‹ Claude Fauchet, 1744-1793Chapitre 23 sur 38 · Rousseau. Contrat Social. Chapitre I, Livre IIL · texte numérisé non relu

Rousseau. Contrat Social. Chapitre I, Livre IIL

Fauchct.20« discours au Cercle Social. Bouche de Fer, 10 mars 1791.

mont une proportion continue dont los premiers sont les extrêmes et le dernier la moyenne proportionnelle. Il ne l'aiil altérer aucun des termes. Sinon la proportionestroin[)ue.(lommeil n'y a(|u'une moyenne proportionnelle il n'y a, à un nionwnt donnée qu'un bon gouvernement possible dans un Etat. Toutefois comme dillérents événements peuvent chanp^er les rapports d'un peuple (les extrêmes de la proportion |, la moyenne pro[)orlionnelle peul chany:er elle aussi, il peul y avoir à différents moments dos urouvernements dill'érents également b(»ns pour un même peuple.

Plus le peuple est nombreux, moins chaque sujet a de liberté. Si en elïet le peu[)le se compose de 10. 000 individus, chacun a un dix millième de la puissance publique. S'il se compose de tOO.OOO, chacun n'a plus (pi'un cent millième. Le gouvernement doit être plus fort à mesure que le peuple est plus nombreux car alors les volontés particulières se iap[)ortont moins à la volonté générale. Kn revanche si le gouvernement devient [)lus fort, il est lenlé davantage d'abuser de son pouvoir, et h son loiir le souverain doit avoii- plus de force pour poiivoii* le contenir.

Il y .1 donc '.\ corps dans ri']lal le souv( rain. le p(Mq)le et le gotivernement inlerniédiaire. I/Ktat n'existe que [>ar le souverain, la volonté du princ(* [gouvernement], n'est que celle de la loi (souveraiu|. Si le princ<' avait une volonle propre il dexiendrait

souverain lui aussi. Une lutte s'engagerait qui romprait Tunion sociale.

Ce n'est pas à dire qu'on refuse au gouvernement une existence propre. Elle supposera même des assemblées, un pouvoir de délibérer, des droits et des titres appartenant en propre au prince, qui en font un tout, subalterne, dans le tout. Seulement il ne faut pas mêler cette force propre du gouvernement nécessaire à sa cohésion à celle qui lui vient du souverain et qui est destinée à la conservation de l'Etat.

Si nous avons exposé aussi longuement le système de Rousseau, c'est que celui de Fauchet n'est en grande partie qu'un décalque : le gouvernement n'existe que par la loi et pour son exécution ; il ne peut exercer que la volonté du souverain. Il n'existe d'ailleurs que par commission du peuple et non pour avoir passé un pacte avec lui. Ses membres sont toujours dans la dépendance du souverain. Enfin il n'y a qu'un véritable gouvernement: celui qui remplit fidèlement et invariablement la volonté publique. Peu importe sa forme.

Il y a toutefois des objections au système de Rousseau. Il n'est pas vrai que la liberté diminue avec l'agrandissement de l'Etat. « L'erreur de Rousseau consiste dans le décompte des volontés particulières, d'où résulte la volonté générale qui fait la loi. » La yoix de chacun dans un Etat de 10.000 citoyens est comme de 1 à 10.000 ; dans un Etat de 100.000 elle

est comme de 1 à 100.000 ; elle **sl perdue. Pour Fauchet, c'est le coiitiaire. Si l'on est trois à voter, dit-il, deux l'emportent. (]ette doublf volonté peut ne pas être éclairée, et ne pas valoir la troisième. Le joug paraîtra d'aulanl plus dur à r()[)ini(>u sacriliée. Si elle résiste, TEtatdoil (Min)loyer toute sa force, car ce n'est {)as tro[) de deux pour en soumettre un seul. Au contraire dans la répuhlicpie universelle il y a des millions de citoyens. Une opinion peut être contraire à celle du p^roupe où elle se fait jour ; mais si elle est juste, elle a infiniment de chances de concjuérir les autres groupes, par conséquent de n'être pas perdue comme dans le premier cas. Sicile est injuste, la répression est facile. C'est donc (ians ce cas qu'il y a maximum de liberté et minimum de gouvernement.

>; 2 (1). — Que totjte pormk de gouvernement n'est pas phophk a tout p\v<

La liberté n'est pas à la portée di' tous les peuples. dit llousseau, a[)rès Montesquieu. Dans tout gouvernement, la puissance publupie ((Uisomuie et ne {produit rien. Klle prend la substance consommée dans ie superflu du produit de ses membres. L'elal civil

1. KdUSHcaii. Contrut Sttcial. Laviv III, clisf). Vlll. Kniich-^l. 21* dincour?» au Cercle Socijtl. Hotirhf de Fer m" ir» ?'» mus

ne pourra donc exister qu'autant qu'il y aura superflu. Or cet excédent n'est pas le même dans tous les pays, il dépend des conditions économiques.

D'autre part il y a des gouvernements plus ou moins exigeants. Les différences sont fondées sur cet autre principe que « plus les contributions publiques s'éloignent de leur source, plus elles sont onéreuses». Peu importe la valeur de la contribution. Si ce que l'on débourse revient bientôt, la limite des impôts peut être très reculée, le peuple restera toujours riche. Au contraire même si l'on donne peu mais que ce peu mette longtemps à revenir, le peuple s'appauvrira bientôt.

C'est dans la monarchie que la consommation de la puissance publique est la plus forte et le chemin des contributions le plus long. Elle conviendra aux nations opulentes ; l'aristocratie aux nations simplement aisées ; la démocratie aux Etats petits et pauvres.

Toutes choses égales, ce sont les pays du Midi qui sont les plus fertiles et où les besoins de nourriture, de vêtements, sont les moins considérables. C'est là que l'on aura les pays despotiques. Le Nord aura les pays libres.

Fauchet n'a qu'un but dans son discours : ruiner la théorie de Rousseau. Elle va trop contre son rêve de l'Humanité libre. La liberté est un fruit de tous les climats. Si Rousseau pense le contraire c'est que, d'après lui, la personne publique consomme et ne produit

rien. Le gouvernement sera d'autant [>lus despotique que le superdu sera plus considérable. Or il est faux que la personne publique ne fasse que consommer sans rien produire. Quand elle est bien organisée « son [)roduit est inestimable : elle rend mille fois plus que ce qu'elle consomme ». Il est vrai que l'Etat civil ne se nounil <jue de supertlii ; mais cVst lui-même qui le produit. Sans lui le travail des bomnies ne rendrait jamais au delà de lt*urs besoins. < Sans lui les hommes n'auraient môme pas le nécessaire. C'est par 1 Etat qu'ils ont le supertlu qui nourrit l'Etat. »

Faucbet n'admet aucun des calculs d(* Rousseau sur la fertilité des climats et leur iniluence sur le plus ou moins de despotisme de l'Etat.

Tous lesgouvernements ne sontpasde même nature, «lien est de [)lus ou moins dévorants ». dit Rousseau. Ce n'est (|ue trop vrai, répond Faucbet, aussi votilons-nous tous les réformer. Les dill'érences sont fondées sur le principe cpie plus les contributions s'éloignent de leur source plus elles sont onéreuses. A (;e raisonnemeuL de Rousseau. Kaucliet (>pp.>«>.' le sien. Supposons <pie les contributions s elt>i^Mienl ji)S(ju'au bout du monde et (pi'elics nous reviennent centu[)lées, est-ce (pie cela ne sera ()as avant ai^eux ? Au contraire si nos conliibutions vont de <lie/. nous chez le voisin « mais (pi'il ne sorte en échange (ju«' des (diiens ijui nous mordent », la rapidité de la cir-

culation ne présentera que des inconvénients. Il suit de là qu'au principe Rousseau « plus la distance du peuple au gouvernement augmente, plus les tributs deviennent onéreux ». Fauchet substitue celui-ci : « La distance ne fait rien, c'est Téquilibre du retour qui fait tout. >

Dans son vingt-deuxième discours, Fauchet réfute par des exemples ces propositions avancées par Rousseau : « Les lieux ingrats et stériles doivent rester peuplés de sauvages ; les lieux où le travail ne rend exactement que le nécessaire pour vivre, doivent être habités par des peuples barbares: toute politique y serait impossible ; les lieux où l'excès du produit sur le travail est médiocre, conviennent aux peuples libres ; les lieux où Texcès est considérable veulent la monarchie.

§ 3. — Le bon gouvernement produit en tout lieu la publique abondance

Gomme s'il avait prévu l'événement qui allait arrêter ses commentaires du Contrat Social de Rousseau, Fauchet dans son dernier discours [23* au Cercle Social. Bouche de Fer, n*' 41, 12 avril 1791] entreprit une sorte de glorification de la nature, de la bonne nature. Elle a tout préparé pour le bonheur des hommes. Il ne leur faut qu'une chose pour mettre en état ce bonheur : avoir un bon gouvernement, c'est-à-dire

un gouvernoraent qui ^amatisse la Kb^plé sociale.

La nature en efïet a fait l'homme perf.ctible dans toutes les industries et omnivc^rc au milieu (îes productions de la terre. Elle a su garder ime juste pr.»portion entre l'auf^menlation du nombre d'hommes et l'accroissement des subsistanc<'s, et cela d'une façon si rigoureuse, mathématique pour ainsi dire, que € si les faux gouvernements ne les contrariaient pas, il y aurait en chaque lieu suffisante abondance pour tous, et nulle part surabondance [)our chacun ».

Pour que cette égalité soit maintenue, la Nature a fait qu' « en tout lieu où la force du sol n'abonde pas, celle de Thommc abonde, et au contraire la vigueur des habitants diminue en tout lieu où la fertilité du terrain augmente ».

Malheureusement les hommes n'ont pas la sagesse de suivre la nature et de remplir la condition qu'elle impose à la réalisation de leur bonheur : avoir le gouvernement qui garantit la liberté sociale. Ils se soumettent à des gouvernements arbitraires (pii n en gloutonnant les richesses de la natiu'e ont réduii à une vie disetteuse, prescjue toute l'espèce huuiaine : ils ont élargi rœst)[)hagc dévorant des riches aristocrates et rétréci les entrailles du piMiple ».

Par leur faute les homuies u'ont pas le bonheur.

Système de trousseau

Système de Fauchet

L'homme naît libre dans l'état de nature.

Il ne l'ait partie par nécessité que d'une société — seule naturelle — la famille. Dès qu'il le peut, il recouvre sa liberté.

Les hommes à un moment donné ne peuvent plus défendre leur état de nature.

Ils se forment en société.

C'est le passage de l'état de nature à l'état civil,

La terre est par ordre de la nature le domaine réeldel'homme.

L'état social n'est avantageux aux hommes qu'autant qu'ils ont tous quelque chose.

La souveraineté ne peut jamais s'aliéner.

La souveraineté ne peut jamais se représenter.

Tout état n'est point apte à recevoir des lois.

Le système de législation peut varier eu égard aux besoins particuliers du peuple.

La puissance législative appartient exclusivement au peuple.

La puissance législative peut se déléguer.

La liberté n'est pas à la portée de tous les peuples.

La liberté diminue avec l'agrandissement de l'Etat.

La puissance publique consomme, ne produit pas.

Influences diverses sur le plus ou moins de liberté, des conditions physiques, géographiques,de la circulation des contributions.

L'homme, être aimantparnature et recherchant le bonheur dans la fraternité, naît en société.

L'état de nature est société.

L'état de nature et l'état civil se confondent.

Mêmes idées.

La souveraineté ne peut jamais s'aliéner.

Elle doit être représentée.

Il n'y a j a) Tout état peut la

qu'une f recevoir.

législation l h) Elle ne doit pas vavraie. * rieravec les peuples

Mêmes idées.

Tout peuple est apte à recevoir la liberté.

Idée contraire.

Idée contraire.

Ces conditions n'ont aucune influence.

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