‹ Claude de Bermen, sieur de la Martinière (1636-1719) [microforme]Chapitre 5 sur 14 · PR · texte numérisé non relu

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vendait l4 seigneurie de Lauzon pour 5500 livres comptant, monnaie de France, à François Madeleine Ruette, sieur d'Auteuil et de Monceaux, conseiller du roi et procureur général du Conseil supérieur de Québec(1).

Une déclaration signée par M. d'Auteuil le lendemain de la signature de cet acte comporte qu'il fit cette acquisition pour George-Regnard Duplessis(2).

Depuis la mort du grand sénéchal à venir à l’acquisition dé Duplessis, de la Martinière avait eu possession de la terre dé Lauzon, soit comme tuteur, usufruitier ou fermier. Dans l'été de 1672, il acquit en son propre nom un petit fief avoisinant la terre de Lauzon sur le chemin qui conduit à Beaumont. Ce domaine

(1) Greffe Guillaume Roger—Vente du 14 octobre 1699. Bertrand agit pour lui et comme procureur de sà femme Marie Dessessarts, suivant procuration devaut les notaires Melin et Janson, passée à Paris, le 25 avril 1698, légalisée par le prévôt des marchands le 25 mai 1699. Il lui est donné pouvoir de vendre ou d’affermer la terre de Lauzon située free de Québec. La procuration donne à Bertrand la quaité d’officier de marine, demeurant à Paris, vieille rue du Temple. L'acte de vente le qualifie : marchand bourgeois de ri où il demeure rue du Temple, paroisse saint Germain.

(2) Greffe Guillaume Roger.

ss. DE vies

qui a toujours porté depuis le nom de la Martinière s'étend dans les terres juspu’â une profondeur de six lieues.

On a vu avec quel soin jaloux le fermier de Lauzon était réservé le privilège de pêcher l’anguille à l'embouchure de la Chaudière, principale rivière de cette seigneurie,

Prévoyant que si la seigneurie de Lauzon changeait de propriétaire, il perdrait cette source de revenus considérables, de la Martinière dès le 12 octobre 1694 fit l'acquisition de toutes les terres avoisinant le bassin de la Chaudière sur

une profondeur de cent arpents(t).

Maintenant que nous connaissons les relations de la Martinière avec la famille de Lauzon et les propriétés qu’elle posséda dans la colonie, il nous reste à étudier la partie la plus importante de sa carrière, comme juge et comme conseiller,

1) Greffe Guillaume Roger. François de la Forest, capitaine dans les troupes, commandant au fort de la Louisia agit à cet acte comme procureur de Thomas Bertrand. ropriété acquise par do la Martinière est bornée d’un côté à Eustache Lambert-Dumont et de l’autre à

Charles Gauthier de Boisverdun et comprend lie droit exclusif de pêche dans le bassin de la Chaudière.

Depuis seize années Bermen de la Martinière remplissait les humbles fonctions de juge sénéchal dans la seigneurie de Beauport où il habitait, lorsque, le 3 juin 1678, par des lettres signées à Saint-Germain-en-Laye le roi l’appela au Conseil supérieur de la Nouvelle-France pour y succéder à M. Chartier de Lotbinière qui venait d’être pourvu de l'office de lieutenant-général de la prévôté de Québec. La cérémonie d’installation du nouveau dignitaire eut lieu le 26 octobreu). Dès le mois d’août, de la Martinière avait laissé Beauport pour venir habiter Québec

(1) J ne et délibérations du Conseil supérieur 11 . p. 249, À .

Il où il s'était fait construire une résidence sur la (ll rue de Buadew),

Plusieurs fois déjà, le plus haut tribunal de || la colonie avait eu recours à la sagesse de la ll! Martinière pour terminer des procès épineux. l L'année même de sa nomination, le 11 juillet, il l’avait appelé à diriger une enquête contre la femme Beaupré, accusée d’avoir proféré des paroles injurieuses contre le gouverneur(. Confiant dans son intégrité, on a vu que les jésuites l'avaient choisi pour présider la justice dans leur seigneurie de Notre-Dame des Anges. Le seigneur de l’île d'Orléans en avait fait autant,

(1) Ibid 11—-p. 225 Au recensement de Beauport en 1666, on lit :

Claude de Bermen, Sr de la Martinière, 28 ans, juge ps prévôt du dit Beauport.

Dlle Anne DesPrés, sa femme, ve. de M. le sénéchal, 37

ans.

Dile Angélique de Lauzon, fille, 6 ans.

Jean Cécille, domestique engagé, 34 ans. Jacques Renôduard, boucher engagé, 25 ans.

Pierre Samson, engagé 17 ans.

Au recensement de 1667, on trouve encore à Beauport : Claudede Bermen, sieur de la Martinière, écuyer, 29 ans. Anne DesPrés, sa femme, 40 ans.

Marie de Lauzon, 13 ans.

Anne de Lauzon. 10 ans.

Angélique de Lauzon, 7 ans.

Jacques Renouard Pierre Samson.

Martin, 18 ans.

(2) id, 11 p. 217

pat 25 —

la Le Conseil supérieur où venait d’être appelé de la Martinière était composé alors des Va personnages les plus éminents de la colonie. On fe .y voyait siéger Louis Rouer de Villeray, Charté les le Gardeur de Tilly, Mathieu d’Amours des il Chaufours, Nicolas Dupont de Neuville, Jean- : la Baptiste de Peyras, Charles-Denis de Vitré. pa- Bermen de la Martinière était le plus jeune de bn tous ces dignitaires, mais il sut prendre de suite ites au milieu d’eux la place qu’il y devait oc- FN cuper{l).

Le Ainsi en 1680, quand lintendant voulut ant, essayer d’enrayer le commerce illicite des fourrures en frappant les coureurs de bois et le gou- 7. neur de Montréal, Perrot, qu’on accusait de cou- Lu pables exactions, c'est au nouveau magistrat + qu’il s’adressa.

Nommé commissaire spécial, de la Martirt : nière se rendit à Champlain, aux Trois-Rivières, à

Montréal, et après vingt-six jours de persistantes investigations, il revint à Québec avec un dos-

(1) Une erreur cléricale s'était glissé dans les lettres de nomination de la Martinière. Le parchemin lui donnait le nom de son père Louis de Bermen de la Martinière. Comme il n’y avait qu'un Bermen dans la colonie, le Conseil passa outre et installa le nouveau titulaire,

me 26 Lu

sier complet. Son action vigoureuse produisit un si bon effet que l’année suivante il fut chargé d’une semblable mission dont il s’acquitta avec un égal succès. En 1682, à la mort du procureur général d'Auteuil, le Conseil le choisissait de consentement unanime pour exercer les délicates fonctions de cette charge jusqu’à la nomination régulière d’un nouveau titulaire.

Au printemps de 1684, de la Martinière abandonna pour quelques mois la magistrature. Le gouverneur l'avait nommé pour aller commander à la baie d'Hudson). Il reprit son siege au Conseil le 15 octobre 1685.

Nous avons dit déjà comment à l'automne de 1689 (16 novembre) de la Martinière, après la mort de sa femme, avait dû passer en France pour y obtenir le règlement de ses affaires particulières(3. Son absence devait durer plus d’un an et demi. Pendant son séjour à Paris, . il s’occupa activement des intérêts de la Nouvelle-France. On voit qu’il adressa à ses collègues

08 Jugements et délibérations du Conscil supérieur 11 p. 949.

(2) Ibid. vol. 111—p. 368.

NN — une lettre datée de la métropole le 10 juillet 1690 qui füt lue en séance du conseil le 4 décembre().

Au mois de juillet 1691, de la Martinière était de retour à Québec). Deux mois à peine après son arrivée, le 22 octobre, il était chargé d’aller à Montréal pour y instruire un procès très difficile où se trouvaient impliqués l’évêque, les sulpiciens, le commandant des troupes et les principaux magistrats du lieu. L'enquête dura tout l’automne et la plus grande partie de l'hiver et ce n’est qu’au mois d'avril que le commissaire put reprendre le chemin de la capitale pour s'occuper des devoirs de sa charge jusqu'à l'automme de 1694 où il passa de nouveau en France. C’est pendant cette année que le conseil avait eu à soutenir contre le gouverneur de Frontenac une lutte homérique compliquée de vingt querelles. La fameuse question des préséances avait d’abord ouvert la danse, puis étaient. venus les mandements de l’évêque au sujet des comédies, l'incident de Mareuil, l'affaire

(1) Ibid r11 p. 461.

(2) Le 9 juillet 1691, il assiste à une séance du Conseil. (3) Ibid zxr1 p. p. 576, 596, 66.

cureur-général d'Auteuil

du prie-Dieu de M. de Callières à Montréal, l'interdiction de l’église des Récollets. A vravers toutes ces complications où le Conseil était divisé comme en deux camps, l’un donnant pour le gouverneur, l’autre portant les couleurs ceclésiastiques, de la Martinière avait su manœuvrer de façon à agir comme un amiable compositeur, également bien vu de chaque coterie.. C’est lui que le Conseil chargeait d’aller soumettre ses doléances à l’irascible gouverneur et celui-ci en faisait volontiers son porte-parole. À son départ pour la France qui eut lieu vers le mi-octobre, le Conseil chargea de la Martinière de porter à la cour les pièces que lintendant et le procureurgénéral avaient préparées pour expliquer la sitaation(s). L’intendant de Champigny l'avait en outre chargé confidentiellement de donner aux ministres toutes les explications qui seraient nécessaires pour assurer au Conseil sa liberté(2). De la Martinière s’acquitta de sa mission et revint à Québec au muis d'octobre 1695.

Cinq ans après, le conseiller de la Marti-

(1) Jugements du Conseil supérieur 1r11—p. 931.

(2) Lettre de Petra ad a So tes 1694 ; lettre du pee

Ye

nière recevait de la métropole une marque de reconnaissance de ses services. Le 5 mai 1700 le roi le nommait conseiller garde-scel(i). C’était une promotion, car jusque là chaque conseiller avait eu à tour de rôle la garde du sceau.

En 1703, le Conseil supérieur subissait une transformation complète. Un édit royal augmentait le nombre des conseillers de sept à douze. Le doyen du conseil, Nicolas Dupont de Neuville, prenait la place de garde-scel. Bermen de la Martinière était nommé lieutenantgénéral de la prévôté et René Louis Chartier de Lotbinière qui occupait cet emploi entrait au Conseil comme premier conseiller. Charles de Monseignat, ancien secrétaire de Frontenac, puis lieutenant aux Trois-Rivières, prenaitau Conseil le siège laissé vacant par de la Martinière(2).

Le 26 Novembre 1703 avait lieu linstallation de la Martinière au tribunal de la prévôté. Il y siéga pendant sept années consécutives, honorant la magistrature par son intégrité et sa science jusqu’au jour où M. de

(1) Ibid 1v p. 481.

(2) Ibid t1v—p. p. 904, 905.

RS, Bell

Lotbinière à qui il avait succédé vint à mourir. De la Martinière prit alors la place de ce dernier comme premier conseiller au Conseil supérieur de la colonie. Les lettres qui le nommaient à cette haute fonction sont datées à Marly le 5 mai 17100).

Le juge prévôt, pendant sa carrière déjà longue, n'aurait pas été un mortel ordinaire si la malveillance l’avait laissé à l'abri de tout soupçon. Le petit pays du Canada, dévoré par

. les coteries, était alors renommé par ses mau-

vaises langues.

‘ La médisance et la calomnie règnent en Canada au-delà de ce qu’on peut penser ” écrivait dans le temps uue femme aussi distinguée par ses talents littéraires que par sa piété cxembplaire, la mère Duplessis de Saint-Hélène, religieuse cloitrée de l’'Hôtel-Dieu de Québec.

Ce fut le fils d’un ancien procureur général au conseil, M. d'Auteuil, qui se chargea d’être le censezr de Bermen de la Martinière. ‘“ Depuis que ls our dé la Martinière à été fixé pour être

ï 2e: strs des insinuations du Conseilsupérieur vol 3,

USE dé

lieutenant-général de la prévôté de Québec, écrivait-il au ministre, on s’est relâché de la droite justice par faveur, complaisance et flatterie et même faute d'application ”.

Il n’y avait rien de moins fondé que ces accusations. De la Martinière n’était ni un d'A guesseau ni un Pélisson, mais son caractère était sans tache. Le roi, du reste, prouva l’estime qu’il en faisait, en l’appelant une deuxième fois au Conseil supérieur et pour y.occuper la première place. Le gouverneur de Vaudreuil et l'intendant Bégon, dans une lettre du 12 novembre 1712, vengeaient la réputation du magistrat injustement attaquée.

Ils y représentaient les longs et bons services de M. de la Martinière, premier conseil- .ler au Conseil supérieur et le plus ancien juge de la colonie, ‘“ le plus intègre et le plus éclairé et en même temps le plus pauvre étant chargé d’une grosse famille qu'il a bien de la peine à faire subsister ”. Le 13 juin 1712 une ordonnance du roi lui avait accordé une gratification spéciale de 200 livres et ces deux principaux + fonctionnaires demandaient avec instance qu'elle lui fut continuée.

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