‹ Claude Fauchet, 1744-1793Chapitre 4 sur 38 · Fauchet. Discours sur les mœurs rurales, p · texte numérisé non relu

Fauchet. Discours sur les mœurs rurales, p

Si l'on compare ces textes à ce (ju il disait de la noblesse (1) on voit que malgré sa situation officielle qui eût dû faire de lui un des plus ardents défenseurs du régime, Fauchet ne craio^nail pas de dénoncer les tares d'une institution destinée bientôt à périr. A la veille de 17S9 il était plus que tout autre en proie à ce malaise étranp^e ou plutôt à cette lièvre qui précède les révolutions. Il parlait déjà de « peuple, de liberté, de [)atric » et devant la belle-sœur du roi à rabl)aye de Louf^champs il disait: « Il faut des rois et non pas des tyrans, il faut des sujets et non pas des esclaves (4). »

Entin, coïncidant avec l'ouverture des États généraux, [)araissait une sorte de manifeste : la Religion Nationale où Fauchet exposait ses idées, ('/est de beaucoup son ouvrage le plus important. Nous en examinerons plus loin les dispositions sur la loi agraire, la loi des mariages, celle des successions.

1, c De toiilfs les vanités di- l'esprit tiuniHiii, la plus tllusoirc est manircstcmeiil celle qui se forme il»' la gloire îles aiicélres. Cotlo gloire, ilans ceux-mèmes qui lobtiu rtiil, ftit siiuvtiit fausse ot presque toujours fatale : (ju'est-ce ciom- ilans leurs ilosccnilants ! on le sait assez, malgré les clTorts de la raison ilans ce siècle ; cl il faut cvaller comme des lioninu- rares, ceux qut- leur illustre itrigine n'a pas exemptés île vertus il infestés d'orgueil ; c'est le mérite — mal gr»- la naissance et non par elle — qui »sl uii grand objet de louanges. » [Draison ('tnii'hrr </»• l*héUju\nix il'llerh.iull, p. 5.)

•J. Cite par l'agauel. /'s.vk hislortifiir ri eri/n/jie stir /.i Hèvolution /'r.mj'.ji.se. p. 435.

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Les idées en sont assez avancées, pour avoir fait mettre leur auteur dans les rangs des socialistes. Quant aux questions religieuses, l'abbé Fauchet demandait l'élection des évêques par les laïcs ; et au cas où lei pape la refuserait illégitimement à Télu, l'investiture canonique par le métropolitain sur Tordre du roi, principes qui passeront dans la Constitution civile du clergé.

CHAPITKK II L'abbé Fauchet et les débuts de ta Révolution

L'abbé Fauchet à la prise de la Bastille. Fauchet à la commune de Paris.

Ses actes et ses discours ayant désigné Fauchet à l'attention, il fut, lors dv la convocation des Etats Généraux, nommé électeur du clergé par les prêtres du quartier Saint-Roch. Le i7 avril 1789, il fut élu membre de la Commission chargée par le clergé de Paris de rédiger le cahier de ses doléances.

Tout destinait Fauchet à jouer un rôle important dans les événements qui se préparaient. Les circonstances elles-mêmes le servirent.

Les électeurs du tiers pour surveiller leurs mandataires continuèrent à se réunir après les élections. Pour cela, ils formaient des seelions. l'n juilUl ITS'.i, alors que l'elfervescence était à son comble, le puuvoir avait eu la maladresse de réunir aux environs de Paris des troupes mercenaires. Le hruit eourut (ju'elles étaient dirigées contre l'Assemblée des re|>i'ésentants du peuple. Les électeurs indignés prirent la

direction de l'iasurrection parisienne, nomoièrent un comité de vingt-quatre membres, organisèrent la Garde Nationale avec la Fayette pour chef et décrétèrent que l'Assemblée réunie à THôtel de Ville aurait la direction des forces. Faucliet fut nommé membre du Comité.

Le 14 juillet eut lieu la prise de la Bastille. Fauchet y joua un rôle important. S'il ne dirigea pas les assaillants, un sabre à la main, comme le prétendirent certains journaux, il fut avec Delavigne, Ghignard etLedeist deBoutidoux des parlementaires envoyés par le Comité permanent pour prier le gouverneur de la Bastille de ne pas tirer sur le peuple. Quand la députation arriva, la fusillade était commencée. Malgré ce, les députés allèrent jusqu'au pied des tours et firent divers signaux, qui ne furent d'ailleurs pas aperçus. Ils se retirèrent alors. Fauchet aimait fort évoquer la fameuse journée et le rôle qu'il y avait joué. On le récompensa en lui offrant un costume de garde national.

Dès lors, l'abbé Fauchet devient Fapôtre ardent de la Révolution. Orateur presque officiel, dès le 5 août, il prononce Téloge funèbre des citoyens morts à la prise de la Bastille. C'est son « premier discours sur la liberté » [église Saint- Jacques-de-l'Hôpital]. Il y rappelle avec amour et dans un style ampoulé sa participation à l'affaire. Le « deuxième discours sur la liberté » sera prononcé à l'église Sainte-Marguerite.

C'est une violente diatribe contre les aristocralrs ci une prière aux révolutionnaires de ne pas compromettre par des trc^ubles les succès déjà obtenus. Le troisième discours enfin est donné à Notre-Dame à l'occasion de la bénédiction des drapeaux de la Garde Nationale ; l'auteur y expose ses idées politi«jues.Ce fut un véritable triomphe.

Le public et la manière changeaient, le succès resta égal. A un sermon de Fauclu't, au dire des Cioncourt, les chaises se payèrent jusqu'à 44 sols. Knlin, Tabbé eut riionneur, à Tissue de son premier discours sur la liberté, de se voir décerner une couronne civique, la |>remière donnée à un citoyen : « Une couronne civique formée sur-le-champ [)ar l'enthousiasme de ses auditeurs, couvrit sa tète au milieu des applaudissements. Un héraul la porta devant lui jtiscpià l'Hôtel de Ville, où il se rendait, entouré de lous les olliciers du distric^t, entre deux compagnies (pii marchaient tambours ballants et enseignes déployées (1 ).* U/étail le triomphe si ardemment souhaité par le vaniteux abbé. Il ne devait avoir (]u'un temj)s.

Le Comité qui prit la Bastille et dont faisait partie l'abbé Fauchet lit place à un second, c()m|>osé de ()0 membres représentant les tiO dislriels tic l'aris.

1, Mrmnit'fs (/(• It.iillt/, t. III. p. 38. 6(li(i<>n Lfvrnnll. Cité par ChiirrifP. Cl.tmh- Fanchrt. t 1. p. A9.

SOUS la direction de Bailly. Gomme l'Assemblée Nationale le tenait pour nul, les 60 districts recomposèrent leur comité sur l'invitation de Bailly et élirent une assemblée de 1:20 membres sous le nom « d'Assemblée des représentants de la Commune de Paris » (23 juillet). Le 30 août le nombre des représentants fut porté à 300, Fauctiet y fut délégué par les électeurs du district de Saint-Roch.

Il fit preuve d^une très grande activité dans sa nouvelle fonction ; et soutint sans succès d'ailleurs une série de propositions ; fédérer la commune de Paris à celles de France ; mettre toutes les gardes nationales du royaume sous le commandement de la Fayette ; soumettre les lois à l'approbation du peuple comme seul souverain ; rendre autonome la commune de Paris. Fauchet eut aussi peu de succès avec d'autres motions sur la traite des noirs, sur les billets de confession, sur les spectacles. Il ne voulait pas — ainsi que cela se pratiquait — que dans les hôpitaux les malades qui justifiaient d'un billet de confession pussent seuls avoir des congés de sortie. Sur les spectacles il avait des idées que l'on a reprises de nos jours. Il voulait supprimer les spectacles forains parce qu'ils démoralisaient le peuple, offrir chaque semaine aux petites gens un spectacle gratuit : moralisation du café concert, représentations gratuites, de nos jours. Cette incursion dans ce domaine, peu conforme semble-t-il à son caractère de prêtre, lui valut une série d'arti-

des et d*épigrammes. Il en est une assez plaisante qui blessa particulièrement Fauchet (1).

Le janséniste cannibale

Fauchet, le saint mardi louvoiement pérora

Sur les boulions de l'Opéra

Dans la tourbe municipale.

Or, le prêtre bourreau prétend

Que tout spectacle dit chantant

Enverra, chaque mois, ses auteurs à la Malle

Pour y chanter, hurler, baller

Et de chansons gratis le peuple réf^aier.

— Pour cet avis très lortemenl j'opine,

lieprit Warville. aimable polisson ;

Du moins, s'il manque de farine

Le peuple aura toujours du son.

L'abbé Fauchet lit aussi partie du Comité de i^olice, institution créée le 14 juillet 1789 pour maintenir Tordre, surveiller la presse, eni[)écher les attroupements et toutes fonctions du ressort de la police. Comme pour toutes choses, il y fut très zélé.

Le ^7 février 1790 F:iuchct fut iioMunc piésideiil de la (k)mmune, puis réélu pour* la session de in;ii. Le 4«i juillet la (Commune fut reuiplacéc ; l'ahhf ne fut pas réélu.

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