Cité par Charrier. Claude Fauchel, tome I, p
humaine dans les campag^nes ne sont pas sur les trônes; ils sont plus voisins du peuple et pèsont de plus près, avec leur ricliesse et leur corruption, sur les familles champêtres. Ils n'ont point de justice, ils ont des gens; ils n'ont point de soldats, ils ont des valets ; ils n'ont point de droits, ils ont de l'or. Qui pourrait nombrer les moyens (ju'ils emploient sans cesse pour vexer les petits comme ils les appellent; pour corrompre le bas peuple, comme ils osent nommer la totalité presque entière des nations ? Ils ont donc bien de la grandeur et de l'élévation, ces rois de villai^e ! Ce n'est pas dans la nature physique qu'ils sont i;rands : la plupart sont, par les ravages d'une corruption héréditaire, les moindres êtres du genre humain ; ce n est pas dans la nature morale qu'ils sont élevés : presque tous sont, par leur dépravation personnelle, les êtres les plus bas dans leurs penchants et les plus rampants dans la fange du vice. De l'orgueil et de l'argent, voilà leur majesté, voilà leur puissance ; il n'ont point d'autres titres pour opprimer l'humanité ( I). » Et voici le mal (jue tout ces grands seigneurs.
* Il est presque im[)ussil)l('. dans presque toutes les provinces, dans les villes même, mais surtout dans les campagnes, ([ue les faibles aient justice des plus grands excès, (piand vc sont des hommes puissants qui se les permettent ; non seulement lors(|ue les vexa-
l. Discours sur les mœurs rur»Us . p. 18.
leurs tiennent à la Cour par la haute naissance ou les grandes places, mais lorsqu'ils appartiennent à un corps de judicature, même subalterne ou à quelque corporation dominante. Indépendamment de ce qu'il faudrait beaucoup d'argent, pour en obtenir fort peu en réparation — ce qui est Tantique énormité de notre injustice, et non pas justice publique — on ne peut souvent pas, avec de l'or, obtenir cette chétive indemnité des plus violents outrages, dès que l'otfenseur est ce qu'on appelle quelque chose et que l'offensé est ce qu'on appelle rien ; et cela dure depuis des siècles, malgré le souverain, qui est le protecteur naturel du peuple, mais dont cette espèce d'aristocratie des petites puissances intermédiaires enchaîne puisqu'il faut le dire, le pouvoir et la justice. »
Fauchet raconte tout au long le double crime d'un grand seigneur et ajoute c^ la famille ne trouve pas un huissier, pas un suppôt de justice qui veuille porter ou recevoir la plainte, et le double crime est impuni. Et nunc ^eges intelligite^ erudimini qui judicatis terram (1) ».
Que Ton nous pardonne cette longue citation. Elle était nécessaire pour montrer avec quelle éloquence précise, quel courage et quelle honnêteté l'abbé Fauchet n'hésitait pas à dévoiler les abus que sa conscience désapprouvait.