CHAPITRE III
Le Cercle Social
Son histoire. Ses théories. La critique.
En même temps qu'elle amenait la fin d'un Uéi^ime, la prise de la Bastille semblait créer uti étal d esprit nouveau. De tous les réformateurs qui pullulaieul, pas un, après cette secousse, qui ne crût à la possibilité de réaliser ses conceptions politiques et sociales. Les systèmes de régénération les plus osés pouvaient passer pour ne plus être utopiques : aussi surj<irenl-ils de toutes parts comme à l'heure la plus propice. Le monde intellectuel devint réformateur avec l'espérance d'aboutir i\ quelque (^hose de nouveau.
I/abbé Fauchet ne pouvait pas se soustraire à l'influence ambiante. Trop de fois il aval! «'xposé ses idées dans ses discours ou ses tiuviaifes pour ne pas avoir la léu^itime ambition dr les faire mieux connaître, plus, de les mettre en pratupie. D'aucuns voulaient réjçénérer la France, il visa [»lus haut et pensa a léformer THumanité. Dans l'essai de réalisation de ses ptojels <|ue tenta Fauchet, le hasard le s.i\ii admirable-
ment dans la personne de Nicolas de Bonneville. Celui-ci avait été de bonne heure partisan de la Révolution, mais d'une révolution sans effusion de sang, sans troubles. Il aurait été le promoteur d'une « garde bourgeoise » qui devint la garde nationale. Il fut arrêté comme girondin mais, plus heureux que son collaborateur, il fut relâché après le 9 thermidor Sous TEmpire ses opinions libérales lui causèrent des ennuis. Il mourut à Paris en 1828. Nodier en a laissé le portrait suivant dans ses souvenirs : « C'était le cœur le plus simple et le plus exalté que j'aie connu de ma vie, avec son imagination de thaumaturge et sa science de bénédictin, sa faconde de tribun et sa crédulité de femme, son éducation d'homme du monde et ses mœurs d'homme du peuple (1). » Maints traits de caractère le rapprochaient de Tabbé Fauchet : même foi un peu naïve, même espoir en une Révolution débonnaire, même croyance en une perfection possible de l'Humanité, même exaltation. Il était francmaçon, de la secte des Illuminés. Fondée par Weishaupt en Bavière (1780) cet ordre avait pour but le triomphe de la vertu et le progrès intellectuel et moral. Son objectif était de combattre les Jésuites et, pour mieux y arriver, son fondateur l'avait hiérarchisé selon les règles et les méthodes de ses adversaires (2). Dans la pensée de Fauchet, Nicolas de