‹ Claude HoinChapitre 3 sur 5 · COLSON · texte numérisé non relu

COLSON

Paris, ce 26 frimaire an XI«.

Puis, la maladie s'aggrave. Pour écrire une autre lettre destinée à remercier l'artiste de l'avoir fait réinscrire à l'Académie de Dijon, le pauvre Colson est obligé d'emprunter la main du peintre Lemonnier, qui cherche à le suppléer auprès leur ami commun. Gois annonce aux mêmes dates (8 ventôse an XI) que son confrère Colson est « dans un état de dépérissement tel que l'on n'espère plus sur ses jours » ; enfin le 18 ventôse, la sœur du peintre, M"^ Colson, apprend sa mort à son ami :

Connaissant l'attachement que vous aviez pour mon frère et dont vous lui avez donné encore une dernière marque dans sa maladie, je ne doute pas que vous ne partagiez sincèrement nos regrets, en apprenant que le pauvre Colson n'a pu résister à une maladie de 60 jours... Vous savez combien il attachait de prix à l'attachement de ses amis et surtout au vôtre. Nous avons perdu dans sa personne un sincère et bon ami, et moi un excellent frère. Il a cessé d'exister le 9 ventôse, à 70 ans moins deux jours. Votre t. s. servante,

Colson.

Ajoutons que sî J.-F. Colson a peu produit, accaparé qu'il fût par le prince de Bouillon, il a pourtant laissé une fraîche peinture : cette jeune Donneuse^ du musée de Dijon, gravée sous le nom du Repos, par F. Courboin.

Après Golson, Claude Hoin n'eut pas d'ami plus fidèle que son compatriote Radet^ Du même âge, partis en même temps de leur ville natale, une similitude de goûts les rapprochait encore, puisque Radet, protégé, comme beaucoup de jeunes Bourguignons, par le baron de Joursanvault, avait commencé par faire de la peinture. Un accident l'ayant privé de l'usage libre de la main droite, il dut y renoncer et s'occupa de littérature en tirant parti de sa facilité à tourner les vers. En même temps, le jeune homme se liait avec nombre de peintres connus, qu'il amusait par son esprit naturel et primesautier, et débutait en faisant de la critique d'art humoristique : Les Réflexions joyeuses d'un garçon de bonne humeur sur les tableaux exposés au Sallon de 1781 ^ entremêlés de couplets. Cette critique piquante et gaie des ouvrages de ses confrères lui procura beaucoup d'ennemis, mais le fit connaître de la duchesse de Villeroi, qui le prit chez elle comme secrétaire-bibliothécaire.

Très lancé dans le monde du théâtre, écrivant de petites pièces aux couplets fort bien tournés pour le théâtre d'Audinot, ami des directeurs, des auteurs, des acteurs et des actrices, Radet eut pour collaborateurs Barré, Piis et Desfontaines, et fit seul ou avec eux plus de deux cents pièces, vaudevilles le plus souvent improvisés ou inspirés par les événements contemporains, et dont quelquesuns eurent du succès. Plus tard, il encouragea les débuts du jeune Casimir Delavigne, qu'il rencontrait chez son oncle Lambert de Sainte-Croix, sous le premier Empire.

On conçoit qu'un tel ami ait été précieux à notre peintre. Combien de bonnes soirées ne lui a-t-il pas dues ! Aussi presque à chaque page de son Journal, est-il question de Radet, son grand distributeur de billets pour le Vaudeville, ce qui permet à Hoin d'en offrir à la dame de son cœur et d'aller l'y retrouver : « J'ai saisi Radet à la volée... C'est te dire que j'ai des billets à ton service », écrit-il souvent ; mais quand Radet est à sa maison de campagne de Villemonble, il faut renoncer à arranger les parties de théâtre. Aussi, devant l'obligeance du spirituel auteur, un cadeau s'impose : « Je suis content de moi ; je crois que je viens d'avoir une idée heureuse pour

1, Jean-Baptiste Radet, né à Dijon, le 20 janvier 1752, mort à Paris, le 17 mars 1830. — Nous devons en partie ces notes à une bienveillante communication de M. Edmond Radet, son petit-cousin.

faire un petit tableau pour Radet. Je la dois sûrement à mon Amélie ; son image était à côté de moi, pendant que je travaillais. » Et quelques jours après : « J'arrive de chez Radet. Je lui ai porté son petit tableau ; il m'a paru lui faire plaisir. »

Citons encore, parmi les agréables relations de notre artiste, le vénérable ami qu'il appelait familièrement le papa Silvestre. Jacques- Augustin de Silvestre, ancien maître à dessiner des Enfants de France, était fort âgé quand Claude Hoin le connut; c'était un beau vieillard, de physionomie distinguée et d'abord affable. Arrièrepetit-fils d'Israël Silvestre, il possédait un cabinet intéressant de peintures et de dessins commencé par son ancêtre. Excellent homme, très bien disposé pour Hoin, il lui confiait volontiers des dessins de maîtres, que celui-ci avait toujours aimé copier. On connaît telle chose exécutée par lui, d'après Joseph Vernet ou van Dyck, dont les originaux devaient figurer dans sa collection.

S'excusant d'avoir tardé à adresser ses hommages habituels à M"'' Lefort, Hoin écrivait :

Voilà ce qui a occasionné ce retard. Je voulais finir les deux dessins que le papa Silvestre m'avait prêtés et lui reporter ses originaux. Il sort sur les 9 heures. Je voulais y être avant, afin d'en recevoir d'autres. J'ai réussi, j'ai de quoi m'amuser.

M. de Silvestre lui ayant demandé de reproduire au pastel les traits d'une personne à laquelle il s'intéressait fort, le peintre y mit tous ses soins :

J'attends ma dame pour terminer son portrait. Elle est la cause que ta couronne et ton chiffre ne sont pas terminés. Tu supporteras ce désagrément, puisque c'est pour obliger ton galant papa Silvestre.

Peu après, il notera :

Je vais tacher de finir mon portrait de dame aujourd'hui. Colson m'a promis Is venir voir demain. Je désire qu'il en soit content, d'autant plus qu'il sera placé en bonne compagnie : Rubens, van Dyck, Watteau, Vemet, etc., ornent le cabinet du papa Silvestre. Il y a même une tête de Raphaël. Tu vois qu'une telle société est effrayante. Je suis loin de ces hommes, mais ne néglige rien pour ne pas être trop déplacé à côté d'eux. Tel est ton ami, tu ne blâmeras pas en lui cet amour-propre ?

Il porte son œuvre, reçoit force compliments et, avec son désintéressement habituel, refuse toute rémunération :

Verrais-je ce matin mon Améhe ? Je le voudrais et pour son portrait auquel j'ai travaillé. J'ai remis hier au papa Silvestre le sien. Il en est

satisfait comme le serait un jeune homme. J'ai constamment refusé ce qu'il voulait m'offrir. Il est placé dans son cabinet; il n'y a qu'un tableau qui le sépare d'une tête de Raphaël. Je tremblais en le posant ; un tel voisin est bien à redouter. L'instant d'après, j'ai été rassuré. A mon grand étonnement, lise soutient et agréablement. Après l'intérêt que prend mon Amélie à moi, c'est la plus grande jouissance que je puisse avoir.

31 A D A M E DE R 0 C H E B R U N E , PASTEL DE CLAUDE HOIN (Appartient à M. le marquis de Rochebrune.)

Nous avons encore des nouvelles de ce pastel, un peu plus tard. Hoin est parti pour Dijon, et, le 17 thermidor an XI, le père de M"^° Amélie Lefort, M. Thuaut, lui écrit :

Je suis charge par M. Silvestre père de vous dire tout plein de choses agréables. Il est bien inquiet sur le sort d'une personne qui est passée dans les isles depuis 3 ou 4 mois et dont vous lui avez laissé le portrait qui est fort intéressant. J'en parle en connaissance de cause, l'ayant vu chez lui samedi dernier, jour où je m'y rendis pour l'engager à venir manger ma soupe le lendemain dimanche, ce qu'il a accepté avec complaisance. Je voulais le mettre en tête à tête avec une jeune pucelle de 80 ans, qui a beaucoup d'esprit et de tête, et dont il a paru fort content de faire la

connaissance ; c'est M"** Carnot, cousine de l'ancien directeur et par conséquent de son frère qui était commissaire du gouvernement près le tribunal de Dijon. Vous jugez que je devais donner du lait à ces deux jeunesses : je n'en pouvais trouver de meilleur que dans le panier que vous m'avez fait passer

J.-A. de Silvestre mourut en 1809. Chose bizarre, le pastel dont il est question plus haut ne se retrouve pas dans le catalogue de sa collection, dont Regnault-Delalande fit la vente en 1810. Il est probable qu'il fut gardé par son fils, avec les portraits de famille. En revanche, on y retrouve le Raphaël dont le voisinage faisait si peur au peintre. C'était une tête de saint Michel, rapportée d'Italie par Tarrière-grand-père, Israël Silvestre.

Si désintéressé qu'il fût, Hoin était bien obligé d'accepter parfois, pour vivre, de ces travaux ennuyeux qui consistent à faire, sur des documents insuffisants, le portrait d'une personne morte. C'est ainsi qu'il écrit à propos d'un de ces portraits, peut-être celui de la femme du ministre Cambon :

J'attends une personne qui connaissait beaucoup M"*^ Cambon. Je désire qu'il voie ce que j'ai fait et qu'il me fasse des objections que je sente, afin d'essayer à ajouter quelque chose de plus s'il m'est possible.... Je voudrais être débarrassé de cette pénible tsctie que je me suis imposée. Elle me fait perdre considérablement de temps, me donne beaucoup de peine et me procurera peut-être beaucoup de désagrément ! Ceux qui n'ont nulle connaisssance de ce pénible art de la peinture tranchent sans ménagement et parlent à tort et à travers, sans défiance de leur ignorance. Tu me diras qu'il faut attendre, que le succès sera peut-être plus heureux que je Fespère.... Je le souhaite !

Enfin, doutant toujours de lui, le peintre ajoute peu après :

J'avais dit que je ferais du pastel aujourd'hui; ma bonne femme de tête ne l'a pas voulu. Tu me gronderas si tu veux, quand ta verras ce que j'ai fait. J'ai fait voir à M^^ Rebufel le portrait de sa cousine, je lui ai montré le moins ressemblant. Elle l'a retrouvée dans ce qu'elle a vu. Pourvu que ceux pour qui ils sont en soient satisfaits !

Après ceux dont nous avons parlé, Colson et Radet, Claude Hoin n'eut pas d'amis plus sûrs que les sculpteurs Gois père et fils. Est-ce à son compatriote Claude Ramey, élève de Gois père et qui remporta le grand prix de sculpture en 1782, qu'il dut de les connaître, ou tout bonnement au voisinage de son amie, M'"^ Guiard, et des Gois dans

les logements du Louvre? Etienne Gois ^ de l'Académie royale dès 1770 pour sa jolie figure d'Aristée, exécutait vers cette époque une élégante pleureuse accroupie pour le tombeau de Rigoley de Puligny,

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