‹ Claude de Chouvigny, baron de Blot l'EgliseChapitre 9 sur 43 · LA VIE DE BLOT XIII · texte numérisé non relu

LA VIE DE BLOT XIII

échappé ; il a mis pendant quelques années une sourdine à des fantaisies irréligieuses susceptibles d'entraîner de dangereuses conséquences. Entra -t-il en qualité de page dans la maison de Gaston d'Orléans dont la haute situation de sa famille lui ouvrait facilement les portes ? N'en fit-il partie, comme c'est probable, que plus tard au titre de gentilhomme ordinaire (1)? On ne sait. Son tour d'esprit gouailleur, satirique, s'attaquant à tout, même aux personnes du rang le plus élevé, ne pouvait que plaire au frère du roi. Ce prince, doté de toutes les séductions de la nature, mais dépourvu de sens moral, parfait élève du comte du Lude (2), sans véritable dignité, entièrement adonné à ses passions et à ses vices, fit bientôt de son gentilhomme ordinaire l'un de ses intimes. Malgré cette faveur, et peut-être à cause d'elle, Blot jugeait son maître à sa juste valeur ; il s'imposa à tel point que, progressivement, ils en vinrent tous deux à se traiter de compère à compagnon. On jugera non seulement de leur familiarité, mais plus encore de leur affinité intellectuelle par la lettre suivante que Gaston écrivit un jour à « son féal » Blot :

« Nostre féal, j'ay creu, comme homme pieux que je suis devenu depuis peu, estre obligé de vous escrire ces lignes pour vous exhorter à la conversion par Vexemple de Praslin, lequel, ayant toujours mal vescu, s'est converty par un accident bien eslrange. C'est qu'estant couché dans un meschant logis près de Guise, la nuit, il luy apparut un homme qui luy tira son rideau, auquel Praslin demanda qui il estoit. Il luy respondit : Je suis Charles Gobelin. Et bien ! Charles Gobelin, soit, laisse-moy dormir, dit Praslin. L'autre luy dit : Prie Dieu. Praslin luy dit : Veux-tu que je prie Dieu pour toy? L'autre luy respondit : Non, car je suis damné. Pras-

sa visite à Boussères, en la supprimant ou en la réduisant à dix strophes au lieu de vingt ; en 1626, à l'édition sous cette date, ils firent enlever les feuillets préliminaires ; aussi, après 1626, les éditions parisiennes et rouennaises jusqu'à l'édition Scudéry, 1632, etc., ne donnèrent plus que l'ode tronquée de Des Barreaux (voir Disciples et successeurs de Théophile de Viau : Des Barreaux et Saint-Pavin, 1911, p. 96).

(1) Blot, nommé page de Gaston et depuis son gentilhomme ordinaire (note du Ms. Potocki). — Chouvigny, baron de Blot, qu'on appeloit dans sa jeunesse Blot-1'Esprit fut présenté par l'abbé de La Rivière à Gaston d'Orléans, il fut d'abord attaché à ce Prince par une charge dans sa maison, et les agrémens de son esprit l'en firent aimer... (Ms. 15 316). Blot ne figure pas sur Y Etat de la Maison de Gaston d'Orléans de 1627.

(2) Timoléon de Daillon, comte du Lude, mort en 1644, le premier gouverneur de Gaston d'Orléans. Suivant M. Emile Magne, il insinua dans son esprit l'athéisme et le goût de la débauche. Son second gouverneur, le maréchal d'Ornano, y introduisit l'indiscipline, l'esprit de révolte, l'indécision, la lâcheté (Voiture et les origines de l'Hôtel de Rambouillet). — C'est le comte du Lude qui disait dans une débauche où Des Barreaux criailloit : « Oy ! pour la veuve de Théophile, il me semble que vous faites un peu bien du bruit ». (Tallemant, T. IV, p. 46, Des Barreaux.)

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