‹ Claude Le Petit et la Muse de la courChapitre 19 sur 37 · EXTRAORDINAIRE DE LA MUSE DE LA COUR DU 17 JUILLET · texte numérisé non relu

EXTRAORDINAIRE DE LA MUSE DE LA COUR DU 17 JUILLET

L'Adieu des filles de joye à la Ville de Paris

Esprits, qui faute de matières,

Croupissez dans l'oisiveté,

Et privez la postérité

De vos esclatantes lumières ; ^

Apprenez en lisant ces vers

Que c'est affronter l'Univers, Consumer à crédit les encens de la Muse, Faire au pauvre Renom incartade tout net, Qui d'un sujet fameux enflant la cornemuse, Fait pulluler la corne, et vuider le cornet.

Demeurez donc dans le silence Ténébreux enfans de la nuict, Goustez sans allarme, et sans bruit, Les douceurs de la nonchalance.

Je chante en dépit des destins Le dolent Adieu des Putains, De leur mourant trafic, la déroute mortelle. Ce n'est point profaner l'eau du sacré ruisseau. J'ayme mieux rendre en vers la Muse maquerelle Que de passer en prose ailleurs pour maquereau.

Muse aux gages de Cythèrée, Qui rime si souvent pour rien.

Qui te nourris de rost de chien, Et d'autre semblable denrée :

Pour te fortifier les flancs D'un quartron de mirobolans :

Je te regaleray ma gaillarde Eratine, Conduis de l'œil ma plume en l'essor qu'elle a pris Assise sur ton cul monstre m'en la routine Et fay parler tes sœurs, les Nymphes de Cypris.

Je voy parestre la première, La grande Jeanne au nez de rubis, Qui jadis remporta le pris Dans la plus fameuse cannere ; Loin de pleurer ses péchez vieux Vous la voyez chier des yeux Pour quelque accolade nouvelle.

Dans cet événement fatal Qui la conduit de l'escarcelle Au grand chemin de l'Hospital.

Cette vieille rosse est suivie Des officieres du mestier, Qui chacune dans son quartier Usa les beaux jours de sa vie, A présent leurs feux languissans Sollicitant en vain leurs sens Aux doux efforts de la nature.

On voit ces squelettes maudits, Mesme acheter avec usure L'amour qu'elles vendoient jadis

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