XXX LA VIE DE BLOT
C'est peu probable. Si on en croit Chapelle et Bachaumont, Jean Coulon, que Blot avait si cruellement chansonné, aurait raconté aux deux amis les derniers moments du gentilhomme de Gaston d'Orléans :
Ce que fit en mourant nostre pauvre amy Blot, Et ses moindres discours et sa moindre pensée, La douleur nous deffend d'en dire plus d'un mot ; Il fit tout ce qu'il fit d'une âme bien sensée (1).
Ces vers, sous la plume de Chapelle ou sous celle de Bachaumont, ne sont guère énigmatiques ; ils corroborent son épitaphe composée par le spirituel bossu Saint-Pavin — il connaissait Blot mieux que personne — :
Cy gist un docteur non commun
Qui, peu sçavant et fort habile,
Prescha souvent, jamais à jeun,
Et comprit tout, hors l'Evangile.
En homme sage et bien sensé,
Du présent il a dit merveille;
Du futur ce qu'il a pensé
Ne s'est resvelé qu'à l'oreille ;
Mais chascun tient pour vérité
Que jamais il n'en a douté.
et qui, mieux renseigné, la compléta :
Damon n'est plus. Qu'il eut de charmes,
Que son esprit fut éclairé !
Après qu'il eut veu son curé,
Il mourut ferme et sans alarmes ;
On fait preuve de sa vertu
Quand on meurt comme on a vécu.
Des Barreaux, plus égoïste, a pleuré moins sur son ami que sur son propre sort, commun hélas ! à tous les humains :
Ce Sarazin est mort, il est mort ce Voiture, Et Blot qui me fut cher de toute ancienneté. Hélas ! ils sont tous trois dedans la sépulture, Qui pourroit t' éviter, dure nécessité?
(1) Voyage d'Encausse faict par Messieurs Chappelle et Bachaumont, édition Maurice Souriau, 1901, p. 72.