LA VIE DE BLOT XXIII
Puis ce fut le tour de la Reine et de Mazarin. Blot les vilipende, les salit, les outrage avec une prolixité féroce. Il est impossible d'aller plus loin ; l'odieux chez lui le dispute à l'obscène. Passe encore pour Mazarin, un étranger, même quand il conseille de l'arquebuser :
AIR i
Gaston, à la fin je me lasse De tant recommencer la chasse Après m'a voir dit : « Je le tiens l » Puis que sans cesse il tourne et ruze, Au lieu de fatiguer nos chiens (1) Je suis d'avis qu'on l'arquebuze.
mais à l'égard d'une femme, d'Anne d'Autriche, la mère du jeune Roi:
Sçavez-vous bien la différence
Qu'il y a de son Éminence
A feu monsieur le Cardinal (2)?
La response en est toute prête :
L'un conduisoit son animal,
Et l'autre monte sur sa beste.
• la conduite de Blot est sans excuse, ce couplet fait en 1643 est cependant anodin à côté de tant d'autres !
Il ignore la pitié. Le neveu de Mazarin, le jeune Mancini est tué à la bataille du faubourg Saint-Antoine (1er juillet 1652), Blot saisit là une occasion de meurtrir le Cardinal dans ses affections les plus chères avec la seule intention de renouveler une accusation ignoble et cent fois ressassée :
air xxvn
Cy-gist le petit Mancini,
Le neveu de Mazarini !
L'oncle en pleure comme une vache
S'escriant : « Hélas ! quel malheur (3) /
// m'estoit neveu et bardache,
Et je Vaurois mis en faveur. »
(1) Var. Pour ne pas fatiguer nos chiens.
(2) Id. Mon Dieu ! la grande différence || Que l'on voit en son Eminence g D'avec le défunt
(3) Id. // s'escrie : « Hélas l quel malheur.