M"" DUGAZON DANS LE ROLE DE NINA, GOUACHE PAR HOIN
(Collection de M""" de Polos,)
qu'à Dijon», fut en son temps « habile portraitiste au pastel et plus fin gouacheur de paysages » :
« Sa M'"^ Dugazon dans le rôle de Nina, courant vers la grille
d'un parc en tenant un bouquet de la main gauche, est un modèle de travail délicat de la gouache, avec son piquetementde touche brillant et léger. Cela sent les belles qualités du miniaturiste Hall, mais combien plus spirituel et français qu'un Lavreince ! »
Ajoutons que l'artiste auquel on commençait à rendre justice est vengé, bien qu'un peu tardivement, et le prix de 19.000 francs atteint par sa gouache à la vente Concourt, nous semble des plus honorables pour sa mémoire.
Pour terminer avec les portraits de M"'^ Dugazon, il reste à signaler, chez M. Gaston LebretoU;, conservateur du musée de Rouen, une esquisse charmante, dit-on, première pensée de l'œuvre qui précède; à la vente Mûhlbacher, divers projets et esquisses aussi, et pourquoi ne restituerions-nous pas à Claude Hoin une agréable aquarelle gouachée^ attribuée, dans cette vente, à Gabriel de Saint- Aubin et figurant ili"'^ Dugazon couronnée par le Temps?
C'est ainsi qu'on serait encore tenté de lui donner, n'était la signature, la jolie gouache du comte Greffulhe, qu'au premier abord on prend pour une Nina, des fleurs dans les mains. Même air touchant; costume d'un bleu idéal, fichu léger aux rayures blanches, paysage aux tons chauds, tonalité coutumière; mais à la vente Léopold Double, d'oii elle provient, c'était le portrait de M*"® Saint- Aubin dans le rôle de Babet, signé d'ailleurs du « plus pimpant des miniaturistes », Hall, 1789. Inclinons-nous, en constatant, une fois de plus, de grandes analogies entre certaines œuvres de ces deux charmants artistes, Hall et Hoin.
Moins connu comme pastelliste que comme gouacheur, Claude Hoin doit pourtant occuper un très honorable rang parmi les virtuoses du pastel. Son dessin est ferme, son coloris animé et son exécution facile. Sans doute il est loin d'offrir l'énergie d'un Chardin, la vie intense et la profondeur d'expression du grand physionomiste La Tour, ou encore l'exécution magistrale d'un Perronneau.
Guiard et M"'^ Vigée-Lebrun le dépassent peut-être sous le rapport du charme, mais il garde bien sa place auprès d'elles par le goût qu'il apporte aux ajustements féminins et la ressemblance évidente de ses portraits. On peut juger de sa valeur par ce fait qu'au musée de Dijon sa propre image, placée à côté d'un portrait d'abbé par La Tour, n'est pas écrasée dans ce voisinage redoutable.
On sait combien la Rosalba, pendant la Régence, redonna de popularité au pastel, en rajeunissant, par son coloris idéal, l'art suranné des maîtres crayonneurs des siècles précédents. A ce même musée, au-dessous du portrait de Hoin, sont placés deux pastels de cette artiste exquise : La Jeune fille à la colombe, aux chairs de ce ton nacré qui lui est propre, et Le Printemps, brune à l'œil noir, à la chaude carnation. Le catalogue nous apprend que ces deux ravissantes images ont été léguées à sa ville natale par Claude Hoin. Les voilà donc, ces modèles que l'artiste avait sans cesse sous les yeux ! Ne nous étonnons plus de l'harmonieux aspect de ses ouvrages, en pensant à la leçon permanente de grâce et de souplesse qu'il devait y puiser.
Hoin, au début, serre la forme et son exécution n'a pas encore la liberté qu'elle offrira plus tard ; mais comme il est vivant, par exemple, dans son portrait à vingt-cinq ans, la narine dilatée, le teint coloré, l'œil vainqueur, la perruque provocante ! Il respire la belle humeur dans toute sa personne, s'est campé bien de face, et de sa main a écrit : j^ar lui-même 1775.
Dans la même maison oii cette intéressante image figure comme portrait de famille se trouvent deux pastels d'une exécution plus veloutée, sinon plus ferme : le portrait d'un homme jeune, poudré, de physionomie agréable et douce, costumé de soie noire, au jabot de dentelle lestement traité ; en pendant, une jeune femme poudrée, une fleur dans ses cheveux relevés, double collier de perles sur sa poitrine décolletée, robe de soie bleue à rubans bleu et blanc d'un
arrangement charmant, de ceux qu'en ce temps-là on aurait appelés « désespoir d'opale » ; peu joli, de physionomie triste et résignée, le modèle reste néanmoins agréable.
La présence de ces deux portraits, le mari et la femme, chez l'arrière-petite-nièce de l'artiste, certaines ressemblances que nous avons constatées nous font supposer qu'il a représenté là son frère cadet, Louis-Bénigne Hoin, procureur au bailliage, et sa jeune femme, dessinés par lui peut-être au moment de leur mariage. Le portrait d'homme est signé : CB. Hoin, p^''^ du Roi, S 8^'^^ 17 S2, signature inexacte, due sans doute au grand désir qu'il avait de se parer de ce titre flatteur qui amenait des commandes, et aussi parce que les artistes de son entourage signaient souvent ainsi ; mais nous ne sachions pas qu'il ait été autre chose que peintre de Monsieur, frère du roi.
Rien d'impossible à ce que son amie, M"'^ Guiard, peintre de Mesdames ain^i que de Monsieur, ayant ses grandes entrées à Versailles, lui ait facilité l'accès du palais et ait été pour quelque chose dans la distinction accordée plus tard par le comte de Provence. L'avait-il connue parce que son mari Nicolas Guiard, commis à la Recette du Clergé, se trouvait être son compatriote, étant, nous apprend Jal, né à Dijon d'un procureur au présidial ? ou avait-il rencontré le ménage dans l'atelier de Gois? Peu importe ; tout ce petit monde d'artistes, sculpteurs et peintres, vivait porte à porte, dans les ateliers du Louvre, reliés entre eux par de larges corridors. Fille d'un marchand de modes de la rue Neuve-des-Petits-Champs, M'^'*^ Guiard \ née Adélaïde Labille, était une personne pleine de goût, au frais coloris, mais d'un modelé un peu mince dans ses peintures ; elle s'est montrée supérieure dans le pastel : nous n'en voulons pour preuve que les superbes portraits des filles de Louis XV, au Louvre, bien préférables à ceux que l'on voit d'elle, peints à l'huile, à Versailles. L'énergique image du sculpteur Pajou, son morceau de réception à l'Académie, fait honneur à l'élève de La Tour et suffirait à la classer à la tête des meilleurs pastellistes du temps de Louis XVL
C'est une intéressante figure d'artiste, que Claude Hoin a pu approcher à loisir et dont il a même gravé le portrait^ la tête comme enfouie dans la fanchon ruchée du temps, petite eau-forte intime, paraissant exécutée ad vivwn et datée de 1786. Divorcée en 1791,
i. MmeGuiard, en secondes noces Mme Vincent, née à Paris le 11 avril 1749, morte dans la même ville le 24 avril 1803.
CLAUDE HOIN 33 M'"" Guiard se remaria dix ans après, n'étant plus jeune, au peintre
M"'^ DUGAZON ET MONVEL, PAR HOIN (Musée de Dijon.)
André Vincent, fils de son premier maître, et mourut prématurément peu après, en l'an XI (1803).
Prévenu par Gois père de la maladie de son amie, Hoin apprit la triste nouvelle alors qu'il était à Dijon et prononça son éloge
à une séance de l'Académie de cette ville. Écrivant à Vincent pour le consulter sur la création en projet d'écoles des beaux-arts en province, il lui exprimait en même temps ses regrets, et celui-ci lui répondait, le 9 mai 1804 :
Je suis extrêmement sensible, Monsieur, aux témoignages d'intérêt que vous me donnez relativement à la perte que je fis, l'année dernière, dans la personne d'une épouse que son esprit, son caractère et ses talens rendaient chère à tous ses amis et à qui je paye chaque jour le juste tribut de mes regrets Vous devez être convaincu. Monsieur, que si une circonstance favorable au désir que j'ai toujours eu de vous être de quelque utilité se présente, je la saisirai avec le même empressement que j'ai mis autrefois à vous donner quelques soins que vous avez bien voulu rappeler à mon souvenir avec des expressions qui me font voir quel est celui que vous en conservez
Vincent ' .
A Monsieur Hoin, professeur de peinture, à Dijon.
Ces relations fréquentes avec tant d'artistes, ces visites journalières dans les ateliers du Louvre, où toutes les formes de l'arl étaient cultivées, donnaient à Claude Hoin une émulation salutaire, dans ce milieu éminemment favorable à la culture de l'art charmant oii l'artiste cherchait à briller.
Des deux pastels qu'il envoyait à l'Académie de Toulouse, en 1782, négligeons la Tête de vieillard, qui n'est qu'une poncive étude d'atelier, pour admirer la souriante Jeune fille , dont les cheveux, fixés par un ruban, retombent en boucles sur les épaules, tête de fantaisie peut-être, mais agréable, où l'on surprend Claude Hoin à la poursuite de son idéal de beauté.
Ailleurs, comme dans le pastel où nous croyons retrouver son étude pour la tête de la Ninay l'élève de Greuze se montre caressant grassement la forme et cherchant avec soin l'expression, afin de se rapprocher de l'original charmant dont nous avons parlé à propos des gouaches représentant M'"'' Dugazon.
Nombreux sont les portraits qu'il exécuta, avec sa grâce facile, pendant la période qui précède la Révolution, moment de suprême élégance dans le costume. On nous en signale de divers côtés : M. Tagini, antiquaire à Dijon, a vendu un important pastel de lui représentant une jeune femme parée de fleurs; le musée de Langres
1. Vincent (François-André), peintre d'histoire et de portraits, né à Paris le 30 décembre 1747, mort dans la même ville le 3 août 1816.
en possède nn ; d'autres seraient chez une petite-nièce du peintre, à Vitry-le-François. Toutes ces œuvres de jeunesse étant dispersées dans les familles, leur découverte est l'effet du hasard ; aussi avonsnous été heureux qu'on nous signalât, aux environs de Fontenayle-Comte, chez M. le marquis 0. de Rochebrune, deux intéressants pastels prouvant combien l'artiste avait le sentiment de l'élégance
M'"^ TIXIER, NÉE DU MAS DE PÔLAnD, PASTEL PAR HOIN (Appartenant au marquis de Rochebrunc.)
féminine ; ce sont des portraits de jeunes femmes, dans l'exécution desquels Claude Hoin est alors en possession de tous ses moyens : facture large et grasse, arrangement plein de goût.
A notre demande, M. de Rochebrune a répondu, en nous en envoyant, très courtoisement, les reproductions photographiques :
Je possède, en effet, deux pastels ; ils sont signés Claude Hoin
peintre de Monsieur frère du Roy 1790. La facture est remarquable de finesse, d'élégance et d'harmonie de ton. Les gazes sont d'une transparence, les étoffes et les fleurs d'un brillant et d'un éclat extraordinaires. On les croirait sortis d'hier de la main de l'artiste. Ce sont les deux sœurs, M^'^^ du
Mas de Polard, dont l'une, l'aînée, épousa à Clermont-Ferrand M. Tixier et la cadette, M^^^ Caroline, épousa en 1792 M. Pierre de Guillaume de Rochebrune, mon grand-père, alors commissaire des guerres à Limoges. Celui-ci émigra en 1793 et ma grand'mère mourut peu de temps après à Maeslrictit, dans une cave, pendant le bombardement de cette ville
Bon juge en fait d'art, M. de Rochebrune ajoute que la reproduction ne peut donner une idée du charme du coloris et des nuances
tendres des étoffes. Le portrait de sa grandmère lui paraît supérieur encore à celui de sa sœur, avec son corsage bleu et sa transparente écharpe de mousseline. La tradition conservée dans sa famille veut que les portraits des deux sœurs aient été faits dans l'atelier de l'artiste, qui donnait des leçons de miniature à la plus jeune.
De la seconde période, celle d'après la Révolution, une grande partie des pastels que nous avons rencontrés représentent des membres de la famille de floin, ses frères, ses belles-sœurs et surtout lui-même. A cet égard, M'"° de Ghamberet possède, à Dijon, une série unique de six intéressants pastels.
A toutes les époques de sa vie, Claude Hoin a aimé à se prendre pour modèle : pastel, dessin, miniature, tout lui est bon. Nous avons dit quelle vivante image il a laissée de lui à vingtcinq ans, dans tout l'entrain de la jeunesse! En 1787, il se dessine de profil en médaillon, à la mine de plomb estompée et se grave lui-même d'une pointe légère, à Feau-forte mélangée de manière de lavis. Les miniatures sont nombreuses aussi ; celle qu'on nous signale à Lyon, la tête coiffée d'une sorte de béret d'artiste, serait remarquable ; toutefois les pastels exécutés vers sa
LA F E i>l jM E DE CLAUDE II 0 1 N , PAU C L iV U D E 11 0 1 N Pastel apparLciiant à M"^ de Cliamberet.
cinquantième année sont particulièrement soignés et parlants.
Le plus important est celui que conserve M. le général Darras, au château d'Arsonval. Hoin s'est représenté à mi-corps, drapé dans les plis d'un large manteau de couleur rougeâtre, montrant de la main le profil de sa femme qu'il vient d'esquisser. Ne serait-ce pas le portrait qu'il exposait au Salon de 1801? Mentionnons ceux de M. Camille Oudiette, à Saint-Germain-en-Laye ; de M. Royer-CoUard, à Tours ; du musée de Dijon; enfin, celui que possède M'"^ de (^hamberet dans cette ville, superbe de maîtrise, d'une vie intense et d'une largeur remarquable dans le métier.
Le pastel est un art de femme, a-t-on dit : il suffit de voir celui-ci pour être d'un avis opposé.
tant il est éner-
CLAUDE HOIN, EN 1808, PAR LUI-MÊME (Pastel appartenant à M""« de Cliamberet.)
gique et viril, au contraire . Signé Claude Hoin, ci-devant peintre de Monsieur et du duc de Bouillon, peint par lui-même, 1808, ce beau portrait prouve que l 'artiste, malgré ses cinquante-huit ans, n'avait encore rien perdu de sa virtuosité. Il s'est montré la figure tournée presque de face, les yeux clairs largement ouverts, le nez accentué et d'un beau dessin, les cheveux blancs accommodés à l'ancienne mode ; expression intelligente et sympathique, coloris bien vivant. Nous le préférons au pastel du musée, qui semble un peu postérieur, à en juger par l'arrangement de la cravate et du manteau, bien que la coiffure en ailes de pigeon rappelle encore celle du xyiii*^ siècle.
Son pendant, bien intéressant pour nous, n'est autre que l'image de la femme adorée dont nous allons raconter le roman intime, d'Amélie Thuaut, veuve Lefort, devenue M"'*^ Claude Hoin, par son ami C'-^'^ Hoin, 1806. Avec quelle curiosité n'avons-nous pas regardé
ces beaux yeux brans, que le peintre a célébrés avec tant de chaleur, cette bouche spirituelle et moqueuse, ce nez légèrement retroussé, toute cette figure grassouillette qu'encadrent des frisons noirs retombant sur le front et les oreilles, à la mode du temps ! un collier de perles, quelques fleurs au corsage chastement décolleté, achèvent de la parer. Elle pouvait avoir alors trente-deux ans et paraît plutôt petite et potelée. Bien que sans grande beauté, elle a du charme, une aimable physionomie, et son image explique jusqu'à un certain point la grande passion qu'elle avait inspirée à l'artiste. On disait de La Tour qu'il voulait causer longuement avec son modèle avant que de le peindre. L'artiste aura pu étudier celui-ci à loisir, s'imprégner de la ressemblance et insuffler à son œuvre le charme intime qui s'en dégage.
Pour fmir avec les portraits conservés dans la même maison, à Dijon, disons qu'il s'y trouve également les pastels ovales des frères du peintre, le chirurgien et le procureur, moins importants que les précédents, et celui de Madame F. J. Hoin, seconde femme du premier et dernière du nom. La tradition veut que l'artiste ait représenté sa belle-sœur de manière à dissimuler certaine imperfection dans les yeux, survenue pendant une maladie dont le médecin l'avait guérie.
Que de portraits exécutés pendant le long séjour à Paris de l'artiste ! Son Journal, écrit aux premières années du siècle, en mentionne plusieurs : ceux des frères Daru, de M""^ Cambon, de M'"^ Lansel^ des époux Rozier, etc. Au cours de nos trop rapides recherches, divers de ces pastels nous sont passés devant les yeux, œuvres de la maturité du peintre. Madame de Nogent, au château de Bretenières, nous a surtout frappé par sa bonne grâce, avec ses boucles brunes à la mode du temps ; les deux portraits de Madame Adelon et ceux de ses deux fils, dont l'un fut de l'Académie de Médecine, conservés chez ses descendants. Ils témoignent de beaucoup de conscience et de facilité. Celui du jeune Adelon, engoncé dans sa haute cravate, daté de 1802, unit le charme de la jeunesse à l'intensité de la vie.
Hoin excellait aussi dans ces études rapides, largement tracées sur papier bleu, au crayon noir rehaussé de blanc, et parfois égayées des touches vermeilles des crayons de couleur. Beaucoup ont figuré à la vente de La Loge, faite en 1872 à Dijon : hommes aux traits énergiques, femmes coiffées de chapeaux Directoire, jeunes filles parées d'un ruban ou d'une fleur. Ces feuilles, sur lesquelles on voudrait mettre des noms qui donneraient la clef de bien des rela-
'/laude Hoin del , Ooupiloravure
tioiis de l'artiste, se font remarquer par leur excellent dessin et un don précieux, celui de la ressemblance. A distinguer surtout une expressive Tête de jeune femme aux cheveux flottants retenus par un ruban bleu, chez le Barbier, de Dijon, moins terminée mais supérieure peut-être au portrait de la même personne exposé au musée de cette ville. Toutes ces études très personnelles sont de grandeur nature ; dans un plus petit format, l'artiste a exécuté nombre de portraits intimes. Ils sont au crayon ou à la pierre d'Italie, finement rehaussés de sanguine et tout à fait dans la manière d'Augustin de Saint-Aubin. N'était la signature, c'est à ce charmant artiste qu'on serait tenté d'attribuer deux médaillons, le mari et la femme, appartenant à M. Paul Royer-GoUard. L'agréable figure de l'homme offre une telle ressemblance avec le peintre — même dessin du front, des yeux, du nez — que nous n'hésitons pas à y voir son frère cadet Louis Lloin, dont la femme, des fleurs dans la coiffure, mais moins que jolie, est également dessinée de prohl.
A signaler à Dijon, dans ces dimensions restreintes, chez un amateur d'art distingué, M. le D^ Marchant, un intéressant portrait d'homme jeune, au crayon rehaussé de sanguine ; il y voisine avec une fine aquarelle de forme ronde. Jeune femme allaitant son enfant, qui nous servira de cul-de-Iampe.
Nous n'avons pu voir, plusieurs salles du musée de Dijon étant fermées, deux autres portraits -médaillons sur une même feuille, de monture ancienne : M''"^ Dugazon des Italiens eti/. Moiivel des Français, signés C. B. Hoin avec une date que l'on croit lire 178^. Au soin de l'exécution, si tant est qu'on puisse en juger par une reproduction imparfaite, à la gaieté des expressions, à la réunion dans un même cadre, on devine des amis de l'auteur : physionomie spirituellement ingénue chez l'actrice et fine chez le comédien. On sait que Monvel, acteur et auteur dramatique, passe pour être le père de M^''^ Mars, « son meilleur ouvrage ».
Et tous ces médaillons, dessins minuscules plus ou moins rehaussés de pastel ou d'aquarelle, nous amènent à dire un mot des vraies miniatures, non plus sur papier, mais sur ivoire, art délicat, un peu féminin, dans lequel brillaient alors tant de concurrents redoutables. Sicardi, Vestier aux gris si fins, Augustin, Hall surtout, lui qu'on avait surnommé, avec quelque exagération, le van Dyck de la miniature, étaient bien faits pour décourager un artiste moins habile.
CLAUDE IlOIN
Dès 1778, Hoin exposait son portrait en miniature au Salon de Toulouse et le laissait en témoignage de reconnaissance à l'Académie de cette ville, qui l'avait admis dans son sein en qualité d'artiste associé honoraire étranger. Ce petit tableau, trouvait-on alors, se recommande par sa touche spirituelle, son coloris lin et son dessin gracieux. Quand, après la Révolution, il s'informait de la réorganisation de cette Académie, Suau, professeur de dessin à l'école centrale de Toulouse, lui répondait, le 4 fructidor an xi :
Nous avons formé un musée où sont réunis les plus beaux morceaux d'art de ce département. Votre portrait en miniature et les deux tableaux au pastel que vous avez donnés à noire Société y sont exposés à la vénération publique. Soyez bien persuadé, Monsieur, que si notre Société se réorganise, nous nous ferons un honneur infini de pouvoir vous compter toujours au nombre de nos associés les plus distingués. C'est le vœu de tous mes collègues....
Nous avons eu la bonne fortune de découvrir, chez une arrièrepetite-nièce du peintre, un vrai nid de miniatures de sa meilleure époque. Telles de ces miniatures, la souriante jeune femme au corsage rouge, aux cheveux blonds ornés de fleurs, à la guimpe de mousseline, ou bien la jeune fille au fichu blanc, cheveux poudrés, fleurs au corsage, ofTrent une analogie d'exécution, un air de famille avec celles de Hall au point de les croire de sa main. Moins flou, moins vaporeux à la vérité, moins fin aussi que le maître suédois^ Hoin s'y montre plus vif de ton et d'une exécution tout à fait séduisante.
Dans ce lot^ il faut remarquer un seigneur âgé, au costume datant de 1780 environ, cheveux blancs, habit avec jabot^ très finement peint, et un autre portrait d'homme à l'air triste et réfléchi, habit marron, travaillé par petites touches systématiques d'un pointillé dont le miniaturiste s'est affranchi plus tard. Les traits rocailleux de Colson père, du musée de Dijon, nous sont revenus en mémoire à sa vue, et l'hypothèse n'aurait rien d'invraisemblable, qu'un portrait de Colson le fils, peint par son intime ami Hoin, se retrouvât parmi ces souvenirs de famille.
Le malheur est que ces ouvrages sont rarement accompagnés du nom du personnage. Pour un autre, toutefois, comme c'est son propre portrait, d'une tonalité un peu rouge, répétition réduite des pastels de Dijon, il n'y a pas à s'y tromper. A côté sont des copies très fines d'œuvres connues : le Portrait d'une darne, d'après le van Dyck du musée du Louvre (n« 149 du catalogue Villot), la Vierge
portant l' Enfant Jésus, d'après Rubens, charmante miniature signée C''^ Hoin^ d'une coloration très vive ; ce sont elles que signalait Amanton, en 1817, comme ayant été exposées le 21 frimaire an xi, à Dijon, par l'auteur, dans une salle du musée nouvellement créé.
Elles sont à rapprocher de la miniature signée de la collection Estienne, Jeune paysanne à la gorge abondante, soutenant de ses bras musclés une corbeille de fruits, exécutée encore sous l'inspiration évidente d'une peinture de Rubens ou de Jordaens. Enfin, il est intéressant d'en retrouver une de Hoin, d'après son maître Oreuze, peinte avec ces reflets roses dans les ombres des chairs que le peintre affectionnait. C'est la tête de jeune fille bien connue, à l'air mélancolique, gravée, croyons-nous, sous le nom de la Vertu chancelante.
De divers côtés, on nous signale des miniatures, qui sur des tabatières, qui sur des bonbonnières. Les collections Panhard, Doisteau en possèdent. Le manque de signature rend parfois les attributions assez chanceuses, d'autant que, dans ce petit genre, Claude Hoin est plutôt protéiforme. Ainsi, celle qui ornait une boîte d'écaillé blonde, à lui attribuée, à la vente Mtihlbacher, Jeune femme à Vécharpe bleuâtre, rappelait, si nos souvenirs sont exacts, le faire serré de Dumont. L'agréable portrait de jeune femme aux cheveux blonds, à la gorge à moitié couverte d'un fichu de mousseline, à rayure blanche, au corsage violet tendre, note caractéristique, on le sait, semble avec quelque vraisemblance lui être donné par son possesseur M. Charles Ephrussi, mais pourrait aussi bien être attribué à Vestier. On peut, au contraire, affirmer comme de Hoin la Jeune fille blonde, au corsage bleu, de M. Jules Porgès, et la J)ame aux boucles blondes, aux yeux brun clair, dont le portrait, monté sur une boîte d'écaillé, appartient à l'un des plus connaisseurs parmi nos antiquaires, M. Guiraud. C'est lui qui, il y a quelques années, découvrait chez un amateur, à Dijon, un portrait du comte de Provence tout à fait dans le goût de l'artiste, répétition sans doute de la miniature qu'il peignait à Versailles pour ce prince, aux derniers jours de 1785. Elle serait passée depuis dans la collection de M. C. Groult.
Pour terminer sur ce sujet, il reste à signaler les diverses Yniniatures que l'artiste amoureux a faites de l'agréable veuve qui devait, par la suite, devenir M'"« C. Hoin. Dans son Journal, il parle souvent de son image placée sur sa table, qui le regarde et lui sourit^ mais ne lui répond pas. Ce sont sans doute les der-
nières qu'il ait exécutées, car à la lin de sa vie, la fatigue de ses yeux semble l'avoir décidé à renoncer à des travaux aussi délicats pour ne plus s'occuper que de pastels.
Il y a un siècle, la vraie campagne était à deux pas, à la place occupée par les faubourgs du Paris actuel. Pas n'était besoin d'aller au loin pour y prendre des « intentions de sites », comme dit notre peintre, c'est-à-dire les études nécessaires à ses fonds de gouaches. 11 suflisait d'aller à Belleville ou à Pantin ; Romainville avait
VUE DU PARC DE DIJON, PRISE DES ROROS DE l'oUCIIE (Aquarelle de C, Hoiii, apparlcnant à M. le D"" Marchant.)
un bois et les Prés Saint-Gervais n'étaient pas une ironie. Hoin, dans ces promenades, semble ému devant la nature ; mais, comme tous ses contemporains, il ne la voit qu'avec les yeux de la convention. Ses parcs, d'harmonieuse allure, tout enveloppés de verts passés et de gris fins, sont réveillés des tons roux de l'automne, ses notes préférées, bien choisies pour faire ressortir sur un fond doucement éteint les élégantes figures qu'il y promène.
Sorti un jour de printemps dans l'intention de dessiner, voici le petit tableau qu'il trace au retour pour son amie, dans la note idyllique du temps, où l'on sent passer comme un souffle de J.-J. Rousseau :
.... J'ai repris mon ouvrage jusqu'à deux heures ; je suis allé dîner et de là me promener. Il faudrait, en ce moment, la plume de Gessner pour te rendre tous les détails de cette promenade. J'ai suivi la barrière du Temple
jusqu'à Belleville ; de là je me suis rendu aux Prés Saint-Gervais. Je suis allé jusqu'à Pantin, d'où j'ai gagné le bois de Romainville.... Comme j'étais seul, j'étudiais et philosophais. Le soleil était beau, la nature riche et brillante de son nouvel éclat. Je l'ai considérée, examinée, comparé les effets des couleurs des différents objets les uns avec les autres. Je crois avoir pris une bonne leçon. Dans ce charmant endroit, la gaieté y tient lieu de tout. C'est le rendez-vous du bonheur et de la bonne intelligence. Vous y voyez les pères, mères et enfants, ensemble ou séparés, mais tous la joie sur leurs figures ; et ce qui n'est pas moins intéressant, ce sont les accouplements du cœur. L'intérêt est dans leurs conversations, dans leurs yeux, dans tous leurs mouvements. Oh ! Amélie, tu étais avec moi quoique tu n'y fusses pas ! Je pressais tes cheveux sur mon cœur, je baisais ton anneau, je t'appelais : Amélie, chère épouse, amante adorée, quand pourrons-nous nous promener ainsi ?
Nous nous doutons que l'amour était bien pour quelque chose dans ce lyrisme ; l'artiste est sincère pourtant, et sincères aussi sont les aquarelles légères faites au cours de ses promenades autour de Paris ou dans ses voyages en Bourgogne, bien que la nature y semble vue comme à travers un léger brouillard. C'est dans sa ville natale qu'il faut les chercher surtout. On voit chez M. le D'" Marchant des paysages rappelant beaucoup le travail de Pérignon^ moins la sécheresse : Vue du jardin de M. d'Osibj, Vue delà Colombière, Vue du Parc, prise des bords de l'Ouche, le parc des Coudés, avec ses ifs taillés en pièces d'échiquier, vues prises toutes aux environs immédiats de Dijon^ en 1784. Chez M. Paul Court, des études analogues, aux tons flous et vaporeux, parmi lesquelles nous avons distingué une Vue de Saint-Irénée près de Lyon. Chez M. Metman, des paysages datés de floréal an VII ; chez M. le conseiller Masson, des gouaches qu'il tient par héritage de son grand-père^ le peintre J.-C. Naigeon, quelque souvenir donné à son vieux camarade de l'école de Devosge ; chez M'"° de Chamberet encore, des paysages ornés de ruines, tout à fait dans le goût de Pernet ou de NicoUe ; chez le D'' Henri Royer-CoUard, à ïours^ deux autres gouaches : Vue des environs de Vincennes et Vue de Vaugirard près Paris, qui pourraient bien être celles que l'artiste exposait au Salon de 1802.
Hoin, d'ailleurs, peut être comparé et va de pair avec les paysagistes-gouacheurs du temps, Pillement, Mongin aux massifs d'arbres d'un indigo hardi, Lallemand son compatriote ; toutefois, nous lui préférons Louis Moreau l'aîné, pour l'agilité spirituelle du pinceau doublée d'une exquise harmonie, ou bien encore Taunay, dont les amusantes compositions s'encombrent de bergers et d'ani-
maux. Hoin n'a pas leur imagination, mais de la sensibilité et parfois une note spéciale de mélancolie.
Cette tournure particulière d'esprit l'a même amené à un genre
TÈTE DE JEUjVE FEMME, DESSIN AUX CRAYONS DE COULEUR, PAR C. 110 IN (Appartient à M. le D"- Barbier, à Dijon.)
de paysage que l'on pourrait qualifier de funèbre, car il y fait intervenir stèles et tombeaux. A la mort de chacun de ses parents ou amis, il ne manque pas d'exécuter en souvenir d'eux quelque gouache dans la note triste. Au bas d'un paysage aux tons vaporeux du salon de M'"° de Ghamberet, on lit : Tombeau de J. J. Hoin maître es-arts et chirurgie, etc., fait par C. B. Hoin 178^, C^est la gouache
à la mémoire de son père, exposée à cette date au Salon de la Correspondance. Au sujet d'un autre dessin du même genre, il écrira :
.... Rendre compte à mon amie de ce que je fais, c'est satisfaire mon cœur. Je lui dirai donc que je me suis occupé en faisant une petite esquisse du tombeau de mon oncle. Ce titre était la suite des circonstances, mais il était mon ami, titre bien plus cher à mon cœur....
N'est-ce pas ce paysage qu'il exposait au Salon de l'an ix (1801), sous le titre de Deimiers devoirs de V Amitié, et cet oncle défunt n^était-il pas celui qui l'accueillait à Paris aux heures bénies de la jeunesse? Le sentimental artiste se laisse aller encore à sa tendance au paysage funèbre, dans un dessin grand comme un dessus de bonbonnière, que lui inspire la lecture des Lettres sur la Mythologie :
.... En t'attcndant, je m'occupe encore d'un petit tombeau. Il intéressera toutes les âmes sensibles. C'est Emilie sur celui de Demoustiers. Amélie ne sera pas la dernière à approuver mon idée....
Travaux sans grande importance sans doute, mais marquant plus d'originalité que telles de ses réductions gouachées des marines de Vernet ou ses copies de van Dyck.
L'entourage d'un artiste donne souvent la clef de ses tendances et de certaines particularités de son talent. En relation avec Fessard, Gaucher et beaucoup de graveurs, Claude Hoin devait nécessairement tâter de la gravure. Il s'y essaya, en effet, pendant les années qui précédèrent la Révolution. A part quelques portraits gravés par lui d'après ses dessins, celui de Piron, en 1786, le portrait de son père que nous avons reproduit, son propre portrait-médaillon à l'eau-forte, terminé au lavis (1787), et celui de son frère cadet Louis Hoin, en 1788, la grande composition allégorique inspirée par la mort de Mirabeau est son morceau principal.
Gomme beaucoup d'autres, il avait interrogé l'actualité pour cette pièce toute de circonstance : U Apothéose d'Honoré Gabriel Riquetti ci-devant comte de Mirabeaif, dédiée aux amis de la Constitution par Claude Hoin, peintre de Mo7isieur ; assez bien composée, elle ne sort pas de la rhétorique habituelle d'artistes comme Monnet, Sergent-Marceau ou Desrais. C'est pauvre d^invention, mais d'exécution claire^ dans ses tons de lavis de bistre. L'estampe est pourtant bonne à rechercher.
Ce sont surtout les dessins du sculpteur Guillaume Boichot qu'il s'est plu à reproduire à l'eau-forte. Né à Chalon-sur-Saône, en 1738, donc plus âgé que Hoin, dessinateur « musculeux et mouvementé », très impressionné par l'étude de l'art antique, Boichot semble avoir exercé sur lui une certaine iuQuence. Sculpteur, son morceau principal est une statue colossale de la Force, figurée par un Hercule assis, placée autrefois sous le portique du Panthéon. Il fut agréé à l'Académie royale en 1785 ; au Salon de 1789, il exposait des terres cuites, et à celui de l'an XII, les bustes de Bernardin de Saint-Pierre et de Denon.
« Boichot, dit Renouvier dans son Histoire de l'Art pendant la Révolution, devait rencontrer parmi ses camarades d'école un graveur fait pour le traduire : c'est Hoin, qui fut peintre de portraits au pastel et de paysages à la gouache, mais qui ne nous occupe ici que comme graveur au lavis et à l'eau-forte, et interprète affectionné des dessins de son ami. Les pièces qui portent les noms des deux artistes, et qui parurent en partie dans les années précédant la Révolution, sont peu agréables de forme, d'un dessin inquiet et d'une exécution pittoresque : Léda, Da?iaé, estampes au
lavis ; Hercule et Omphale, eau-forte datée de 1786, enfin, U Assemblée de philosophes, par son a7ni Hoin, 1788. » Cette dernière pièce, que nous avons vue au Cabinet des estampes, largement gravée au lavis et dédiée par Hoin au comte de Coëtloury^ semble faite d'après une sépia de Fragonard. Il a d'ailleurs gravé dans le même goût, d'après ce maître, la Mort du Cénobite.
Au Salon de 1801, Claude Hoin montrait une frise au lavis, d'après Boichot, représentant la Toilette de Vénus, « à vendre à son
domicile, 17, rue de la Jussienne ». Nous n'avons pas rencontré celle-ci, mais une autre frise^ Jésus au tombeau, où Boichot se qualifie encore de sculpteur du Boi. C'est une sorte de bas -relief à la composition mouvementée, très vivement gravé au lavis à l'imitation d'un dessin à la sépia. Dédiée à François Burette par son neveux et ami Cl"^^ Hoin 'peintre de Monsieur , cette composition nous semble un modèle de Boichot pour quelque retable, qu'aurait fait exécuter à Dijon,
ÉTUDE DE JEUNE FILLE, PAR CLAUDE HOIN P^ï* SCS OUVrlcrS, l'orfèVrC Bu-
Miniature appartenant à M">' Fernandez. rette.
Pour donner le ton des relations entre les deux artistes, il est intéressant de reproduire cette lettre écrite par Boichot, pendant un séjour que le peintre fit dans sa ville natale, au commencement du siècle :
Au citoyen Hoin, peintre, chez le citoyen Hoin, chirurgien-médecin, à Di jon ^
Mon bon ami, est-ce que nous ne vous reverrons pas bientôt dans notre Paris, revoir le Musée qui est votre galerie délectable et vos amis du Lycée que je rencontre quelquefois, qui me demandent de vos nouvelles, entre autres M. Verniquet. Je sais que notre patrie a bien des charmes ; je voudrais bien, comme vous, revoir mon Châlons ; c'est plaisir de voir ses
1. Cette lettre et la plupart des autres documents que nous publions dans le cours de cette étude font partie d'un dossier concernant le peintre Claude Hoin, que M. Paul Royer-Gollard a très libéralement mis à notre disposition.
amis et compatriotes, mais la monotonie de la vie de province amène insensiblement Tennuy et fait désirer le retour à Paris, où se retrouve la nourriture de l'esprit dans les objets des arts du dessin. Ce n'est donc que dans cette grande peuplade au milieu de laquelle nous en jouissons.
L'on n'expose pas encore ce qui est arrivé nouvellement d'Italie, la Vénus de Médicis et nombre d'autres objets d'art ; elle n'est pas encore visible et l'on ne sait quand tout cela le sera. Il faut préparer des locaux, mais il n'y a jamais d'argent pour cela. Il faudra pour le présent la protection de M. Denon pour voir la Vénus. L'on m'a dit qu'elle était dans un endroit particulier où elle se voyait^ mais point publiquement.
Vous savez que Denon est devenu le directeur général du Musée avec 24 mille livres d'appointement et logé aux galeries. En qualité de compatriote, il pourra nous accorder quelques faveurs pour les entrées. Moilte le sculpteur m'a dit que l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon était relevée de sa suppression, qu'on lui avait envoyé sa lettre de nomination à la place d'associé-correspondant et que beaucoup d'anciens membres avaient été rappelés dans son sein. Je ne doute pas que vous n'en soyez aussi. Vous savez que j'avais l'honneur d'y être admis. Est-ce que je ne pourrais pas y
faire valoir mon ancien titre et obtenir une nouvelle lettre de réception, ayant été de la ci-devant Académie de peinture et sculpture, depuis associé à Flnstitut national et de plus un compatriote de notre ci-devant Bourgogne ? Faites-moi le plaisir de me dire quelle est la marche qu'il faut prendre pour m'y réintégrer.
Vous me ferez le plaisir de remettre cette petite note ou lettre à M. Devosge. C'est de la part de M. Lebas de Courmont, qui est allé le voir en revenant de Besançon. Il se loue beaucoup de la complaisance qu'il a eue de lui faire voir ce qu'il y a de remarquable dans votre ville.... Ma femme vous fait mille compliments, et moi qui vous suis sincèrement attaché comme votre ami,
BoicnoT \
Ce 9 prairial an XI. Ass. de l'Institut national.
1. Guillaume Boichot, sculpteur, né à Chalon-sur-Saône en 1738, mort à Paris en d814.
PORTRAIT DE JEUNE FEMME, PAR CLAUDE HOIN Miniature appartenant à M"^ Fernandez.
L'ancien régime avait disparu dans la tourmente. Avec lui, sombrait une société frivole, amie d'un art léger, dans l'exécution comme dans le sujet. Si d'illustres confrères, Greuze et Fragonard, étaient réduits par les événements à la portion congrue, par quelles tristes épreuves durent passer de plus modestes ! La révolution dans les arts entraînée par celle des idées, ne pouvait améliorer la situation d'un artiste de boudoir comme Claude Hoin. La plupart de ses clientes étaient dispersées, et les émigrés avaient autre chose à penser qu'à la miniature.
Où Claude Hoin, sans souci du lendemain^ passa-t-il ces heures mauvaises ? Nous n'avons à cet égard aucune donnée certaine, à Dijon sans doute, dans sa famille si considérée, où l'ancien « peintre de Monsieur » n'avait rien à craindre. D'ailleurs, pour les artistes, la société se reforma vite. L'ancienne Académie Royale, si fermée, ayant été dissoute, ils se groupent autrement ; Hoin fait partie de la Société populaire des Arts, du Lycée (1794), connu ensuite sous le nom à' Athénée des Arts, et y fréquente assidûment. On s'y réunissait entre confrères, littérateurs, artistes et savants, pour y entendre des lectures, des conférences, des poésies. On y organisait des concerts. Loin d'être un sauvage^ il aimait le monde, le mouvement, et retrouvait là beaucoup de ses amis : les graveurs Gaucher et Ponce, l'ingénieur Verniquet, les sculpteurs Gois père et fils, le peintre Gautherot, Colson enfin qui y faisait des cours de perspective et tant d'autres.
Ce dernier, très mêlé à la vie de notre artiste, fut pour lui un conseil et un ami. Fils de J.-B. Gilles dit Colson, qui se vantait d'être l'auteur de quatre mille portraits au pastel et de ne jamais mettre plus de deux heures à faire la tête, Jean-François Colson, né à Dijon en 1733^ au hasard des voyages de sa famille, élève de l'école du génie de Grenoble et^ pour la peinture, de Nonotte de Lyon, dans l'atelier duquel il passa deux ans, n'avait que vingt ans lorsqu'il peignit l'énergique portrait de son père, légué par sa sœur au musée de Dijon ; il fut accaparé par le prince de Bouillon, un infirme de la maison de La Tour d'Auvergne, très féru de beaux-arts, qui le chargea de vastes travaux d'ingénieur et de décorateur pour son château de Navarre^ près d'Evreux. Son frère était Jean-Claude Colson dit Bellecour, l'acteur bien connu de la Comédie-Française.
Hoin note constamment qu'il est allé au Lycée avec Golson, qu'en sortant de l'Athénée il va faire un tour au Palais-Royal avec lui ; une autre fois qu'il court aux Tuileries retrouver son Amélie^ il ne l'aperçoit pas, mais rencontre Colson. Ils vont dîner ensemble, puis le long des Champs-Elysées poussent jusqu'au jardin Tripet :
Je suis las comme un chien. J'avais donné rendez-vous à Colson aux Tuileries, à 5 heures, pour aller voir les tulipes. Elles sont presque toutes passées. Il marche si doucement que je suis plus fatigué que si j'avais fait plusieurs lieues. Nous venions de boire de la bière aux Champs-Élysées lorsque nous avons rencontré Boichard. Il était seul ; nous nous sommes promenés aux Tuileries. Colson est allé aux Français....
En effet, le pauvre Colson, déjà soutTrant, tomba gravement malade, alors que Claude Hoin était à Dijon pour mettre ordre à ses affaires, et pourtant le vieux peintre lui écrivait encore :
Mon cher compatriote, collègue et ami,
Depuis votre départ, j'ai presque toujours gardé la chambre
{suivent des détails de sa maladie). D'après tout cela, vous voyez que mon ateher de peintre est devenu un hôpital de sourds et d'aveugles. Vous jugez que je n'ai point mis les pieds à nos assemblées littéraires et que je n'ai point été chercher le tableau que vous avez laissé chez vous pour qu'on me le remît. Cependant, aussitôt votre lettre reçue^ j'ai été chez mon ami Berthélemy, à qui j'ai remis la lettre de M. Devosge, en la lui recommandant, mais elle est arrivée trop tard de deux jours. La direction du Musée est tout à fait changée ; elle n'a conservé que Raimond l'architecte, Lavallée secrétaire et Dufourni : ce dernier est en Italie et on attend son retour. C'est M. Denon qui est directeur général de tous les Muséums de France. C'est une place d'une trentaine de mille francs. On a conservé aux membres remerciés la moitié de leur traitement. Voilà, comme vous voyez, bien des changements dans les arts, leur déplacement du Louvre, les conservateurs du Muséum sans le moindre crédit par rapport à la distribution des envois, etc.
Berthélemy a sur le champ 'envoyé la lettre de M. Devosge au secrétaire général Je souhaite que votre voyage ne soit pas long et qu'il
vous soit profitable dans tous les sens. Je conçois que c'est un grand plaisir de revoir sa patrie et ses amis et parents. J'en juge par le plaisir que j'ai à revoir mes anciens amis, même mes connaissances de jeunesse, car malheureusement je n'ai de patrie que la France en général, puisque dès l'âge de 14 mois j'ai cherché partout ma patrie et l'ai trouvée partout. Si j'avais marqué parmi les hommes célèbres, presque toute la France se disputerait l'avantage de m'avoir vu naître, comme la Grèce à l'égard d'Homère. On ne peut pas chercher des rapports à une plus grande distance, ni une comparaison plus riche. C'est de la célébrité au néant.
Je suis fâché que la saison ne vous fournisse pas les moyens de choisir des aspects qui non seulement seraient intéressants pour vous, mais encore pittoresques et agréables
Adieu, croyez que personne ne vous est plus sincèrement attaché que votre ami.