I.A MUSE DE I.A rOl'R
Digne et semblable Fils de ce vertueux Père, Ce Magistrat fameux, ce Génie immortel, A qui Paris élève un triomphant Autel : Daubray, dont la prudence est si fort salutaire ; Lumière qui préside en ce grand Parlement, Incomparable esprit, solide jugement, Dont la force a vaincu les âmes plus sauvages Aussi dans les transports de mon noble soucy, Si l'Europe te rend d'avantageux bornages. Ma Muse justement t'en doit bien rendre aussi.
I.a Peste a perdu ses pratiques I»army les Ecclésiastiques ; Jay fait tant de rimes en rets Poiir dire que les Lazarets, Par les soins de cent bons génies Ne seroient plus maisons garnies, Qu'enfin elles sont à loiier :
Dont Dieu puisse-t'on bien loiier.
Si quelque quidan ou quidane, Quelque artisan, quelque artisane.
Se plaignant que dedans Paris Les termes sont à trop haut prix.
E.st touché de la sotte envie De déloger de cette vie Pour se loger à bon marclié.
Cette sotte, ou sot tout craché, Aille loger auprès du Tybre.
Cent mille charbons d^ calibre.
Dans Gênes, en moins de trois jours, Soit dans la ville, ou les faux-bourgs, Soit dedans les places Publiques.
Soit entre les Dieux Domestiques, Et mesme dessus les Autels, Ont fait cent milles coups mortels ; Entre qui quatorze cens Nobles Ont perdu de très beaux vignobles :
Dieu les lope dans ses Dongeons, Et conserve en paix leurs bourgeons.
Du Tloy des Hovnres, prude et sage.
Par son incompétence d'Apre, le prand Courlave Electoral N'a point admis le Corps Royal, Si bien qu'il s'en retourne à Praçivr.
I,a mort de sa fatalle da«ue.
Par un droit bien, ou mal acquis :
A dapup Tinrheforl. Marquis :
Et son rcrur dos l'ius macrnaniinrs Oit chez les bons Pères Minimes.
Dieu luy fasse remission Attendant Résurrection.
Monsieur le Dur de Lovoyeville Est habitant de cette ville.
C'estolt nostre rommun soucy De revoir ce bon Prince icy.
Monsieur le Cardinal Antoine Est allé vers son patrimoine Pour saluer sa Sainctrié :
Le Ciel le conduise en santé Et dedans son loin-tain voyage L'exempte de tout parouage.
Son Brancard n'ait point de cahots, Ne fasse bonds, rlieuttes, ny satits.
N'ait point avec Bandits commerce.
Que son coclier point ne le verse.
Qu'il évite ornières et froux ; Et qu'enfln retourné vers nous, (Cc> Prélat Euiinentissime) Protège nostre franche rime.
Dedans Francfort, neutre Cité, Avec grande solemnité, Les Bourgois soubs la bandolière, Les Cadets à la cavalière.
De ses formidables remparts.
Canons tonans de toutes parts ; Nos Krauds Plénipotentiaires Avec leurs beaux trains ordinaires, Dedans ]a susdite Cité Firent voir leur humanité ; Mdflistntts, au devant d'eux furent.
Moult civilement les receurent.
En gens gracieux, et humains :
Firent-là mille baise-mains, Firent de longues accolades.
Firent de chaudes embrassades :
Qui bras dessous, qui bras dessus, Itenaudot dira le surplus.
Crarovie a toujours son sléfre.
O! Ciel, quand la fin en verray-je.
Le grand Monarque des Gaulois
Dispose déjfi de cinq voix.
Des personnes Electoralles,
Et malgré les fortes caballes.
Oue les mal intentionnez
Font pour les Princes bazanez :
Va, va, l'Impériale niche
N'est pas pourtoy. Maison d'Autriche.
Gustave. Potentat des Gots.
Fait grand abbatis d'Ostrogots.
8 SEPTEMBRE KlnT
Parlons Muse, ma chère amie, De cette neuve Académie, Qui joint par un heureux destin , Nostre Seine au Tyhre Latin ; La Vénitienne Eccellence, Excellent de rare science :
Cet liéroïque Anuxissadeur En est Ift fameux Protecteur, Contarini, Monsieur très sage, Dont la vertu devance l'âge.
Mortel de juste jugement.
En est le Prince dignement ; Nombre de cervelles illustres, Mémorables depuis maints lustres, Nombre de renommez cerveaux.
Immortels par ileurs beaux travaux.
Composent ce docte Collège, Où l'erreur est un sacrilège.
Le généreux Du Pelletier, D'esprit et de corps tout entier, Dedans ces illustres spectacles Ne fait pas de petits miracles :
Taliavaqiie, Amalthéo, Le Révérend Olimpio, L'illustre Père Jeremie A qui la Science est amie ; Tnllemant, Cfiaslillon, Caburd, l'ont), CnrboaeUi, Ganiard, Et Lvc Anthonin Salerne, Recommandable Auteur moderne, Chancelier ; en sont les supôts, Les Arc-boutans et les Pivots ; Par leurs laborieuses veilles.
Sans doute ils feront des merveilles; Daignez, poinus esprits veiller Pour vous bien faire émerveiller...
Cette liberalle Héroïne,
La victorieuse Christine,
Pour qui Paris fît tant de vers,
Vient d'arriver dedans Nevers.
Je sens des ardeurs sans pareilles
Solliciter mes nobles veilles.
Hors l'ordre du vulgaire sort,
Pour cette Princesse du Nort :
Peut estre que cette Déesse
Reviendra voir encor Lutèce :
Et c'est où je versifiray
Ou par ma foy je ne pourray.
Volontiers pour de telles Nymphes
Les Muses font des Paranymphes.
La mort de Tllak, homme excellent, Rend le Protecteur fort dolent, Il vaudroit mieux pour de tels Princes Perdre quelques fois des Provinces ; Perdre or, argent, bijoux, joyaux, Que de perdre sujets loyaux.
Il vous sied bien Madame Espagne
De vouloir faire une Campagne.
Il vous sied bien, fats Rf^ssignols Vams et souffreteux Espagnols, Souche estrangere, lâche race.
De camper devant une place. ' Et de vos traits exterminans ' Vaincre en six jours des Saints IV- Preneurs de bourgs à la voilée, [nans ' Allez surprendre Ardres d'anjblée AlJez-y porter vos boulets, Vos bourguignottes, vos mulets.
Vos grenades, vos escopettes.
Vos chariots, et vos charettes. Tout cet inutile attirail, Et tout ce vain épouventail.
Qui sembloit menacer la Flandre De quelque inévitable esclandre.
Allez, furibonds estourdis, Allez prendre des Mont médis ; Grands Preux, derrière une muraille.
Vestez-vous de [lierre de taille ; Cachez-vous, glorieux guerriers, A l'ombre de vos hauts lauriers ; Cachez vous, Triomphans Pompées, Dans le fourreau de vos espées.
Osez-vous bien, lâches Barbons, Contre l'aïsné de nos Bourbons, Contre ce Prince vénérable.
Contre ce Prince redoutable.
Tourner vos traits audacieux.
Cachez-vous, vous ferez bien mieux ' Engeance More et Sarazine, Allez-vous battre à la cuisine :
Et tristes en bonots de nuits.
Voir dedans Ardres si j'y suis !
Les armes que porte mon Prince Sur l'Antagoniste Province.
Sont pour de si justes desseins.
Que le Ciel avec tous ses Saints Favorise ses entreprises.
Combien de saintes Villes prises.
De S'» Salvadors, de S" Jeans, De .«?♦« Pois, et de 5'» Venons, Et quand Saint Orner sera nôtre.
11 n'est .'J* bien-heur eux. Apostre, Tant d'apresent, que de jadis Dans le chasteau du Paradis, Qui n'ait, je rroy, preste l'épaule Pour le triomphe de la Gaule.
Hormis cet illustre coureur.
Castillans ! Monsieur .•?» Sajii^eur :
Vostre patron si salutaire.
Et vostre Démon tutelaire.
Ha ! que vous pouvez bien l'aymer Aveque Monsieur saint Orner :
Car, perdus ces saints favorables Vous n'avez plus rien que des Diables. Qui batteront pour vous le fer Dans les provinces de l'Enfer.
LA MUSE DE L.V COUR
Le lioy Dourhon, Majesté bonne, Est encore dedans Peronne, iMais ma Muse ne dira rien, Ny du pourquoy, ny du combien.
Un des fameux Goinfres de France
Digne homme à soufleter potence,
Mirnii'lf, Escroc si renommé.
Au vantre toujours affamé,
Les dents longues en dents de scie,
A plaite Pt grondante vessie
\oulant de ses oysifs boyaux
Remplir les désolez tuyaux,
En exterminer tout le vuide
Par un cadeau franc et solide,
Oans sa deconcertation
Il trouva cette invention.
Pour ravitailler (dit l'histoire)
Sa débilité de mâchoire :
Sçachant que Monsieur de Chamboy,
Gouverneur de Caen pour le Roy, Homme très propre à gouvernance :
Devoit traitter en excelence.
Ainsi qu'il avoit fait pieça.
Et depuis quelques jours en ça.
La péce.<;sité de la mane
Subtilisant son mourant crâne.
Il feignit si bien l'envoyé
.Au festnyeur, du festoyé,
Que Thoste estant d'esprit facille,
Le crut à cent pas de la ville ;
Et n'o.sant pas d'un négatif
Répondre à cet impératif.
Il met marmitons en besogne.
Court, va, vient, trotte, taille, rogne.
Fait grand carnage de poulets.
D'aygnelets, et de ponrcelets ,
Fait grand carnage de pouletes,
D'aigneletcs, de pourceletes.
Et pour Monsieur l'.Ambassadeur
Fait tirer un doit du meilleur.
Dans cent canons, bâtards du Foudre,
Fait mettre cent charges de poudre.
Enfin il met tout en estât
De rerevoir un Potentat.
Midy sonne, une heure redouble ;
Point de nouvelle pour un double.
Le temps coulle, et ledit traitteur
Ne voyant point son visiteur.
Soupçonne de la bonne mine
De son courtisan de cuisine :
Néantmoins se forçant un peu,
Affin de mieux jnfier son jeu.
Se mit avec son boste à table.
Oui mâche et brife comme un diable.
Qui dit autant qu'un chancre, ou plus,
Il boit mieux que ne fit Barcus,
Il met les morceaux quatre à quatre,
A Paris, chez Alexandre I.,esselin, rue de la Rarillpric. h la Fontaine des Pastoureaux, proche le Palais. Ce 8 septembre 1657. Avec Privilège du Roy.
Et faisant rage de combatre Les habitans du poulalier Avec son mortel râtelier :
Il leur livre telle bataille.
Que dedans ladite ripaille Il remplit son rondin carquois Environ pour deux ou trois mois.
Moins trente jours et huit semaines Selon les fonctions humaines.
Ainsi repu des biens de Dieu, Paye son traitteur d'un .Adieu ; Mais le traitteur pour s'en mieux rire. Flamboyant de couroux et d'ire.
Fait constiper mon pauvre sot De l'effroyable mot D'ecot ; Il tremble, et sa langue muette, Parlant assez pour sa pochette.
Qui n'eut jamais d'âme en son corps, Accoise aux mieux ses chants trans-
[ports :
Chamboy, qui vouloit en découdre, Ne voulant pas perdre sa poudre Comme il avoit fait son bouchon.
Le mettant à califourchon, (Non sans mainte, et mainte grimace) Le cul tourné vers la culace De ses foudroyans fauconneaux :
Luy fait ainsi donner les sceaux.
Le Gowfre en estreignant le cuivre Accolloit la Mort pour mieux vivre :
Canon tirant, mon drosle en Taër, Fait miracle à cabrioler :
Canon humain, canon de fonte, Faisoit là sa décharge prompte.
Enfin, au dernier qu'on bracqua Le parasite fit Ka Ka !
Catastrophe des canonades, Et paya son hoste en gambades I Excrocs ! Goinfres ! Ecnrnifîeurs !
Jouez-vous à tels Gouverneurs.
Mes liseurs, soit Marquis, ou Comte, Roturier, Raron ou Vicomte, Ma Muse vous a raconté Ce qu'un grand conteur m'a conté.
Si le conte est peu véritable, Je n'en dois pas e.stre comptable ; Car comme de tels raconteurs Sont bien souvent de bons menteurs ; Dedans ce facétieux conte Que ma Musette vous raconte.
Le conteur qui me l'a conté Se peut bien estre meconté.
ray fait le svadit ■paragraphe Chez Leaupli-n le Typographe, Le jour de la NativUfi De la Beyne de Pureté.
17 sEPTEMiiHi-: 1G57
TV» 2'i. — La Muse de la Cour, à son Excellence Monseigneur l'Ambassadeur d'Angleterre
Chantons dedans ces Vers pour le plus grand des Illustre et triomphant de cent faits glorieux [Hommes, '"Jhantons pour le Mortel le plus judicieux, La gloire et l'ornement des siècles où nous sommes. Parlons à l'Univers d'un vray cœur généreux, Libéral et sensible au sort des mal-heureux, D'un modelle à régir le plus grand Politique : Parlons-lii-^' d'un Ministre, et sans faste^ et sans fard. Et pour bien achever ce Tableau magnifique, Muse, il nous faut parler du grand M'dord Locard.
La France triomphante honnore en sa Personne Toutes les qualitez d'un sage Ambassadeur ; 11 est du Sang fameux du fameux Ptotecteur Dont la Teste reluit d'une triple couronne. Par l'effet glorieux de son conseil prudent, L'Astre de la Cas tille est dans son Occident, Les Lys sont respectez aux bords de la Tamise ; Et la Seine aujourd'huy se joignant à ses eaux. Le Tage intimidé par sa hante entremise, Se cache d'épouvente en ses fresles roseaux.
D'un air modeste et fier, autant que vénérable.
Des plus graves emplois il s'acquitte aisément,
Et dans Testât douteux d'un grand evenemeîit,
Son grand cœur ne voit rien, dont il ne soit capable,
11 ne s'élève point par aucun lâche effort,
S'il est dans l'abondance, il ne tient rien du sort.
Si son Prince l'honnore, il n'en est pas indigne ;
Et de mille ornemens dont il est revestu,
Encor qu'il soit d'un Lieu qu'un sceptre rende insigne.
Son Sang l'anoblit moins que ne fait sa Vertu.
Mais je m'efforce en vain, généreuse Excellence ; Je ne fais qu'ébaucher vostre pompeux Tableau, Et quelque trait que l'Art me fournisse de beau, Je m'exprime bien mieux par un prudent silence. Le Dieu de l'Univers, qu'en tout vous imitez. Voit sans égard les dons qui luy sont présentez : Daignez voir, grand Milord, également les nostres ; Et souffrez que ma Muse, après ce noble effet. Vous entretienne un peu de ce que font les autres, Après avoir chanté ce que vous avez fait.