‹ Claude Fauchet, 1744-1793Chapitre 10 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'épiscopat. L'Assemblée Législative. La Convention Nationale. Les derniers actes. Le procès et la mort.

L'Assemblée Nationale vota, le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé. Malgré ses répugnances, le roi la sanctionna le 24 août. Le décret prescrivant aux ecclésiastiques d'y adhérer ne parut que le 26 décembre. La moitié des prêtres seulement prêta le serment, Tabbé Fauchet fut du nombre. Immédiatement il posa sa candidature au siège épiscopal de Nevers. Selon la nouvelle constitution, révêque devait être élu par le corps électeur des membres de l'Assemblée départementale (électeurs nommés par les assemblées primaires de chaque canton). Fauchet fut battu par l'abbé Tollet à une énorme majorité. Il ne fut pas plus heureux dans les douze départements où ses amis présentèrent sa candidature. Ces échecs provenaient de la campagne que faisait contre le directeur du Cercle Social, le Club rival des Jacobins. Toutefois l'abbé Fauchet réussit en Calvados et fut élu évêque de Caen le 17 avril

1791 par loi voix sur 250 votants en remplacement de Mgr de la Prise, démissionnaire.

L'abbé Fauchet fat sacré évoque le 1" mai à Notre- Dame de Paris. Comme à ce moment-là il prêchait la station quadragésimale à Saint-Roch, son dernier sermon fut l'occasion d'un triomphe. Trente mille personnes y assistaient, dit le Bulletin du Cercle Social. Rien ne mancjua : applaudissements, larmes du nouvel évèque, larmes de l'assistance. Enfin, à rissue de la cérémonie, les amis de Fauchet se réunirent en « des agapes civiles et fraternelles ».

Quelques jours après, Fauchet entra au Club des Jacobins, le Cercle Social venait de disparaître. L'évèque prononça à cette occasion un discours, où il résumait ses idées politiques et sociales. Le Club en vota l'impression,

Le nouvel évèque ne tarda pas à rejoindre son diocèse. Il fut reçu en grande pompe le 10 mai à Lisieux, le 11 à Caen. Le lendemain il prononça son premier discours «sur la Charité et la Bienfaisance». La prise de possession du siège èpiscopal et l'installation eurent lieu le dimanche suivant avec tout l'éclat désirable.

Nous ne nous arrêterons pas aux actes de Claude Fauchet en Normandie. ^L Aulard les a résumés en (piehpies mots : < Fauchet entreprit une œuvre de [)ropagande ardente, combattant par saparoK' cl par ses actes, l'esprit rétrograde et inonarchisle dont la

Normandie était animée, présidant les Jacobins de Gaen et faisant abattre la statue de Louis XIV (1). » La municipalité de Bayeux le dénonça en ces termes à la Constituante le 21 août 1791 .-«C'est dans le Club de Bayeux que fut faite en présance de monsieur Fauchet et de son vicaire, monsieur Etampes, la motion de l'enlèvement de la statue du roi. Plusieurs particuliers furent décrétés. Les ministres de la religion sont institués pour prêcher la paix et le respect des lois ; loin d'observer ce principe, monsieur Etampes fit distribuer un imprimé où il convoquait une assemblée publique, pour délibérer sur la détention des frères détenus par des ordres tyranniques. Redoublant Tappareil épiscopal, monsieur Claude Fauchet monte en chaire, lit des mandements où le peuple est soigneusement averti de sa force, fait de la chaire une tribuneaux harangues, déclame contre toutes les autorités. Cette doctrine anarchique électrise tous les esprits. Monsieur Fauchet a été dénoncé à l'accusateur, il parcourt actuellement les campagnes, il prêche, même à Caen, publiquement, dans les rues. » De plus comme les élections législatives approchaient et que l'évêque Fauchet manifestait Tintention de s'y faire élire, on essaya de Ten empêcher en le rendant inéligible. La procédure n'aboutit pas. Fauchet fut nommé député à l'Assemblée Législative, en tête de sa liste.

t. Aulard. Les orateurs de la Législative et de la Convention, t. Il, article Fauchet, p. 119.

En même temps qu'il taisait montre d'idées avancées en Normandie, Claude Fauchât s'alliait n la fraction avancée du parti des Jacobins. Le 10 juillet 171)1 la partie modérée du club se retirait et fondait le Club des Feuillants qui devait rester résolument monarchiste. Ils veulent la Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution. La fraction du club (jui reste aux Jacobins va devenir républicaine ; c'est à elle que Fauchct se rallie. Il envoie même une adresse aux sections provinciales hésitantes pour imiter son exemple.

Un décret du 29 mai 1791 avait annoncé que la Constituante remettrait ses pouvoirs à une nouvelle assemblée élue par le peuple : l'Assemblée Législative. L'évèqueFauchet y fut élu le 7 septembre par 400 voix sur 540 votants. Quelques jours après il partit pour Paris, non sans avoir remercié ses électeurs. Il terminait ainsi son discours ; « Oui, Frères, nous triompherons en nous aimant; nous anéantirons les discordes ; nous conquerrons les cœurs de tout le peuple ; nous ne ferons tous qu'un peuple d'amis ; la Uévolulion delà fraternité se consommera; la France servira de modèle à l'Univers. » Mieux que tous autres, ces quek|ues mots montrent combien la foi dcFaucheten la RT'volution était profonde, en une Révolution mondiale. Il n'avait pas perdu ses illusions du (Cercle Social. Pour lui. il espérait, sa tâche accom[)lie. retourutM' dans son diocèse: « Vos mains amies eiitrelacoronl

encore quelques feuilles de chêne à mes cheveux blancs et se plairont à en couvrir mon tombeau (1). »

Le 2 octobre l'Assemblée Législative plutôt mal disposée par les rapports de la municipalité de Bayeux valida tout de même Télection de Fauchel grâce à l'intervention de Garan du Coulon.

Un des premiers actes de l'évêque à l'Assemblée Législative fut de demander des mesures contre les prêtres insermentés, ses ennemis. Il proposait que l'on supprimât leurs pensions. Il le fit avec une ténacité et une méchanceté telles qu'une partie de l'Assemblée en fut outrée. La discussion dura deux mois : novembre et décembre. Fauchet, en fin de compte, obtint gain de cause devant l'Assemblée, mais le roi y mit son veto.

En novembre Fauchet entra au comité de surveillance institué par l'Assemblée Législative. Basire, Bernard de Saintes, Gondorcet en faisaient partie. I/évêque en fut président pendant huit mois. Sorti du comité,il y revint en juillet 1792. Ce comité se distingua par son équité. Lors des massacres de septembre, affirmait Fauchet plus tard, il n'y avait dans les prisons où ils se commirent que trois ou quatre détenus par ordre du comité, et qui tous étaient des criminels assurés de périr sur l'échafaud.

La popularité de Fauchet n'avait fait que grandir

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