pierre de Saint-Ours et René le Gardeur, sieur deBeau vais, veuf de Marie. Barbe de Sunt-Ours, représentés par le sieur de Tonty, François-Antoine de Pécody de Contrecœur, époux de Jeanne de Saint-Ours, tant en son nom qu'en qualité de curateur élu en justice au sieur de la Potherie, époux d’Elisabeth de Saint-Ours et à Marie-Anne de Saint-Ours, veuve de Jean de Mines,

I fut démontré par inventaire ! que l'actif des effets mobiliers s'élevait à une somme de 1681 livres sur laquelle il fallait déduire 365 livres de dettes, de sorte qu'il ne restait plus que 1315 livres à partager. Comme en vertu de son contrat de mariage avec Marie Mullois,’ M. de Saint-Ours avait droit à un préciput de 3000 livres, on peut juger qu'il ne resta pas grand'chose aux gendres qui avaient épousé des membres de cette illustre famille, Tel étuit du reste alors l'état de fortune de la plupart des nobles de la colonie. Le P. Labat avait donc raison, à ce point de vue du moins, de se moquer du pauvre mariage que la Potherie avait fait. Le revenu annuel de M. de Saint-Ours pouvait se monter alors à 300 livres, en ne comprenant pus ses appointements comme premier capitaine des troupes,

Madame de Saint-Ours avait hérité, de son vivant, d'une de ses tantes qui habitait la France, madame Sébastienne Mullois de la Borde, d’une rente de 200 livres au capital de 4000 livres à prendre sur l'hôtel de ville de Paris. 11 fallut attendre l'opinion des avocats pour savoir si M. de

Ji rs n'avait pas droit à la moitié de ce capital. Les héritiers durent se rabattre sur le partage de la seigneurie de Saint-Ours qui ne valait pas grand’chose alors, Après que M. de Saint-Ours eût prélevé sa moitié, il ne resta plus à ses enfants qu'un dixième chacun dans cetapunage. Telle fut, en définitive, la dot qu'apporta M" de ja Potherie.

En 1738, Claude-Charles le Roy de la Potherie était mort ainsi que son épouse Élisabeth de Saint-Ours. En effet, cette même année, ses trois enfants envoyaient une procuration au notaire Hiché, de Québec, pour porter foi et hommage en leurs noms pour la seigneurie de Saint-Durs dont ils possédaient un dixième, Charles-Augustin, chevalier, seigneur de Bacqueville et de la Touche, en Touraine, et co-seigneur de Saint-Ours, capitaine aide-major pour le roi de l’île de la Guadeloupe, demeurait alors au quartier du Bailly, paroisse Saint-Dominique, île de la Guadeloupe. Des deux

1 Greffe Tetro, 29 juin 1714.

2 Etude de Larue, à Champlain, 8 janvier 1668.

frères du précédent, l'un, Marc-René, conseiller du roi au conseil supérieur de la Guadeloupe, demeurait au quartier des Vieux-Habitants, paroisse de Saint-Joseph de la Guadeloupe ; l'autre, Pierre-Denis le Roy de la Potherie des Manvilles, chevalier, ancien lieutenant de la marine, résidait au quartier de Deshayes, paroisse Saint-Pierre, île de la Guadeloupe. !

En 1745, d'après l'acte de foi et hommage, la seigneurie de Saint- Ours était divisée comme suit :°

Jean-Baptiste de Saint Ours, seigneur d'Eschaillons et de Saint-Ours, fils aîné du propriétaire originaire, possédait la moitié provenant de son père, plus un dixième du chef de sa mère; Gaspard de Léry, veuf de Marie- René le Gardeur de Beauvais, fille et héritière de Barbe de Saint- Ours réclamait un dixième; * Charles-Auguste le Roy de la Potherie, seigneur de Bacqueville, Pierre-Denis le Roy de la Potherie et Marc-René- Augustin le Roy des Manvilles, sieur de la Potherie, tous les trois fils d’Elisabeth de Saint-Ours, rendaient hommage pour un dixième ; Pierre de Saint-Ours, fils puisné et héritier de Pierre de Saint-Ours, en faisait autant. I[lne restait plus que les héritiers de Marie-Anne de Saint-Ours: mariée à Jean de Mines, qui habitaient alors la France et qui n'avaient pas alors accompli leur devoir de vassaux.

En 1781, il n’y avait plus qu'un seul propriétaire de la seigneurie de Saint-Ours, c'était Roch de Saint-Ours, fils aîné de Jean-Baptiste, dont il avait hérité, Il avait acheté les autres parts en 1769 de Paul Perreault, acquéreur en 1758 de Chaussegros de Léry, de Louise Martel de Brouague, de Michel Chartier de Lotbinière et de Louise Chaussegros de Léry. Les autres co-héritiers, M. de Courtemanche, la veuve de François de Saint- Ours, les de Mineset les la Potherie avaient de même vendu leurs parts.

Ainsi disparut du Canada cette famille de la Potherie, dont l’un des membres avait joué un rôle assez effacé, mais qui, cependant, a laissé au milieu de nous un souvenir durable, grâce à un livre que nous allons maintenant étudier. ‘

! Registre des actes de foi et hommage, vol. IT, pp. 119-193.

2 Loc. cit., vol. III,

3 Barbe était morte en août 1745.

4 Le 20 mars 1769, M. de Landriève écrivait de Paris à M. J..G. de Léry : “M. de la Potherie vient de nous écrire ; il est arrivé en parfaite santé à la Guadeloupe.” (Daniel, La Famille de Léry, pp. 81-82.)

A la page 145 du même ouvrage, on trouve une lettre de M. de Léry écrite de Tabago, au mois de juin 1786, après qu'il eût passé quelque temps à la Guadeloupe.

I y est dit : “J'ai beaucoup entendu parler de M. de la Potherie au capitaine de Saint-Ours.”

Les Léry étaient alliés par les Saint-Ours à la famille de la Potherie.

[RoY] CLAUDE-CHARLES LE ROY DE LA POTHERIE 27

Le critique Sainte-Beuve, parlant du duc de Lauzun, a écrit: Il a laissé des Mémoires, et par Ià il appartient à la littérature.! On peut en dire autant de ja Potherie, qui n’a pourtant aucune des qualités de l'écrivain.

C'est en 1702, à son retour du Canada, que la Potherie, soumit son œuvre au censeur royal. Fontenelle, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences depuis 1697, passait alors pour le juste interprète et l'arbitre du goût aux yeux de tous. Il préludait au rôle que Voltaire devait jouer plus tard. C'est donc lui qui lut le manuscrit de l’ancien contrôleur par ordre du chancelier. Dans un certificat daté à Paris le 9 juin 1702, il déclare croire que l'impression en serait agréable et utile au public.

Fontenelle était le grand ami du duc d'Orléans, régent du Royaume, et c’est à ce dernier que la Potherie dédia son premier volume.

‘ Ce serait ici, dit-il dans cette dédicace, le lieu de m'’étendre sur les vertus héroïques qui brillent dans votre Altesse royale ; mais ce n'est pas à un Amériquain comme moi à prendre un essort si haut : je laisse donc aux plumes délicates des Français à traiter une matière si relevée.”

Quoique l'approbation donnée par Fontenelle fût datée du mois de juin 1702, on ne voit pas que l'ouvrage ait été imprimé avant 1716. C’est la plus ancienne édition que signale, dans tous les cas, M. Fevret de Fontette, Eile parut à Paris, en 4 volumes in-12, sous le titre de Nouveau Voyage du Canada, ou de la Nouvelle France et les Guerres des Français arec les Anglais et les originaires du pays, sous la signature de le Roy de la Potherie.

À quoi faut-il attribuer ce délai entre l'imprimatur de 1702 et l'impression de 1716? Vraisemblablement, à la guerre de la succession d’Espagne qui éclata sur les entrefaites (1701-1713). On ne tenait pas sans doute en France à donner de nouveaux renseignements sur un pays où les Anglais pouvaient diriger leurs coups à tout instant. Le traité d'Utrecht vint et la Potherie put enfin donner son livre à l'imprimeur.

Il esc à noter qu'il n’y a que M. de Fontette qui signale cette édition de 1716, M. Faribault # dit ne l'avoir vue citée nulle part ailleurs.

Nous admettons nous-même n'avoir jamais vu cette édition mentionnée dans aucun catalogue, mais devant l’assertion du savant biblicphile Fontette il n'y a pas hésiter. Du reste, nous avons une preuve bien certaine que cette première édition a existé puisque dans le privilège d'imprimer du roi daté à Paris le 2 mai 1721, on vcit que François Didot, libraire à Paris, ayant fait remontrer qu'il souhaiterait continuer à faire imprimer l'ouvrage qui a pour titre Histoire de l'Amérique septentrionale,

1 Causeries, t. 4, p. 287.

2 Catalogue, p. 78.

permis lui est accordé pour huit ans consécutifs, Didot associa à son privilège Jean-Luc Nion, libraire à Paris, et Jean-Baptiste Michuel, libraire imprimeur à Rouen.'

C’est cette dernière édition, parue en 1722, qui est particulièrement connue des bibliophiles, Elle fut imprimée à Paris chez Nion et Didot. La bibliothèque du parlement à Ottawa en possède un exemplaire en 4 volumes in-12.* De son côté la bibliothèque de l’université Laval possède un exemplaire en 4 volumes in-12 de la même édition de 1722, imprimée à Rouen. La bibliothèque de l'ancienne chambre d’assemblée du Bas-Canada possédait un exemplaire d’une troisième édition parue en 1723, chez D:sbordes, à Amsterdam, ÿ

1M. Faribault (loc. cit., p. 78) soupçonne avec raison que la publication de 1716 est la première édition de l'ouvrage signé M. Bacqueville de la Potherie, avec quelques changements au prénom de l’auteur ainsi qu’au reste du titre. M. Fevret de Fontette signale encore sous le titre originaire de 1716 une édition à Amsterdam (Rouen) en 1723.

Bacqueville est un bourg de France (Seine-inférieure), chef-lieu de canton de l'arondissement de Dieppe. Au greffe de l'arpenteur Noël Beaupré à Québec, sous la date du 2 avril.1721, on trouve un procès-verbal du sieur Tailla Bacqueville.

2 Faribault, Loc. cit., n° 368.

3 Voici la description de l'édition de 1722, d'après les exemplaires déposés à la bibliothèque du parlement d'Ottawa :

Histoire | de | l'Amé-rique | septentrionale, | divisée en quatre tomes. | Tome premier,—contenant les voyages du fort de Nelson, dans | la baye d'Hudson, à l'extrémité de l’Amé- | rique. Le premier établissement des Fran- | çois dans ce vaste païs, la prise du dit fort | de Nelson, la description du fleuve de Saint, | Laurent, le gouvernement de Québec, des | Trois Rivières et de Montréal, depuis 1534 | jusqu'à 1701. |

Par M. de Bacqueville de la Potherie, | né à la Guadeloupe, dans l'Amérique Mé- | ridionale, aide major de la dite isle, | Enrichie de figures. | Fleuron. | A Paris, | chez Jean-Luc Nion, au premier pavil- | lon des quatre Nations, à Ste-Monique. | Et | François Didot, à l'entrée du quai des Augustins, à la Bible d'or. | M.DCC. XXII, | avec approbation et privilège du roi. | In-12. Epitre et avertissement. Privilège du roy. 10 fen, 1-370. Table des lettres, 4 fen., 1, 3, 6, 15, 16, 17, 19, 25, lignes rouges.

Histoire | de | l'Amérique | septentrionale, | contenant | l’histoire des peuples alliez de la Nouvelle | France, leurs mœurs et leur maximes, | leur religion, et leurs intérêts avec tou- | tes les nations des lacs supérieurs, tels | que sont les Hurons et les Islinois, l’al- | liance faite avec les Français et ces peuples, | la possession de tous ces païs au nom du | roi, et tout ce qui s’est passé de plus re- | marquable sous messieurs de Tracy, de | Frontenac, de la Barre et de Denonville, | Par M. de la Potherie, etc. | Tome II, | enrichie de figures. | Fleuron. | À Paris, | chez Jean-Luc Nion, au premier pavil- | lon des quatre Nations, à Ste-Monique, | Et | François Didot, à l'entrée du | quai des Augustins, à la Bible d'or, | M.DCC.XXIL, | avec approbation et privilège du roi. | 1-356 pp. Table des chapitres, 7 fen. Titre, 1, 3, 5, 16, 19, 25, lignes rouges.

Histoire | de | l'Amérique | septentrionale, | qui contient | l’histoire des Iroquois, leurs mœurs, leurs | maximes, leurs coûtumes, leur gouver- | nement, leurs intérêts avec les Anglais leurs | alliez, tous les mouvements de guerre de- | puis 1689 jusqu’en 1701, leurs négociations, leurs ambassades pour la paix géné. | rale avec les Français,

[Roy] CLAUDE-CHARLES LE ROY DE LA POTHERIFR 29

Avant de livrer définitivement son manuscrit à l'impression, la Potherie le soumit à Jacques Raudot, qui avait été autrefois intendunt de la Nouvelle-France et qui exerçait alors l'emploi d'intendant général des classes de la marine. Ce dernier voulut connaître le sentiment de M. Bobé, un missionnaire qui s’occupait beaucoup alors de toutes les questions qui intéressaient le Canada.

M. Bobé, aprés avoir lu le livre avec grande attention, en fit beaucoup d'éloges à Raudot. “Il faut, dit-il, que l’auteur se soit donné bien de la peine de s’instruire de tout ce qui était nécessaire pour débrouiller tant d’intrigues d’un si grand nombre de nations sauvages.

“J'y ai appris ce que je n'avais vu ni dans Lahontan, ni dans Hennepin, ni dans les autres qui ont écrit sur la Nouvelle-France.

“..... Ce livre sera agréable au public et ne sera pas inutile à ceux qui sous les ordres du roi ont soin de ce qui regarde la N ouvelle-France, puisqu'il leur fera connaître qu'il est de la dernière importance de prendre toutes les mesures pour empêcher que les Anglais et les Iroquois ne débauchent les nations alliées des Français, ou les engagent à se faire la guerre les unes avec les autres que pour ruiner par ce moyen notre commerce et nous obliger d'abandonner le pays, afin de s'emparer de l’un et de l’autre.” !

et les peuples ! alliez de la Nouvelle-France. | Par M. de la Potherie, etc. | Tome III, | enrichie de figures. | Fleuron. | À Paris, | chez Jean-Luc Nion, au premier pavil- | lon des quatre Nations, à Ste-Monique. | Et | François Didot, à l'entrée du | quai des Augustins, à la Bible d’or, | M.DCC.XXII, | avec approbation et privilège du roi. | Préface, 4 fen. Termes et expressions des sauvages, 6 fen, 1-310. Table des lettres, 6 fen. Titre, 1, 3, 5, 14, 17, 3, lignes rouges.

Histoire | de | l'Amérique | septentrionale, | contenant l’histoire des Abénaquis, la paix générale dans toute l'Amérique septentrionale, sous | le gouvernement de monsieur le comte de | Frontenac et monsieur le chevalier de Cal- | lières, pendant laquelle des nations éloi- | gnées de six cens lieux de Québec s’assem- | blèrent à Montréal. | Par M. de la Potherie, etc. | Tome IV, | enrichie de figures. | Fleuron. | À Paris, chez Jean-Luc Nion, au premier pavil- | lon des quatre Nations, à Ste-Monique. Et François Didot, à l’entrée du quai des Augustins, à la Bible d'or, | M.DCC.XXII, | avec approbation et privilège du roi. 1-271. Table des lettres, 4 fen., approbation i fen. Titre, 1, 3, 5, :3, 16, 22, lignes rouges.

1 La vie intime du missionnaire Bobé n’est guère connue et les détails biographiques sur son compte manquent totalement. Tout ce que l'on sait, c'est qu’il s’occupuit activement de la Nouvelle-France. On possède dans les archives de nombreux mémoires signés de son nom.

Archives de la Marine. Postes des pays de l'ouest, vol. XVI, c. 11, 1718, avril. Mémoire pour la découverte de la mer de l’ouest, dressé et présenté par M. Bobé, prêtre, pp. 40 à 73,

Ministère. des affaires étrangères, vol. IV, Amérique, 1720. Mémoire concernant les limites de l’Acadie et du Canada, par le S Bobé, ptre. Résumé de l’histoire de l’Acadie jusqu’en 1720, fol. 81.

1723, mars, Québec. Autre mémoire concernant les limites de la Nouvelle-France Acadie, etc., par le S' Bobé, envoyé par Bigot, fol, 154.

Archi.°s de la Marine, Carton K, 1232. Colonies, le Canada, 1720, second mé.-

Dans son avertissement au lecteur, la Potherie dit qu'il se propose d'instruire plutôt que de plaire. Il veut suivre avec ladernière fidélité les deux caractères essentiels de l’histoire : qui sont de ne rien dire do faux et de ne point taire la vérité. Nec falsa dicere, nec vera reticere. I] aurait pu “sans beaucoup de peine ” donner à son ouvrage un tour de gaité et d’enjouement : ‘ mais comme les combats et les naufrages ont quelque chose de trop triste et de trop affreux pour leur devoir donner un air riant et enjoué il n'a pas cru dans une histoire où l'on ne parle que de précipices cachés sous des bancs de neige, de montagnes de glaces, de bancs de sable, de rochers affreux, de sauvages inhumains, souffrir de semblables ornements”.

L'ouvrage de la Potherie est divisé sous forme de lettres adressées à divers personnages dont on ne peut pas toujours retracer les noms. I y en a pour l'intendant Begon qui l’a protégé au commencement de sa carrière ; il y en a pour le ministre de Pontchartrain, son parent ; il y en a pour le marquis de Duquesne, gouverneur des îles de l'Amérique, pour des ambassadeurs, des prélats ou des magistrats. Tantôt, encore, il s’adresse à des dames de la cour qui ont employé leur crédit pour lui, à Me de Denonville, à M"° de Vertiilac, sa cousine, au marquis de Courtenvaux, à M. de Livry, à un de ses cousins dont le père a été seigneur et gouverneur de la Guadeloupe, sa patrie.

A tous il fait un doigt de cour, et il les prie de croire que ce n’est pas àun Jroquois comme lui de faire des éloges. “Ila perdu depuis plusieurs années le goût, la délicatesse et la politesse de la France. Il ne sait plus la méthode de s'énoncer avec grâce.”

La Potherie, dans toute sa carrière, n’a fait qu’une vraie campagne, à bien dire: c'est celle de la baie d'Hudson, en 1697, sous les ordres de d'Iberville ; et cette campagne, c'est son titre de gloire. Aussi c’est par elle que commence son premier volume. Sur douze lettres il y en consacre huit.

L'auteur observe bien. C’est d'abord Plaisance qu'il décrit avec ses graves couvertes de morues, les opérations des décoleurs, des trancheurs, des saleurs. Il examine les bois, le sol, la chasse, la pêche, et il se demande pourquoi les pêcheurs de cette ville ne vont pas s'établir au Cap-Breton, beaucoup plus fertile et plus propice à la navigation. C’est ainsi qu'il préconise seize ans à l'avance l'établissement de Louisbourg. L'expédition hibernale d'Iberville sur Terre-Neuve en 1696 est décrite avec enthousiasme. Le voyage de Plaisance à la baie d'Hudson est plus langoureux. À tout instant il intermèle son récit de vers latins. C’est Virgile et Horace qu'il préfère. Les vents contraires retardent:ils ie vaisseau, il lui moire concernant la limite des colonies, présenté en 1720, par M. Bobé, prêtre de la congrégation de la mission. Etat général de la colonie Canada, Acadie, etc.

Règlement des limites, vol. IIL, c. 11, 1723, mars. Mémoires concernant les limites présentés par le Sr Bobé, pp. 140-147.

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