EXTRAORDINAIHE DE LA MUSE DE LA COUR
Leur affliction est publique Comme leur chaude amour la fut, Et toutes, lisant le statut, Pestent contre la Politique.
Les demoiselles du Marais, Les courtisanes du Palais, Les Infantes du Roy de cuivre.
Celles de la butte Saint-Roch, Dans ce grand chemin se font suivre Des pauvres coquettes sans coq.
Catin, Suzon, Marotte, Lise, Dans l'oisiveté de leurs traits [quais, I^leureut maint page, et grand la- Doni elles perdent la chalandise ; Fane bon regrette son Courtaut, Nitlette son Paillard badaut, Janneton ses pauvres Soudrilles, Qui dedans sa tentation Escroquoit aux malheureux drilles Solde fit pain de munition.
Après les superbes Infantes, Les teins de rozes et de lys, Les Nichons, les AmariUis, Les Climenes, les Amarantes, Songeant aux bons coups de muzeaux Qu'elles avoient des Damoiseaux, Mangeant le chasseur et la proye :
Le commun escuëil d'amitié Les change de filles de joye En pauvres filles de Pitié.
La Bourgeoise, avec la Marchande, La Demoiselle au cul crotté Suivant cette fatalité, Croi.ssent celte nombreuse bande, La noblesse s'y trouve aussi, Les Nymphes à l'amour chancy, Enfin toutes les bonnes Dames Qui se gouvernent un peu mal.
Ayant brûlé de mesmes fiâmes, Ont toutes un destin esgal.
.Jeanne de qui la beauté morte Servoit de phanal à leur cours.
Ayant laissé loin les Fauxbourgs Avec sa pleurante cohorte ; Les longs sanglots, et les hauts cris Qu'elle poussoit devers Paris, Réveillant .sa réminiscence, Elle mit la campagne à dos, Et sur le haut d'une emlnence Rompit le silence en ces mots :
Fameux tesmoins de nos disgrâces, Toy qui le fus de nos plaisirs, Qui tiens de nos seconds loisirs L'immortalité de tes races.
Charmant séjour des voluptés,
Retraite des Divinités
Par qui \'énus se faisoit craindre :
Adieu Paris délicieux
Ta perte achèvera de peindre
Le pauvre petit Dieu sans yeux.
Beaux favoris des Dieux Pénates, Sacrez hostes de ses maisons.
Chers habitants de ces cloisons Où nichent maints gros rats et rattes : Bourgeois de Paris renommez, .Adieu chers amis bien aymez Qui dedans vos innocens crimes Rendant d'Hymen les yeux hagards, Fistes de vos feux légitimes L'immortalité des bastards.
Noble et vigoureuse jeunesse.
Belle cause de nos transports, Et qui dedans vos grands efforts Ne meslez ny soins, ny tristesse.
Adieu chers enfans sans soucy.
Dedans Testât où nous voicy Déplorez nos mal-heurs tragiques.
Hélas, Cupidon aux abois.
Perdant vos célèbres pratiques Perd les fiesches de son carquois.
Soustiens de nos mourantes flammes, Rustiques et vains bestiaux, Sots amoureux Provinciaux Mal instruits au mestier des Dames, Ignorans et pauvres cocus.
Combien de sonnans quart-d'escus Pour apprendre nostre morale AvezvQUS tiré du gousset.
Tandis que la Provinciale Presentoit à tous le Placet.
Vous, braves et traîneurs d'espées.
Désolez batteurs de pavé, Bretteurs qui d'un pauvre observé Fistes tant de franches lipées ; Combien de savoureux morceaux Qui vous passoient par les museaux 'V^ous sont flambez par cette chance.
Et si vous estiez nostre appuy.
Vous voyez dans la décadence.
Que nous estions le vostre aussi.
Liquide et superbe campagne Qui flotte en un lit de cristal De la Princess'^ du Coral, Favorite et chère compagne.
Nymphe gracieuse aux yeux verts, Adieu Seine, à qui l'Univers Doit le partage de sa gloire.
Combien de fois (doux souvenir) Avonsn )us sur ton sein d'yvoire Cherché les races à venir.