‹ Claude de Chouvigny, baron de Blot l'EgliseChapitre 8 sur 43 · XII LA VIE DE BLOT · texte numérisé non relu

XII LA VIE DE BLOT

douze ans — et ses humanités n'étaient pas terminées au lendemain de l'ordre d'exil signifié à Théophile de Viau « pour ses vers indignes d'un chrestien tant en croyance qu'en saletez ». Le moment était peu propice aux manifestations impies des écervelés de la Cour, admirateurs du poète de Boussères, et la période qui allait suivre leur réservait la plus désagréable des surprises. Le parti dévot, ému des progrès incessants de l'athéisme, réclamait depuis longtemps une sévère répression ; il décida Garassus à entreprendre une vigoureuse campagne contre le libertinage qu'on estimait personnifié par Théophile. Le Jésuite réussit à entraîner à sa suite le Procureur général. Mathieu Mole se décidait, le 11 juillet 1623, à engager des poursuites contre le chef avéré des libertins ainsi que contre Nicolas Frenicle, Pierre Berthelot et Guillaume Colletet (1) accusés d'être les auteurs d'un recueil obscène Le Parnasse satyrique dont le contenu était nettement indiqué dans le sixain suivant, du bon Guillaume, placé en tête :

Tout y chevauche, tout y fout, L'on fout en ce livre par tout, Afin que le lecteur n'en doute ; Les odes foutent les sonnets', Les lignes foutent les feuillets, Les lettres mêmes s' entrefoutent !

La Doctrine curieuse du Père Garassus publiée un mois après l'arrêt du 11 juillet donnait à réfléchir aux « Yvrognets ». La transformation subite et récente de Théophile, de protestant en catholique croyant et pratiquant, provoquait une certaine stupeur chez ses disciples ; chacun d'eux cherchait plutôt à éviter le bûcher qui menaçait de brûler le coryphée des esprits forts, qu'à montrer quelque constance dans la défense de ses idées. La longueur inusitée du procès du poète (2), sa condamnation presque inattendue au bannissement atténuèrent à peine l'impression de terreur qui avait gagné presque tous les athéistes et les demi-athéistes (3). Le jeune Blot, au sortir du collège, n'y a pas

(1) Sur Nicolas Frenicle, Pierre Berthelot et Guillaume Colletet, consulter Le Libertinage au xvne siècle. Les recueils collectifs de poésies libres et satiriques publiés depuis 1600 jusqu'à la mort de Théophile de Viau, 1914.

(2) Voir le Procès du poète Théophile de Viau, publication intégrale des pièces des Archives nationales, Paris, 1909 ; 2 vol. in-8.

(3) Un simple fait montrera la crainte qu'avaient les libertins de passer pour des disciples ou des amis de Théophile : Aussitôt après le premier arrêt de 1623, condamnant Théophile par contumace, Des Barreaux et sa famille voulurent effacer toutes traces des relations de l'Illustre débauché avec le poète libertin: Ils firent mutiler les exemplaires restant en librairie de la seconde édition des Œuvres de Théophile qui contenaient l'ode dans laquelle Des Barreaux rappelait

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