‹ Claude de Bermen, sieur de la Martinière (1636-1719) [microforme]Chapitre 9 sur 14 · SERRE DE EE PA DE RE ADEME · texte numérisé non relu

SERRE DE EE PA DE RE ADEME

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blämer ceux qui les ont faits, non parce qu'ils ne les trouvent pas de leur goût mais à cause que l’on en met à présent aucun à exécution. Ce n’est plus, Messieurs, dans des conversrtions particulières où l’on parle de notre compagnie avec mépris, c’est en public, c’est en pleine rue; c’est jusque dans nos maisons où on nous vient dire impunément qu’il semble que tout notre pouvoir soit supprimé puisque nous n’avons pas seulement celui de faire délivrer un minot de blé à une infinité de pauvres familles qui, l’argent à la main, jusqu’à 7 et 8 livres le minot qu’ils offrent et qu’on leur refuse, souffrent la faim dans un temps qu’il ne devrait pas valoir 4 livres le minot par l’abondance qu’il y a dans toutes les côtes et que l’on tient caché pour l’embarquer et l'enlever hors de la colonie dont les habitants sont d’autant plus effrayés qu’ils voient en cette rade 5 ou 9 vaisseaux qui attendent leur charge, sans compter ceux qui sont déjà partis chargés et ceux qu’on attend encore dont les commandants ne prétendent pas s’en retourner à vide ; qu’ils ont lieu de craindre une famine évidente, à quoi, Messieurs, il me semble qu’il est bon de pourvoir ou jamais.

Et comme l'intérêt de Dieu, de son Eglise, du roi, du public, de la veuve. de l’orphelin, réside dans la personne des gens du roi, j'estime qu’il serait à propos qu'il fut arrêté au conseil en cette séance que M. le Procureur général dressât des mémoires concernant la police du blé, des farines, du pain, de la viande et de tout ce qu’il jugera le plus à propos pour l'utilité pu-

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blique. Lesquels mémoires il présentera au premier conseil qui s’assemblera après le retour de M. l’Intendant de Montréal ou demandera à mon d. $. l’Intendant un extraordinaire, à laquelle assemblée M. le Gouverneur Général et M. l’Evèque seront priés de venir prendre leurs places et.tous Messieurs avertis de s’y trouver pour délibérer sur le tempéramment que l’on pourrait apporter à des besoins si pressants,

A peine M. de la Martinière avait-il fini de parler que les huissiers vinrent annoncer au Conseil que huit femmes de pauvres familles de la ville se tenaient dans uns salle voisine et qu’elles désiraient porter leurs plaintes sur la mauvaise qualité du pain” qui leur était vendu. On les fit entrer. Elles portaient cinq pains que les conseillers examinèrent, et, après les avoir goûtés, tous déclarèrent que ces pains étaient ‘“ de très mauvaise qualité, pesants comme de la terre et de la même couleur, plats, non levés et aigres”.. M. Michel Sarrazin, médecin des hôpitaux, qui était un dec conseillers, ne voulut point laisser passer cet incident sans protester. ‘ L'usage d’un aussi mauvais pain, dit-il, produirait infailliblément des maladie pestilentielles à ce peuple, qui peu à peu infecteraient l'air et

se communiqueraient à ceux qui sont les plus aisés de la colonie” (1).

Parlant plus tard de ces pains, M. de la Martinière disait : ‘“ Des chiens de meute auraient eu peine à €‘ ianger ”.

Les remontrances du vieux conseiller furent consignées aux régistres et le Conseil décida sans désempars: ,::l rerait remedié sans plus tarder à faire cesiec ;11 état de choses aussi déplorable.

À son retour de Monrtréai, sur la mi-juillet,@) l’intendant Bégon en apprenant que le Conseil s’était permis, pendant son absence, d’étudier des matières qui regardaient la police générale du pays, entra dans une violente colère. N'osant s'attaquer aux faits que M. de la Martinière avaient étalé dans toute leur nudité, il se retrancha derrière des questions de forme.

Le gouverneur et lui, seulement, pouvait prendre connaissance de ce qui convenait ou

stdmpes *

(1) Jugements et déliberations du Conseil Supérieur . 796, vor 6. F

P (2) Le 18juillet.

non au bien de la colonie. Le Conseil n'avait qu’à s'occuper de rendre la justice. Tout ce qui sortait de là était hors de sa compétence. Le roi l'avait décidé de la sorte à maintes reprises. Le mémoire soumis au Conseil par M. de la Martinière était donc une entreprise contre les autorités régulièrement constituées de la colonie En vain, le vieux conseiller voulut faire entendre à l’intendant qu’une nécessité pressante l'avait commandé. ‘ Taisez-vous ”, avait répondu brusquement M. Bégon, et passant aux votes sans s'occuper de l'opinion des conseillers qu’il intimidait par sa violence et ses menaces, il fit enrégistrer sa protestation et celle du gouverneur qui assistait silencieux à cette scène de réprimande(t). ne

Les conseillers avaient plié devant l’auritarisme de M. Bégon, mais, parmi le peuple, les murmures devenaient de plus en plus persistants Le 23 août, plusieurs habitants de Lorette et de Saint-Augustin, villages voisins de Québec, s’assemblèrent en armes bien décidés à entrer dans

mn

(1) Jugements et délibérations--séance du %0juillet 1714 vol. 6. p. p. 804, 805, 806.

la ville si leurs rémontrances n’étaient pas écou tées. Il fallut appeler les troupes et la mi-

lice pour marcher contre eux. L’intendant fit emprisonner les chefs du mouvement et une

enquête fut ordonnée).

L'affaire menaçait de prendre des proportions considérables, mais on‘eut le bon sens de s’en rapporter au roi.

M. Bégon en voulait surtout à M. de la Martinière qu’il accusait d’avoir été l’instigateur de la sédition. Malgré son âge avancé, celui-ci sut tenir tête à l’orage. |

Après avoir tenté tous les moyens de conciliation, il résolut d'écrire à M. Bégon la lettre que l’on va lire :

À Québec le 15 août 1714.

Monsieur,

La situation fâcheuse où je me trouve présentement dans votre esprit à mon très grand regret quoique le manque de respect et de considération n’y aient

(1) Jugements et délibérations du Conseil supérieur, vol. 6. p. p. 834, 837, 839, 842, 988, 997, 999.

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aucune part, mais le seul et unique zèle d’appaiser la fureur d’une populace mutinée, dont la suite me paraissait dangereuse par les exemples que j’en ai eus moimême dans le cœur de la France, m’ôtant la liberté de vous approcher, je prends celle avec votre permission, monsieur, de vous réitérer, même de vous protester devant Dieu que je n’ai jamais eu la pensée de vous offenser pour mon écrit inséré dans l’arrêt du 16 juillet dernier.

Si j'ai rappelé les réglements qui s'étaient faits par M. duChesneau avec le Conseil, c'était seulement, Monsieur, pour inviter la Compagnie de vous représenter quand vous seriez arrivé qu’il était d’une nécessité indispensable de faire la police principalement pour le pain et la viande, comme il s'était pratiqué autrefois ; ce n’était point, Monsieur, un reproche qui vous touchât de ce que l’on y avait point travaillé depuis que vous êtes en ce pays; vous avez, Monsieur, trouvé toutes les choses en assez bon ordre pour n’y pas toucher, on trouvait du blé l’année dernière tant qu’on en voulait à un écu le minot, du pain chez le boulangers et de la viande à la boucherie, et le plus grand désordre qui soit arrivé de mon temps en ce pays n’a été Monsieur, que depuis que vous êtes monté à Montréal où vous n’aviez pas encore été, où l’on avait grand besoin de vous, Monsieur, pour toutes les affaires qui s'étaient multipliées depuis le départ de MM. Raudot.

A l'égard du Conseil, Monsieur, il n’a aucunement

attenté ni fait d'entreprise sur votre autorité, ni excédé son pouvoir ; il est toujours Conseil Supérieur en votre absence, Monsieur, comme en votre présence ; il peut, vous n’y étant pas, Monsieur, juger tous les procès civils, de quelque conséquence qu’ils soient et condamner au dernier supplice ceux qui se trouveraient atteints et convaincus des crimes les plus énormes, à plus forte raison, Monsieur, pouvait-il rendre un arrêt préparatoire pour disposer M. le Procureur général à présenter des mémoires incontinent après votre arrivée et celle de M. le Gouverneur général, afin de travailler . au fait de la police sur laquelle le Conseil a si peu décidé qu’il ne voulut pas même prononcer sur la peine qu’il pouvait impliquer aux boulangers pour la mauvaise qualité du pain que les 8 femmes dont il est parlé dans l'arrêt apportèrent au Conseil, qui eut l’honnêteté d’en

déférer à l’assemblée qui se preposait devoir être faite à votre retour.

Et comme le roi m’a fait l’honneur de me mettre à la tête du Conseil en votre absence, Monsieur, vous voudrez bien me permettre de vous représenter avec tout le respect que je vous dois en mon particulier, sans prétendre blâmer ni censurer aucune de vos actions sur le fait de la justice et de la police, louant au contraire l'intégrité et la droiture de vos intentions, qu’il ne vous aurait pas été messéant mais beaucoup plus ho norable de travailler de concert à la tête d’une cour supérieure, que de travailler, seul, attendu, monsieur,

M ais

que si vous rehaussez l’éclat du Conseil par votre dignité d’Intendant, ce même Conseil donne un grand relief à votre emploi; car vous savez, monsieur, que dans toutes les provinces de France, ils ne président que dans les présidiaux de leur ressort ; qu’il y a bien plus de majesté de recevoir des mémoires ou des remontrances d’un procureur général dans une fameuse assemblée où vous ‘présidez, Monsieur, que par quelques particuliers dans votre hôtel.

C’est, Monsieur, ce que j'ai ouï dire cent fois à MM. vos prédécesseurs que j'ai eu l’honneur de voir tous. Nous savons très-bien, Monsieur, que par votre commission vous pouvez faire des réglements seul : mais, Monsieur, ce n’est qn’au cas qu’il se trouvât des diffcultés entre vous et le Conseil, or, Monsieur, il n’y a eu il garde de s’en trouver, puisque vous ne lui avez rien (ln proposé.

De dire, Monsieur, que ce n’est point l’affaire du Conseil, de se mêler de la subsistance en général de la colonie, des enlèvements des blés, farines, biscuits et autres vivres hors d’icelle quelque quantité que ce puisse-être et que cela ne dépend que de l’attention et du soin de M. le Gouverneur Général et du vôtre, vous-me permettrez, s’il vous plaît, Monsieur, de vous dire fort respectueusement que le Conseil est originairement et naturellement chef de la police, comme de la justice, puisque les appels de l’une et de l’autre y ressortissent et jamais par devant MM. les Intendants si ce n’est

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avec le Conseil; c’est dont, Monsieur, vous pouvez tirer votre plus grande gloire, puisque vous avez l’avantage d’y présider, outre que plusieurs yeux voient plus clair qu’un seul.

Il s’ensuit, Monsieur, que le Conseil quand vous êtes absent, et qu’il se rencontre quelque chose de pressant, où le public est notablement intéressé, comme il l’est dans la conjoncture présente, peut s’assembler et rémédier efficacement aux désordres auxquels vous n'êtes point en état de pourvoir de 60 lieues d'ici ; parce que le Conseil, Monsieur, a tout autant de pouvoir quand vous n’y êtes pas que quand vous y êtes, et partant, Monsieur, il a bien pu faire ce qu’il a fait.

La compagnie, Monsieur, ne vous dispute rien, mais j'ai l'honneur par la place que j’y occupe de vous représenter que quoique vous soyez intendant de police et de justice, c’est toutefois moins pour faire l’une et l’autre que pour avoir inspection à ce qu’elle soit bien rendue et bien faite ; car, Monsieur, l’intendance sur certaines choses ne consiste pas à les faire soi-même, mais à veiller avec sollicitude à ce qu’il n’y soit pas contrevenu ; ainsi à votre égard, Monsieur, nous n’avons manqué en rien.

En ce qui regarde M. le Gouverneur Général, tout le Conseil ensemble, et moi en particulier, honorons trop sa personne pour avoir eu seulement la pensée de rien faire qui blessât son autorité, nous avons trop de

vénération pour tout ce qui le regarde ; aussi le Conseil n’a-t-il fait que ce qui était en son pouvoir puisque par l'arrêt préparatoire du 16 juillet dernier, il est. seulement dit qu'il sera prié d'y venir prendre sa place ainsi que M. l’Evêque parce qu’ils sont Conseillers d'honneur, qu’ils y tiennent le premier rang et y ont voix délibérative, pour assister à un réglement général de police, auxquels réglements généraux seuls, on les convie d'assister, la police, dans son cours ordinaire étant au dessous de leur personne, et n’est nullement de leur fait. L’on a seulement recours à l’autorité de mon d. S. le Gouverneur Général pour avoir main-forte contre ceux qui la voudraient enfreindre ; c’est, Monsieur, ce que le Conseil a eu en vue, par l'enlèvement terrible qui s’est fait et se fera, s’il n’est pas apporté bon ordre au plus tôt, des blés, pois, farines et biscuits au détriment, au préjudice de la colonie, afin qu’il eut la bonté en distribuant les congés aux capitaines et maîtres des vaisseaux qui partent de ce pays, de leur défendre sous les peines que son autorité lui donne sur eux, d’embarquer des choses susdites au delà de ce qu’il leur en faut pour leurs victuailles, pour porter hors de la colonie conformément à votre ordonnance, Monsieur, étant obligé par son caractère de donner main-forte à l'exécution des ordonnances de justice.

Que de votre côté, Monsieur, qui avez l’autorité de la justice en main, vous auriez la bonté de faire les mêmes défenses, de mettre des gardes sur leurs vaisseaux, pour y faire visite exacte, et d’en empêcher

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l’embarquement et envoyer des commissaires ou autres personnes de confiance partout où l’on soupçonnerait qu’il y eut des amas de farines pour charger dans les vaisseaux soit en retournant en France, ou pour porter à Plaisance, ou aux îles de l’ Amérique ; le conseil ayant été averti tous les jours et à toute heure, c’est-à-dire, Monsieur, chaque conseiller en particulier et moi plus souvent que les autres que pendant votre absence, Monsieur, les farines et les biscuits s’en allaient en fraude, comme le castor. Lesquels avertissements se trouvaient mal à propos en haine et en mépris contre nous qui n’avons que le pouvoir de-juger, mon d. $. le Gouverneur, la force par les armes, et vous, Monsieur, les fonds nécessaires pour l’exécution des arrêts.

C’est pour avoir l’honneur de vous dire, Monsieur, que nous pouvons travailler utilement pour le bien public en votre absence comme en votre présence et que supposé que vous eussiez encore tardé 15 jours ou 3 semaines comme cela pouvait arriver et que nous eussions été en état de disposer des fonds de S. M., nonseulement nous aurions été en droit de rendre comme nous avons fait un arrêt préparatoire, mais nous aurions fait dans une pareille concurrence tout ce que vous auriez pu faire vous même, dont, Monsieur, vous auriez dû nous savoir d’autant meilleur gré qu’il ne s'agissait que de l’exécution de votre ordonnance ; outre que vous savez, Monsieur, que dès le 12 mai, j’eus l’honneur de vous donner avis du désordre qu’il y avait de ce temps là ici bas, où l’on ne pouvait trouver ni

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