II. — Les idées politiques § 1. — Introduction au système
POLITIQUE et social
Nous avons examiné le système philoso[)lii(|ue de Fauchet, ou, [joui* dii-e mieux, les réflexions que lui avait suggérées sonétudrdu Contrat .Soc/a/. L'exposé de cette doctrine va de septembre 1700 à avril 17'.)1.
La Relif^fon Nationale contient la substance des idées politiques, économiques et sociales de P'auchet (1). C'est son œuvre capitale, bnprimé en 17S1) l'ouvrage était composé depuis queUjues années déjà. Ce livre serait un véritable corps de doctrine si l'auleur avait pris soin d'insister également sur tous les points qu'il envisage. Mallicureusement ses idées politiques ou sociales ne sont là — en règle générale — que pour illustrer une thèse ou comme consécjuence d'une théorie plus i!n[)ortante. Au tond ce livre est une étude des droits de rKglise. Tout est sul)ordonné à ce sujet, et Fauchetparexem[)le parlera longuement du ConciU'dat deiTiK) alors (ju'il consacrera (juelcpies lignes à [)cintî au < meilleur gouvernement ^>.
I. On Ir.nivi' iMicor»' (jin;l(|iu's itlêm ilans le discours sm- li-s M«i>ui*h UuiiUs. aoiit 17H" ; «laii» I • troisième discour» »ur la Liborlv fran- V»iist'. scpliiiiUro 1"H«> ; ilans l'adiossc do Fauchel A la Sociél^ de» .Viiu>* «le lii (^Mistitution U's .laoobinsj. inar-* IT'»I. Ix; tout doit lonir eu dcu\ ou Irois t'cuillotH.
Il est bien entendu — dans ces conditions — que notre étude ne peut être que restreinte et sans unité, puisqu'elle s'appuie sur des matériaux excessivement réduits et sans équilibre.
Quoiqu'il en soit de Timportance donnée aux arguments politiques ou sociaux il y a dans La Religion Nationale un intérêt réel. Il consiste en une sorte de dualité qui règne entre le système politique et le système social.Le premier est à tendances monarchistes et religieuses très prononcées, alors que le second comporte une série de réformes telles qu'on a pu faire de leur auteur un socialiste, un communiste avant la lettre.
Cette dualité de doctrine peut s'expliquer de différentes façons. Il ne faut pas oublier que le volume a été composé vers 1785 et qull était destiné à la publication immédiate encore qu'au dernier moment l'auteur ait cru bon de s'abstenir. Or c'était le moment où Fauchet atteignait les derniers échelons de sa gloire et de la fortune. Richement doté par la monarchie, quoi d'étonnant qu'il soit fermement monarchiste, premier orateur sacré et fervent croyant, pourquoi n'aurait-il pas été convaincu de la nécessité d'une étroite collaboration de la monarchie et de la religion pour le plus grand bien du pays. Il pouvait au contraire se permettre des idées sociales bien plus subversives. Rousseau avait fait école. La liberté d'opinion était grande, le moindre salon avait ses philosophes.
bâtisseurs des {)las extravagants systèmes. Les frivoles, avec ferveur ; les sages, avec indifléreuce et sans nulle crainte, accueillaient les utopies les plus dangereuses. ()ue de bourgeois aujourd'hui s'otfrent le luxe d'idées socialistes parce qu'ils n'en croient pas la réalisation possible, ils r(^stent cependant respectueux des formes établies. De nièine à la tin du xviir siècle, on conciliait très bien le resj)ect dr la monarchie absolue avec des idé s sociales dont la réalisation eût demandé un régime différent, ('/était le cas de Fauchet.
(^ue si cette explication ne suffisait pas, on pourrait en trouver une autre, d'ailleurs tout à Thonneur de Fauchet. Même en 171)1, dans son analyse du (Contrat. Social/i\ n'attachait aucune importam^e à la forme du gouvernement pourvu qu'il accomplît invariablement et fidèlement la volonté publique. Cinq ans plutôt, Fauchet devait encore inoins s'occuper de cette forme. Dès lor> il n'y avait (|u'à rendre le gouvernement existant aussi fort (fue possible, afin qu'il [)ù\ faire en toute sécurité les réformes (piil préconisait déjà.
Quoi (pi'il en soit de ces explications, le dualisme existe. Nous étudierons ^éparcuicnt la [)artic [>*)lilique et la partie sociale.
§ 2. — De LA RELIGION COMME MOYEN DE GOUVERNEMENT
La société a besoin de la religion pour protéger ses lois contre Tindépendance et les attaques des passions. « II n'est pas un gouvernement dans le monde qui ne soit théocratique ou qui puisse exister sans l'être ; car il n'en est point sans lois, et il n'est point de lois sans conscience, et il n'est point de conscience sans le juge intime et redouté de l'injustice (1). »
Fauchet pose donc la religion comme moyen de gouvernement. Quoique ennemi de Voltaire, il pense comme lui qu'il faut une religion pour le peuple.
Puis du principe que dans un pays une religion est nécessaire, Fauchet conclut logiquement qu'elle doit être unique.
En effet si politiquement la religion est nécessaire, ce n'est pas tant pour moraliser un peuple, que pour lui inculquer des idées semblables, des croyances pareilles, des sentiments communs. Il faut en faire un tout, un être à conscience unique, dont les tendances soient faciles à connaître et partant à diriger. Mais si la religion n'est pas unique, si l'on en tolère une autre ou d'autres dans un même pays on va créer